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Justin Case, tome 2 - L'Archange et le Démon

De
213 pages

Une série d'enquêtes palpitantes à vivre de l'intérieur. Un nouveau héros, Justin Case, en quête de Justice à tout prix.





Le Mont Saint-Michel est dans la tourmente. D'étranges suicides et des disparitions se succèdent. La " sorcière " est à l'hôpital, dans le coma. Alexandre, son fils, a disparu.
Et voilà que des hommes en armes se pressent aux portes de la Merveille. Qui sont-ils ? Une secte ? Une organisation terroriste ? Que poursuivent ces tueurs que rien ne semble pouvoir arrêter ?
Justin et ses compagnons parviendront-ils à éviter au garçon une fin tragique et à innocenter sa mère ? Le compte à rebours est lancé... sous le regard de l'archange.





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couverture

Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo

JEAN-LUC BIZIEN

L'ARCHANGE ET LE DÉMON
JUSTIN CASE #02

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Je m’appelle Justin.

Justin Case, pour être précis, mais vous le savez déjà puisque vous avez ce livre entre les mains… et que mon nom s’étale sur sa couverture.

Que puis-je vous apprendre à mon sujet ? Disons, pour faire court, que je suis né à la fin des années 80 –vous savez, cette décennie au cours de laquelle les coiffeurs se sont mis à couper les cheveux comme s’ils étaient sous l’effet de puissants hallucinogènes, les couturiers à employer les outils et les couleurs du bâtiment et les musiciens à découvrir les méfaits de la boîte à rythmes et du synthétiseur.

Une véritable horreur. Si vous êtes trop jeunes pour en avoir souffert, vous n’imaginez pas votre chance. Bref. Je m’appelle Justin Case et je suis riche. Très riche.

Je suis également orphelin. Les deux informations sont étroitement liées, puisque j’ai hérité de la fortune colossale de mes parents.

La vérité, c’est que l’on a tué ma mère, avant de faire accuser mon père… Je suis, depuis ce funeste jour, à la recherche des véritables coupables.

Comme vous pouvez vous en douter, cette enquête est complexe. J’y emploie le plus clair de mon temps, j’y investis une grande partie de ma fortune.

Je parcours également le monde, pour venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Ceux que la justice a oubliés.

Ceux qui, comme mon défunt père, ont été victimes d’erreurs de jugement. Mon rôle consiste à les innocenter. Je rouvre les dossiers, je reconstitue les affaires, je recherche des preuves. Mais rassurez-vous : je ne suis ni un justicier, ni un de ces caped heroes, comme on dit chez moi.

J’ai le sens des réalités, je laisse le job à Batman ou Chuck Norris (ils font ça très bien, à ce qu’il paraît).

La plupart du temps, j’emploie des moyens légaux.

Il arrive pourtant que ça ne suffise pas.

Quand j’ai besoin de renforts, je fais appel à des amis fidèles, que je vais vous présenter.

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Helena

C’est probablement l’une des plus belles créatures que je connaisse –et j’en connais BEAUCOUP, parmi les plus belles, vous pouvez me croire. Cette jeune femme est différente, à bien des égards. Son patronyme complet est Helena Carter-Lee. Les plus observateurs auront noté qu’elle a des origines asiatiques. Sans doute cela explique-t-il sa passion pour les arts martiaux. Helena est un combattant redoutable, que je n’affronterai pour rien au monde. C’est aussi un pilote d’hélicoptère et un chauffeur remarquable. Elle ne me quitte pratiquement jamais et je dois avouer que sa présence à mes côtés est rassurante… et la plupart du temps salvatrice.

Mais vous pourrez en juger, au fil des pages.

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Sonny Boy

De son vrai nom Sonny Noland, c’est un génie de l’informatique. Aucun ordinateur n’a de secret pour lui. Il n’y a pas un système de sécurité au monde qui lui résiste. Depuis son Q.G. secret, Sonny est capable d’infiltrer n’importe quel ordinateur, de prendre le contrôle d’un réseau de surveillance, de se jouer d’un dispositif de veille…

Il est l’un de mes plus précieux alliés.

Nous partageons la même aversion pour les erreurs judiciaires.

Sonny Boy a mis au point un logiciel de veille, qui m’alerte en permanence. Victime il y a quelques années d’un terrible accident de voiture, il est cloué dans un fauteuil roulant. Mais n’allez surtout pas le prendre en pitié : vous commettriez une terrible erreur de jugement.

C’est un véritable guerrier, ancien champion de football américain. Quiconque passe à portée de ses mains devine la menace. Ce colosse n’a qu’une seule faiblesse à ma connaissance – je le soupçonne d’avoir cédé aux charmes d’Helena.

Comme cette dernière, il est l’un de mes anges gardiens.

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Matthew Slides

C’était l’avocat d’affaires de mon père. Son confident, aussi. Sans doute, à bien y réfléchir, son meilleur ami. Ils ne se quittaient pas depuis qu’ils s’étaient connus à l’armée.

Je n’ai jamais réussi à obtenir d’explications, mais je sais qu’ils sont revenus de leur période de conscription avec un lourd secret en commun. Les liens qui les unissaient ne se sont jamais brisés – jusqu’à la tragique fin de mon père…

Grand, dégingandé, il fascine par un regard hypnotique et des cheveux sombres, qu’il porte longs. Toujours vêtu de costumes de dandy, il ne se sépare jamais d’une canne-épée, dont le pommeau sculpté représente une tête de mort. Il ne fait pas son âge – les gens lui donnent généralement vingt ans de moins…

Une dernière chose que vous devez savoir : depuis que je suis enfant, l’une de nos activités favorites consiste à utiliser un code. C’est très simple : on annonce un chiffre, qui prévient du décalage que l’on va faire dans l’alphabet. Par exemple « 3 « signifie que l’on décale tout de trois lettres – et « a » devient « d », « e » devient « h », etc. C’est une gymnastique mentale qui nous a permis de communiquer tous les deux, loin de toutes les oreilles indiscrètes.

 

Bien sûr j’ai d’autres amis –et quelques adversaires plus ou moins coriaces, mais je vous laisse faire leur connaissance au fil des pages.

La vie est faite de surprises, n’est-ce pas ?

 

Bienvenue dans MON monde.

Prologue


La nuit était venue, plongeant la baie dans un océan de goudron. Le vent sifflait sur la lande, froid et sec. Le calme régnait partout… ou presque, car là-bas, au milieu de l’étendue sablonneuse, la sorcière courait à perdre haleine. Poumons en feu, souffle rauque, elle serrait les poings et luttait à chaque foulée pour s’arracher aux nombreux pièges du sol humide.

Autour d’elle, les poches de sable mouvant cherchaient à happer ses chevilles. Chacune des foulées de la fugitive soulevait des gerbes d’eau salée. Les gouttelettes brillaient sous l’éclairage de la lune capricieuse, qui jouait avec les nuages. Elle disparut soudain, laissant les ténèbres régner à nouveau.

 

La jeune femme ne ralentit pas pour autant l’allure. En l’apercevant ainsi, folle de peur, on aurait juré que tous les diables de l’enfer étaient à ses trousses…

Et ils l’étaient.

Vraiment.

La sorcière s’élançait au hasard, priant pour ne pas chuter sur le sol incertain. Elle glapit de surprise quand son pied s’enfonça dans la vase. Sa plainte se mua en gémissement de douleur : la souffrance irradiait le long de sa jambe.

Incapable de lutter, la malheureuse dut mettre un genou à terre. Submergée par une vague de peur ignoble, elle libéra un nouveau cri d’animal blessé et lança un regard affolé par-dessus son épaule.

Ils n’étaient pas là.

Pas encore.

Mais ils ne tarderaient pas, elle le savait.

Elle pouvait sentir leur présence.

Ils la cherchaient, plus agressifs que des chiens de chasse rendus fous par l’odeur du gibier, ou le fumet âcre de son épouvante.

Bientôt, elle devinerait leurs pas dans les siens, elle entendrait leurs ordres gutturaux, leurs chants impies.

Elle secoua la tête pour chasser au loin cette idée : non ! Elle ne se laisserait pas faire ! Elle lutterait, jusqu’au bout !

Car s’ils la rattrapaient…

Elle ferma une seconde les paupières et s’efforça au calme.

Mieux valait ne pas y penser.

Tout donner, lancer ses ultimes forces dans cette bataille pour la survie. Leur échapper, coûte que coûte.

Posant les mains autour de sa cheville gonflée, elle s’appliqua à se dégager. Au prix d’un effort terrible, elle parvint à extraire sa botte de la gangue de vase qui l’emprisonnait. D’un geste brusque, elle arracha une manche de son chemisier et confectionna en hâte un pansement, serrant l’étoffe pour la transformer en attelle de fortune.

Sitôt fait, elle se redressa et dut se mordre les lèvres pour ne pas hurler, tant les vrilles de souffrance étaient intolérables.

Elle parcourut quelques mètres et sut que sa jambe ne la porterait bientôt plus. Elle puisa au plus profond d’elle-même, réunit ses ultimes réserves de volonté et repartit.

Il fallait tenir.

Encore un peu, un tout petit peu.

Courir dans les ténèbres et rejoindre la rive, à l’opposé de la baie.

Relevant le nez, la sorcière étudia les étoiles.

C’était une nuit de lune ascendante, une de ces nuits propices à…

Non.

Ça non plus, il ne fallait SURTOUT pas y penser.

Elle reprit sa course. Une foulée, puis une autre.

La sorcière tressaillit en distinguant le bruit des vagues.

L’eau montait, inexorablement.

Elle serait prisonnière sous peu, si elle n’accélérait pas l’allure.

– Allez ! siffla-t-elle entre ses dents. Plus vite !

Il lui fallait oublier la fatigue, ignorer la douleur qui lui tenaillait la jambe et courir… pour ne pas périr noyée.

« Dans la baie, la mer arrive à la vitesse d’un cheval au galop » : c’était ce qu’on racontait depuis des décennies aux touristes. Ces derniers souriaient d’un air entendu, inconscients de la menace. Certains partaient à l’aventure, l’appareil photo en bandoulière, certains de leur fait. Ils s’aventuraient dans la baie, au milieu de cette plage immense, accordant des regards amusés aux vagues lointaines…

On retrouvait les plus chanceux au milieu de la baie, cernés par les flots. D’autres surnageaient parfois, battant des bras pour appeler les secours – quand leurs vêtements trempés ne les entraînaient pas vers le fond. Ainsi en allait-il des étrangers bravaches qui se laissaient surprendre par la houle traîtresse.

La sorcière décida de se fier aux étoiles pour s’orienter sommairement. Elle corrigea sa trajectoire et piqua vers la côte – du moins espérait-elle ne pas se tromper.

Levant une main fébrile, elle mordit sa chair pour ne pas crier sous la torture. Elle parvint ainsi à contenir la douleur et poursuivit sa trajectoire, bien décidée à atteindre le rivage.

Depuis combien de temps fuyait-elle ?

Elle n’aurait su le dire.

Elle les avait pris de vitesse, elle s’était échappée, elle avait filé au hasard, dévalant les ruelles sans se soucier de ses chevilles qui se tordaient sur les pavés irréguliers. Au pas de charge, elle avait franchi la porte voûtée et, plutôt que de s’élancer sur la digue où elle n’aurait pas manqué d’être rattrapée par ses poursuivants, elle avait décidé de traverser la vaste étendue de sable.

De jour, la tentative ne lui aurait posé aucun souci : elle connaissait la baie, l’avait arpentée tant de fois qu’elle s’y serait repérée sans efforts… Mais de nuit, tandis que l’éclairage blafard de la lune était occulté par des nuages épais, les choses n’allaient pas de soi.

La jeune femme formula une prière muette dans l’espoir de ne pas s’être égarée : une erreur, même infime et elle se dirigerait inexorablement vers le large.

Elle serait alors la proie de la marée.

Le doute lui étreignit soudain la gorge : s’était-elle trompée. Avait-elle mal estimé la direction ? Sous les semelles de ses bottes, le sol mouvant agissait comme une ventouse. Sitôt posé, le pied s’enfonçait dans la vase, qui semblait animée. Il fallait alors produire un terrible effort pour se libérer, dans un écœurant bruit de succion.

Elle sentit les larmes rouler à ses paupières et poursuivit sa déambulation hasardeuse. Elle avançait à présent comme un somnambule, incapable d’ordonner ses pensées. Un pas, un autre.

Et les autres, derrière, qui la cherchaient.

La mer, aussi, qui montait, encore et encore.

Les premières vagues lui éclabousseraient bientôt les jambes…

Épuisée, le cerveau paralysé par la peur, la jeune femme atteignit enfin le sol herbeux qui bordait la baie. Elle progressa encore une dizaine de mètres à travers le pré gorgé d’eau et fut soudain aveuglée par une lumière puissante. C’était violent, cru, cela tourbillonnait comme une comète prise de démence, ou une fusée jaillie d’un improbable feu d’artifices. Cela hurlait aussi.

Trop choquée pour ordonner ses pensées, la sorcière perçut, comme au travers d’un brouillard cotonneux, le bruit rageur d’un moteur de 4x4. Elle leva une main tremblante devant ses yeux, sans parvenir à distinguer les formes du bolide qui arrivait sur elle à vive allure.

Elle eut alors un sursaut de lucidité.

« C’est fini, songea-t-elle avec amertume. Ils ont contourné la baie. Ils m’ont rattrapée. »

Vaincue, elle se laissa tomber à terre et demeura recroquevillée sur le tapis d’herbes folles.

Bondissant à travers les pièges naturels, le véhicule tout-terrain arrivait à tombeau ouvert. Il ne tarderait plus à la percuter.

La sorcière se prépara au choc.

Elle pria pour que la fin vienne vite et ferma les paupières.

La nuit l’engloutit.

Puis le froid.

Chapitre 1


L’homme au complet gris avait garé avec soin sa grosse berline sur le parking. Il descendit, cligna des yeux sous le soleil aveuglant et laissa entendre un claquement de langue courroucé. Plongeant une main dans la poche intérieure de sa veste impeccablement taillée, il en sortit une élégante paire de lunettes noires, qu’il s’empressa de mettre.

Il leva ensuite une main en visière, s’orienta et put à loisir observer l’imposante silhouette de granit.

En dépit de la distance, le Mont Saint-Michel était majestueux sous le soleil. L’homme au complet gris soupira en pivotant sur lui-même. Il était encore tôt, mais le parking était pris d’assaut. Il ne fallait pas croire les observateurs qui affirmaient que la fréquentation avait baissé depuis la fermeture des aires de stationnement situées au pied de l’abbaye : plus de trois millions de touristes venaient encore chaque année visiter la Merveille.

L’homme ne put réprimer un sourire, tandis qu’il quittait le parking pour s’avancer au milieu de la zone commerciale. Hôtels, magasins de souvenirs, de « produits locaux », restaurants… Les échoppes étaient nombreuses et généreusement achalandées – il le fallait, pour affronter avec sérénité les hordes déferlantes qui ne repartaient quasiment jamais sans un souvenir du Mont.

Après un moment de marche – il estima avoir laissé sa voiture neuf cents mètres derrière lui –, il repéra le point de départ de la navette qui assurait le transport des visiteurs. Depuis le mois d’avril, aucun véhicule n’était plus autorisé à emprunter la digue-route qui reliait encore l’abbaye à la terre. Bientôt, cette digue elle-même disparaîtrait, pour être remplacée par un pont sur pilotis – vaste projet destiné à préserver la baie.

L’homme au complet gris posa un regard critique sur le car au design futuriste. À l’observer ainsi posé sous le soleil, on eût dit une espèce de gros insecte caparaçonné de métal et de bois. Une machine guerrière prête à affronter la baie pour se lancer à l’assaut du Mont…

À cette évocation presque enfantine, l’homme secoua la tête de droite et de gauche en ébauchant un sourire amusé. Il coula un regard de biais aux enfants qui s’imaginaient en paladins caracolant sur le sable et inventaient moult batailles contre des dragons invisibles. Sans se départir de son sourire en coin, il prit place à bord de la navette et consulta machinalement le prospectus récupéré en garant sa berline. Le bus le déposerait sur la digue, où il lui resterait encore quatre ou cinq cents mètres à parcourir avant d’atteindre la muraille d’enceinte.

L’homme au complet gris replia son guide. Il laissa ses yeux errer sur la file de touristes pressés, qui s’installaient à leur tour dans une joyeuse effervescence. Les questions des enfants fusaient, les commentaires des parents assaillis leur répondaient dans un brouhaha festif. Quelques étrangers consultaient fiévreusement leurs guides, cherchant des renseignements sans doute superflus.

Quand la navette s’ébranla, un murmure de satisfaction s’éleva dans l’habitacle… qui se mua en complainte, tant les passagers furent décontenancés au terminus du parcours.

Habitués au moindre effort, la plupart des visiteurs protestaient : pourquoi n’étaient-ils pas déposés au pied du Mont ? Le pilote ne pouvait-il pas rouler sur le ruban de goudron, jusqu’au bout ? Pourquoi imposer une nouvelle marche, quand il faudrait affronter la montée vers le sommet et sa dentelle de granit ?

Les résignés s’élançaient déjà en direction de la bâtisse, tandis que les plus téméraires prenaient à partie le chauffeur. Ce dernier, sans doute lassé de ces lamentations incessantes, affectait un air peu amène en grommelant des réponses inintelligibles. À sa décharge, il devait s’en tenir à des consignes très strictes. La décision était tombée : dans un souci de préservation du site, la loi lui interdisait désormais de dépasser la limite établie.

Exaspéré par les vagues de remontrances et de questions embarrassantes auxquelles il n’avait pas de réponse, le pilote du bus préféra jeter l’éponge. Il se détourna, ne prêta plus attention aux râleurs qui tempêtaient depuis l’extérieur de son véhicule et choisit de laisser ses yeux vagabonder sur la baie ensoleillée. C’était à n’en pas douter une belle journée, qu’il convenait de ne pas gâcher en vaines disputes. Il exhala un soupir harassé et attendit patiemment que les protestations s’étiolent une à une. Quand enfin le dernier mauvais coucheur se décida à tourner les talons pour s’éloigner sur le chemin, le chauffeur s’accorda un moment de calme. Il remit enfin le contact et manœuvra pour partir réceptionner le groupe suivant.

Goguenard, l’homme au complet gris s’était placé en contrebas du chemin, au milieu des hautes herbes qui dressaient leur frontière entre la route et le sable. De cet observatoire en retrait, il avait assisté à la scène sans prononcer un mot. Il regarda la silhouette du bus qui allait s’amenuisant, puis il fit volte-face et s’assura que le dernier visiteur venu avec lui l’avait confortablement distancé. Satisfait de se retrouver enfin seul sur la route, il se mit en marche à son tour. Il délaissa le ruban de bitume et lui préféra le sol herbeux et son chaos de roches. La progression, irrégulière, lui sembla moins monotone et il rejoignit rapidement le Mont. En atteignant le pied de l’immense monument, il consulta sa montre et constata non sans plaisir qu’il était en avance – exactement comme il l’avait prévu.

Il s’autorisa donc à flâner à l’extérieur, contourna le Mont par sa face ouest et s’aventura au nord, pour rejoindre le petit édifice qui se dressait à la manière de la proue d’un navire défiant la mer. Il monta sur le socle de pierre, étudia la façade de la chapelle Saint-Aubert, la statue érigée au-dessus de son entrée et chercha en vain à pénétrer dans le bâtiment fermé. Il traîna encore un peu aux alentours, offrit son visage au soleil, s’emplit les poumons de l’air iodé et repartit comme à regret vers l’entrée du Mont, qu’il finit par franchir.

Une foule compacte de visiteurs se pressait déjà dans l’enceinte et des vagues arrivaient le long de la digue-route.

Un coup d’œil suffit à l’homme pour constater que, contre toute attente, la fréquentation des lieux demeurait encore dense. N’en déplaise aux esprits chagrins et leurs déclarations alarmistes, on enregistrait, chaque jour, une moyenne de sept mille visiteurs...

Un nouveau sourire s’afficha sur son visage.

L’heure du rendez-vous approchait.

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