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Soëlle Voyant Labro L’APPARTEMENT: UNE ENQUÊTE DU COMMISSAIRE PICOT  
Mon Petit Éditeur
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0116011.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À Évelyne
Prologue Eugène Picot leva la tête et son regard interrogateur se posa sur son adjoint.  Oui, Jean-Paul ? Le jeune homme entra dans la pièce et déposa sur le bureau le dossier quil tenait à la main.  Tenez, Chef, mon rapport sur laffaire Bourdin. Laffaire Bourdin ! Une bien triste histoire, un des moments les plus tragiques de sa carrière ! Il recula un peu son siège et sappuya contre le dossier. Durant une courte minute, il resta ainsi, silencieux, absent, et dun coup, sébroua comme au sortir dun rêve. Devant lui, le jeune homme se tenait debout, un peu hagard, et soudain Eugène Picot éprouva pour lui un sentiment mêlé de compassion et de tendresse. Tendant la main, il lui désigna un siège.  Tu as lair fatigué Jean-Paul. Le jeune homme sassit. Il se taisait, accablé, meurtri. Jean-Paul Brusquement, Eugène Picot se leva, contourna son bureau et posa sa main sur lépaule de son adjoint. Celui-ci saffaissa un peu sur sa chaise et laissa échapper un soupir résigné.  Bon, jai une idée ! décida le commissaire. Ma femme est absente et je suis seul ce soir. Viens, nous allons manger un bout ensemble et nous parlerons de ce qui tarrive. Et, sans lui laisser le temps de protester, il prit son chapeau et lentraîna dans le couloir désert du commissariat.
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L’APPARTEMENT: UNE ENQUÊTE DU COMMISSAIRE PICOT
Lorsquils sortirent dans la rue, ils furent assaillis par un vent aigre dans lequel tourbillonnaient des gerbes de pluie glacée. Putain de temps ! grommela le jeune homme.  Putain de vie ! Cétait le 2 novembre 1960.
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Chapitre 1 Il était presque vingt heures lorsque le Commissaire Picot al-luma sa première cigarette. Il poussa un soupir de satisfaction et se cala confortablement au fond de son fauteuil. Il avait poussé la porte de son bureau et les bruits du commissariat lui parve-naient assourdis. Il ferma un instant les yeux, savourant pleinement ce moment de calme, il ne pensait à rien, du moins à rien de particulier. Cétait cela sa force : arriver à faire le vide, à prendre suffisamment de recul pour ne pas se laisser emporter par la déferlante de son métier. Cela faisait trente ans quil côtoyait les petits et les grands drames de la vie. Cétaient eux en partie, qui lavaient pétri de force et dhumanité : car sil était opiniâtre et efficace, cétait néanmoins un homme bon. Mais ses collaborateurs ne sy trompaient pas et savaient que sous cette apparence se cachait aussi une patience de prédateur. Cétait un redoutable enquê-teur, entêté et méticuleux jusquà lobsession. Après avoir écrasé sa cigarette dans le cendrier, il se leva et alla se planter devant la fenêtre.  Saleté de temps ! Depuis deux jours, il pleuvait sans arrêt et un froid humide sinstallait, sinsinuait, rampait jusquà lintérieur des apparte-ments. Picot frissonna. Si cela continuait, il faudrait remettre le chauffage. Son bureau était petit et encombré. À droite de la fenêtre, le mur était garni détagères métalliques croulant sous les dossiers,
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L’APPARTEMENT: UNE ENQUÊTE DU COMMISSAIRE PICOT
et sur la longue table en chêne, à côté de la machine à écrire doù séchappait une feuille de papier, sétalaient pêle-mêle do-cuments, livres, stylos, téléphone Cétait une pièce dépourvue de chaleur et volontairement anonyme. Était-ce pour cela que paraissait déplacée la photo de cette belle femme brune, un peu austère, qui prenait la pose devant une barrière blanche ? Elle souriait à lobjectif, mais ses grands yeux bruns semblaient se fixer bien au-delà. Cétait Mar-tha. Peu à peu, la nuit avait envahi la pièce et elle était plongée dans lobscurité, mais Picot nalluma pas la lumière. Il restait planté devant la fenêtre en grignotant des graines de maïs : il en avait toujours au fond de sa poche, et, à cause de cette manie, ses collègues lappelaient Picotin. Bien sûr, ils ignoraient quil était au courant. Il sourit lentement dans le noir. Jean-Paul Morin se battait avec la vieille cafetière en alumi-nium et cétait à grands coups de poings quil tentait de gagner cette bataille.  Putain ! sécria-t-il, hors de lui. Le filtre est encore bou-ché !  Eh ! Malheureux ! Quest-ce que tu fais ! intervint linspecteur Morbleu en venant le rejoindre. Arrête, tu vas la casser ! Elle nest donc pas assez cabossée ? À ce moment-là, ils entendirent le goutte-à-goutte tant at-tendu du café qui sécoulait enfin.  Eh bien tu vois, tempéra Morbleu, ça ne sert à rien de sénerver ! Tiens, je vais en prendre aussi et jy vais. Consultant sa montre, il constata :  Déjà huit heures et demie ! Ma femme va encore râler, on a des copains à dîner. Elle voulait que je rentre tôt ! Cest ga-gné ! Et toi !  Qui moi ?
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