Fleur de bagne

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J'aime deux choses dans la vie : ma guitare et ma fleur de bagne. Un tatouage n'est jamais innocent, il respire, il a sa propre histoire et la foutue greluche qui tortille ses fesses sur mon avant-bras est loin d'être innocente. Pulchérie aussi a un tatouage, plus intime, plus près du corps. Pulchérie, c'est ma gonzesse et elle est en cloque jusqu'au yeux. Je déteste les femmes enceintes, alors je m'accroche à mon tatouage. Sur l'écho, il semblerait que ce soit une petite pisseuse qui se pointe. Je suis jouasse, mais j'ai peur. Surtout depuis qu'une bad girl a laissé en consigne, dans l'étui de ma guitare, un bon kilo de coke, sans que je puisse m'empêcher de mettre le nez dedans. Ce truc, ça aiguise le tempérament, mais ça attise aussi les convoitises et les représailles. Maintenant, j'ai un tueur qui me colle aux tiagues et le tatoueur qui veut s'envoyer ma fleur de bagne. Un tatouage n'est jamais innocent...

Publié le : lundi 1 janvier 2007
Lecture(s) : 33
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330309
Nombre de pages : 94
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Son tatouage était bleu comme la flamme de la veilleuse qui dansait dans le chauffe-eau de la cuisine. Elle s’appelait Pulchérie et elle était enceinte jusqu’aux yeux. D’après l’écho… ça serait une fille.
La chambre était tristoune à la limite du hors-jeu, le papier peint se gon-dolait et les gogues étaient sur le palier. On avait atterri la nuit, dans cet hôtel sans étoile. La 504 était garée en bas, dans la rue. C’était une vieille caisse que mon père venait de me refiler. Je l’avais poussée jusqu’ici, pour voir ce qu’elle avait dans le ventre. Pulchérie, elle, je savais… mais la Peugeot, pas vraiment. Le ciel était blanc. La lune venait d’enfiler son peignoir. Trouville doucement sortait de sa torpeur. Nelly la postière, le dos tourné vers la glace
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de l’armoire, se matait les jambes et les fesses tout en jouant sur les élas-tiques de son slip. Elle me toisa : – J’suis encore bien foutue pour une fille de dix-neuf ans et demi, hein ? Allez, debout paresseux ! On va à la mer. Tu m’as promis. Je m’étirai. J’avais mal aux cheveux. Je détestais les dimanches. Après avoir mis mes chaussettes, je pissai dans le lavabo et m’aspergeai le visage d’eau froide. À la réception, je réglai la nuit à un zozo qui avait la gueule à Pif le chien et sortis dans la rue, la postière sur les talons. L’air frais nous fit frissonner. La ville dormait encore. Deux zombis, en tenue fluo et bouée réglementaire nous frôlèrent, s’es-quintant la santé à courir sous les chiures et les sarcasmes des mouettes. Je poussai la porte du premier rade rencontré et commandai du café et des tartines beurrées. Nelly m’embrassa goulûment. La radio annonçait un temps ensoleillé sur toute la région. Je pensai qu’un plateau de fruits de mer arrosé d’une bonne boutanche pourrait aider à tirer la journée. Nous rejoignîmes mon carrosse non sans avoir au préalable lampé avec soin quelques verres de calva. La 504 s’éloigna sur la route des plages. La matinée s’annonçait exceptionnellement belle pour un mois de décembre. La mer s’étendait, grise, derrière les dunes. Les mouettes à présent riaient. Je garai la chignole derrière un vieux combi Volkswagen et nous nous déshabillâmes. Nelly enfila un bikini rouge à pois blancs. Elle ressemblait à
un sucre d’orge. Nous atteignîmes le sable mouillé et, main dans la main, nous marchâmes en respirant fort l’air iodé. Nos pieds s’entremêlaient, gra-vant leurs empreintes dans la mémoire de la terre, mais régulièrement des petites vagues effaçaient les traces fragiles de notre passage. C’était beau, mais éphémère. Nelly me lâcha la pince pour se mettre à poil et courut vers la mer. Elle entra dans l’eau jusqu’à mi-cuisses. Son ventre blond dansait au-dessus de l’écume. J’avais la gorge serrée. Je culpabilisai en regardant ce corps, livré ainsi au grand jour, sans pudeur, entre la ligne d’horizon qui se barrait ailleurs et moi, chien perdu sans collier, sur ce repli de sable. Je pensai très fort à Angélique. J’essayais de l’oublier, mais rien n’y fai-sait, son fantôme me hantait. J’essayais de ne pas trop penser à Pulchérie, au ventre de Pulchérie, j’essayais, mais sans résultat. Je pensais surtout que j’étais un salaud et que j’avais beaucoup de chance. Mais avais-je seulement un jour tenté de saisir cette chance ? Étant trop lâche pour trouver une réponse, je me concentrai sur le cul de Nelly. Elle arriva sur moi, dégoulinante et rayonnante, se collant à ma peau comme une sangsue, m’embrassant à pleine bouche. Mon phare se dressa illico sans faire de manières, visible de la mer des Sargasses à la mer de Chine, jusqu’à la mer de Kara. Nous roulâmes sur les galets, chahutant les méduses et gobant les bigor-neaux. C’était vrai que j’avais de la chance, surtout pour un dimanche.
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Le phare couleur langouste brilla longtemps, jusqu’à devenir une crevette baveuse qui se rétracta le long de ma cuisse. Puis, dans un gastos chicos, on becta des huîtres, du crabe, et des cha-peaux chinois, et comme l’heure tournait, il fallut rentrer.
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