L'Action

De
Publié par

Astone, un ancien marin qui a bourlingué à travers le monde, devient chauffeur dans une entreprise de transport automobile à Alger. On est vers la fin des années 30.


Scandalisé par les dures conditions de travail des ouvriers et par leurs maigres salaires, Astone crée un syndicat et lance une grève dure, avec occupation des garages. Un jeune Arabe, Hadj, l'aide ainsi que Rose, l'épouse du comptable, que son mari maltraite.


Au cours d'entretiens non publiés, Emmanuel Roblès déclarait dans les années 80 :


" Dans L'Action, le sujet réel est la révolte ouvrière de 1936. Astone dans mon livre est un type de personnage que j'ai repris plus tard. Convaincu que toute vie est une aventure absurde puisqu'elle doit un jour sombrer à jamais, il domine cependant son désarroi et se bat à la fois pour sa dignité et – solidairement – pour celle des autres. Cette aspiration à la dignité humaine, surtout dans une colonie où elle se trouvait bafouée, correspondait à quelque chose de très profond en moi tant mon ardeur à vivre se révoltait contre l'injustice sociale. Ce livre de mon adolescence, au-delà de toutes ses imperfections, est celui que j'estime le plus dans mon œuvre. "


Publié le : dimanche 25 août 2013
Lecture(s) : 3
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021067354
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Extrait de la publication
L’ACTION
Extrait de la publication
EMMANUEL ROBLÈS DE L’ACADÉMIE GONCOURT
L’ACTION
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL 27, rue Jacob, Paris VIe
Extrait de la publication
Le présent ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Edmond Charlot, Alger, en 1946
ISBN978-2-02-106736-1
©ÉDITIONS DU SEUIL,JUIN1996
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Première Partie
Extrait de la publication
Extrait de la publication
1
L’autocar fonçait dans la grisaille du soir. Le chauf-feur Morelli, les mains crispées au volant, sentait venir la fatigue. Elle s’insinuait sournoisement le long de ses muscles et pesait sur les reins comme une barre. La tête, aussi, s’alourdissait... L’image fuyante de la route, avec son déroulement vertigineux de film, lui brûlait les yeux et lui engourdissait l’esprit. Le ronflement régulier du moteur lui-même contribuait à user la tension de ses nerfs, à corroder sa résistance. Alors, pour combattre cette torpeur dangereuse, il chantonna puis grilla une cigarette. La nuit tomba définitivement. D’un geste précis, le chauffeur atteignit le bouton des phares. Leur jet de lumière blanche attira des phalènes, et devant le radiateur des insectes minuscules jaillirent comme des étincelles. Les arbres et les poteaux du télégraphe conti-nuaient leur poursuite fantastique... Rageusement, une auto appela pour doubler d’un coup de gueule de son klaxon. Elle passa dans un vrom-bissement irrité et son feu rouge dansa quelques secondes au fond de la nuit. La route, toujours... Morelli reprit sa lutte contre le sommeil, contre cette envie de détendre sa volonté, de se renverser en arrière,
9
Extrait de la publication
L’ A C T I O N
les yeux fermés, les mains libres... Il fallait à tout prix résister à ce besoin de s’abandonner, de ne plus garder son esprit douloureusement fixé sur la route, de laisser sa pensée se diluer dans une inconscience bienfai-sante... Atteindre Alger! Échapper au sommeil jusqu’à l’arrêt devant le «bureau»! Une à une, les bornes défilaient... Il accéléra. Le moteur ronfla plus profondément, les trépidations firent davantage trembler les vitres... Il revit le bureau du directeur des lignes. Après une nuit d’insomnie, passée au chevet de son gosse malade, il avait demandé à se faire remplacer. L’autre s’était mis dans une fureur noire: – Nous n’avons personne en ce moment! Sanchez est en congé. Renucci est parti sur Cherchell-Ténès. Qui, alors?... Vous êtes si fatigué que ça? Faites un effort, voilà tout! Un effort, un effort... Morelli crispa davantage ses grosses mains sur le volant. Par le pare-brise à demi levé, des gifles d’air froid lui frappaient le visage. Un effort... A quinze kilomètres d’Oran, une pale d’hélice de refroidissement s’était détachée et avait crevé le radia-teur. Il avait calfaté la fuite avec un tampon de vieux chiffons mélangés de savon. Ainsi, il avait pu atteindre le bureau. Mais au garage, il lui fallut trimer jusqu’à deux heures du matin pour remettre la machine en état et assurer le départ de cinq heures. Un effort?... Salaud! Il ralentit pour traverser un village et alluma l’inté-rieur du car. Dans le rétroviseur, il distinguait les voya-geurs arrachés à leur somnolence par la lumière.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.