Je m'appelle Jeanne Mass

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Jeanne et son ami Derrick sont videurs au Coconut Café. Une nuit, entre concert mythique et recherche effrénée de l’âme sœur d’un soir, leur patron est assassiné par deux ours roses. Jeanne, qui découvre le corps, est soupçonné du meurtre. S’ensuit un road-movie haletant qui conduit les deux comparses de soirées décadentes en aventures improbables.
Publié le : mardi 13 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756105543
Nombre de pages : 193
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Thomas Lélu
Je m’appelle Jeanne Mass
roman

Jeanne et son ami Derrick sont videurs au
Coconut Café. Une nuit, entre concert
mythique et recherche effrénée de l’âme sœur
d’un soir, leur patron est assassiné par deux
ours roses. Jeanne, qui découvre le corps, est
soupçonné du meurtre. S’ensuit un
roadmovie haletant qui conduit les deux comparses
de soirées décadentes en aventures
improbables.
En mêlant intrigue policière, roman d’amour
et d’amitié, science-fiction décalée, Thomas
Lélu crée un univers singulier et hilarant,
proche de celui des Tex Avery et des Monty Python. Entre émotion et dérision, il joue avec
les ficelles du roman pour rire de l’absurdité
du monde et emporter le lecteur par sa drôlerie
irrésistible.

Thomas Lélu est né en 1976 et vit à Paris. Il a
déjà publié trois livres dont le Manuel de la
photo ratée, paru chez Al Dante/Éditions Léo
Scheer en 2002. Je m’appelle Jeanne Mass est
son premier roman.



Photo bandeau : Jean-Baptiste Mondino, 2004 (DR).
Photo : Thomas Lélu par Nicolas Hidiroglou, 2008.
(DR).


EAN numérique : 978-2-7561-0553-6978-2-7561-0554-3

EAN livre papier : 9782915280968

www.leoscheer.com
www.centrenationaldulivre.frJE M’APPELLE JEANNE MASS© Éditions Léo Scheer, 2005THOMAS LÉLU
JE M’APPELLE JEANNE MASS
roman
Éditions Léo Scheer«Go ahead, make my day.»
Clint Eastwood in Dirty Harry (1971)
from director Don Siegel.à Bob MarleyPREMIER CHAPITRE
Je m’appelle Jeanne Mass et je suis videur au
Coconut Café. Mon groupe de musique préféré
c’est les Gilles Deleuzes et j’ai pas mal d’amis
dans le show-biz. En ce moment j’ai envie de
faire l’amour avec des pigeons mais je n’ai pas les
moyens alors je compense en matant des DVD.
D’ailleurs, hier soir, j’ai regardé Dumb and Dumber
pour la douzième fois. J’ai ensuite fait un
classement des films que j’ai le plus regardés et Dumb
and Dumber arrive deuxième derrière Le Septième
Sceau d’Ingmar Bergman. Puis il y a L’Empire des
sens en troisième place.
11Si je vous dis tout ça, c’est parce qu’après, dans
l’histoire, il m’arrive des trucs assez hallucinants.
Avant, dans ma vie, je me faisais un peu chier
quand même. Les DVD, ça va cinq minutes et le
métier de videur, on s’en lasse assez vite. Quant
aux peoples, une fois qu’on les côtoie, ça ne vous
fait plus grand-chose. Mais je reviens à mes
moutons. Ce samedi-là les Bobby Mac Fire se
produisaient en concert au Coconut Café et ça
je ne voulais le rater pour rien au monde.
Seulement voilà, ce soir-là j’étais bloqué à l’entrée avec
mon ami Derrick.
Derrick est videur lui aussi au Coconut depuis
quelques mois. Il mesure 1,88mètre pour 102 kilos.
On est donc en train de se les geler devant l’entrée
et moi j’entends les premiers sons de gratte des
Bobby et je me dis que là tu dis que tu vas pisser
et puis tu dis que tu es bloqué dans la foule et
puis comme tu retrouves plus la sortie du coup tu
arrives à voir un bout du concert. Je me tourne
vers Derrick.
— J’ai méga envie de pisser.
— Super! répond Derrick en fumant son clope
comme dit Bernard-Pierre Donnadieu.
— Et tu sais quoi?
12— Je t’écoute.
— Je crois que je vais y aller.
— Ok mais ne traîne pas trop, j’aime pas rester
seul, j’ai peur qu’on vienne me demander si je
n’ai pas la monnaie sur cinq euros.
— Je reviens vite… Allez tchao!
J’entre dans la boîte et il y a un paquet de monde.
La salle est totalement enfumée, c’est vraiment
trop ouf donc je commence à sourire et je sors
deux trois mots en anglais à une fille qui passe
près de moi, une fille plutôt jolie qui me fait
penser à un abat-jour.
Tout le public est surexcité. Les jeunes sont
défoncés au cassoulet et je me dis que c’est le plus
beau jour de ma vie et je cherche si je vois un
oiseau et j’en aperçois un, alors je tends ma main
et j’attends un bon quart d’heure mais l’oiseau ne
vient pas donc je laisse tomber.
Je me dirige vers le bar où Jef me reconnaît parce
que je le vois tous les jours et il me fait un clin
d’œil, puis je me rapproche des toilettes parce que
j’ai quand même sacrément envie de pisser et je
croise Micheline Dax et Choubacca en train de
s’embrasser sur les joues, puis je me précipite dans
13la salle qui sent mauvais et où il fait très froid.
Putain, chuis vraiment sexy, je ressemble à Julien
Lepers jeune et je me dis que je devrais arrêter de
regarder des DVD parce que j’ai les yeux rouges.
J’ai aussi de grosses joues et je me dis qu’il faut
que je me remette au tennis sur terre battue et
que je calme ma consommation de bière et de
féculents. À part ça, j’ai la classe, les épaules bien
larges et une gueule de winner qui me rappelle
quand j’étais petit et que le médecin a vérifié si
mes deux testicules étaient bien en place après
une mauvaise chute aux sports d’hiver.
Je fais ma petite commission puis je sors des
toilettes en chantonnant. Tout à coup deux types
arrivent en courant droit sur moi et je me retrouve
projeté violemment contre le mur. Ils disparaissent
aussi vite que des gazelles sauvages. Je sors mon
portable et appelle Derrick.
— Derrick, je viens de me faire bousculer par deux
individus, ils se dirigent vers la sortie.
— Ok bien reçu, je me prépare à les coincer.
— Je te rejoins, préviens Marcus, Steevy et puis
aussi Bozo le Clown et les Beatles. On se fait un
barbec samedi.
14Je raccroche et je me rends compte qu’ils
viennent de quitter le bureau du patron, alors je me
dirige vers celui-ci sans imaginer ce que je
pourrais y découvrir bien que je m’en doute un petit
peu quand même. Au milieu de la pièce gît notre
patron Roger Pichou criblé de balles à ultrasons
avec un visage tout pourri et gonflé comme un
vieux crapaud rasta. Mon portable sonne sur
Love is blue de Claudine Longet et je décroche
en perdant les poils de mes avant-bras.
— Oui?
— Je ne vois personne. Tu es sûr qu’ils ne sont
pas toujours dans le Coco?
Et moi very troublé:
— Derrick, je crois qu’on a un souçaille.
— Genre?
— Le patron est tout pâle à mes pieds. Il ne
respire plus je pense.
— J’arrive tout de suite. Tiens bon!
Je me sens du coup assez minable dans mon
costard Hugo Boss et je cherche dans mes poches
si je n’ai pas des objets que je pourrais jeter dans
une poubelle pour m’occuper. Comme par
exemple des vieux tickets de métro mais je ne trouve
hélas qu’un prospectus pour des cours de dessin
15et je le roule et tente de viser une poubelle en
osier mais je la rate et je me sens encore plus mal
et puis Derrick arrive vers moi, essoufflé.
Ceci est un passage en noir et blanc.
Derrick (en noir et blanc donc) arrive vers moi,
essoufflé, en rigolant. Il rigole parce qu’il ne pige
rien à l’histoire pour l’instant et qu’il ne prend
jamais rien au sérieux dans la vie puis il me dit en
gloussant :
— Bon et maintenant on fait quoi?
— Et bah on se branle!
On commence à se marrer comme des baleines
puis je reprends mes esprits.
— Je crois que j’ai vu la tête des deux types.
C’étaient des nounours. Je crois que je pourrais
les reconnaître si on me les montrait en photo.
— Des nounours dites-vous?
— C’étaient des nounours roses de grande taille.
— Je vois.
— Je crois que je pourrais les reconnaître.
— Pour l’instant, appelons la police et évitons de
traîner près du corps trop longuement.
— Tu as raison, mon ami, sortons d’ici.
16Nous nous retrouvons dans le couloir et dans ma
tête je me dis que la vie est nulle et que je n’ai
jamais fait de plongée sous-marine et que je ne
connais pas une seule chanson de Georges
Brassens et je me souviens qu’une fois j’ai vu un
handicapé sur une plage croquer dans une méduse
comme dans un Big Mac et puis partir en
pleurant très fort. Son visage avait doublé de volume.
Nous rejoignons nos collègues dans le hall
d’entrée. Personne n’a rien vu du tout et nous
décidons d’appeler la police pour qu’ils viennent
nous sauver.
— Allô, ici Jeanne Mass du Coconut Café. On a
besoin de vous. Je crois bien que notre patron
s’est fait assassiner par deux ours. Ils ont réussi à
s’échapper mais je les ai surpris alors qu’ils
sortaient du bureau de Roger Pichou. Je les ai vus en
gros plan donc je peux vous faire un signalement
méga précis. Nous vous attendons sagement,
Patrice. Et encore bravo!
Je raccroche puis nous nous dirigeons vers la salle
de concert en nous disant que les deux ours sont
peut-être encore cachés quelque part. Les Bobby
Mac Fire sont très en forme ce soir et nous
commandons deux gin tonics en matant les girls un
17DU MÊME AUTEUR
Manuel de la photo ratée, Al Dante/Éditions Léo
Scheer, 2002
Récréations, Éditions Léo Scheer, 2003
La Rumeur des espaces négatifs (en collaboration
avec Laure Limongi), Éditions Léo Scheer, 2005

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