Enquêtes en Béarn : Marée noire au sommet

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Alors que Marco, un petit braqueur un peu simplet, fan d’Elvis et grand pilote de Love me Tender, sa mobylette adorée, sort de prison et va peut-être fournir à l’inspecteur Larchet son heure de gloire, un mystérieux « serial killer des Pyrénées » sévit et accumule les victimes, toutes retrouvées mortes aux sommets des pics montagneux.

Une intrigue sur fond d’écologie, qui va mettre Adrien et son cher Edison, plus perspicace que jamais, à rude épreuve.

Publié le : vendredi 20 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374530802
Nombre de pages : 40
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Extrait
On dit souvent que tout est relatif. Le temps, par exemple. Ce foutu temps chargé d’heures interminables, de minutes à n’en plus finir, sans parler des secondes qui vous assomment comme si elles peinaient elles-mêmes à se former, oui, ce maudit temps est capable de s’étirer comme un ours paresseux au sortir de l’hibernation, de s’effilocher comme une vieille nappe brodée qui, après avoir survécu à trois générations, finit en lambeaux de rien dans la panière du chien.
Et puis il y a le temps fulgurant. Celui qui vous entraîne dans un tourbillon et vous fait traverser des pans entiers de votre vie en mode accéléré là où vous souhaiteriez juste pouvoir appuyer sur pause.
Marco avait eu, plus souvent qu’à son tour, l’occasion de tester à quel point la notion de temps pouvait être facétieuse. Pour lui, il y avait eu l’avant et l’après zonzon. Dans sa vie d’avant, il se revoyait enchaînant les braquages – certes souvent foireux – et brûlant à la vitesse de la lumière une existence où l’adrénaline et l’argent alimentaient ses rêves d’invincibilité. Sauf que Marco avait à peu près autant de points communs avec Arsène Lupin qu’un phacochère avec un petit rat de l’opéra, et avait fatalement fini piégé dans les filets de son insouciante course à la vie.
Le temps guimauve avait alors succédé au temps-fusée et Marco avait, comme tous les autres prisonniers, retapissé les murs de sa cellule de petites barres qui marchaient par cinq et égrenaient à la vitesse d’un escargot neurasthénique les jours sans fin qui le séparaient de la sortie.

Au total, 1 095 jours.
Pour l’heure, 1 091 petites bûchettes noircissaient le mur droit de la cellule.
Plus que quatre jours avant la liberté.
— T’es sûr que t’as bien compris ?
Adossé contre le mur, Tony savait qu’il jouait là son va-tout.
Allongé sur son lit la tête dans le vide touchant presque le sol crasseux de la prison, Marco semblait quant à lui très occupé à suivre la trajectoire sinueuse d’une fourmi égarée.
— Oh ! Marco, j’te cause ! Je sais que j’rabâche, mais bordel, c’est une question de vie ou de mort pour moi, tu le sais !
Les yeux toujours rivés sur la fourmi maintenant occupée à trimbaler une miette de pain vers un refuge de fortune, Marco se contenta de chantonner :
— Yeaaaah, number forty-seven, I'm your number three ! Let’s rock, everybody let's rock !
Tony leva les yeux au ciel et poussa un soupir abyssal :
— Oh putain, retenez-moi ou j’fais un malheur… tu sais que t’as un bol monstrueusement incroyable d’être tombé sur un codétenu comme moi, lança Tony en balançant sur Marco le polochon miteux qui lui servait d’oreiller.

Marco se redressa en se grattant la tête :
— Rooooolala, si on peut plus chanter Elvis pour se mettre un peu de baume au cœur…
— Sauf que ton Elvis, matin midi et soir, y a des moments où j’aurais bien envie de lui cisailler la banane histoire d’avoir un peu la paix !
— Don't be cruel to a heart that's true… fredonna Marco en souriant. OK, c’est bon j’arrête ! enchaîna-t-il tandis que Tony s’apprêtait à faire valser son plateau-repas dans sa direction.
Tony avait débarqué deux mois plus tôt dans la cellule de Marco. Il avait d’abord maudit l’administration pénitentiaire de lui avoir collé le seul sosie d’Elvis qui chantait aussi juste qu’un baryton castré et passait ses journées à soliloquer sur une possible existence extraterrestre. Et puis il avait révisé son jugement. Et si, après tout, ce type un peu couillon était LA solution à son problème ? De toute façon, au point où il en était, il n’avait plus rien à perdre.
Marco reprit son sérieux :
— C’est bon, depuis le temps que tu me répètes ce que je devrai faire en sortant, j’ai archi tout bien compris, tu peux me faire confiance, je respecterai ton plan à la lettre et tu pourras dormir comme un loir sur tes deux oreilles !
— T’as intérêt, marmonna Tony entre ses dents, sinon j’peux t’assurer que je finirai pas tout seul entre quatre planches de sapinette…
— Oh moi tu sais, tant que c’est pas du pin des Landes, parce que je t’ai déjà dit, hein, je suis allergique au pin des Landes, ça me fait des petites pustules blanches et rouges derrière la nuque et si jamais je commence à gratter, mais juste un tout petit peu hein, eh ben…
— Marco ! hurla Tony
— Quoi ?
— Ta gueule…
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