Etrange l'homme sans rivage

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Madame, au seuil de la mort, cherche à faire revivre les fastes d'une époque révolue. C'est à Samuel, un pianiste raté devenu son domestique, qu'incombe la charge d'entretenir cette mystification. Mais poursuivi par un fantôme embarrassant, il a bien du mal lui-même à distinguer la réalité du fantasme. Dans l'atmosphère étouffante d'une villa de la Côte d'Azur, se confrontent des êtres étranges, escrocs, mythomanes et beau parleurs qui gravitent tous autour de la maîtresse de maison. Et un meurtre se prépare – qui révèlera l'identité et les vérités de chacun.
Publié le : lundi 8 janvier 2007
Lecture(s) : 254
EAN13 : 9782748193466
Nombre de pages : 217
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Etrange l'homme sans rivage
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Benoît Artige
Etrange l'homme sans rivage
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9346-6 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748193466 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9347-4 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748193473 (livre numérique)
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. « Etranger, dont la voile a si longtemps longé nos côtes (et l’on entend parfois de nuit le cri de tes poulies), Nous diras-tu quel est ton mal, et qui te porte, un soir de plus grande tiédeur, à prendre pied parmi nous sur la terre coutumière ? » Saint-John Perse, “Amers”"À la mémoire de Blaise et Irène" .
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I
Je crois que j’ai le mal de mer, les poissons me voient, penché vers eux, vomir discrètement. Pourtant, c’est un peu comme à la maison ici, avec la douceur. Et Madame a été d’une grande largesse pour les extras, il faut bien s’occuper. Au bar, quelques individus comme moi entretiennent un alcoolisme méthodique, nous buvons silencieux. A l’heure qu’il est, même si mes gestes s’enchaînent de manière logique, je viens de boire cinq whiskys, ce qui ne veut pas dire que je ne maîtrise pas mon alcoolisme, je tiens la cadence : disons, deux tangos de Carlos Gardel pour un verre, c’est un bon rythme. On ne dit pas assez le mal que peuvent faire les voyages. C’est bien parce que Madame me l’a demandé que j’ai pris ce bateau pour la Corse, ça vous fera des vacances, Samuel, m’a-t-elle dit. J’obéis toujours aux ordres de Madame, mais il est certain que le cœur au bord des lèvres et le corps suspendu entre deux rives, je ne me sens pas parfaitement à mon aise.
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Étrange l’homme sans rivage
Enfermé dans ce navire d’où je ne peux réchapper, je suis confié à l’incertitude de la mer, comme prisonnier de la plus libre, de la plus ouverte des routes. Et sitôt que mon attention se relâche, j’entends derrière moi le rire de Louis, sa grande silhouette capable d’équarrir une carcasse de veau d’un seul coup de hachoir s’avance vers moi, je vois sa tête qu’il porte entre ses mains sourire de ma défaite. Au cœur de l’homme, solitude, paraît-il. Je ne peux pas me plaindre : pas une heure sans que Louis ne vienne me taper sur l’épaule, en me rappelant que j’ai la chance inouïe de communiquer avec un mort. Il ne peut s’empêcher de me faire part de son avis, il est intarissable. Il trouve que je ne profite pas assez du voyage, il est très content de cette traversée, il me parle d’une croisière qu’il rêverait de faire sur la Méditerranée en s’arrêtant à tous les ports. Nous pourrions aller à Athènes, Samuel, et à Tel-Aviv, puis les îles. Il dessine du doigt une carte dans l’air. Il se lamente aussi, ce n’est pas une vie facile que ma maladresse lui a imposée. Il me montre sa jambe droite, vous êtes vraiment un cochon, pas fichu de tirer droit, vous savez que je souffre avec cette putain de jambe qui traîne. Je lui montre ma lèvre, nous sommes quittes.
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