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Femme au singulier, femmes au pluriel

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Julie est la femme et toutes les femmes de notre époque : épouse ou compagne, mère, amante, responsable dans sa vie professionnelle et dans ses activités.
A la fois indépendante et tentée par l'idée d'une nouvelle version du couple : "j'hésite entre le doux Prince Charmant et l'Homme avec un grand H, viril, celui qui nous surprend à chaque instant , l'Homme parfait dont il n'existe aucune photo disponible."
Un roman agréable, tonique, qui témoigne d'un itinéraire jalonné d'émotions, de rencontres diverses, d'amour, d'humour, et de dérision.
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Anne DARBOUSSET

Femme au singulier,

Femmes au pluriel

 


 

© Anne DARBOUSSET, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1069-6

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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Du même auteur

 

« Montre-moi le livret de famille » 2009

 

« Relations post-mortem » 2010

 

« Namasté Dadda ! » 2011

 

« Biographie de Georges Brummel » 2012

 

« Héritages » 2013

 

« Femme au singulier, Femmes au pluriel » 2014

 

« Montre-moi le livret de famille » – Deuxième édition – 2016

 

« Max le chat » 2016 

 

« Adieu Louis ! » 2017

 

 

 

 

 

« Il faut avoir une grande musique en soi si l’on veut faire danser sa vie »
Nietzche

 

 

 

 

 

 

À Françoise, une amie chère qui a contribué à glisser beaucoup d’humour et de dérision dans ce roman, un rayon de soleil pour ceux qui l’approchent.

 

CHAPITRE 1

 

Je m'appelle Julie. J'ai trente ans. J'ai divorcé, enceinte, après six mois de vie commune qui m'ont paru une éternité d'aberration. Pour lui aussi. Je suis partie avec mon paquet dans le ventre, convaincue et conquérante. Mon paquet est devenu une jolie petite fille de sept ans, Lucie, ma lumière, que j'élève seule, avec amour et rigueur, comme ma mère et ma grand-mère m'ont élevée, après le décès de mon père que j'ai peu connu. Je suis professeure de français et de littérature – autrefois professeur, mot dont la sonorité satisfait davantage mon oreille – dans un lycée, situé dans le sud de la France. Le lieu précis ? Quelle importance ! Je suis Julie, moi, l'unique et, en même temps, je suis toutes les femmes.

Toutes pourvues d'un nombril que nous regardons avec indulgence ou colère, selon le moment. Trop rond, pas assez. Trop protubérant. Trop enfoncé.

Toutes préoccupées par la contradiction : soumise ou rebelle ? Évidemment à l'homme. Comme elles, j'hésite entre le doux Prince charmant et l'Homme avec un grand H, viril, celui qui nous plie dans tous les sens, l'Homme parfait dont il n'existe aucune photographie disponible. Et pourtant, cette image me trotte, nous trotte dans la tête. Qu'est-ce que nous lui demandons à cet Homme parfait ? Parfait, qu'est-ce que cela signifie ? Parfait en quoi ? En tout. Mais qu'allez-vous imaginer ? Vous le savez bien, parfait, c'est parfait. Rien à redire. Et ça existe un homme dont il n'y a rien à redire ? En fait, il existe. Il a existé, un temps, celui du premier regard. Lors de la Rencontre, celle avec un grand R. Nous nous sommes dit : c'est lui. Il est parfait. Il est pour moi. Nous l'avons regardé sous toutes ses coutures, convaincues, très amoureuses. Nous avons même vanté ses qualités aux copines. Nous avons été dithyrambiques à son sujet : Tu verras, il est too much. Beau, intelligent, etc. Nous l'avons pratiqué assidûment. Quelque temps. Un temps. Et puis, les coutures que nous avions trouvées parfaites, ont laissé entrevoir des dessous pas terribles, modifiables, que dis-je à modifier. Même les coutures ? Celles qui nous avaient séduites autrefois ? Même celles-là ? Mais oui ! Et surtout celles-là. Aujourd'hui, elles lâchent, elles sont disgracieuses, mal fichues, finalement inachevées. Il faut les refaire et ce qu'il y a à côté aussi. Tout est à refaire ? Tout est à jeter ? Oui, selon nous. Alors, il ne sera plus Lui ? Nous voulons qu'il perde son identité pour être exactement comme nous le souhaitons. Pauvre chéri. Nous avons raison. Notre raison. La bonne. La nôtre.

Serions-nous des Cruella en puissance ? À l'affût. En sommeil. Prêtes à nous réveiller sans le savoir, naturellement.

« Mon Dieu, j'ai honte.

— Vraiment ? » me répond Dieu.

Un Oui que j'ajoute dans un instant de lucidité.

« Parce qu'il ne faut pas croire, je suis lucide.

— Ne serais-tu pas un tantinet malhonnête ?

— Allez, Seigneur, je te l'accorde, de temps à autre, par défaut, quand j'oublie d'être dans la conscience des choses de la vie.

— Tu te fiches de moi ! Tu crois que je ne te vois pas ? Que je ne sais pas ? Tu plaisantes.

— Oui, pardon, Seigneur. J'avoue.

— Ah, je t'aime bien quand même !

— C'est ce qui me plaît : que je sois transparente en ta présence. Je peux rire de moi avec toi, ou pleurer. Tu es là et tu m'écoutes. Tu m'autorises la dérision et il en sort pour moi de l'apaisement. Je peux t'appeler et tu es là, immédiatement. Tu es l'Homme idéal. Parfait.

— Tu mélanges tout : le divin et l'humain.

— Et pourquoi pas ? Cela existe dans la mythologie : mi Dieu, mi Homme. Moi, cela me va. Je te vois comme ça. Tu es semblable à moi et en même temps tu es au-delà dans la spiritualité, dans l'inimaginable, l'inatteignable, le contingent ; c'est-à-dire le possible et l'impossible. J'aime ce temps passé avec toi. J'en sors tonifiée. Créative. Je t'en suis reconnaissante. »

 

Où en étais-je ? Pourquoi ces propos ? Ah, je sais. Pour dire que mes projets d'avenir ne seront pas dans l'enseignement, dont j'ai fait le tour après dix ans de pratique. Oh, bien sûr, j'ai engrangé des souvenirs. Je me revois observant un spectacle récurrent, celui de mes collègues, dans la salle des professeurs, où le poids des mots de leur ennui commençait à m'insupporter, ainsi que leur regard sur la montre et leur soupir, Il faut aller au turbin. J'ai retenu l'image de la jeune professeure, juste sortie du cursus universitaire, sans formation pédagogique, qui ne parvenait pas à s'imposer, et que les grands adolescents attendaient, au garde-à-vous, dans le chambranle de la porte d'entrée de la classe, pour lui faire une chaise à porteurs jusqu'à son bureau, qu'elle n'osait refuser. Ce qui mettait la classe en ébullition que rien ne pouvait refroidir.

Un soir, un élève amoureux m'avait réveillé. Je n'ai jamais pu savoir comment il s'était procuré mon numéro de téléphone. Il appelait de la gare et voulait me parler, me voir, que je sois là près de lui, sinon il se jetterait sous le premier train qui passerait. J'avais enfilé un jogging, j'étais partie dans la nuit, en direction de la gare et, j'avais tenté un dialogue, accepté de prendre un café avec lui. Il voulait me déclarer officiellement son amour. Et après ? Qu'allait-il faire ? Il arrêterait le lycée. Il lui était impossible de faire face à mon indifférence, lui assis sur sa chaise de lycéen. Il allait travailler au guichet de l'autoroute. Je l'avais raccompagné devant la porte de ses parents qui s'en fichait de lui, disait-il.

Il y a eu le temps des préparations de cours, dans une dynamique joyeuse parce que j'étais sûre que les élèves seraient passionnés, que je capterais leur attention pendant une heure de pur bonheur que nous partagerions. Et de temps à autre, cela marchait, et remettait en place le bon tempo, celui qui donnait envie de continuer. J'étais alors, une enseignante heureuse qui sait intéresser ses élèves, verdict de l'inspecteur sur le compte-rendu rectoral qui m'a permis de gravir un échelon administratif, l'avenir de l'enseignant.

Je pressens que je pars au bon moment, avant que ne se déclenche l'étape de la perte de notre autorité. Je sens les frémissements de l'onde de choc de mai 1968.

Et surtout, je me sens prisonnière d'un rythme marginal, préservé, celui de l'état de fonctionnaire, hors de la vie économique. J'ai regardé les vivants de l'extérieur, les morts-vivants de l'intérieur qui soupirent, qui attendent impatiemment les vacances méritées, justifiées, qui ne croient plus à leur vocation, qui vivent aux limites de leur enthousiasme, qui font leur travail à marche forcée, qui vivent une guerre perdue, celle de leur vie au goût amer.

Je ne suivrai pas la meute. Je vais me mettre en indisponibilité, un temps, celui du test, s'il est bon, je donne ma démission. Je pars avec un peu d'argent en poche. Toutes mes économies. J'y crois. Je n'ai pas peur.

Enfin, j'avoue, un peu tout de même, car je prends des risques pour ma vie et celle de ma fille. Je ne vais pas à l'aveugle. J'ai longuement réfléchi et je suis tombée sur une opportunité, une niche d'entreprise privée, un créneau inexploité, un phénomène rare. Il arrive parce que j'ai envie d'entreprendre une nouvelle aventure. Je porte ça en moi. J'y crois. Il faut que je le fasse, que je réalise. Il devient une évidence incontournable. Un premier marché quasiment en mains, par relation, m'attend et demande à être pris immédiatement. L'objet sera la créativité dans l'objet publicitaire, aujourd'hui, sans relief, marqué d'une griffe ou d'un nom sur un article déjà fabriqué qui vient d'Asie, la plupart du temps, ou qui est pris dans les collections classiques françaises. Insignifiant, il n'a pas d'originalité, il est mal adapté au produit dont il doit assurer la promotion.

Il y a tout à faire. Autour de moi les acteurs, les clients et les fournisseurs, se mettent en place, naturellement, comme si j'étais attendue pour faire ce qui n'a pas été fait jusqu'à présent. Plus de questions à se poser. Il faut y aller. J'y vais. Le monde m'attend. Attention, j'arrive !

 

Quand les choses doivent se faire, elles se font. Quand c'est le moment, c'est le moment. Avant, après, ce n'est pas l'heure. Lieux communs, certainement. Réalité, sûrement. Il est curieux de constater que nous subissons des temps d'attente trop longs dans certaines périodes et que nous vivons des accélérations cumulatives à d'autres moments et, qu'il s'agit bien là de la contingence en mouvement.

Je n'ai pas apprécié la philosophie lorsque j'ai passé mon baccalauréat. Pourquoi ? Étais-je trop immature ? La professeure, une jeune femme, lisait son cours. Elle ne m'intéressait pas. Je dormais, je somnolais à l'abri dans mon univers. J'écoutais des bribes, histoire de passer la dernière épreuve lycéenne qui me permettrait d'être libre, étudiante, et de pouvoir vivre comme je l'entendais. Dommage, le contexte m'a fait perdre dans la brume du lointain passé scolaire ce qui aurait pu forger mon esprit. Il est en creux de ce côté. Il présente des failles béantes.

Avec le recul, je pense qu'il s'agissait d'une philosophie figée, livresque, qui ne me concernait pas. Pourtant certaines élèves de la classe paraissaient captivées par le discours, leurs bonnes notes de dissertation prouvaient qu'elles assimilaient. Notamment la fille du juge. Je lui avais demandé de me laisser lire son travail, très intriguée par une note aussi élevée, pas loin du vingt sur vingt. Comment faisait-elle ça ? Je me souviens avoir été ébahie par la clarté de l'écriture et de la démonstration. À notre âge nous pouvions penser, écrire comme ça ? À la lecture, je n'avais pas compris grand-chose, à mon grand désarroi. Soudain, une impression de nullité m'avait envahie.

J'aurais voulu un discours qui me touche, accessible, humain, dans lequel je me serais reconnue. Je flottais constamment dans l'abstrait. La philosophie démocratisée n'était pas d'actualité. J'y remédierai plus tard, en position d'autodidacte, quand je serai mûre pour cette matière, quand j'aurai assimilé que la philosophie est une réflexion sur la vie et que nous faisons de la philosophie sans le savoir. J'étais un monsieur Jourdain en puissance.

 

J'ai de la chance. J'ai rencontré Francis chez des amis. Tout arrive en même temps : le prince charmant qui accoste sur les rives de mon quotidien, professeur de droit à la faculté et rentier, qui m'accepte dans sa vie avec ma fille, dans son hôtel particulier XVIIIe siècle à Aix-en-Provence, dont il a hérité dans le partage patrimonial au décès de leur père, son frère et lui, et dans lequel j'aurai mon bureau pour démarrer. Toute une infrastructure sur un plateau. Divorcé. Deux garçons qui vivent avec leur mère, une femme qui travaille, qui assure son autonomie financière en tant que chirurgien-dentiste et qui exige du père de pourvoir confortablement à leur éducation. Une femme de son temps, moderne, qui défend ses intérêts sans état d'âme et qui a mis en place, depuis leur divorce, un barrage affectif au père. Elle lui en veut.

« Pourquoi t'en veut-elle à ce point ? Jusqu'à diffuser des propos peu sympathiques à ton égard. C'est ce que j'ai entendu dire. »

Francis opte pour une réponse voilée.

« Tu l'as trompée ?

— C'est un peu ça.

— Tu l'as trompée ou tu ne l'as pas trompée ? Un peu, cela signifie quoi ?

— J'ai déconné. Je reconnais. »

La réalité se met en place peu à peu, entre les confidences de Francis et les propos extérieurs glanés auprès de langues qui se délient. En province, tout se sait.

« Je n'ai supporté ni la séparation ni le divorce. Je me suis rendu compte, à ce moment-là, que je l'aimais, que je la perdais ainsi que mes enfants et cette vie de famille à laquelle j'étais attachée sans le savoir. Alors je me suis mis à déprimer et à boire. Elle m'a puni, par l'argent et par l'absence. Elle a dressé les garçons contre moi, pour se venger. Elle m'a fait payer cher mes quelques dérives féminines. Elle n'a eu de cesse de me pourrir la vie avec son avocat. Elle a tiré le maximum d'argent de cette situation.

— Elle s'est vengée peut-être parce qu'elle souffrait. Peut-être se sentait-elle humiliée. Qu'est-ce que tu sais du fonctionnement d'une femme trompée ? Où en êtes-vous aujourd'hui ?

— La détestation réciproque.

— Les garçons ?

— Je les prends quelques week-ends et certaines vacances scolaires, à Rognes dans ma maison de campagne, parce qu'ils aiment ce lieu. Et je me rends compte qu'elle leur raconte des horreurs sur moi. Qu'il me faut constamment rétablir une vérité. C'est épuisant. Difficile. De plus, j'ai l'impression d'être une planche à billets pour eux et ça me fait mal. »

 

Le prince charmant est humain. Tout simplement humain. Tout n'est pas rose dans son château ! Physiquement, il reste mon prince de quarante-cinq ans que les étudiantes en droit regardent dans leur collimateur de séductrices.

La partie n'est pas aisée. Je sens bien que dans ce milieu provincial bourgeois, il y a des réticences à mon égard et par rapport à notre situation de couple illégitime. Ils se posent la question :

« Qui est-elle ? D'où sort-elle ? On ne la connaît pas sur la place. De qui est-elle la fille ? De qui était-elle la femme ? Divorcée et avec une enfant. »

Je cumule les handicaps d'intégration. Je tente de ne pas être atteinte par le mépris qui se glisse dans leurs propos lorsqu'ils s'adressent à moi. Je joue l'humour pour éloigner la peine que je ressens. Je bouillonne et en même temps j'aimerais que l'on m'aime sans se poser de question, parce que c'est moi. J'irai bien jusqu'au sarcasme mais je me retiens pour Francis. J'opte pour un regard amusé ou narquois. Leur jeu est moins beau du coup. Ils sont pris en défaut.

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