L'affaire Bella Rosa

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Enfin des vacances pour Mélina Corneille ! C’est en Italie, dans un petit village de Toscane, qu’elle a choisi de se ressourcer pour profiter pleinement de ce repos bien mérité. À peine arrivée, Mélina fait la connaissance de Laurent et Annabelle, un couple de Français avec qui elle sympathise ; mais la mystérieuse disparition de cette dernière pourrait bien tourmenter ces vacances tant attendues. Et pas facile de résoudre cette affaire avec des employés de l’hôtel pour le moins étranges et un inspecteur atypique pas très concerné... De plus, la jeune femme semble cacher quelques secrets et son mari ne s'avère pas savoir grand-chose d'elle... Qui est vraiment Annabelle ? Pourquoi a-t-elle disparu ? Guidée par son instinct et son irrépressible curiosité, Mélina ne peut faire autrement que de s'en mêler !
Publié le : mercredi 4 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026205326
Nombre de pages : non-communiqué
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Monia Boubaker

L'affaire Bella Rosa

Une enquête de Mélina Corneille

 


 

© Monia Boubaker, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0532-6

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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1

 

Le nez à la vitre, elle détailla l’endroit, qui lui parut assez différent des photos qu’elle avait vues sur le site internet.

— Vous êtes sûr que c’est ici ?

Le chauffeur de taxi lui décocha un regard impatient et agacé dans le rétroviseur.

Impatiente de profiter de ses vacances, elle avait, dès le début du trajet, posé quelques questions au chauffeur sur la région dans un anglais très approximatif, son italien étant inexistant.

Il avait fait l’erreur de lui confier qu’il parlait quelques mots de français, information qui déclencha chez la jeune femme un nouveau flot de questions qui ne s’était pas tari jusqu’à l’arrivée.

Supposant qu’il était maintenant sans doute un peu fatigué, elle n’insista pas, et se hâta de chercher son portefeuille au fond de son sac.

Grand défi.

Elle dut vider la moitié du contenu sur le siège pour enfin mettre la main sur son petit portefeuille de cuir rouge. Elle se risqua à lui jeter un coup d’œil et le vit se passer la main sur le visage en soupirant.

Elle se rendit compte qu’il arrivait peut-être au bout de ce qu’il pouvait supporter. Elle régla la course en lui adressant un petit sourire gêné et sortit rapidement de la voiture pour récupérer sa valise entreposée dans le coffre. L’entendant faire ronfler le moteur pour marquer son impatience, elle essaya de faire au plus vite.

Lorsqu’il démarra ensuite en trombe, la noyant dans un nuage de poussière, elle conclut qu’elle n’avait certainement pas dû être assez rapide.

Mélina se retrouva seule et leva les yeux vers cette haute grille interminable. Au travers, elle apercevait au loin, au milieu d’un jardin vert étendu et joliment fleuri, une imposante maison de pierre.

 

Une pancarte en bois, suspendue de manière très approximative à la grille, devait certainement annoncer le nom de l’hôtel, mais il n’était maintenant plus lisible. La peinture avec laquelle les mots avaient été tracés était passée, et le bois abîmé, mais elle n’y prêta pas attention. Elle était tout simplement heureuse de changer d’air, de quitter Bordeaux pour quelques jours.

Les derniers mois au travail avaient été difficiles, stressants, et elle aurait presque pleuré de joie en recevant dans sa boîte mail la validation de ses congés. Elle s’était ensuite imaginé devoir passer de nombreuses soirées sur divers sites Internet pour tenter de trouver « LA » destination idéale, mais sa quête de romantisme et son amour pour la cuisine l’avaient alors tout naturellement menée en Italie ; puis, son besoin de calme et de nature, vers ce petit coin de paradis situé au sud de la Toscane.

Mélina ferma les yeux, laissant le léger vent chaud caresser son visage et ses longues boucles rousses. Elle sourit, et accompagnée par le pépiement des oiseaux, poussa la lourde grille de fer forgé qui s’ouvrit dans un grincement long et strident.

 

Elle emprunta une étroite allée gravillonnée, traînant derrière elle, comme elle pouvait, son imposante valise. À mi-chemin, elle croisa une seconde pancarte, de même bois abîmé où était inscrit en lettres capitales, « RECEPTION1» ; le sens de la flèche lui indiquant un peu plus loin, l’imposante bâtisse. Arrivée au bout de l’allée, elle vit un peu plus loin d’autres maisons de pierre, et elle se rappela avoir lu dans la présentation de l’hôtel que les chambres étaient dispatchées à raison de deux ou trois par « petite maison », qu’ils appelaient « dépendances ».

Elle fit une pause, essoufflée, et s’arrêta devant l’entrée.

La réception était annoncée par une feuille dactylographiée, fixée grossièrement sur la vitre avec du scotch.

Il ne faisait pas encore trop chaud, mais elle était déjà en sueur grâce à l’activité « tractation de valise », sur la longue allée dont elle était finalement venue à bout. Elle observa le jardin autour d’elle, impeccablement entretenu, où des chaises longues étaient disposées ici et là. Une petite allée carrelée longeait le bâtiment principal, une grande construction de pierre qui lui paraissait assez ancienne. Des tables et des chaises en fer forgé y étaient installées, sous des parasols beiges. Plus loin, elle aperçut un homme qu’elle supposa être le jardinier, en train d’arroser, et qu’elle entendit même siffloter.

 

L’hôtel paraissait calme.

Peut-être un peu trop pour un mois d'août, mais elle n’allait pas s’en plaindre. Elle voulait être tranquille, alors ces quelques jours de détente s’annonçaient plutôt bien.

Reprenant en main sa valise, elle entra et avança dans la pièce jusqu’au comptoir de la réception. Mélina savoura la fraîcheur qui y régnait. La pièce était sombre et silencieuse si elle faisait exception du tic-tac d’une horloge qu’elle n'avait pas encore repérée.

Elle guetta un bruit, qui pourrait lui signifier qu’une personne était à proximité, mais la personne en question avait semble-t-il déserté son poste de travail.

S’accoudant au comptoir, son regard croisa une petite sonnette à sa droite. Elle pressa alors le petit bouton, mais aucun son n’en sortit.

Génial.

Il ne restait donc plus qu’à attendre, et la patience n’était assurément pas un de ses points forts.

Ses talons la faisaient horriblement souffrir, et elle se mit à danser d’un pied sur l’autre.

Elle refit quelques pas vers l’entrée pour jeter un œil dehors.

Personne.

Même le jardinier semblait maintenant avoir disparu.

Elle revint alors vers le comptoir, puis se pencha sur le poste de travail. Des feuilles étaient éparpillées un peu partout, et un emballage de papier chiffonné, cerné d'une bonne quantité de miettes disséminées, décorait une pile de dossiers.

Méthodique, la réceptionniste...

Mélina pria pour que les chambres ne soient pas dans le même état.

Derrière cet espace de travail si bien entretenu, elle remarqua une porte, fermée, et elle se demanda si elle ouvrait sur un autre bureau. Il ne fallait pas grand-chose pour piquer sa curiosité, – qui soit dit en passant, lui jouait très souvent de mauvais tours – mais si on l’avait accueillie au moment de son arrivée comme il se devait, elle n’aurait pas eu le temps de penser à fouiner.

Pas faux, n’est-ce pas ?

Sur la pointe des pieds, elle fit le tour du comptoir.

Mais pourquoi marchait-elle sur la pointe des pieds ? Après tout, cela faisait dix bonnes minutes qu’elle attendait qu’un employé daigne se montrer !

Elle tourna la poignée, qui couina légèrement, et la porte s’ouvrit sur un long couloir qui semblait tout aussi sombre.

Refrénant son envie de l’explorer, elle décida de refermer discrètement la porte.

Soudain, un raclement de gorge se fit entendre.

Elle sursauta en étouffant un cri et se retourna brusquement.

Mélina fit face à un vieil homme qui se tenait à l’entrée de la réception. Il ressemblait vaguement au jardinier qu’elle avait aperçu de loin, en arrivant tout à l’heure.

Il tenait à la main une fourche (mais que diable faisait-il avec ça ?) et la fixait sans bouger.

— Je... Je suis désolée... C’est que j’attends depuis un moment alors... bafouilla-t-elle.

Il était petit, ou plutôt tassé, et paraissait assez âgé. À la façon dont il était accoutré, il lui fit penser à un fermier sur le point de rentrer ses vaches. Il devait mourir de chaud dans son col roulé rouge grenat, et sa salopette bleue était visiblement en fin de vie.

Il fit quelques pas à l’intérieur, et lui annonça d’une voix rauque :

— Quelqu’un va venir s’occuper de vous dans un instant.

Le vieil homme tourna les talons et disparut, laissant comme seule marque de son passage les empreintes de ses bottes boueuses.

L’accueil était rude. C’était peut-être commun à ces villages qui n’ont pas vraiment l’habitude de recevoir des touristes... Pourtant elle nota qu’il semblait parler un très bon français, presque sans accent.

L’hôtel n’avait donc pas menti. Apparemment, le personnel, aussi âgé soit-il, parlait français.

 

Mélina décida de se tenir tranquille et d’aller sagement s’asseoir sur le grand canapé de velours qui n’avait pas l’air d’être de toute première jeunesse, et dont le bleu roi jurait avec le reste de la déco, plutôt rustique et neutre. À peine assise, le canapé l’engloutit et elle lutta pour se tenir droite, s’appuyant au dossier. Elle pensa qu’elle devrait certainement s’y prendre à deux fois pour en sortir, mais essaya néanmoins de se détendre.

La fatigue du voyage se faisait sentir et le sandwich à la mayonnaise douteuse qu’elle avait avalé à la hâte à l’aéroport lui était resté sur l’estomac.

Elle prit son sac à main sur ses genoux et fouilla à l’intérieur, sortant des papiers qu’elle commença à trier, puis entreprit de trouver son téléphone. Elle profiterait de cette attente pour appeler son père et lui dire qu’elle était bien arrivée.

Mais où l’avait-elle mis ?

Elle se promit de faire le ménage là-dedans et d’avoir enfin un sac à main présentable, qui n’était pas plein à ras bords de choses inutiles. Elle se demanda comment elle avait pu passer sans encombre le contrôle de la douane à l’aéroport.

Le regard fatigué de l’employé lui revint à l'esprit. Il avait dû voir au scan ce bazar sans nom et avait certainement abandonné l’idée de le fouiller. Il faut dire que ça en aurait découragé plus d’un...

 

Lorsqu’elle releva la tête après quelques minutes et qu’elle regarda vers le comptoir, elle vit une jeune femme qui était apparue derrière le petit bureau, étudiant attentivement l’écran de l’ordinateur.

La réceptionniste avait subitement décidé de revenir à son poste et n’avait absolument pas cherché à savoir qui elle était, ni depuis combien de temps elle attendait.

Mélina sentit l’agacement monter en elle et marmonna tout en s’extirpant tant bien que mal du canapé. Elle se posta devant l’employée en essayant de contenir son exaspération, et de ne pas lui hurler qu’elle attendait depuis tout à l’heure que quelqu’un daigne l’accueillir.

Elle s’efforça de se montrer polie et formula un « bonjour » plutôt pincé.

La jeune femme releva la tête et lui offrit son plus beau sourire, qui lui avait tout l’air d’être hypocrite. Impeccablement coiffée d’un chignon, pas un seul cheveu n'en dépassait, tous prisonniers d’une importante quantité de laque. Elle chantonna un « Buongiorno », comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. On aurait dit qu’elle répétait un rôle pour un spot publicitaire.

— Quand je suis arrivée, expliqua Mélina, il n’y avait personne, alors j’ai patienté sur le divan, juste là, dit-elle en se retournant et le montrant du doigt. Je ne vous ai pas entendue revenir. J’ai attendu un bon moment quand même, souligna-t-elle.

La réceptionniste l’étudiait de ses grands yeux bleu clair surlignés d’un trait d’eye-liner noir. Elle lui ressortit son sourire parfait, mécanique, paré à toutes les situations, et s’exclama :

— Oh oui, ça arrive, quelquefois ! lui répondit-elle dans un français aux forts accents italiens.

— Ça arrive quelquefois ? répéta Mélina en ouvrant de grands yeux.

Elle bouillonnait.

Elle avait plutôt attendu de plates excuses, même si elles étaient en français approximatif, mais elle décida de ne pas lui en tenir rigueur. Elle voulait commencer ce séjour d’un bon pied.

Toutefois, elle nota que l’accueil n’était apparemment pas leur point fort. Elle espérait que l’hôtel avait d’autres qualités ; et au moins une grande partie que vantait leur site internet.

Elle repensa au descriptif alléchant qu’elle avait lu.

« Sourire parfait » lui demanda son formulaire de réservation et lorsqu’elle lui tendit, le saisit de ses mains fines aux ongles parfaitement manucurés.

— Trrrrrès bien ! C’est parrrrfait, je vais pouvoir vous accompagner jusqu’à votrrrre chambre, fredonna-t-elle.

Trop aimable, pensa Mélina.

Elle la suivit dehors et elle vit un chat marron tigré qui accourut droit vers elle pour se frotter à ses jambes. Au moins un qui savait recevoir. Elle sourit.

Elle adorait les chats et elle pensa au sien qu’elle avait laissé aux bons soins de son père durant son absence. Ces deux-là n’étaient pas les meilleurs amis du monde, mais elle espérait que tout se passerait sans trop de (gros) problèmes. Auguste avait son petit caractère, et Jacques, son père, n’étant en général pas très proche des félins, ne portait définitivement pas celui-ci dans son cœur.

 

Elles firent le tour de la réception pour rejoindre une de ces petites maisons de pierre, qu’elle avait remarquées en arrivant et qui jouxtaient la réception. Elles s’arrêtèrent devant l’une d’elles, à la porte d’entrée étroite et arrondie, qui lui fit penser à celles de l’époque du moyen-âge.

La réceptionniste sortit de son petit sac en toile qu’elle portait en bandoulière, une clé volumineuse à l’allure très ancienne et qui avait l’air de sortir tout droit d’une émission de Fort Boyard.

Pour un peu, elle s’attendrait même à voir apparaître un personnage farfelu de l’émission surgir de derrière cette porte.

Voilà qui était pratique. Elle allait devoir trouver une place dans son sac à main déjà encombré à cette clé imposante, et elle se félicita d’avoir eu l’idée d’emporter le plus grand qu’elle possédait.

La porte s’ouvrit sur un petit couloir pavé.

— Vous êtes dans la chambre 2, lui dit-elle en lui souriant. Elle est trrrrrès jolie.

La voilà qui était rassurée...

 

Elles empruntèrent le couloir pavé et tournèrent à droite. Cette dépendance comprenait trois chambres, et la réceptionniste lui désigna une quatrième porte, à côté, en lui expliquant qu’elle pourrait, si elle le souhaitait, descendre par ici directement pour accéder à la salle du petit déjeuner qui se tenait juste en dessous. Tout de suite, elle ne sut dire si cette information était une bonne ou une mauvaise chose. Néanmoins, elle acquiesça.

Se positionnant devant ce qui devait être la porte de sa chambre, la réceptionniste sortit une autre clé qui sembla à Mélina encore plus grande que la première (si cela était possible !), et tenta d’ouvrir la porte.

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