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Incertitudes et passions

De
284 pages

La vie, ce perpétuel recommencement d’événements tous aussi uniques les uns que les autres ; n'a en réalité pour effet que de nous mener vers notre épanouissement.

Alors pourquoi cette destinée, si douce au premier abord, se retrouve être l'instrument de torture des personnes qu'elle possède ?

Mél, jeune femme de vingt-neuf ans, s’aperçoit de la cruauté de la vie lorsque son existence bascule dans un cauchemar indescriptible.

Tourmentée par un individu malveillant, elle se retrouve embarquée dans un engrenage tortueux qui la submerge complètement. Qui peut bien lui en vouloir au point de l’anéantir de la sorte ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-96353-6
© Edilivre, 2015
J’adresse mes remerciements, les plus sincères, aux personnes qui ont suent m’épauler, me soutenir et m’encourager tout au long de cette aventure. Ce projet fut grâce à vous l’une de mes plus belles victoires et je suis fière de pouvoir la partager avec vous; alors un immense merci à mon mari Nicolas, mon plus fidèle admirateur; mon frère David, pour m’avoir prodigué ses précieux conseils; ma meilleure amie Odia, qui a su m’éclairer quand j’en avais besoin; mes parents, pour avoir cru en moi; Virginie, pour s’être torturé les méninges à maintes reprises; Isabelle, pour m’avoir fournie toute la documentation dont j’avais besoin et surtout merci à vous chers lecteurs d’avoir pris le temps, et j’espère le plaisir, de lire cet ouvrage. A bientôt.
Jeudi 18 novembre 2011.
Chapitre 1
Par une belle soirée d’hiver, le ciel de Paris offrait un décor merveilleux. La nuit, d’un noir intense avait répandu sur la ville un rideau théâtral empli d’étoiles toutes aussi brillantes les unes que les autres. Claire profita d’une légère accalmie durant son service, pour aller fumer une cigarette quelques minutes sous le porche du service des urgences. Le réverbère, contre lequel elle s’était appuyée, semblait donner vie à la rue, pas un bruit, pas un murmure ne vint perturber son moment de détente improvisé, la laissant ainsi observer avec délectation le spectacle qui s’offrait à elle. ème Situé dans le XV arrondissement de Paris, cet établissement plutôt modeste, était le point phare du quartier. Ce dernier était rythmé par le va et vient des ambulances. Seules les sirènes rompaient le silence de ce petit coin résidentiel. Claire, infirmière de vingt-neuf ans, les yeux amandes et les cheveux tirés à l’arrière par une immense queue de cheval, sillonnait le service des urgences avec une aisance remarquable. Malgré son très jeune âge, elle présentait des facultés innées pour ce service et y avait fait sa place assez rapidement. Depuis plusieurs années, elle avait appris à connaître chaque équipe de cet hôpital et avait tissé tout un réseau d’amis, c’était un peu comme sa deuxième maison. Elle y passait la majorité de son temps, les gardes s’enchaînaient, les heures défilaient, ce qui malheureusement lui laissait peu de place pour entretenir une vie amoureuse comblée et active. Malgré ses quelques conquêtes, elle n’avait jamais réussi à trouver l’homme de sa vie. À chaque fois, elle trouvait quelque chose qui ne collait pas, souvent pour des raisons superficielles. Elle les trouvait trop petits, trop doux, trop jaloux, trop parfaits bref, rien qui ne puisse s’apparenter à l’idée qu’elle s’était faite de l’homme idéal. Elle l’espérait tendre, brun, athlétique qu’il la comprenne, qu’il la fasse vaciller au moindre battement de cil, un homme protecteur qui pourrait s’occuper d’elle, la soutenir en toutes circonstances. Cet homme, n’était autre qu’une copie conforme de Marc. C’était son collègue mais surtout son ami, ils se connaissaient depuis de nombreuses années pour cause, Marc était le frère de sa meilleure amie Mélanie. De dix ans son aîné, il avait un charme fou. Brun plutôt bel homme, corps sculpté, et de surcroît extrêmement serviable. Il faisait envie à de nombreuses femmes. Malgré leur différence d’âge, Claire sentait toujours son cœur vaciller lorsque leurs chemins se croisaient. Amour ou profonde amitié, la limite était difficilement identifiable pour eux, mais ils prenaient respectivement soin l’un de l’autre avec passion et dévouement. Au loin, des lumières vinrent perturber Claire et interrompre sa rêverie, c’étaient les girofards des ambulances qui approchaient. Machinalement, elle regarda sa montre, il était vingt-trois heures trente, elle qui commençait justement à trouver le temps long, sentit son cœur palpiter brusquement. Comme toute personne dépendante à l’adrénaline, elle ne pouvait refréner son excitation à la vue de ces lumières clignotantes. Elle se hâta de jeter son mégot et d’enfiler sa blouse de protection. Les ambulanciers amenaient une jeune femme retrouvée ivre, dans une ruelle plutôt mal famée. Marc, également de service ce soir-là, l’aida à installer la patiente dans un des box d’accueil, en état d’hypothermie avancé et inconsciente, toute l’équipe se regroupa rapidement autour d’elle. Après l’avoir déshabillée pour pouvoir l’examiner, Claire trouva ses papiers d’identité, elle s’appelait Hugsvou Pauline, âgée de vingt et un an, domiciliée dans le quartier où justement elle venait d’être retrouvée. Une fois la jeune femme stabilisée, tous les soignants se retrouvèrent mobilisés une bonne partie de la nuit. Des patients avaient afflués en masse tout comme l’avait pressenti Claire au début de sa garde. Depuis le temps, son instinct s’était développé et avec l’expérience elle savait pertinemment qu’un début de service calme, laissait souvent présager une nuit mouvementée et éreintante.
Chapitre2
Pendant ce temps, de l’autre côté de la ville, Madame Xantar Elodie, une vieille dame de quatre-vingt-deux ans, regardait tranquillement un documentaire animalier. Insomniaque depuis de longues années, elle passait la plus grosse partie de ses nuits devant sa télévision à tricoter des couvertures. C’était la seule chose qu’elle savait réaliser. Bien qu’elle ne les utilisât pas, elle les offrait gracieusement à différentes associations, cela lui occupait les doigts et surtout l’esprit. Veuve et sans enfant, elle n’avait jamais de visite, son unique contact était avec le voisin d’en face, Tomy. Il lui redonnait du baume au cœur en venant chez elle, ils appréciaient tant de tricoter ensemble. Il lui tenait ses pelotes et la regardait faire avec de grands yeux admiratifs. Il parlait peu, sans doute à cause de sa triste vie. Il n’avait jamais connu son père, parti lorsque le mino était venu au monde. Quant à sa mère elle était souvent absente et le peu de temps qu’elle lui accordait, c’était pour l’accabler et lui crier dessus. Les cloisons des appartements étant très fines, Elodie pouvait entendre tous les sons provenant de l’appartement voisin, y compris les cris. À plusieurs reprises elle avait tenté de discuter avec Pauline, la maman de Tomy, mais elle se heurtait à chaque fois à un mur. Butée et facilement irritable, la jeune femme l’envoyait paitre. Les rares mots qu’elle pouvait prononcer se résumaient à : « Vous pouvez garde l’gosse ce soir ? » Elodie adorait l’avoir avec elle, mais elle savait pertinemment que leurs vies étaient chaotiques, même si elle se sentait honteuse, elle ne voulait pas s’attirer d’ennuis et avait fait le choix de se taire. Pauline, une écorchée vive, était plutôt jolie. Sans doute abimée par une existence décousue, elle n’avait pas beaucoup de bon sens et encore moins d’instinct maternel. Ses excès et ses dépendances y étaient probablement pour quelque chose. Droguée depuis des années et entourée de personnages tout aussi bizarres qu’effrayants, elle se laissait vivre sans se soucier du lendemain et malheureusement sans prêter gare à son enfant. Elle s’en occupait peu et lui avait même appris à se débrouiller seul malgré son très jeune âge, développant ainsi une aptitude remarquable à survivre. Lorsque Tomy venait chez Elodie, il prenait plaisir à préparer le goûter, il se rendait à la cuisine, prenait deux verres de lait et quelques biscuits, dénichés dans les placards. Il disposait soigneusement le tout sur un plateau et revenait fièrement au salon afin de déguster avec son amie le festin qu’il avait pris soin de concocter. La vieille dame se délectait de le voir déambuler dans son appartement, elle s’arrangeait toujours pour lui dégoter des friandises et des gâteaux au supermarché, simplement pour le plaisir mais surtout pour le remplumer un peu car il était vraiment frêle. À ses côtés, elle le savait en sécurité. Elle avait déjà remarqué des ecchymoses sur ses bras ou sur ses jambes, mais l’origine de ces blessures lui était inconnue. Bien que les enfants jouent beaucoup et se blessent parfois, il était difficile à croire pour Madame Xantar, que Tomy ait pu se faire cela tout seul étant donné qu’il ne sortait jamais de son appartement. Sa mère ne l’emmenait jamais se balader, pas même au parc de l’autre côté de la rue et pourtant il aurait bien voulu se mêler aux autres enfants et découvrir de nouvelles sensations. Il ne connaissait pas le plaisir de discuter ou de jouer avec des camarades et pour cause, il n’était pas scolarisé. Malgré le fait qu’il soit déjà en âge de se rendre à la maternelle, Mademoiselle Hugsvou estimait que son fils était trop bête pour apprendre quoique ce soit et prétendait ne pas avoir le temps de l’y enmener. Elodie, confortablement assise sur son canapé, tricotait tranquillement sa nouvelle couverture. Celle-ci était différente des autres car pour une fois, elle était destinée à son voisin préféré. Elle avait pris soin de choisir les couleurs avec Tomy, il avait opté pour du rouge et avait hâte qu’elle ait terminé car il voulait s’en faire une cape, comme les super héros. Bien lancée sur ses lignes de tricot, Madame Xantar s’arrêta brusquement. Il lui semblait avoir entendu des gémissements. Elle coupa le son de la télévision et tendit l’oreille plus attentivement. Les sons provenaient du palier, elle disposa le plaid sur le canapé puis se leva.
Après avoir jeté un coup d’œil par le judas, elle put apercevoir une forme sur le paillasson. Elle ouvrit prudemment la porte et découvrit qu’il s’agissait en réalité d’un enfant, à demi vêtu, recroquevillé sur lui-même. – Tomy c’est toi ? s’inquiéta-t-elle. N’observant aucune réaction, elle s’approcha davantage, prise d’effroi à l’idée de le retrouver inanimé. Elle le secoua légèrement pour obtenir un quelconque signe de vie. Presque aussitôt, Tomy se mit à gémir à émerger doucement. – Tomy, que fais-tu ici ? – Z’attend maman. – Elle est où ta maman Tomy ? – Z’attend qu’elle rentre. Elle frappa à la porte de leur appartement mais aucune réponse ne se fit entendre, elle s’empressa alors d’accueillir l’enfant chez elle et de le couvrir en l’enveloppant rapidement dans le plaid qu’elle tricotait juste avant. Elle l’installa sur le canapé et l’enlassa longuement pour le réchauffer. Il grelottait de tout son être, ses membres étaient marbrés. Voyant sa maigreur et son teint si pâle, elle soupçonna qu’il n’avait pas dû manger à sa faim ces derniers temps. Elle lui prépara quelques tartines et un chocolat chaud. Il se rua dessus et mangea jusqu’à la dernière miette. Inquiète par l’absence de sa mère, Elodie décida de retourner voir si celle-ci était rentrée. – Je vais aller voir si maman est revenue. Ne bouge pas d’ici d’accord ? – Hum, hum. Fit le petit, épuisé. Ses yeux se fermaient doucement, il commençait à se détendre. Madame Xantar, laissa sa porte entrebâillée pour continuer à apercevoir le bout de choux qui s’était endormi. Bien que seulement un mètre séparait sa porte de celle de Pauline, elle ne voulait pas le quitter des yeux une seconde. Elle frappa plusieurs fois. N’obtenant aucune réponse, elle réalisa que Tomy était livré à lui-même au beau milieu de la nuit. Cette fois, elle devait agir et se décida à alerter les secours.
Chapitre3
Après de longues heures de labeur, l’équipe médicale avait enfin réussi à se poser, mais le repos fut bref puisque à trois heures, un appel radio leur annonça la venue d’un garçon âgé de quatre ans. Lorsque les portes de l’ambulance s’ouvrirent, Claire remarqua la présence d’une femme plutôt âgée, elle soupçonna qu’il s’agissait de la grand-mère. Du garçon, elle ne put apercevoir que son visage tant il était enfui dans les replis d’une immense couverture. Ce qui l’alterqua le plus, ce fut l’escorte inhabituelle de la gendarmerie, ce qui laissait présager une situation complexe et ce fut le cas. La vieille dame, dénommée Xantar Elodie, était en fait la voisine du petit, c’était elle qui avait retrouvé Tomy, une heure auparavant. Tout alla si vite, les récits des ambulanciers et ceux de l’accompagnatrice se mélangeaient, Claire écoutait tant bien que mal mais tout était confus. La situation se compliquait, l’enfant commençait à s’agiter, les paroles fusaient, il fallait mettre un terme à ce remue-ménage, c’est pourquoi Claire, demanda gentiment à Elodie de bien vouloir s’installer dans la salle d’attente afin de laisser œuvrer les urgentistes autour de Tomy. Bien qu’attristée de devoir le lâcher si brutalement, elle comprit rapidement que sa présence les freinait et sortit prestement. Les cris du bambin lui brisaient le cœur. Il était terrorisé et ne comprenait rien de ce qui se passait, lui qui était si bien chez sa voisine, elle regretta l’espace d’un instant l’avoir emmené ici, mais prit conscience qu’elle avait bien agi et qu’il s’agissait de la meilleure chose à faire. Claire n’était pas au bout de ses surprises. Lorsqu’elle examina son jeune patient, elle fut scandalisée. Il avait une si petite frimousse dans cette couverture démesurément grande. Tel un louveteau perdu dans la forêt, il regardait affolé et l’air craintif, partout autour de lui. Au moindre mouvement, il avait un geste de recul, il avait peur et semblait totalement désorienté. Le bilan de son examen fut accablant, les ecchymoses se confondaient, il était même difficile d’apercevoir ne serait-ce qu’un endroit où sa peau n’avait pas été meurtrie. Sa maigreur laissait soupçonner qu’il n’avait pas dû manger à sa faim et ce depuis quelques semaines déjà. Toutes les constatations physiques orientaient vers un cas de maltraitance. Peut-être était-ce le cas ? Encore fallait-il le prouver. Aucune allégation ne pouvait être avancée sans qu’une enquête approfondie ne soit établie. N’ayant toujours pas de nouvelles de la mère, il était donc nécessaire d’avertir le service d’aide sociale, afin d’assurer le bien-être de Tomy durant le déroulement des investigations. Ainsi, Claire se mit en contact avec Mélanie, sa meilleure amie. Bien qu’elle soit sa confidente depuis sa plus tendre enfance, Mél était surtout l’assistante sociale de garde cette nuit-là. Son job consistait, entre autre, à intervenir au sein des services de l’hôpital afin d’aider les équipes soignantes à gérer des mineurs en difficultés, qu’ils soient fugueurs, drogués, choqués ou maltraités. Les assistants sociaux étaient souvent sollicités pour solutionner ce genre de problèmes sur du court et du long terme. Le cas de Tomy représentait un évènement suffisamment important pour extirper sa meilleure amie de son lit. – Mél ? Salut, c’est Claire, tu dors ? demanda Claire, quelque peu gênée de cette intrusion nocturne. – Salut, plus maintenant. C’est pour le boulot ? répondit Mél, la voix encore toute endormie. – Oui. – Vas-y je t’écoute. Malgré la fatigue évidente, Mél se redressa et attrapa son bloc-notes sur la table de chevet. Elle le préparait toujours à côté d’elle lors de ses gardes pour y inscrire toutes les informations essentielles. – Tu pourrais venir s’il te plaît ? J’ai un cas très inquiétant qui vient d’arriver aux urgences. – Inquiétant comment ? – Possibilité de maltraitance sur un gosse de quatre ans. – Oh ! fit Mél interloquée par l’âge du patient. – Quoi ? demanda Claire. – Non rien, c’est juste que les enfants… bref j’enfile un jeans et j’arrive de suite.
– Ok, merci biz. À peine avait-elle raccroché, Claire fut à nouveau occupée. La patiente accueillie en début de nuit commençait bruyamment à émerger et à ameuter tout le service de son désir pressant de rentrer chez elle. Elle criait fort et vociférait sur tout le monde. Elle se leva, d’un pas encore faible et fragile, et commença à rassembler ses affaires, déambulant de droite à gauche du service pour en trouver la sortie. Elle se retrouva finalement devant le box de Tomy. Ce dernier fut très vite effrayé par les cris. Sans même avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, Claire aperçut la jeune femme, extirper le petit garçon de son lit comme un vulgaire baluchon. – Mais enfin que faites-vous ici ? lui demanda Claire. – C’est mon enfant ! vociféra-t-elle. Cette déclaration déclencha un électrochoc chez Claire. Elle avait été tellement occupée jusque-là, qu’elle n’avait pas fait le rapprochement. Elle se souvint du témoignage de la voisine, selon lequel la mère du petit, surnommée Pauline, était souvent absente. La vieille dame, qui avait justement rempli les papiers d’admission, avait enregistré Tomy sous le nom de Hugsvou, tout comme la jeune femme accueillie en début de nuit. Tout devenait limpide, les éléments s’imbriquaient parfaitement, mais malgré son lien de parenté évident, cela ne donnait pas le droit à cette personne de traiter son fils de la sorte. Le pauvre bout de choux se débattait pour échapper aux mains de sa génitrice, mais en vain, elle le secouait si fort qu’il lui était impossible de lutter. Claire essaya de s’opposer, mais face à la haine de Pauline, elle ne faisait pas le poids. Heureusement, alerté par le grabuge, le service d’ordre était rapidement intervenu et avait maitrisé la mère hystérique et isolé Tomy. Sous le choc, le petit s’était recroquevillé sur lui-même et s’était réfugié dans un coin de la pièce où il se sentait sécurisé. Claire tenta à plusieurs reprises de le faire sortir de là mais rien n’y faisait. Il s’enfonçait encore plus dans l’angle du mur et gémissait de peur à chaque tentative d’approche. Elle avait beau avoir l’habitude des situations critiques, elle ne savait pas s’y prendre avec les enfants, malgré tous ses efforts. Lorsqu’elle se résigna à quitter la chambre, elle put apercevoir Mél, qui arrivait au bout du couloir. Elle s’avança vers elle avec un large sourire et la serra fort dans ses bras. – Comme je suis contente de te voir, je ne sais plus quoi faire avec ce gosse. – Ça ne va pas ? demanda Mél interloquée par le découragement de son amie. – Comme je te l’ai dit tout à l’heure, on a accueilli un garçon de quatre ans. C’est sa voisine qui a alerté les secours. Elle l’a retrouvé quasi nu sur le palier. Son unique parent avait disparu et Tomy était couvert d’ecchymoses. Elle était très inquiète pour lui, et a même eu du mal à le lâcher. Bref, la situation s’est compliquée depuis. En fait sans le savoir, la mère du petit avait été admise aux urgences en début de nuit. Quand elle s’est réveillée, elle est tombée par hasard sur lui et a pété un plomb, elle a balloté le môme comme un sac poubelle pour le reprendre et maintenant il est terrorisé. J’ai tout essayé mais il ne veut pas bouger. – Où est-il ? – Là, dans la chambre numéro cinq. – Et la mère ? – Elle s’est enfuie après que les agents de sécurité l’aient interpellée. Je ne sais pas comment elle a fait. – Et la voisine je peux discuter avec elle ? – Elle est repartie, les gendarmes ont pris sa déposition et l’ont raccompagnée chez elle, elle était à bout de forces la pauvre. – Mince. Elle a laissé des coordonnées en cas de besoin ? – Oui, tout est dans le dossier du gamin. – Et toi comment tu te sens ? lui fit Mél inquiète par le teint blafard de son amie. – Bien pourquoi ?
– Tu as une mine atroce. – Je suis claquée, cette nuit est interminable, je n’ai qu’une hâte c’est de rentrer chez moi. Marc s’est gentiment proposé de me raccompagner pour ne pas que je prenne ma voiture. – Marc est là ce soir ? – Oui, il est au bureau. Et toi ? Ça va ? – Hormis le fait d’avoir été réveillée en pleine nuit par ma meilleure amie, ça va, lui dit Mél avec un large sourire puis elle reprit plus sérieusement : – Il est vrai que j’ai beaucoup de boulot ces derniers temps et visiblement tu as quelque chose pour moi. Alors ce petit ? – Accroche-toi, il est dans un piteux état. Je ne sais pas trop ce qu’il a pu endurer mais il est bien abimé et il n’a communiqué que par des cris et des gémissements depuis son arrivée. – Tu aurais des gâteaux ? – J’te parle d’un bout de choux sans défenses et toi tu ne penses qu’à manger ? lui demanda Claire, surprise par cette demande inappropriée. – Mais non ! C’est pour lui justement. Cela pourra peut-être m’aider à créer un contact. – Viens avec moi à l’office, on devrait pouvoir trouver quelque chose. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? se reprocha Claire, déçue d’elle-même. – Peut-être parce que tu es exténuée tout simplement. Tu finis ton service dans combien de temps ? – Dans une heure. – Ok, ça va aller, l’encouragea Mél, en lui donnant une tape amicale sur l’épaule. Claire lui indiqua la pièce qui faisait, entre autres, fonction de garde-manger, afin qu’elle y trouve quelques douceurs puis elle l’embrassa et retourna travailler.
Chapitre4
Mélanie ou plutôt Mél, comme tout le monde l’appelait, était une jolie jeune femme de vingt-neuf ans tout comme Claire. Mélanie, était assez petite et frêle, il était même courant que les personnes la prennent pour une adolescente. Sa démarche était peu sûre. Elle n’avait pas confiance en elle, surtout concernant sa beauté. En effet, elle passait tout son temps à regarder ses pieds pour ne pas affronter le regard des personnes qui l’entouraient. Si seulement elle levait les yeux, elle pourrait voir le regard des hommes. Des regards, désireux, envieux, langoureux. Elle avait ce petit quelque chose qui attirait l’attention, mais n’en avait, malheureusement, pas conscience. N’ayant jamais su accepter son physique, elle se cachait souvent derrière des pulls bien trop larges ou difformes. Elle avait été élevée comme un garçon alors, les talons hauts, le maquillage et les robes à paillettes, ce n’était pas trop son truc. Issue d’une fratrie de cinq enfants, tous des garçons, être la seule fille de la famille n’avait pas été de tout repos pour elle et lui avait endurci le caractère. Pendant des années ses frères l’avaient surnommé Mél la poubelle. Pas étonnant qu’elle n’ait pas eu une grande estime d’elle-même, pourtant malgré tout ce qu’ils pouvaient dire, elle les adorait. Elle pouvait être leur petite sœur adorée, avec son charme et sa tendresse, elle était capable d’obtenir tout ce qu’elle désirait. Mais elle savait aussi très bien se défendre, se transformant, en petit démon au point de les rendre dingues. C’était comme cela qu’elle avait fait sa place au sein de la fratrie et ce ne fut pas une chose facile à faire étant donné qu’elle était la cadette. Pour être têtue, elle l’était. Après une dispute, elle était capable de rester des heures sans dire un mot, et cela lui demandait beaucoup d’efforts car Mél était et est toujours une grande bavarde, pour le plus grand plaisir de sa meilleure amie Claire. Ces deux-là s’étaient rencontrées à la maternelle et depuis, elles ne s’étaient pas quittées. Elles étaient comme deux sœurs, parlant de tout et de rien mais leur sujet préféré, c’était quand même les potins. Elles adoraient ça, et comme elles travaillaient toute les deux à l’hôpital, elles se racontaient avec joie les derniers scoops entendus au cours de leurs journées. Elles ne pouvaient pas se voir souvent, à cause de leurs emplois du temps chargés, mais cela ne les empêchaient pas de s’envoyer des mails ou des textos régulièrement. Comme elles savaient le dire « l’info c’est en continu sur potin hosto. » Alors dès qu’elles en avaient l’opportunité, elles discutaient de longues heures, les potins représentaient un intérêt majeur. C’était tout aussi passionnant que Dallas ou encore les Feux de l’amour, elles ne s’en lassaient jamais. Si elles appréciaient autant passer du temps ensemble, c’est parce qu’elles se comprenaient. Pas besoin de longs discours pour voir que l’autre allait mal ou avait besoin de soutien. Pas besoin non plus de faire semblant, elles pouvaient être naturelles et tout se dire même si parfois la vérité pouvait faire mal. Leur passion commune : le jogging. C’était leur moyen d’évacuer la pression du travail. Elles respectaient toujours le même rituel, survêt, basket et pas de complexe. Le point de rendez-vous : chez Dédé, toujours dans le même parc, ème un de ceux situé dans le XV arrondissement. C’était le plus proche de leurs appartements respectifs, le parc André Citroën, véritable lieu de prédilection pour les joggers parisiens. D’où le: Rendez-vous chez Dédé. Dans ce parc elles se sentaient bien. Un sentiment de liberté les envahissait à chaque course. Évacuer la pression était primordial pour Mél. Elle était très sensible et prenait tout très à cœur. Chaque affaire dont elle avait la charge, la touchait profondément et l’obsédait. Elle faisait preuve d’un don de soi extraordinaire. Son travail était tout pour elle. Mél n’avait pas de conjoint, ni même d’enfant, ne se sentant pas capable d’assumer ses besoins, ses peines… et n’était pas encore prête à en avoir. Elle avait peur de l’engagement et ne croyait pas en l’amour. Dans sa tête, c’était simple : comment un homme digne de ce nom pouvait l’aimer alors qu’elle-même n’acceptait pas son propre reflet dans le miroir. Son estime de soi était si