...Et justice pour tous

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Troisième volet de la trilogie anglaise de Michaël Mention, entamée avec Sale temps pour le pays. Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l'affaire de l'Eventreur du Yorkshire, est un homme âgé qui vit chichement à Paris. Il a sombré dans l'alcoolisme. Il va reprendre du service en franc-tireur quand sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence, est fauchée par une voiture. Il ne croit pas à l'accident...


Publié le : mercredi 30 septembre 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743633523
Nombre de pages : 383
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Présentation
Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l’affaire de l’Eventreur du Yorkshire, est aujourd’hui un homme âgé, exilé à Paris. Hanté par son passé, il a sombré dans l’alcoolisme. Seule lueur dans sa vie brisée, sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence Cooper. A Wakefield, ce dernier se retrouve chargé d’une enquête sur l’orphelinat St Ann’s : des adultes affirment avoir été victimes de viols dans leur enfance. C’est le moment où Mark se décide à regagner le Yorkshire. Un retour qui va l’entraîner dans une croisade implacable. AprèsSale temps pour le paysPrix du roman noir français de Beaune) et (Grand Adieu demain(Prix Polars pourpres), ce roman clôt la trilogie anglaise de Michaël Mention. « Du football à la musique… en passant par la crise économique et ses conséquences… l’écrivain maîtrise son ambitieux sujet. » Le Figaroà propos deAdieu demain
ÉDITIONS PAYOT & RIVAGES
payot-rivages.fr
Couverture : © Getty Images
© Éditions Payot & Rivages, Paris, 2015
ISBN : 978-2-7436-3352-3
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
Ce récit est librement adapté de l’enquête sur l’orphelinat de Jersey, rebaptisé dans le cadre de l’intrigue. Quant à la théorie développée dans ce roman, elle n’est que pure fiction bien que les coïncidences soient réelles. Merci à François, Jeanne et Benjamin pour leur confiance, à Mina pour son adorable participation, à Hervé et Jules pour leurs relectures essentielles. Enfin, merci à Michael Tingay, Stéphane Bourgoin, Erwan Person, Erwan Dieu, David Peace et Sam Millar pour leur disponibilité.
Pour Élodie.
« C’est une drôle de chose que la vie, ce mystérieux arrangement d’une logique sans merci pour un dessein futile. » Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, 1899
La porte s’ouvre et un halo cisèle le sol jusqu’à mon lit. La lumière introduit l’ombre d’une mygale.
1
24 janvier 2013
Paris, e XVIII arrondissement.
« Glou » fait l’alcool, « slurp » fait ma langue, « aïe » fait mon foie. Légumisé dans le lit, je picole en regardant le JT. Apocalypse quotidienne, animée par un sourire cravaté. Télé minable à l’image du monde actuel, sans grands hommes ni génies. On a eu des Mozart, des Gandhi, des Kubrick et maintenant, plus personne. Tous sont morts ou ont trahi ce qu’ils étaient : les Clash se sont vendus à Levi’s, Obama a lissé sa différence, De Niro se fourvoie dans des daubes… époque de merde mouchetée par sept milliards d’inutiles, dont je fais partie. Moi, Mark Burstyn, 72 ans. J’éteins l’écran, pose la télécommande sur le lecteur CD. Juste là, à ma droite. Comme ça, je n’ai qu’à tendre le bras pour que la musique me console. Ce matin, c’est celle des Stones. J’insèreSticky Fingers, m’abandonne àSister Morphine:
« Here I liiiie, in my hospital bed ! »
Avant, j’écoutais du rythm’n’blues, puis j’ai glissé vers le rock. J’ai changé. Tout a changé. Même Leeds United, racheté par une banque de Dubaï. Mes yeux passent de la bouteille au miroir. Visage osseux, teint blafard. On dirait un clone raté de Michael Caine. Comme lui, je suis né de l’autre côté de la Manche où j’ai fait le flic pendant trente ans. J’ai été détective, inspecteur et même superintendant. Une carrière exemplaire, puis j’ai tout perdu : ma femme, mon boulot, mon honneur. C’est à cause de la cassette reçue en 79 lorsqu’on traquait « L’Éventreur ». La voix avait l’accent du Wearside et on a enquêté là-bas, mais c’était un canular. Après l’arrestation du tueur, j’ai voulu retrouver celui qui s’était foutu de nous. Je l’ai longtemps cherché, jusqu’au 11 septembre 2001. Pour le monde entier, ce jour a inauguré une nouvelle ère. Pour moi, ça a été la fin. Ce soir-là, dans un pub, j’ai cru entendre « l’homme de la cassette » et je l’ai battu à mort. Résultat : huit ans de prison. Huit ans à manger dos au mur et dormir une fourchette à la main. Dans les films, quand un mec va en taule, il se fait enculer de suite. La réalité est plus subtile. Il y a d’abord les ricanements. Ensuite, les insultes. Après… après, on chiale et on saigne en silence. J’aurais dû tirer onze ans, mais l’avocat m’a convaincu de faire appel. Le jour de ma libération, Clarence était là. Le deuxième meilleur flic que j’aie connu
après George. Il m’a demandé ce que j’allais faire, j’ai répondu « Trouver une piaule » et il m’a conduit à un hôtel de Leeds. Dès qu’il s’est cassé, j’ai pris le premier car pour Londres – direction l’Eurostar. Arrivé à Paris, je l’ai appelé pour lui dire que je ne reviendrais pas. Il a tenté de me raisonner, puis m’a souhaité bonne chance. C’est la dernière fois qu’on s’est causé et ça n’arrivera plus, puisque je n’ai aucun portable. Depuis quatre ans, je croupis dans ce 10 m² sans douche, au cinquième étage d’un immeuble pourri à Stalingrad. C’est tout ce que j’ai pu obtenir après avoir indemnisé la famille de ma victime. Mon budget me laisse à peine de quoi acheter de la bouffe. Et du whisky, surtout. Matin, midi et soir, je fais le plein. L’alcoolisme, c’est l’enfer, un cercle vicieux qui se resserre sur ma gorge chaque jour un peu plus. J’en souffre, mais personne ne m’oblige à boire. Je suis devenu ma propre arme de destruction passive.
« Oh, you see ! That I’m not that stroooong ! »
Nouvelle gorgée, et ma dépendance en induit une autre : cigarette. Vu le prix, je me suis mis aux roulées. Pas facile avec les mains tremblantes. Poser la bouteille, ouvrir le paquet et sortir les feuilles, je sais faire. C’est la suite qui est compliquée, ce qui demande de la précision. Extraire une feuille. Ne pas la faire tomber. Piocher du tabac. Ne pas en faire tomber. Remplir la feuille. Ne pas ET MERDE ! Furax, je recommence et réussis enfin. Yeah. Deux minutes, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour rouler cette clope. Cramponné au briquet, je me concentre pour stabiliser la flamme et l’allume enfin. Tiens, érection. Un peu. Le cul, c’est fini depuis longtemps. La dernière femme que j’ai touchée, c’est ma mère quand je lui ai embrassé le front sur son lit de mort. Hormis elle, deux ont compté dans ma vie : mon ex et Coline, qui vit peut-être encore ici. Je n’ai jamais cherché à la retrouver. Inutile. Plus d’une fois, j’ai songé à en finir. Sauter par la fenêtre. J’en suis incapable alors j’ai opté pour la mort lente, d’alcool en tabac. C’est lâche mais j’ai mes raisons, surtout une : Amy, la fille de Clarence. Lorsqu’il m’a demandé si je voulais en être le parrain, j’ai accepté. Je n’ai pas voulu le vexer. Six ans plus tard, j’ai reçu la première lettre d’Amy et, depuis, on s’écrit une fois par semaine. Chaque samedi, sa lettre égaye mon néant. Clarence le sait, c’est lui qui a trouvé mon adresse et la lui a passée. Il a bien fait. Amy, c’est la fille que je n’ai jamais eue. Mes racines, mon salut. Un jour, j’irai la voir. Bientôt, elle aura onze ans et je vais devoir lui trouver un cadeau. Mais je ne veux pas sortir. J’ai peurdes autres. Peur du ridicule. Peur d’avoir tort. Peur d’avoir raison. Peur de choisir. Peur d’échouer. Peur de rater le film, livre, spectacle dont tout le monde parle et d’être « largué ». Peur de la loi. Peur du présent et du futur. Peurde manquer d’alcool. Tremblements, encore. L’envie, vorace. Mes neurones ; ils m’ordonnent de me lever. Non, c’est Jagger…
« I knoooow in the morning I’ll be dead ! »
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