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L'empreinte du Heruka

De
229 pages
Antoine Ribault, psychanalyste dans une petite ville de province, n’en a pas fini avec le crime : l’inspecteur Scarletta lui demande son aide afin de résoudre une affaire singulière ! Au monastère bouddhiste de Samten Dzong, une série de morts étranges dévaste la petite communauté et il semble bien qu’un mystérieux assassin accomplisse en tuant un rituel précis et sanglant ! Nos deux compères vont très vite se trouver au cœur même de cette affaire pleine de dangers et de rebondissements…Comme dans L’Imperméable jaune, Gabriel Notot nous entraîne, à la suite du psychanalyste détective, à travers les méandres obscurs et sulfureux de la perversité humaine, dans un récit riche en surprises où le lecteur retrouvera les personnages hauts en couleurs de l’aventure précédente.
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2 Titre

L'empreinte du Heruka

3Titre
Gabriel Notot
L'empreinte du Heruka
Les enquêtes d'Antoine Ribault II
Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00288-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304002881 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00289-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304002898 (livre numérique)

6 . .

8 Un océan de questions

UN OCÉAN DE QUESTIONS
L’hôtel de la gare était une sorte
d’anachronisme : la gare, elle-même, balayée par
les économies drastiques des divers
gouvernements que ces deux décennies avaient
vu se succéder, avait disparu et l’hôtel bâti dans
le style grandiloquent des années trente
paraissait presque obscène sur cette place
désertée par les touristes : on eût dit qu’il se
tenait là comme pour rappeler de sa simple
présence la fuite du temps et la nostalgie des
jours anciens. C’était un de ces établissements à
l’ancienne et qui firent les riches heures d’une
époque, à présent révolue où des centaines de
V.R.P sillonnaient valise en main les routes de
France et de Navarre pour vanter les produits
de la société qu’on disait alors : « de
consommation ». Un de ces hôtels à petit prix
où l’on avait ses habitudes et son rond de
serviette, où chacun se sentait comme chez lui,
appelait les patrons par leur prénom et pouvait
compter sur un repas chaud quelle que soit
l’heure à laquelle il poussait la porte. Rien ne
9 L’Empreinte du Heruka
semblait avoir changé depuis cette époque
héroïque, hormis peut-être la tête de sanglier
accrochée au dessus de l’immense cheminée,
dont le regard terne accusait l’âge. Le grand
silence qui régnait dans la salle à manger,
accentuait encore ce sentiment de pénétrer dans
une autre dimension. Les lieux étaient à l’image
du bourg lui-même, un peu défraîchis, un peu
trop immobiles, comme si tout ici attendait le
retour d’une gloire à jamais éteinte. J’aperçus
sans mal l’imposante silhouette de l’inspecteur,
assis dans le fond de la salle et c’est en posant
les yeux sur le repas auquel il avait commencé
de s’attaquer que mon estomac me fit savoir
sans ménagement, qu’il était largement passé
midi !
– Ah, Ribault, dit Scarletta en me désignant
la chaise devant lui, asseyez-vous donc ! Je me
suis accordé un petit en-cas pendant que vous
finissiez d’arriver : vous allez bien
m’accompagner, n’est-ce pas ?
En fait de collation, il était attablé devant un
formidable magret de canard aux morilles,
flanqué d’une volumineuse assiette de pommes
sarladaises, d’une salade verte et d’un
Pécharman dont l’étiquette me fit penser qu’il
était du meilleur aloi.
– Vous devriez essayer le filet de bœuf aux
cèpes, il est à damner un saint, et croyez moi,
question damnation je m’y connais ! ajouta-t-il,
10 Un océan de questions
en clignant de l’œil tandis qu’il remplissait mon
verre.
Tandis que nous mangions, j’observais
l’inspecteur : il n’était pas étonnant qu’il se fut
taillé à B. une réputation aussi contrastée ! Son
visage et son corps reflétaient une bonhomie et
un appétit pour les plaisirs terrestres qui
inspiraient la confiance tandis que son regard
d’un bleu presque translucide évoquait
nettement celui du loup et laissait transparaître
un caractère d’acier et une détermination à
laquelle nul n’aurait eu envie de s’affronter. Si
l’on y ajoutait cette propension chez lui à aller
toujours directement au fait, avec la délicatesse
du Bulldozer dévalant une pente, il y avait là de
quoi effrayer la bourgeoisie frileuse, rendre
méfiants les malandrins, et donner à tout un
chacun le sentiment d’avoir un cadavre dans
son placard ! Il posa sa fourchette et sans
paraître remarquer que je le fixais, il sourit :
– Je suis content de vous voir Ribault, vous
savez je ne suis pas en territoire de
connaissance ici moi ce serait plutôt le genre
poubelle du monde, vous voyez ! Les seules
prières que je connaisse ce sont celles des
pochetrons en cellule de dégrisement, et des
minos qui gueulent que c’est pas moi c’est
l’autre. Ça me rassure de vous savoir là…
Malgré cette soudaine déclaration, je ne
savais pourquoi je continuais à le soupçonner
11 L’Empreinte du Heruka
d’avoir une idée derrière la tête et le fait qu’un
gaillard de la stature de Scarletta aie besoin
d’être rassuré me laissait dubitatif.
– Sérieusement, inspecteur, vous ne m’avez
pas fait venir pour vous chaperonner ? dis-je
avec un soupçon d’ironie.
– Oh, qui sait après tout, murmura-t-il en
plissant les yeux avec un air patelin, les gros
vous savez ont leurs petites faiblesses… Mais
oui, il y a bien autre chose et sur ce point je
crois que vous pouvez me donner un coup de
main !
– Ah, je m’en doutais, fis-je avec une
grimace, bon allez-y dites moi de quoi il
retourne !
– Oui, enfin, c’est juste une impression, mais
il me semble que cette histoire d’accident n’est
pas claire, dit-il en lançant une O.P.A agressive
sur le plateau de fromages. Si on regarde cette
histoire par le petit bout de la lorgnette,
Vernemouze est mort dans des circonstances
qu’on peut appeler un malheureux accident. Le
rapport d’autopsie est net et sans bavure, il avait
trop bu, et il s’est électrocuté dans la cabine
d’un groupe électrogène. Bref, pas de
discussion possible et quant à savoir pourquoi il
lui a pris l’idée saugrenue d’aller jouer à cet
endroit, les paris restent ouverts ! Ah, Ribault,
ce gaperon est divin, vous êtes certain de ne pas
en vouloir ?
12 Un océan de questions
Je déclinais l’offre, la perspective d’une
haleine de hyène durant toute l’après midi ne
me tentait pas vraiment et demandais :
– C’est donc une affaire classée ? Je ne vois
pas ce qui peut vous tarabuster, Scarletta, il
n’est pas rare que l’alcool provoque des
comportements incohérents du type de celui
qui nous occupe, n’est-ce pas ?
– Oui, oui, je sais et c’est bien là que gît toute
la question, dans cette apparente banalité !
marmonna-t-il, mais reprenez donc du vin et du
fromage, vous mangez comme un oiseau mon
vieux ! Bon, il se trouve que j’ai questionné à
droite et à gauche, par pure routine bien sûr, et
j’ai découvert un ou deux trucs qui ne collent
avec l’ensemble. D’abord comme vous l’aviez
dit Vernemouze ne buvait pas une goutte
d’alcool, ou alors s’il le faisait c’était en
cachette…
– Possible, dis-je, beaucoup d’alcooliques ont
des stratégies très élaborées pour dissimuler leur
addiction !
– Ouais, mais ce qui rend la chose encore
plus improbable, c’est que ni au monastère où
on vit les uns sur les autres ni au village où il se
rendait souvent, personne ne l’a jamais vu
saoul ! Vous n’ignorez pas comment tout se sait
dans ces petites communautés et ça fait des
années qu’il vivait là !
13 L’Empreinte du Heruka
– Peut-être a-t-il fait une exception, ce qui
expliquerait que les effets aient été aussi…
puissants ?
– La biture du novice ? Ouais j’y ai pensé,
mais d’abord je ne vois pas un type aussi raide
dans ses bottes se mettre à biberonner d’un seul
coup, même pour l’anniversaire du bouddha, et
puis un autre détail me chiffonne encore plus la
porte du groupe électrogène a une serrure qui
est complètement foutue et il faut un sacré tour
de main pour arriver à l’ouvrir. J’ai dû m’y
reprendre à trois fois et encore avec bien du
mal ! Alors vous imaginez le gonze,
complètement bourré et qui ne devait même
pas voir le trou de cette foutue serrure, arriver à
l’ouvrir ?
– Oh, dis-je, le hasard peut avoir fait que ça
marche du premier coup, ce sont des choses qui
arrivent vous savez. On dit je crois qu’il y a un
dieu spécial pour les ivrognes !
– Hum, oui, admit l’inspecteur en plongeant
sa cuillère avec gourmandise dans la part de
forêt noire que la patronne venait de déposer
devant lui, mais ce n’est pas tout…
– Oui…
– Quand on a examiné Vernemouze, il était
mort, c’est le légiste qui l’a confirmé, depuis
cinq ou six heures et figurez-vous que ses
chaussures étaient encore humides. Oh,
légèrement, mais suffisamment pour que ça se
14 Un océan de questions
remarque et s’il n’y avait pas eu ces sandales de
paille peut-être qu’on serait passé à côté, mais
ces trucs là, ça absorbe l’eau comme une
éponge et ça met longtemps à sécher.
– Jusque-là je suis, oui, et alors, il a marché
dans l’eau…
– L’ennui voyez vous, c’est qu’il n’a pas plus
depuis plus de quinze jours, et on a retrouvé de
l’eau dans le conduit auditif également, vous
croyez qu’il a marché sur la tête ? Non la seule
conclusion, c’est qu’il s’est douché tout habillé,
du moins avec ses chaussures, avant d’aller
jouer les électriciens amateurs, dans un réduit
fermé à clé, quasiment impossible à ouvrir ! Et
quand on sait que l’équipement sanitaire de
l’endroit se réduit à quelques lavabos assez
spartiates, on peut raisonnablement penser qu’il
était aussi contorsionniste ! Vous ne trouvez
pas que ça fait beaucoup de fausses notes dans
un aussi joli petit morceau de musique ?
– Et, euh, fis-je de moins en moins
convaincu par mes propres objections, il
pourrait s’être suicidé ? Après tout s’asperger
d’eau, boire pour faire taire la peur de mourir et
aller se jeter sur un câble électrique…
– … ça n’a rien d’improbable, je sais, et je
sais aussi que quand quelqu’un a décidé d’en
finir, il est capable de tout ! J’en ai même vu un
qui s’était fait recouvrir par un camion entier de
béton liquide : on a cru à un meurtre jusqu’à ce
15 L’Empreinte du Heruka
qu’on retrouve son testament ! Matériellement,
il aurait pu, mais pourquoi ? Il allait devenir le
successeur du grand machin, enfin de leur
patron quoi ; l’autopsie a montré qu’il était en
parfaite santé physique et d’après les gens qui
l’ont côtoyé, il est décrit comme quelqu’un de
serviable, d’enjoué et d’humeur égale. Bref, le
contraire de vos petits camarades de divan, si
vous voyez. Ça ne lui donnait pas beaucoup de
raisons de quitter ce monde, non ?
– Admettons, dis-je sans relever la pique, que
vous ayez raison, qu’est-ce que je viens faire là-
dedans moi ?
– Et bien, hum, voilà, j’aimerais bien que
vous vous serviez de votre côté, hum… peu
repérable, pour aller vous balader de ci delà
dans le monastère, histoire de prendre le vent,
de glaner quelques bribes d’information qu’on
ne me donnerait pas à moi, sans doute parce
que je suis de la Grande Maison…
– Mouais, fis-je sans conviction, je ne suis
pas sûr que ce rôle d’ectoplasme au service d’un
inspecteur qui n’ose pas s’avouer à lui-même
qu’il ne connaît pas le terrain et qu’il craint de
se faire mener en bateau, me plaise beaucoup !
– Allons mon vieux, dit-il en reprenant cet
air protecteur que je détestais, ce ne sera que
l’affaire d’un jour ou deux, et si rien n’en sort,
vous retournerez fignoler votre belle teinte
émail dans votre lugubre cabinet ! Il regarda sa
16 Un océan de questions
montre et ajouta en souriant comme un vieux
chat qui tient une souris entre ses pattes eh, il
est déjà quinze heures, il faut qu’on y aille si on
ne veut pas être en retard pour l’office ! Au fait
pour le campement, pas de problème j’ai
réservé deux chambres aux frais de la maison
poulaga, il restait quelques rogatons de crédits
et plutôt que de les employer aux bonnes
œuvres de la police, n’est-ce pas… Et laissez
l’addition, c’est moi qui régale, vous serez de
corvée la fois prochaine !
En montant dans la voiture de Scarletta, je
me demandai s’il n’était pas entré dans la police
à cause d’une trop forte identification avec un
autre inspecteur, de séries télévisées, celui-
là outre son vieil imper et ses vêtements tout
droit sortis d’une friperie, il roulait en effet dans
une antique Chevrolet qui semblait ne rester en
un seul morceau que par miracle ou par
habitude. Je n’aurais guère été étonné si l’on
m’avait appris qu’il fumait d’immondes cigares
et possédait un basset Hound ! « Hypothesis non
fingo », comme disait l’autre, tout ça demeurait
pure supposition ! Nous parcourûmes la dizaine
de kilomètres qui nous séparait de Samten
Dzong et je laissais mon regard flotter sur ce
paysage si différent malgré la proximité de celui
de B. le sous sol calcaire, la profusion de chênes
dont je soupçonnais nombre d’entre eux d’être
truffiers, et les maisons de pierre blanche
17 L’Empreinte du Heruka
donnaient à cet endroit, un air chaleureux et
comme retiré du monde.
– Vous rêvez Ribault ? dit l’inspecteur, moi
je me retrouve comme quand j’étais gosse et
qu’il fallait se grouiller pour ne pas louper la
messe ! Sinon qu’est-ce qu’il nous mettait le
curé ! Ah, c’est pas tous les jours qu’on a
l’occasion de rajeunir, non ? Bon, regardez, on
est arrivé, prêt pour la mission sous marin ?
Je ne sais pourquoi, malgré les vagues photos
entraperçues dans la feuille locale, j’avais
imaginé je ne sais quelle architecture
compliquée, exotique et baroque je fus surpris,
au contraire, de me trouver devant une série de
bâtiments qui, pour être bien agencés et tout à
fait intégrés au paysage, étaient pourtant d’une
simplicité extrême. On eût dit que celui ou ceux
qui avaient conçu cet endroit s’étaient limités au
strict minimum. Le bâtiment central, qui je le
supposais devait être le temple, était flanqué de
constructions plus basses, et de facture somme
toute assez moderne. Ces annexes étaient sans
doute les dépendances et les cellules des
moines. Seul, en arrière plan, un gigantesque
stupa rompait l’austérité des lieux : le soleil dur
de l’après midi se reflétait sur la pierre blanche,
au point que le fixer en était douloureux et la
flèche dorée qui le surmontait brillait comme
une flamme. « Il n’est pas donné à tous de
contempler sans détourner les yeux, la lumière
18 Un océan de questions
du Chemin… » grommelais-je entre mes dents,
tout en détournant les yeux.
– Qu’est-ce que vous marmonnez Ribault ?
Une petite prière pour la guérison de vos doux
dingues ? dit en riant mon compagnon. Allez,
venez, l’office a commencé et on va arriver là
comme deux cheveux dans la soupe, encore que
vous… ajouta-t-il en lorgnant ma calvitie
naissante.
– La discrétion est votre spécialité…
répliquai-je vexé.
Nous passâmes le long d’une interminable
rangée de moulins à prières et pénétrâmes dans
l’enceinte du bâtiment, d’où émanaient de lentes
et graves psalmodies entrecoupées parfois du
son des trompes et des cymbales. . L’intérieur
contrastait en tout avec l’austérité du dehors, et
je restai un instant interdit.
– Un peu chargée la déco, non ? commenta à
mi-voix l’inspecteur.
En effet, les murs, les piliers et jusqu’au
plafond, tout était peint de couleurs éclatantes
où le jaune et le rouge se disputaient la
prééminence avec le bleu et le vert ; partout, sur
ce fond polychrome, on pouvait voir se
déployer un incroyable panthéon de divinités,
certaines paisibles, d’autres monstrueuses et
sanguinaires, des entrelacs de serpents, de
bannières et de figures géométriques sur
lesquelles l’œil avait du mal à s’arrêter et à
19 L’Empreinte du Heruka
trouver quelque part des repères connus. Ce
n’était que personnages énigmatiques, comme
perdus dans un rêve infini et qui flottaient sur
des nuages, dieux et déesses aux bras multiples
armés de haches et de lances et qui piétinaient
des corps ensanglantés en riant de tous leurs
crocs. L’odeur entêtante de l’encens qui brûlait
devant les trois grands bouddhas dorés et la
monotone rumeur des prières inlassablement
reprises par l’assemblée des fidèles en robe
pourpre achevaient de donner à ces lieux un
caractère proprement onirique. Nous nous
glissâmes dans le fond de la salle et attendîmes
un long moment dans les chants et la musique.
Je commençais à me laisser gagner par une
sorte de douce torpeur lorsque Scarletta me pris
par le bras.
– Venez mon vieux, c’est pas le moment de
voir les anges vous apparaître, je crois qu’ils ont
terminé !
En effet il y eut une série de roulement de
tambour rapide puis le son aigre d’une flûte et
le silence soudain retomba. Les moines
commencèrent de se lever, dans un brouhaha
de conversations joyeuses et je songeais qu’en
dépit des apparences, rien ici n’évoquait
l’attitude compassée et dépressive de nos
moines chrétiens.
– Où allons-nous inspecteur ?
20 Un océan de questions
– Voir le boss, le Rimpoché ou un truc de ce
genre, il doit avoir un truc ou deux à nous dire,
c’est quand même lui qui dirige la maison, si j’ai
bien compris…
Nous remontâmes la travée et j’aperçus, au
centre, assis en tailleur sur une sorte de
banquette basse, recouverte de coussins, un
petit vieillard au crâne rasé et qui nous regardait
venir en souriant.
– Soyez les bienvenus ! fit il avec une lueur
malicieuse dans les yeux.
Sur un geste discret qu’il fit l’un des moines
qui se tenaient debout à se côtés nous mit
autour du cou une sorte d’écharpe de soie
blanche, tandis que le vieil homme nous invitait
à nous asseoir.
– Merci de nous recevoir, votre euh… votre
sainteté, dit Scarletta après avoir avec difficulté
calé son gigantesque corps sur les coussins usés.
Je viens de nouveau vous voir pour, hum, cette
affaire malheureuse quelques précisions qui
permettront de boucler rapidement le dossier,
j’en suis sûr ! Ah, oui, fit-il en me désignant
comme s’il se souvenait brutalement de ma
présence, permettez que je vous présente l’un
de mes collaborateurs : Antoine Ribault, un
psychanalyste qui m’accompagne à titre…
d’observateur !
– Observateur ? Oui, Oui, et psychanalyste,
comme c’est passionnant ! J’ai beaucoup lu les
21 L’Empreinte du Heruka
travaux du docteur Freud, autrefois et je dois
dire que c’était tout à fait passionnant, oui, tout
à fait…
Il sembla un instant se perdre, à l’instar des
personnages peints sur les murs, dans un songe
mélancolique. Puis il ajouta en posant sur moi
ses yeux vifs :
– Désolé, c’est si loin tout ça… Mais je
crains bien que vous n’ayez pas grand-chose à
observer ici, nous ne menons pas une vie très…
intéressante, voyez-vous, tout notre temps est
consacré à travailler au chemin qui conduit à la
délivrance… Mais je vous fais perdre votre
temps : je ne suis qu’un vieux radoteur,
pardonnez moi ! En quoi puis-je vous être utile,
inspecteur ?
– Oh juste quelques détails, à propos de
votre disciple, Raphaël Vernemouze…
– Vous voulez dire Lama Tendzin ? précisa
le vieillard.
– Oui, oui, le… enfin peu importe, pensez-
vous qu’il aurait pu avoir une raison de mettre
fin à ses jours ?
Son interlocuteur éclata soudain d’un rire
sonore et lorsqu’il nous regarda de nouveau,
c’était avec les yeux d’un grand-père qui a
entendu ses petits enfants proférer une sottise.
– Se suicider ? Pourquoi Lama Tendzin se
serait-il suicidé ? Il était très avancé sur la voie
de la méditation et ses capacités supérieures lui
22