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Joyeux halloween Monsieur McGovern

De
169 pages
Une fois de plus, McGovern, l'implacable président de la World Panamerican Bank, se lance à la conquête d'un vieux groupe métallurgique, la National Iron Inc, qu'il compte bien dépecer pour revendre aux plus offrants les morceaux les plus rentables. mais n'aurait-il pas, cette fois-ci, sousestimé ses adversaires? Les vieux métallos de Detroit sont en effet prêts à tout pour sauver leur entreprise et leurs fonds de pension. Dans les Etats-Unis des années 1990, sur fond de scandale politique et de tensions raciales, l'auteur nous entraine dans un thriller où banquiers véreux, agents du FBI tenaces, ex-espions alcooliques et vieux syndicalistes avisés s'affrontent pour leur part du rêve américain.
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Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit 2004
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Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
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ISBN : 2-7481-3664-0 (fichier numérique)
IS-7481-3665-9 (livre imprimé)
CHAPITRE I



Comme chaque matin, John McGovern sortit du métro
à huit heures moins dix, il n'avait qu'à parcourir deux blocs
pour rejoindre ses bureaux. Il aurait pu très aisément
s'octroyer les services d'un chauffeur, mais le métro lui
semblait l'un des moyens de transport les plus efficaces. Il
détestait perdre son temps bloqué dans les embouteillages
qui paralysaient les rues de Manhattan au début et à la fin
de chaque journée de travail.
C'était également pour des raisons pratiques qu'il avait
choisi d'installer ses bureaux dans l'Empire State Building.
Le prix du mètre carré y était largement inférieur à ceux
pratiqués dans des immeubles de bureaux plus modernes,
comme ceux du World Trade Center par exemple, sans
grande différence quant aux prestations offertes. D'autres
motivations, moins professionnelles, avaient également
guidé son choix. Comme tout New-Yorkais, il était attaché
à ce symbole de puissance que représentait le bâtiment.
Assis dans son fauteuil, au coeur de New York, il sentait
vivre autour de lui la ville. Parfois le soir, il quittait ses
bureaux quelques instants avant le coucher du soleil,
rejoignait la file de touristes qui montait jusqu'à la terrasse
d'observation, et de là il admirait le passage du jour à la
nuit, lorsqu'une à une toutes les lumières de la ville
s'allumaient. C'était à ce moment que l'on percevait le
mieux la puissance de la ville : à perte de vue ce n'étaient
que buildings éclairés encadrant les masses sombres des
jardins. D'en bas montaient atténués par la distance les
bruits de la rue, sirènes des voitures de police ou de
pompiers et klaxons des taxis que l'on pouvait distinguer en
se penchant un peu, minuscules voitures jaunes chargeant
et déchargeant par centaines leurs clients. Il faisait alors le
7Joyeux halloween Monsieur McGovern
tour de la terrasse en commençant par l'ouest. Il restait
quelques minutes à admirer le ciel rougeoyant dont les
couleurs se réfléchissaient dans les eaux troubles de
l'Hudson. Il se tournait ensuite vers le sud, vers Wall Street
dont les immeubles couvraient l'horizon. De là, il passait
sur le côté est, on y distinguait très bien les différents ponts
qui reliaient Manhattan à Brooklyn et au Queens. Avec leur
haubans éclairés, ils ressemblaient à des sapins de Noël
couchés sur le flanc. Il aimait également la silhouette
raffinée du Chrysler Building avec son toit doré et ses
gargouilles gothiques. Sur le côté nord, ce qui sautait
immédiatement aux yeux, c'était cet immense rectangle
sombre bordé de hauts immeubles. Central Park avait ainsi
la nuit un aspect inquiétant, pareil à un trou noir il semblait
absorber les lumières environnantes.
Les bureaux de la World PanAmerican Bank, sa
société, étaient groupés sur deux moitiés de façade, au nord
et à l'est, au 80ème étage. Son arrière grand-père, un
mineur écossais, avait émigré pour échapper à la misère à
la fin du XIXème siècle, mais ce n'était qu'à partir de la
troisième génération que les McGovern avaient commencé
à faire fortune. C'était en effet son père qui avait créé cette
banque. A sa mort, il y avait maintenant plus de dix ans, la
société était devenue un établissement respecté mais qui
restait de taille modeste. C'était lui, John, qui, en quelques
années, lui avait donné une toute autre dimension, en en
faisant l'une des premières banques d'affaires de la place de
New York, et donc du monde.
Son tempérament de battant et de gagneur n'était pas
pour rien dans cette ascension. Tout jeune, John McGovern
avait appris à se défendre. En effet, très tôt, il avait fait
l'objet de moqueries de la part de ses camarades. Il faut dire
que son père avait épousé une des filles d'une très riche
famille de planteurs du Nicaragua, et il était difficile de ne
pas remarquer chez lui ses origines hispaniques : il avait
8Xavier Maréchaux

hérité des cheveux châtain clair de son père, mais sa peau
légèrement mate et ses yeux noirs l'avaient très souvent fait
surnommer “l'Indien” par les jeunes de son âge. Il avait
rapidement su utiliser ses poings, moins blessé par l'insulte,
car il était très fier de sa mère, mais plus parce qu'il
ressentait le côté humiliant que voulaient lui donner ses
adversaires. Les moyens financiers de son père, ainsi que
son esprit vif, lui avaient permis de fréquenter les
meilleures universités. Sa haute taille, près d'un mètre
quatre-vint-cinq, sa force et son esprit bagarreur avaient fait
de lui un des piliers de l'équipe de football de Yale. Il avait
d'ailleurs fait l'objet de plusieurs approches de la part de
prestigieuses équipes professionnelles mais son désir de
domination lui avait fait renoncer à une carrière qui n'aurait
été somme toute qu'éphémère, et il avait préféré suivre la
voie de son père, non pas par facilité, mais parce qu'il
sentait que c'était l'une des seules professions qui lui
permettraient réellement d'avoir une emprise sur ses
contemporains et d'assouvir sa soif d'indépendance. Il avait
débuté sa carrière à la fin de ces années prestigieuses où
fleurissaient les golden boys, et où les fortunes se
bâtissaient et se détruisaient à coup de junk bonds.
Conseillé dans un premier temps par son père, il avait
appris à se méfier de ces capitaux volatiles. Il avait
néanmoins pu faire fortune très rapidement en surfant sur la
vague du reaganisme. Son anticommunisme exacerbé, dû
davantage à sa méfiance envers tout ce qui pouvait entraver
sa liberté d'action qu'à des raisons idéologiques, et sa très
bonne implantation dans les milieux des riches émigrés
nicaraguayens, lui avaient permis de devenir le principal
intermédiaire financier entre les services d'espionnage
américains et les contras, et d'engranger au passage de
substantielles commissions. Sa discrétion et son habilité lui
firent échapper au contrecoup déclenché par le scandale de
l'Irangate. Il avait par la suite utilisé judicieusement l'argent
9Joyeux halloween Monsieur McGovern
ainsi gagné en développant le rachat d'entreprises
défaillantes qu'il dépeçait ensuite, revendant les parties
rentables avec de très gros bénéfices. Il allait de soi que sa
volonté de puissance ne lui laissait que peu de place pour la
pitié, et ses origines familiales avaient fait naître chez lui
un certain mépris pour ces ouvriers qui n'avaient pas réussi
comme sa famille à échapper au travail manuel.

Ce matin-là, les principaux cadres de la World
PanAmerican Bank étaient tous réunis dans le grand bureau
de leur patron. Ils étaient moins d'une dizaine, tous très
jeunes et fraîchement émoulus des plus grandes universités.
John McGovern lui-même n'avait que quarante et un ans, et
c'est volontairement qu'il choisissait des collaborateurs
moins âgés que lui, il lui semblait ainsi plus facile d'asseoir
son emprise. John McGovern était confortablement installé
dans un large fauteuil de cuir noir; les mains jointes, les
yeux mi-clos, il écoutait ses subordonnés. Assis sur de
simples chaises disposées en demi-cercle, ils étaient séparés
de lui par un vaste bureau en bois précieux. Ce matin, ils
étaient sur un gros coup, le rachat d'un grand conglomérat
métallurgique dont les trois principales filiales se
composaient d'une mine de minerai de fer à Cheyenne,
dans les Rocheuses, d'un complexe sidérurgique à Detroit
et, enfin, de chantiers navals à Baltimore. L'affaire
s'annonçait très rentable : à part les chantiers navals qui
périclitaient, les installations de Detroit avaient été remises
à neuf il y avait moins de dix ans, et les mines de fer
comptaient plusieurs dizaines d'années de réserve, mais,
surtout, les caisses de retraite de l'entreprise représentaient
plusieurs millions de dollars. John McGovern, avant de
clôturer la séance, jeta un regard circulaire sur l'ensemble
de ses collaborateurs :
"Tout le monde est d'accord sur le projet de rachat ?"
10Xavier Maréchaux

Tous acquiescèrent de la tête, à l'exception du jeune
Emilio Sanchez. John McGovern fit pivoter son fauteuil
vers ce dernier; il appréciait ce jeune homme; fils d'émigré
mexicain, il avait fait preuve de beaucoup de ténacité pour
s'en sortir.
"Eh bien Emilio, quelque-chose vous tracasse ?"
Emilio prit une longue inspiration avant de parler :
"John, je pense que l'on a négligé le côté syndical. Dans
l'ensemble du groupe, le taux de syndiqués est très fort, et
je pense qu'ils peuvent nous créer des ennuis. Vous savez,
mon père était également un métallo au Mexique, les gens
dans ce type d'entreprise sont des battants, ils ne vont pas
se laisser dépouiller de leur retraite sans rien faire... "
Il y eut des sourires amusés. Qui pouvait bien nous
résister ? semblaient penser ses collègues. D'un geste de la
main, McGovern fit disparaître tout signe de moquerie.
"Vous avez raison, Emilio, cet aspect n'est pas à
négliger. Maintenant que nous avons la certitude que la
direction ne s'opposera pas au rachat, il faut veiller à la
neutralité des syndicats."
Il se tourna alors vers un autre de ses employés.
"Pour cela, Georges, il faudrait que vous m'organisiez
une rencontre d'ici une dizaine de jours avec les
représentants syndicaux des trois filiales, ici à New York. Il
faut que, dans trois semaines, le rachat soit devenu
opérationnel."
Georges Rafaelli avait la haute main sur les relations
publiques. Lui et son patron se comprenaient à mi-mot. Il
n'avait que dix jours pour faire les choses en grand, il fallait
qu'à la suite de la rencontre, la bande de blue collar qui
allait rencontrer le boss ne soient plus une menace. Il y
veillerait personnellement.

Isaac Washington avait du mal à contenir sa colère
lorsqu'il sortit du bureau du vieux Jérémy. Cela faisait plus
11Joyeux halloween Monsieur McGovern
de vingt ans qu'il connaissait le directeur de la National
Iron Inc., en fait depuis que ce dernier avait été nommé à ce
poste, et il nourrissait à son égard une certaine estime.
Jérémy Johnson était maintenant âgé de plus de soixante-
dix ans, mais avec son dos voûté et ses cheveux blancs, il
avait toujours fait plus vieux que son âge, ce qui lui avait
valu ce surnom amical de "vieux Jérémy" de la part de ses
employés, qui, à l'instar du chef du syndicat, l'appréciaient
pour avoir réussi, malgré la crise, à maintenir à flot cette
entreprise de plus de 15000 salariés. Cependant, cette fois-
ci, Jérémy Johnson n'avait pu que confirmer les rumeurs
qui couraient sur un éventuel rachat de la compagnie par la
World PanAmerican Bank. Il lui avait expliqué que la
situation financière de l'entreprise ne lui permettrait pas de
résister à l'OPA, et que même plusieurs de ses soutiens
financiers allaient appuyer l'opération. Isaac Washington
avait alors fait part de l'inquiétude qui régnait dans les
ateliers des trois établissements du groupe. Le directeur
n'avait pu que soupirer en confirmant les pires craintes de
ses employés: la World PanAmerican Bank allait piller la
société, vendant au plus offrant les parties rentables tout en
ayant au préalable fait main basse sur les caisses de
retraites. Tout cela était parfaitement légal, ce n'était ni la
première ni la dernière fois que cela se produisait. Isaac
avait alors proposé de déclencher une grève générale. Le
vieux Jérémy avait haussé les épaules en signe de
découragement : tout cela ne servirait à rien, avait-il dit,
sauf à rendre plus difficile le rachat de l'entreprise après
l'OPA, et donc à accroître la période d'incertitude pour les
ouvriers.

Il faisait nuit lorsqu'Isaac prit sa voiture. Il était furieux,
non contre ce vieux Jérémy, ses usines et ses employés
étaient toute sa vie, mais contre ces rapaces de Wall Street,
qui pour quelques dollars de plus étaient prêts à sacrifier
12Xavier Maréchaux

plusieurs milliers d'individus. Il se remémora le chemin
parcouru depuis qu'il était entré à l'âge de seize ans dans
cette entreprise, employé comme simple manoeuvre. Il
habitait alors avec ses parents dans le ghetto noir de
Detroit. A force de détermination, il était devenu ouvrier
qualifié en quelques années. Il se souvint de cet accident
lorsqu'il avait été gravement brûlé à la jambe par de l'acier
en fusion. Cet accident avait pourtant été la chance de sa
vie : conduit à l'hôpital central de la ville, c'est là qu'il avait
rencontré Mary. Elle débutait dans son métier d'infirmière
et, malgré la différence de race et de milieu social, ils
s'étaient tout de suite sentis attirés l'un par l'autre. Ils
s'étaient mariés deux ans plus tard, il avait alors vint-cinq
ans et elle vingt-trois, et cela malgré l'opposition plus ou
moins prononcée de certains membres de leurs familles. Ils
avaient alors déménagé pour la banlieue, loin de la misère
et de la violence de la ville. Grâce à leurs économies
respectives et à des emprunts, ils avaient pu s'acheter une
petite maison. Leur situation au début s'était avérée plus
difficile que prévue, ils formaient en effet le seul couple
mixte dans une banlieue presque exclusivement blanche,
mais Mary, qui avait trouvé un travail dans une clinique
privée du quartier en qualité d'obstétricienne, avec sa
gentillesse et son efficacité, avait su rapidement gagner la
sympathie de la population féminine et, par là même, celle
de leurs maris. A l'usine, Isaac avait eu à faire face à une
certaine hostilité de la part de ses collègues noirs. Mais à la
même époque grâce à son charisme, il était parvenu à une
position importante dans le syndicat. Il avait par la suite
réussi à mener à bien quelques actions importantes qui en
avaient fait un des éléments indispensables de l'équipe
syndicale. Il avait également gravi un à un les échelons
jusqu'à devenir agent de maîtrise, et dix années auparavant,
lorsque l'entreprise de sidérurgie avait été modernisée,
c'était lui qui avait imposé que tous les ouvriers reçoivent
13Joyeux halloween Monsieur McGovern
une formation prise sur leur temps de travail, les rendant
ainsi aptes à travailler sur les nouveaux équipements; la
direction n'avait pu alors se séparer des ouvriers les plus
anciens, c'est-à-dire les mieux payés, sous prétexte de leur
sous-qualification. A la suite de ce coup d'éclat, il était
devenu le président du syndicat pour l'ensemble du groupe,
et avait même intégré pour un temps l'équipe fédérale, mais
son travail et sa famille -ils avaient eu entre temps quatre
enfants- lui avaient fait renoncer à cette dernière fonction.
Il lui restait maintenant cinq ans avant la retraite, et voilà
qu'une bande de charognards allait s'emparer des caisses de
retraites! Il devait empêcher cela. La réunion des dirigeants
syndicaux du groupe était pour lundi, il lui fallait trouver
une solution d'ici là.
Isaac arrêta la Ford devant la maison. Sa femme l'avait
entendu arriver et avait ouvert la porte d'entrée; la petite
dernière, Esther, courut vers lui et sauta dans ses bras.
"Papa, viens voir la citrouille que maman et moi, on a
préparé cet après-midi pour Haloween."
Elle l'entraîna à l'intérieur de la maison où une immense
citrouille évidée trônait sur une petite table près de la
fenêtre. A travers des yeux et une bouche avec de grandes
dents creusés dans le légume, on apercevait la lueur d'une
bougie que l'enfant avait mise à l'intérieur.
"C'est un superbe Jack'O Lantern," fit Isaac en souriant,
mais Mary remarqua son air soucieux.
En entrant dans la maison, Isaac avait également aperçu
son troisième fils affalé sur le canapé en train de regarder
un de ces feuilletons spécialement tournés pour la
communauté noire. Il avait réprimé un mouvement
d'impatience, il détestait ce genre d'émission. Il avait
l'impression d'un retour en arrière; sa génération avait
combattu pour l'égalité des droit civiques, et voilà que les
médias et certains leaders noirs prônaient la séparation
raciale. Il se sentit découragé. Toutes les valeurs auxquelles
14Xavier Maréchaux

il avait cru et pour lesquelles il s'était battu, l'ascension
sociale par le travail, l'égalité et l'union entre les différentes
communautés composant la nation américaine pour bâtir un
pays plus juste et plus prospère, tout cela était battu en
brèche par quelques politiciens et quelques brokers sans
scrupules.
Ce n'est qu'une fois dans leur lit que Mary le
questionna. Il lui fit part de sa rencontre avec le vieux
Jérémy, de sa colère et puis maintenant de son
découragement.
"N'y a-t-il aucun moyen légal de s'opposer à cette
banque ?" demanda-t-elle. “Vous ne pouvez-pas, par
exemple, contester l'OPA devant les tribunaux ? "
"Non, il n'y a rien que l'on puisse faire. Ils ont tous les
avocats qu'ils veulent. Ils connaissent leur boulot, leur
dossier est parfaitement ficelé."
Il se tourna sur le dos, les mains derrière la nuque, les
yeux au plafond.
"Non, reprit-il, il n'y a rien que l'on puisse faire."
Il poussa un long soupir. Sa femme vint se blottir contre
lui. Non décidément, pensa-t-il, légalement, il n'y a rien à
faire. Soudain, il rejeta les draps et sauta au bas du lit.
"Que se passe-t-il ?" demanda Mary, légèrement
inquiète.
"Rien, je viens juste d'avoir une idée."
Il ouvrit le répertoire téléphonique et se mit à composer
un numéro dans le New Hampshire.
Mary s'était soulevée sur le coude. Intriguée, elle le
regardait faire.
"A qui téléphones-tu ?"
"A ton frère Allan."
"Maintenant ? Il est presqu'une heure du matin."
Il se tourna vers elle, un léger sourire aux lèvres.
"Je crois qu'il peut nous aider."
15Joyeux halloween Monsieur McGovern
Mary se recoucha. Elle tira les couvertures vers elle
tout en se demandant comment Allan pouvait bien aider
Isaac et ses collègues.
Isaac avait le coeur battant en attendant que s'établisse
la communication.
Allan avait été l'un des membres de la famille de Mary
qui s'étaient plutôt réjouis de leur mariage, et cela malgré
son jeune âge à l'époque. Ils avaient passé ensemble
quelques vacances dans la maison de campagne d'Allan et
de sa femme, mais cela faisait maintenant près de trois ans
qu'il ne l'avait plus revu.
Il n'y eut que deux sonneries avant qu'Isaac n'entende la
voix de son beau-frère.
" Allô... "
La voix était quelque peu pâteuse. Allan devait être en
train de boire un dernier verre, mais au moins, pensa Isaac,
il ne l'avait pas réveillé.
"Salut, Allan, c'est moi Isaac, ton beau-frère, désolé de
te téléphoner si tard, mais j'ai un besoin urgent que l'on se
voit. Tu es libre ce week-end?"
Son interlocuteur parut légèrement décontenancé.
"Tu veux venir chez moi demain ?"
"Oui, si c'est possible. "
"Mary et les enfants vont bien ?"
Isaac perçut une légère trace d'inquiétude dans la voix
de son beau-frère.
"Tout va bien à la maison, j'ai seulement besoin de tes
conseils pour mon boulot."
"Tu es le bienvenu, si tu crois que je puis t'être utile. A
quelle heure penses-tu venir ?"
"Le plus tôt possible, par le premier vol du matin,"
répondit Isaac.
Isaac raccrocha, prit le bottin puis composa le numéro
d'une compagnie aérienne intérieure. Il y avait un vol pour
Concord, la capitale du New Hampshire, demain à huit
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