Giboulées

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Après une nuit d’amour inoubliable, Thomas quitte brutalement Amanda. Bouleversée, celle-ci se remémore inlassablement les précieux instants qu’elle a passés avec lui. Pour l’oublier, elle décide de s’enfuir en Islande. Là-bas, immergée malgré elle dans cette terre de glace bouillonnante, pays d'elfes et de légendes, elle va faire de nouvelles rencontres, avancer, comprendre. Au terme de son voyage, parviendra-t-elle à guérir ?
Publié le : jeudi 2 juin 2016
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EAN13 : 9791026205661
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Carole Bluchetin

Giboulées

 


 

© Carole Bluchetin, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0566-1

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Giboulée : « Une giboulée est une averse aussi brève

que violente qui se produit lors du passage de l’hiver au printemps,

principalement aux mois de mars et d’avril

(d’où l’expression “giboulées de mars”)

et qui est due au phénomène météorologique de convection. »

 

Wikipédia

 

 

 

À Antoine

 

 

 

 

 

 

I. Ton cœur brisé

 

 

 

« There’s nothing more than empty sheets /

Between our love, our love. »

Pink, « Just Give me a Reason »

 

1.

 

Il ne t’a pas rappelée. Tu n’as pas compris ce qui s’est passé. Ou plutôt ce qui ne s’est pas passé. C’est ainsi que font les hommes quand ils ne savent pas quoi dire ou faire, et ce n’est jamais bon signe : rien. Ils ne font rien. Mais comment aurais-tu pu le savoir ? Et surtout comment aurais-tu pu dissimuler ce qui brûlait en toi depuis lors et t’empêchait de dormir de penser de manger ?

Ton chat a fait un bond sur le canapé et est allé se réfugier dans la cuisine. Sans doute pour aller manger. Alisa, ta colocataire, devait rentrer tard ce soir. Et puisque tu n’avais plus de pelage à caresser ni ta source de chaleur sur les cuisses tu as décidé de t’enfoncer dans un bon bain bouillant… pour une fois que tu pouvais occuper la salle de bains sans craindre d’être dérangée par cette femme impétueuse qui a précisément besoin d’un coton-tige quand tu tournes le verrou de la porte derrière toi. L’eau chaude a coulé en une mousse blanche et légère sur tes pieds et une forte odeur de soufre a saturé l’air de la pièce. La tête te tourne, comme chaque fois que tu dévisses un robinet dans ce pays. Tu ne t’y feras jamais à ces volcans ! Ce feu qui couve sous la glace… telle est la devise islandaise. En dépit de son odeur l’eau a délassé les muscles de ton cou qui étaient tendus comme des câbles prêts à se rompre.

Le lendemain matin, il ne s’était pas pourtant pressé, vous étiez restés un long moment au lit à discuter qu’il était bavard le matin ! , il t’avait caressée de nouveau puis embrassée, il avait ensuite filé sous la douche, enfin ses deux bras puissants avaient enveloppé tes épaules et il t’avait dit le classique « Je t’appelle » en te demandant du regard ou mettre la serviette qu’il venait d’utiliser.

Tu avais fermé le verrou derrière lui, certaine de le revoir très vite, sourde à l’alarme qui bipait dans les replis de ton cœur depuis la première fois où tu l’avais vu, plus de onze années auparavant. Les premières giboulées avaient carillonné sur tes vitres, à un rythme régulier, mais ça n’avait pas duré. Les semaines avaient passé, c’en était humiliant, tu ne comprenais pas, alors tu avais renoncé progressivement à lui faire signe à mesure que les jours s’écoulaient sans nouvelles de lui : ton corps s’était asséché du manque de son étreinte, tes yeux ternis du manque de son regard, tes doigts crispés du manque de sa peau, tes lèvres gercées sans sa bouche à presser. Plus rien ne comptait davantage que son absence à lui, qui te rendait absente à toi-même. Prostrée, tu étais. Son silence était si éloquent, quels étaient ces mots que vous n’aviez pas su vous dire, qu’il n’avait pas su t’avouer ? Peut-être après tout valait-il mieux ce silence qui creusait chaque jour un peu plus des chemins séparés par un fossé qu’un humiliant face-à-face que tu n’aurais pas supporté. L’homme qui t’évitait à présent n’était pas celui qui t’avait tenue dans ses bras. Et qui était donc cette femme qu’il avait désirée si fort et qu’il négligeait de rappeler et d’aimer jour après jour ? Certainement pas celle qui se tenait devant le miroir terni de la salle de bains, l’air hagard, les cheveux en bataille, des cernes foncés sous les yeux. Un vrai cliché des temps modernes. Que s’était-il donc passé ? Surtout, pourquoi t’avait-il fait signe au café de Bastille, si c’était pour te quitter tout de suite après ?

Sonder les profondeurs de l’âme humaine comme on sonde les abysses à la recherche d’un trésor englouti, tu en avais rêvé, toi qui déteste la plongée... Il paraît que les elfes –  ces créatures invisibles pour qui le peuple islandais a tant d’égards que le gouvernement est capable de faire dévier un tracé de route inopportun ou de déplacer une maison , ici, ont ce pouvoir… D’ailleurs les pierres bien lisses, vieilles comme le monde et entassées dans un coin en friche de ton jardin leur sont destinées, t’avait appris Alisa d’un ton docte quand tu lui avais montré le tas d’un air interrogatif. Cela t’avait intriguée mais, respectueuse, tu n’y avais pas touché.

De la même manière, ton chat pourtant bien français, lui, enfin pour autant que tu le saches a l’air de parfaitement sonder ce que le commun des mortels ne peut voir. Ne dit-on pas de ces félins que ce sont les maîtres de l’invisible ? Tu avais aussi remarqué que des idées trop moroses le faisaient en général fuir. Ce chat était une énigme. À la fois tendre et sauvage… doux et indépendant. Comme le peuvent être les hommes, en somme. Du moins ceux que tu rencontres. Pour les autres… Tu enfonças tes doigts dans son épaisse fourrure – quel réconfort ! En tout cas Gridou miaulait comme un damné et se fichait de tes caresses alors tu t’es décidée à interrompre ton ressassement stérile pour aller lui ouvrir une boîte de thon.

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