En Série - Journal d'un tueur

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"Une plongée dans le cerveau et les pulsions d'un serial killer." Le Journal du dimanche

PAR L'AUTEUR BEST-SELLER DAVID FORREST !

Découvrez l’univers fascinant et culte de celui qui a défrayé la chronique en étant l’un des premiers succès en auto-publication en France.

Un auteur que vous ne pourrez plus oublier.

(Re)découvrez son best-seller incontournable dans une édition inédite plus longue, plus sombre et plus choc !

Plongez dans l’intimité d’un tueur en série anonyme, un sociopathe à la fois effrayant et fascinant.

De son premier acte barbare au dénouement grinçant de son sanglant périple, le narrateur vous entraîne dans une spirale d’horreur, d’humour noir et de satire sociale.

Un voyage à glacer le sang qui ne vous laissera pas indemne.


Publié le : mercredi 7 mai 2014
Lecture(s) : 18
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791091605366
Nombre de pages : 328
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En Série – journal d’un tueur Par David Forrest Copyright 2011-2014 David Forrest ISBN : 979-10-91605-36-6 Cet ebook est édité pour votre utilisation personnelle. Cet ebook ne peut être revendu ou cédé à d’autres personnes. Si vous souhaitez partager cet ouvrage avec d’autres lecteurs, veuillez s’il vous plaît acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous n’avez pas acheté ce livre ou s’il n’a pas été acheté pour votre usage personnel, veuillez s’il vous plaît en acquérir une copie. Merci de respecter ainsi le travail de l’auteur.
Préface En 2011, la sortie en autoédition numérique de ce roman a été une des plus grandes surprises de ma vie. Vous avez été nombreux à le lire et à l'apprécier et je ne vous en remercierai jamais assez. Un auteur ne devrait jamais se relire. En 2014, j'ai commis cette erreur et j'ai été horrifié. Mettez peut-être cela sur le compte de l'expérience, mais les maladresses que j'y ai trouvées m'ont occasionné des cauchemars et une honte sans nom, aussi n'ai-je eu d'autre choix que de me plonger dans la réécriture du roman. C'est cette nouvelle version que vous avez entre les mains. 80% du texte original a été réécrit, mais cette nouvelle mouture n'est pas qu'un "remastering" pour reprendre un terme cinématographique. C'est plutôt, pour rester dans le même thème, une version longue, un director's cut, avec 15% de texte en plus. J'avais écarté la plupart de ces scènes à l'époque, pour une question de rythme et parce qu'elles ne me convainquaient pas. Retravaillées, elles se justifient plus aujourd'hui. Ceux qui connaissent la version originale les repéreront peut-être. Les changements les plus évidents visent la fin du roman, plus longue, plus détaillée et plus drôle, je crois. Enfin, avec ce même humour cynique un peu jaune. Cette démarche est dangereuse, pour un auteur. Mais je me devais de le faire, par respect pour vous, lecteurs. David Forrest, le 11 mars 2014
NAISSANCE
1. C'est aujourd'hui que je suis né, après trente années d'existence. Comme toute naissance, la mienne a commencé par une extase, un orgasme, une révélation. C'était en avril dernier, dans la rue même où j'exerce, cette rue si vide en dehors de ces heures où des myriades d'anonymes s'engouffrent dans ces bureaux-prisons sans âme qui ont conquis le quartier. Ils n'en sortent que pour avaler d'insipides plats à dévorer debout ou à mâcher au coin d'une table dans une de ces banales brasseries alignant leurs prix sur le cours du ticket restaurant. Le soir venu, les bâtiments les vomissent de concert et comme une nuée de Panurge, elles rejoignent leurs tanières. Cette moite multitude m'insupporte, mais ce jour-là, je n'avais pu l'éviter et me noyais en son sein, ballotté d'un relent de sueur à une fragrance écœurante de parfum bon marché. Levant la tête pour tenter d'aspirer une ténue bouffée d'air moins vicié, je la vis, moi qui jamais ne regarde personne. La rousseur de ses cheveux bouclés détonnait dans la terne marée humaine. Négligemment, elle repoussait des mèches rebelles d'un doigt gracile, avec grâce. Une noblesse naturelle, instinctive. Mon attention glissa vers son visage. Elle avait le regard de la naïade de Chabas. À la fois pétillant de vie et voilé par une mystérieuse mélancolie. Ses sourcils semblaient avoir été tracés à la règle et l'ovale de son visage au compas. La fluidité de ses traits était géométrique, mathématique, même. Le courant humain la portait vers moi. Je me tenais immobile, luttant contre les bousculades des anonymes pressés, l'admirant comme elle se rapprochait. Ne pensez pas que je la fixais avec l'obscénité du voyeur ou pire, que je fantasmais sur quelque romantique illusion, un coup de foudre. C'était bien plus profond que cela. Un mélange de fascination, de désir et d'évidence. L'évidence que je devais la posséder. Le flot de corps de cette honnie heure de pointe déviait sa route. Elle me croisa, me frôla presque, sans me remarquer. Puis la foule l'engloutit avant que je ne reprenne mes esprits. L'étouffante réalité m'assaillit alors : autour de moi ne restait que la horde d'abjects anonymes, plus pressante et plus horrible que jamais. Tremblant, je m'extirpai de cette masse grouillante, nageant à contre-courant jusqu'à mon refuge. Je crus défaillir avant d'arriver à bon port, mais l'atteignis enfin, à bout de souffle. Je trouvai malgré tout la force de gravir les vieux escaliers grinçants et patinés jusqu'au troisième étage, puis m'écroulai dans le couloir de mon cabinet de travail, heureusement désert à cette heure. Dans la quiétude rassurante de ce lieu familier, dans cette solitude apaisante, baignant dans ces odeurs aseptisées si caractéristiques, je repoussai ces émotions étouffantes. Elles refluèrent quand une autre, tellement plus coutumière, les balaya. La colère était revenue, explosive. Brûlante de jalousie devant ces nouvelles sensations qui menaçaient de l'évincer. Comme si elle avait senti que le flot de sentiments qu'avait libéré l'inconnue pouvait m'offrir l'opportunité de l’expulser. Je ne laissai pas cette force destructrice me déborder, m'écraser. Je l'affrontai, bien décidé à l'éteindre. Elle se rendormit cette fois-là plus vite et plus facilement que jamais, sans que j'aie à recourir à une de ces petites pilules assommantes qui savaient si bien la calmer. Sans même qu'il me faille la laisser assouvir un peu sa rage aveugle et insatiable, pour qu’elle daigne enfin m'offrir un peu de répit. Je m’octroyai alors une intime jouissance, me jurant de retrouver cette apparition, de la conquérir. Normalement, c’est là que vous me trouvez un rien mélodramatique, à la limite du pathétique – et pas forcément du bon côté de cette frontière. N’est-ce pas ?
Ces répugnantes niaiseries ont été des plus éphémères, soyez-en convaincus. Je me suis vite repris, galvanisé par un objectif, un défi à relever. Pour mettre toutes les chances de mon côté, il me fallait forcément m'y consacrer entièrement. En arrivant quelques minutes plus tard au cabinet – en retard, comme toujours, mais cette fois-là, je ne l'en blâmai pas – ma secrétaire, une quinquagénaire désabusée, stupide, mais efficace, s'étonna que je lui adresse directement la parole autrement que par téléphone interposé. Plus, semblait-il, que de me voir si fébrile, même si son regard était inquisiteur. Ou peut-être était-ce parce qu'elle n'avait pas dû me voir depuis des semaines, sinon des mois. J'arrivais toujours le premier, partais bien après elle et quittais rarement mon office de la journée. Sans préambule, je lui annonçai lui donner un congé de durée indéterminée – précisant aussitôt, voyant sa moue prête à se muer en reproche, qu'elle serait malgré tout payée. Ses yeux torves roulèrent dans leurs orbites, signe d'un effort de réflexion. Je coupai court à ses interrogations en évoquant quelque obligation familiale. C'est le genre d'expression qui a un effet immédiat, presque magique, sur les personnes de son type . L'envie d'en savoir plus, de se délecter du possible malheur des autres est si intense qu'il leur scelle les lèvres plus certainement qu'un fer à souder. Aucun paradoxe en cela, au contraire. L'excitation est si forte que le fantasme est la meilleure option. La découverte de la réalité des choses est bien souvent décevante. Si bien qu'il est préférable pour ces violeurs d'intimité de ne pas passer à l'acte. Rester dans l'ignorance malgré l'envie, imaginer les plus pervers malheurs, leur est bien plus délectable que la vérité. Triste comportement, mais qui m'arrangeait bien. Je lui ordonnai d'annuler tous mes rendez-vous des prochains jours et la congédiai. Les jours suivants, aux mêmes horaires matinaux et à ces heures de fin de journée où chacun s'enfuit retrouver sa tanière, je m'installais à la fenêtre, assis sur un tabouret du bureau, confortable, mais pas trop. J'avais écarté l'utilisation de jumelles, qui aurait trop réduit mon champ de vision. Je n'avais en outre pas besoin, heureusement, de dévisager chaque passant, ne doutant pas un instant qu'elle serait immanquable dans la foule terne. Je refusais la possibilité qu’elle ne repasse jamais, que son apparition n’ait été là qu’un hasard qui jamais ne se reproduirait. Elle allait venir et je la verrai. Je la suivrai et l’aborderai. Un soir, je la repérai enfin. Port identique, même démarche souple, même chevelure, unique, reconnaissable entre toutes. Combattant mon envie de me ruer dans l’escalier, de me jeter follement dans la rue à sa poursuite, je la suivis des yeux quelque temps, anticipant le chemin qu’elle allait emprunter. Sûr de moi, je descendis. Dehors, je me laissai porter dans son sillage, la repérant sans mal. Je restai en retrait, savourant ce moment de retrouvailles, tentant même de capter son parfum à distance. Elle tourna au carrefour suivant. Comme je l'avais soupçonné, son objectif était la gare, au bout de l'avenue. Je frôlai la poche de ma veste pour vérifier la présence de ma carte de transport. Elle ne m'avait pas quitté ces derniers jours, par prudence. Il aurait été navrant de perdre ma proie, arrêté par les cerbères de plexiglas barrant l'accès aux quais. La foule était plus dense encore dans le hall de la gare, où la multitude était plus étouffante à cause des sons répercutés, intensifiés par les plafonds hauts. L'insupportable brouhaha et l'infecte puanteur des lieux me faisaient penser à d'immenses poulaillers industriels. Mais là, la volaille était consciente de sa triste condition. Et parfois même, à l'évidence, l'appréciait. J'en croisais des preuves, ce soir-là. On reconnaît facilement ce regard acide qu'ont ces
gens qui profitent de l'entassement pour laisser libre cours à leurs frustrations. Les lâches qui bousculent plus que nécessaire leurs voisins, n'ayant trouvé que ce pis-aller pour évacuer leur violence trop contenue. Les obscènes timides dont les yeux bondissent de poitrines rebondies en paires de jambes dénudées. Les pervers qui se frottent aux cibles de leur libido, faisant le plein de souvenirs pathétiques pour leurs masturbations à venir. Une jungle, plus qu'un poulailler, finalement. Je traversai un quai bondé, toujours à la suite de la crinière rousse. Je montai derrière elle dans un train de banlieue aux vitres rayées et jaunies, cernées de tags illisibles et de toute façon sans intérêt. Les voyageurs étaient par chance peu nombreux, je trouvais donc sans mal une place stratégique dans la voiture. Après avoir un bref instant envisagé de m’asseoir face à elle, je préférai finalement m’écarter un peu et m’installer deux rangées en retrait, en décalage pour deviner en partie son visage. Le voyage dura une petite heure, pendant laquelle je ne cessai de l’observer sinon ne pas trop attirer l'attention, et surtout pas celle de l’acariâtre grand-mère desséchée qui ne m'avait pas lâché des yeux depuis le départ. On croise des personnes dans son genre dans tous les lieux publics, tous les transports en commun. Elles jettent leur amer dévolu, aléatoirement, sur l'un ou l'autre des impertinents qui ont osé s'installer dans leur périmètre et planent sur ces cibles leur regard noir, haineux, accusateur. Pourquoi, elles seules le savent. Leur rendre la pareille est la pire option. Elles n'attendent que cela, qu'on se mesure à elles. Passer de la provocation à l'invective est leur grand plaisir. Peut-être leur seul. J'ignorai cette agression visuelle. La cible de mon intérêt passa le temps absorbée par un roman de poche, légèrement voûtée sur les pages. Son corps se balançait lentement, indolemment bercé par les cahots du train. Rien ne semblait pouvoir la distraire de sa lecture, même pas un brusque freinage qui jeta son jeune voisin aux immondes cheveux gras contre son épaule. Il ne s’excusa pas, certainement trop abruti par les hurlements dysharmoniques jaillissant de son casque audio surdimensionné. Je crois même qu'il ne s'était pas rendu compte qu’il l'avait souillée de son frôlement. Je sentis évidemment l’envie de l’en punir, par exemple en mettant le feu à son infâme tignasse si huileuse qu'elle devait être aisément inflammable. Le train s'arrêta pour la huitième fois sur le quai d'une gare identique aux sept précédentes. Elle émergea de son livre et se leva prestement. Je lui emboîtai le pas. Nous marchâmes une dizaine de minutes dans des rues bordées de maisons basses, typiquement banlieusardes. Le long du chemin, des petites haies mal taillées dessinaient une mosaïque verte et jaune. Des rangées de troènes coupés à angle droit succédèrent à de difformes buissons de laurier. Ces murailles de chlorophylle ne masquaient que partiellement les maisons calquées sur le même modèle. Trente ans plus tôt, elles avaient dû faire la fortune d’entrepreneurs ravis de faire sortir de terre des copropriétés à bas prix de revient. Ces lotissements de camelote avaient dû faire illusion quelques années avant de se décrépir petit à petit. Les façades fissurées, que certains propriétaires essayaient de cacher tant bien que mal sous des couches de peinture bon marché, annonçaient un proche effondrement des fondations. Les habitants les ignoraient, se voilaient la face : difficile d'accepter que l’investissement malavisé d’une vie banale puisse ainsi tomber en ruine. C’est avec soulagement que je la vis s’éloigner de ces lotissements pitoyables pour se diriger vers un petit immeuble, plus cossu. Le bâtiment ne montait que sur trois étages, enclavé entre des places de parking où
dormaient des voitures disparates, allant de l’épave exténuée au véhicule rutilant, certainement financé par un crédit exorbitant qui offrait cependant à son propriétaire la satisfaction de paraître plus aisé que ses voisins. La peinture des façades tirant vers le rose pâle restait dans les mêmes tons banals, mais réussissait à leur donner un aspect plus noble. Hélas défiguré par la négligence de ses habitants. Des jardinières mal entretenues trônaient sur les rebords de fenêtres, des étendeurs à linge envahissaient des balcons, obscènes avec leurs parures de culottes et chaussettes humides. Elle s’approcha de l'entrée et tapa un code sur le petit cerbère digital (a priori 3741, vu le mouvement de son doigt). La serrure claqua, elle disparut dans le hall. J’attendis quelques minutes, le temps qu’elle rentre chez elle. Je scrutais les fenêtres, guettant le moindre signe d’elle. Là. Elle ouvrait les rideaux d’une baie vitrée au premier étage. Je traçai mentalement un petit plan des lieux, afin de trouver facilement la porte de son domicile lorsque je m’y présenterai. Plus tard, cependant. Je décidai de ne pas aller plus loin et repris le chemin inverse, un sourire aux lèvres. Je venais de passer une inoubliable heure et demie. Je savais désormais où la retrouver. Elle m’avait mené jusque chez elle : les choses commençaient merveilleusement. Il m’incombait ensuite de ne pas faillir, d'être à la hauteur de cette invitation. A laquelle je répondis quelques jours plus tard. J’ai souvent pensé à mon premier grand rendez-vous. Ce serait un vendredi soir, rituellement. J’irai frapper à sa porte, les bras chargés de fleurs. Rasé de près, vêtu de manière à la fois distinguée et confortable pour traverser la nuit avec classe et décontraction. Elle se serait de son côté apprêtée pendant des heures. Elle aurait su trouver le maquillage parfait, à la fois subtil et travaillé. Les cosmétiques n'auraient été là que pour souligner sobrement sa beauté naturelle. Elle aurait aussi opté pour une robe légère, pleine de promesses, mais dénuée de la moindre vulgarité. Mais ce soir-là, je savais que les choses ne se passeraient pas tout à fait comme dans ces rêves. Si de mon côté, je m’étais préparé depuis longtemps, j'étais bien évidemment conscient que ce ne serait pas son cas. Après tout, j’allais la surprendre, l’étonner, arriver dans sa vie sans prévenir. Je me garai dans le petit parking mal éclairé de son immeuble courtaud. Je sortis délicatement du coffre le magnifique bouquet de roses rouges acheté plus tôt, soulagé que le transport ne l’ait pas trop abîmé. Devant la porte d'entrée, je pianotai avec un peu d’appréhension le code du hall : un déclic me confirma mon 3741. Je montai au premier étage en jetant un regard circulaire sur la configuration des lieux, afin de deviner à quelle entrée pouvait correspondre la fenêtre où je l’avais aperçue la dernière fois. Sans hésitation, je frappai à la porte 12. Quelques instants plus tard, des bruits de pas retentirent de l’autre côté de la porte, se rapprochant. Puis j’entendis la caresse d’une main sur le bois, avant que l'œilleton du judas ne s'assombrisse. Caché derrière le bouquet de roses, j’attendais. Un "Oh !" attendri se fit entendre de l’autre côté, rapidement suivi par un fébrile cliquetis de la serrure. Elle avait à peine ouvert la porte qu'un remerciement franchissait déjà ses lèvres. —Tu n’aurais pas dû, Séb ! Puis, après un court silence figé quand j’apparus, radieux, derrière l’énorme bouquet. —Qui êtes-vous ?
Son regard s'était aussitôt durci. —Mais… c’est moi… et ces roses… pour toi, répondis-je. Son expression changea, encore plus inquiète. Elle recula d’un pas. Je gardais mon port serein et mon sourire radieux plein de promesses. —Désolée, c’est sûrement une erreur, balbutia-t-elle en reculant encore un peu plus, décidée à me refermer la porte au nez Elle allait nous claquer notre avenir au visage. Alors j’ai paniqué. J’ai donné un violent coup d'épaule dans la porte avant qu’elle ne la ferme. Sa tête a claqué contre le bois avant de rebondir en arrière, entraînant le reste du corps dans le déséquilibre. Elle chuta lourdement sur le dos. Un filet de sang se dessina sur son front. Choquée, mais consciente, elle se redressa pour s'asseoir comme une enfant désorientée, les jambes tendues en V devant elle. J’entrai et poussai d'une main le battant de la porte derrière moi. De l’autre, je tenais toujours le superbe bouquet de roses. Elle hoqueta, cherchant à aspirer suffisamment d’air pour crier. Elle allait hurler, sans nul doute. Alors je l’ai frappée. Instinctivement, j’ai lancé mon poing droit, serré sur les roses, vers son visage. Quand mes phalanges s'écrasèrent sur sa joue, l'emballage plastique du bouquet éclata sous l'impact. Des tiges cassèrent net, des pétales volèrent autour de nous. Elle ne vit pas cette pluie florale. Le coup avait fait voler sa tête sur le côté. Son front rebondit violemment contre le mur. Elle s'écroula, inconsciente. Quelques instants plus tard, le souffle court, je m'éjaculai dessus en regardant son sang goutter sur le lino de l’entrée.
2. Il est vrai que ça aurait pu mieux commencer. Ces imprévisibles emportements qui ont quelque peu chamboulé mes belles projections. Il me fallait évidemment corriger ces faux pas, reprendre un meilleur départ, mais je doutais qu’elle accepte spontanément cette marche arrière et oublie les coups, la panique, la violence. Je devais la convaincre. Pour mettre toutes les chances de mon côté, il nous fallait partir. Pour faire pencher la balance en sa faveur, rien ne valait de se retrouver en territoire conquis. Elle ne devrait se réveiller que quand j'aurai l’avantage du terrain. Elle était profondément inconsciente, comme me le confirmèrent sa lente respiration régulière et son pouls paisible. J'avais un peu de temps devant moi. Son appartement était petit, mais accueillant et confortable. La décoration était peut-être un peu trop clinquante, mais agréable. Beaucoup de bois et de dorures, comme si elle avait voulu accorder son intérieur aux reflets de sa crinière. Mes yeux s'attardèrent sur un petit cadre posé sur une commode du salon. Elle affichait un sourire radieux, serrée contre un jeune homme mal rasé. Lèvres pincées, son attitude jurait cruellement. À l'évidence, il posait, s'efforçant d'afficher une expression qui se serait peut-être voulue mystérieuse, mais qui avait plutôt l'air constipé. Était-ce là ce Séb pour qui elle m'avait pris ? Je trouvai la salle de bain, à la recherche de calmants, peut-être des somnifères, pour prolonger chimiquement son inconscience. Statistiquement, il paraît qu’on a plus d’une chance sur deux de dénicher ce genre de cachets dans l’armoire à pharmacie d’une femme de son âge. Ma fouille prouva qu'elle faisait partie de cette courte majorité : je trouvai un flacon de Bromazépam, un puissant ticket pour des séances de doux rêves psychédéliques. J'entrouvris ses lèvres et glissai une pilule sous sa langue, me garantissant ainsi une poignée d’heures de tranquillité. Puis je dénichai sous le lavabo des lingettes javellisées que j'employai pour nettoyer les témoins de notre petite friction : gouttelettes de sang et traces de doigts disparurent en quelques minutes. Je ramassai également consciencieusement les pétales de roses épars pour les glisser dans la poche de ma veste. Je les jetterai plus tard, le cœur serré. À moins que je ne les aplatisse entre les pages d'un épais ouvrage, pour en faire des souvenirs déshydratés. La nuit s’était assombrie. Le parking de la résidence était presque entièrement plongé dans le noir. J’aurai certainement pu l’emmener jusqu'à la voiture à bras le corps, mais j’ai préféré réfléchir à un moyen plus discret de la transporter. Dans le placard de la chambre, je trouvai justement une grande valise souple, mais robuste. Et deux solides ceintures de cuir. J’en passai une sous ses genoux serrés, en pressant ses cuisses contre son ventre. Avec l’autre, j'attachai ensemble ses chevilles et poignets. Ainsi repliée, elle tiendrait aisément dans la valise. Il me fallut cependant appuyer un peu pour la faire entrer, en calant la tête de côté pour que la fermeture à glissière coulisse en douceur. Essayez chez vous, vous verrez : le volume dans lequel tient un corps bien ligoté vous étonnera. Surtout celui d’une femme, dont les articulations, notamment celles des hanches, offrent une bien meilleure flexibilité que celles d’un homme. Croyez-moi, je m’y connais en la matière. Ses articulations craquèrent un peu lorsque je forçai pour faire entrer les genoux dans la valise. Je pris soin de rabattre délicatement ses mèches de cheveux sur son visage, afin qu’ils ne se coincent pas dans la glissière. J’envisageai un instant de la bâillonner, par sécurité, mais me ravisai. Les somnifères suffiraient à la garder tranquille assez longtemps. Je traînai le bagage jusqu'au palier et empruntai l’escalier avec précaution, tenant la valise à
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