Haine Fraternelle

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Les frères Malory se détestent depuis leur plus tendre enfance. Une femme va amplifier cette haine. Juliette, mariée à l'aîné, est victime d'un amour démesuré, pathologique; elle ne peut espérer son salut qu'en répondant aux sentiments du cadet qui va s'efforcer de la soustraire aux persécutions de son mari. Par ailleurs, le récit nous invite à comprendre ce qui se passe dans la tête d'un homme dépassé, victime de sa passion,d'une réelle obsession. S'ensuivent des situations dramatiques, de folles cavales, ou alternent espoirs et désespoirs, qui ne trouveront une issue que dans le drame et le sang.  
Publié le : jeudi 28 janvier 2016
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EAN13 : 9791026203780
Nombre de pages : non-communiqué
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Hugh Caron Haine Fraternelle
© Hugh Caron, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0378-0
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Internet : www.librinova.com
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1
Le dîner avalé, le feuilleton quotidien de la télévision terminé, Franck regagna la chambre nuptiale avec une satisfaction non dissimulée. La toilette sommaire accomplie, en pyjama, il s’allongea sur le lit avec délice, se laissant aller à ses rêveries coutumières. Il s'était toujours dit c'est ici, dans cette chambre, dans ce décor familier, que je souhaite mourir. Ô bien sûr, il ne pouvait pas imaginer dans quelles circonstances arriverait sa dernière heure, mais est-ce que l’on sait d’ailleurs comment tout cela se termine ? Non, la vie est pleine de surprises et en général les choses ne se passent jamais comme on les imagine. Juliette et lui avaient fait de leur chambre un véritable écrin. Les murs tapissés couleur vieux- rose, un lustre à pampilles, imitation de cristal, de lourds rideaux en velours vert sombre pour se protéger du jour et des regards indiscrets, donnaient un aspect de confort à ce nid douillet. Juliette avait, en son temps, jeté son dévolu sur une coiffeuse de style Louis XVI, laqué blanc, surmontée de trois miroirs, renfermant une multitude de petits tiroirs propices à la dissimulation de secrets. Le lit censé être de la même époque, à dosserets capitonnés, recouvert d’un tissu à ramages bleus, aux bois peints de blanc cérusé, occupait une bonne partie de l’espace. La parure du lit s'harmonisait dans un ensemble bleu pastel, couleur chère de notre bon roi qui perdit la tête sur l'échafaud. Dans les mêmes coloris, les descentes de lit de style chinois accentuaient l’aspect douillet. Puis, il y avait l'armoire, une belle armoire du XIX même siècle, massif, à trois portes incrustées de longs miroirs biseautés, qui occupait à elle seule pratiquement tout un mur, une occasion inespérée aux puces de Saint-Ouen, en chinant un samedi matin ; le brocanteur, un homme haut en couleur, en avait assuré la livraison, ce qui avait été apprécié, vu le poids de la pièce. Construit en chêne massif, finement sculptée, avec au milieu du miroir central un élégant bouquet de fleurs entouré d'un large ruban qui pendait en chaton ; ce meuble était censé symboliser le bonheur conjugal. Pour Franck issu d’un milieu familial, tout ce qu’il y avait de plus modeste, c’était là, une pièce de château.
La mère de Franck s’astreignait à quelques ménages dans le quartier, s’efforçant ainsi, de maintenir une petite activité rémunératrice. Quant au père, livreur de charbon pour le compte d’un bougnat, il menait une vie semblable à celle d’un forçat. On pouvait le voir, tel un diable noir, évoluer en maillot de corps, couvert de poussier, manipulant des sacs de boulets d'anthracite dans un nuage de poussière collante et tenace, le visage et le corps ruisselant de la sueur, qui lui zébrait la peau. Pour étancher une soif permanente, les litres de liquide absorbés, surtout par temps de forte chaleur, contenaient rarement de l’eau, mais essentiellement un pinard, bon marché. L’abus d’alcool et la dureté de la tâche vinrent à bout du père charbonnier, qui finalement mourut très tôt. Il laissa une femme, misérable, sans argent, et deux enfants adolescents. Ainsi réduite au statut d'indigent, la mère s'était vu accorder, par les services sociaux de la ville, un logement à « loyer modéré ». Mais la disparition prématurée de son mari, lui fut fatal. De santé fragile, démunie, la pauvre femme mourut moins d’un an plus tard. Franck s’était donc retrouvé seul, en charge du cadet.
Adrien n'avait rien de commun avec Franck ; frère puîné de deux ans, brun, le visage émacié, longiligne, le cadet, disposait d'une belle intelligence qu'il ne mettait pas toujours à disposition de la bonne cause. Un tempérament lunatique, greffé d’un esprit anarchiste, donnait un curieux garçon, difficilement saisissable, dont les parents avaient depuis longtemps renoncé à le comprendre. Comme deux coqs occupant la même basse-cour, les deux garçons se dressaient fréquemment l'un contre l'autre. Était-ce dû essentiellement à l'influence du père qui entretenait en permanence un climat de conflit ? C’était possible ! Mais la certitude est, qu’ils ne s’entendaient pas du tout. Durant toute leur jeunesse, à maintes reprises, la mère avait dû séparer les gamins qui se battaient comme des chiffonniers. Les rixes se terminaient fréquemment dans le tas de charbon. L'aîné, trapu, bien que costaud, accusait des difficultés pour venir à bout d'un frère particulièrement nerveux, souple, et très habile. Aussi, il arrivait parfois que Franck le prenne en traître. Quand d'aventure Adrien sommeillait sur son lit, l'aîné s'approchait en catimini, un oreiller entre les mains pour l'appliquer vigoureusement sur le
visage du dormeur, lequel sursautait, se débattait, étouffant totalement. Une bataille acharnée s’ensuivait alors, Adrien devant absolument retrouver de l’air pour respirer ! Ce genre d’exercice se terminait obligatoirement par des bleus et des saignements de nez. Heureux lorsqu’il ne s’y ajoutait pas une blessure plus grave. Les dégâts matériels et la violence des conflits pesaient lourd sur les nerfs de la mère qui voyait son linge totalement souillé et bien souvent plusieurs objets brisés. Au cours de l’un de ces pugilats, un oreiller lancé par l’un des combattants, avait malencontreusement décroché le carillon fixé au mur, cadeau du père dans un de ses jours de bonté.
— Un jour je te briserais les reins, menaçait le cadet
— Cause toujours minus, ce n'est pas pour demain, répondait l'aîné.
De temps en temps, le père faisait appel à l’un de ses garçons et parfois même aux deux, dans les périodes de rush, principalement en hiver, quand la demande se faisait trop forte. À ces moments les deux frères rivalisaient d'efforts, s'intimidant à tour de rôle, dans la perspective d'une prochaine bagarre. Curieusement, cet état de fait amusait le père, lui-même, sacré bagarreur. Grand amateur du coup de poing, Prosper, c’était là son prénom, s’était fait un ennemi juré de son patron ! Ou peut-être un ami ? On ne savait plus ! Comment ces deux hommes travaillant dans le même commerce, qui nécessairement se voyaient tous les jours, pouvaient-ils être, patron et employé, copain et adversaire ? Cet état de fait dépassait l’entendement de chacun ; les deux hommes s’appréciaient tout en décidant, régulièrement d’un commun accord, de se livrer à des bagarres sans merci. À tour de rôle, les deux protagonistes se provoquaient avec une haine dont nul ne connaissait l'origine; mais il y avait fort à parier, qu'une histoire de femme non résolue couvait là-dessous, et que les deux hommes avaient passé une sorte de pacte. En certaines occasions, les garçons assistaient au combat. Les chocs se révélaient fréquemment sanglants et duraient des heures. Le vainqueur du jour alternait avec celui de la veille ; les deux hommes bien que de constitution très différente étaient finalement de force égale ; si le père, plus longiligne, était un grand colosse, le bougnat, un vrai rouquin, gagnait en largeur, trapu et stable sur ses jambes, il se révélait très difficile à bousculer. La mère soigneusement tenue à l'écart devenait « folle » quand d'aventure, elle se trouvait mise au courant de ces exhibitions.
Adrien mit fin à une scolarité tumultueuse dont il sortit sans aucun diplôme ; puis, il entra en apprentissage chez un boulanger pâtissier. Le patron le trouva sympathique et le prit en pension; ainsi, Adrien se retrouva, libre de toutes contraintes parentales. Contrairement à son frère, et après une jeunesse sans grande histoire, Franck avait décroché son brevet élémentaire. Il n’avait pas été question pour lui d’aller plus loin. D’ailleurs, il n’en avait nulle envie et sûrement pas les capacités. La voie royale de l’apprentissage s’ouvrit alors, devant lui. Chez Dunlop, où il fut embauché, le champ de vision de sa vie professionnelle se limita aux pneus, des pneus noirs, noirs comme le charbon. Cette atmosphère l’imbibait à un point tel, que, lorsqu’il sortait de l’usine, les rayons du soleil l’aveuglaient littéralement. Les paupières plissées, tel un oiseau nocturne, réfugié derrière une paire de verres solaires, il s’élançait ainsi dehors, pour ne pas plonger brutalement dans la luminosité. Finalement, avec un certain soulagement, il pénétrait chez lui, se suffisant d’un minimum de lumières, avec une petite lampe de faible voltage adaptée à ses déplacements dans la pénombre. Jusqu'à l'arrivée d'une femme dans sa vie, Franck pouvait comparer son existence à celle d'un rat. Il vivait seul, et la monotonie avait envahi son quotidien qui pouvait se résumer en trois mots : solo, boulot, dodo. Puis un jour, errant, ses pas l'avaient mené dans la zone commerciale du quartier ; intrigué par les pensionnaires d'une animalerie, il s'était laissé tenter par l'acquisition d'un petit animal de compagnie, un cochon d'Inde au pelage blanc parsemé de taches brunes. Destiné à rompre sa solitude, le petit animal prit au fil des jours de plus en plus de place dans les préoccupations journalières du célibataire. Outre le fait de subvenir aux besoins vitaux de son locataire, le maître s’efforçait de procurer à son locataire les meilleures gâteries possibles. Fréquemment, Franck s’attardait auprès de son compagnon d’infortune en lui parlant, lui caressant le bout du museau quand celui-ci bien disposé se laissait faire. Il se demandait souvent si l'animal le comprenait, en particulier, quand ce dernier le fixait de ses petits yeux brillants qui semblaient dire : je ne peux te répondre, mais je te comprends. César, c’est ainsi que Franck avait baptisé
son compagnon, était véritablement devenu une présence à part entière dans la vie du célibataire.
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