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Histoire de Bagnoles

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Une enquête à Bagnoles-de-l'Orne

Pour commencer ses vacances et sur prescription de son médecin, le commissaire retraité Georges Langsamer se rend à Bagnoles de l'Orne, charmante petite station thermale normande. Privé de ses activités préférées - le golf et les courses hippiques -, Georges commence rapidement à s'ennuyer. Heureusement, trois jours après son arrivée, il rencontre Jean Turpin-Valognes, une connaissance de Deauville. Ils décident de dîner ensemble et Turpin-Valognes, grand amateur de romans policiers, convainc Langsamer de lui raconter son enquête la plus... "originale".







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Histoire de Bagnoles

12-21

– Eh bien, Georges, on dirait que les choses s’améliorent.

– Y a intérêt, grogna Langsamer. La petite balle blanche commence à me démanger.

– Hé, rétorqua le toubib, goguenard, passé soixante berges, faut prendre soin de la carrosserie. Les chromes ne brillent plus comme à vingt ans. Allez, vieux, tu peux te rhabiller.

Ancien « patron » du commissariat de Deauville, Georges Langsamer jouissait aujourd’hui d’une retraite que les discours des pots de départ disent « bien méritée ». Georges ne savait s’il avait mérité quoi que ce fût, mais il s’en moquait. L’heure avait sonné et il comptait bien s’adonner à sa passion : le golf. Manque de chance, sa circulation sanguine « bouchonnait » aux heures de pointe. Comme disait Raymond Devos, il n’avait pas de veine ! Séance tenante, Langsamer était venu consulter son ami François-Xavier, le généraliste de l’avenue de la République, qui avait diagnostiqué une phlébite. S’en était suivi un traitement d’un mois qui semblait avoir donné des résultats.

– Reste juste à faire disparaître ces vilains ulcères variqueux, dit le praticien. Tu veux retrouver tes mollets de jeune homme, non ?

Langsamer acquiesça, inquiet de savoir s’il allait devoir se « faire charcuter ». François-Xavier arracha une feuille à son ordonnancier sur laquelle il commença à griffonner.

– Je vais t’envoyer faire une cure de quinze jours à Bagnoles, marmonna-t-il sans lever les yeux de son ordonnance.

– Bagnoles de l’Orne… la station thermale ?

Le toubib hocha la tête en écrivant.

– Mais c’est un truc de vieux ! s’exclama Langsamer.

Cette fois, le médecin releva la tête.

– Et alors, qu’est-ce que tu crois ? T’as peut-être un cerveau d’ado, Georges… mais tes jambes sont du troisième âge.

– Tu charries, FX !

– Ne m’appelle pas FX, ça me fait penser à un fusil-mitrailleur.

– Justement, t’es en train de me flinguer.

François-Xavier se leva avec un large sourire, tendant l’ordonnance à son patient et ami.

– Tu veux peut-être que je te plaigne ? Quinze jours à se la couler douce aux frais de la princesse, avec un bataillon d’infirmières pour te faire guili-guili là où ça fait mal… Tu veux que je te dise, Georges ? Moi, je signe tout de suite.

– Malheureusement, tu es en pleine forme, ironisa Langsamer.

– Malheureusement, comme tu dis. Je suis tellement en forme qu’il va falloir que je te foute dehors. Toute la ville semble s’être donné le mot pour venir faire la queue dans mon cabinet.

Il ouvrit la porte sur une salle d’attente comble et congédia son ami avec un clin d’œil.

*

Bagnoles de l’Orne était à l’écart de l’espace-temps et surtout… de tous les circuits du thermalisme international. Peu de gens connaissaient l’existence de cette micro-station, perdue au cœur de la Normandie profonde. À l’extrême sud de l’Orne, non loin de la terre angevine mais pas encore dans sa douceur. Pourtant, il s’agissait d’une bourgade proprette, bâtie autour d’un joli lac, et ceinte d’une couronne forestière. En août, le regain d’activité estivale lui redonnait cet air de vacances commun à toutes les cités thermales. Car, à l’instar de ses cousines germaines, Bagnoles possédait un casino, un champ de courses et… un golf.

À l’évocation des quatre lettres magiques, Langsamer se sentit des fourmis dans les jambes. Ses jambes… il était là pour les soigner. Non pour enfiler son knickerbockers à carreaux et partir sur les fairways ! Cependant, voir écrit « golf » sur tous les panneaux indicateurs des activités récréatives équivalait à une torture mentale. Il rentra la tête dans les épaules, prit son air renfrogné et concentra son attention sur la jeune femme de la réception de l’hôtel du Béryl où il avait choisi de poser ses bagages.

Les premiers jours, Langsamer n’eut pas le temps de s’ennuyer. Toutes ses matinées étaient occupées par la balnéothérapie aux B’O Thermes, le centre médical conventionné. Couloirs de marche, douches sous-marines et hydro-massages constituaient le gros de ses activités. L’après-midi il faisait une petite sieste puis allait se promener autour du lac, voire en forêt d’Andaine si ses jambes ne lui pesaient pas trop. Il avait l’impression que l’eau de Bagnoles lui redonnait une certaine vitalité… ou peut-être était-ce l’effet placebo ? Quoi qu’il en fût, ses varices étaient toujours là… mais il les voyait plus qu’il ne les sentait. Or, Langsamer n’avait cure – c’est le cas de le dire – de l’aspect esthétique. D’autant plus que ses mollets étaient habillés de longues chaussettes arlequin. Ce qu’il désirait plus que tout au monde, c’était pouvoir courir après cette satanée balle blanche.

Trois jours après son arrivée, apparurent les prémices de l’ennui. Au bout d’une semaine, il devint prégnant. Le côté « tout nouveau, tout beau » de la balnéothérapie s’érodait, il avait épuisé son stock de romans et connaissait par cœur la carte des restaurants et salons de thé de la petite ville. C’est alors qu’un matin, dans la piscine du B’O Thermes, Langsamer aperçut une connaissance. Une vague connaissance. Jean Turpin-Valognes, un membre du New Golf de Deauville. Ils n’avaient jamais partagé une partie mais se croisaient au club-house où ils échangeaient de courtoises quoique distantes salutations. Turpin-Valognes n’était pas un grand chaleureux. Il avait son groupe d’amis et n’en démordait pas.

Les deux hommes se dévisagèrent et Langsamer fit un signe de tête auquel Turpin-Valognes répondit succinctement. Pour sûr, il n’allait pas lui sauter au cou ! Mais le curiste semblait, lui aussi, touché par la lassitude. L’isolement prolongé ravivait la soif du contact. Si Turpin-Valognes n’était pas un bavard, ce n’était pas un ermite non plus. Au golf, il était toujours entouré.

Ils se retrouvèrent au vestiaire. Langsamer brisa la glace.

– Alors, comme ça, vous faites des infidélités à la petite balle blanche, vous aussi ?

– Contraint et forcé, cher ami. Et je vous avoue que ça commence à me manquer.

Physiquement, Turpin-Valognes était l’opposé de Langsamer. Grand, osseux, avec une crinière toute blanche. Il portait une serviette-éponge en guise de pagne. Georges jeta un coup d’œil sur ses jambes noueuses.

– Au moins, vous, vous n’avez pas de problème de circulation sanguine. Que faites-vous ici ?