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L’enfant des ondes
Des grandes terres à la lagune
Polar
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00122-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304001228 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00123-5 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304001235 (livre numérique)
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Avec le vent du Nord la brume épaisse qui noyait les hauts de Génissieux se déchira et la cime des arbres apparut en crevant le ciel chargé d’humidité. Cet hiver de 1956 était très rude pour les Drômois engourdis sous leurs manteaux de toile épaisse. Comme tous les jours, Marcel parcourait la forêt pour ramasser du bois sec. Il s’en servait pour se chauffer dans sa modeste demeure des Dépits. La terre gelée craquait sous ses pas. Il marchait rapidement car la nuit ne devait pas le surprendre. Son fardeau était lourd et le chemin du retour long. Il vivait seul dans un petit mas au beau milieu de la plaine. Sa vie n’avait pas été de tout repos, la guerre ne l’avait pas épargné. Il avait perdu à la fin de l’année 1945 sa femme, puis ses deux enfants. Destin tragique d’un homme ayant été mis à rude épreuve. La solitude s’était petit à petit installée dans sa vie. Il avait peu d’amis et ne sortait guère. Il vivait misérablement de sa terre et se sentait chaque jour un petit peu plus diminué. Il n’avait plus le courage de se battre. Les pierres du château qu’il avait mis tant de temps à construire s’étaient subitement écroulées après
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L’enfant des ondes
la disparition de sa famille. Il ne restait en lui que les solides fondations d’un homme de cinquante six ans. Il traversa le village désert. Les cheminées crachaient d’épaisses fumées blanchâtres. Près de l’église, une vieille dame vêtue de noir sans visage le salua sans s’arrêter. La nuit s’abattit subitement sur le toit des maisons. De lourdes chandelles de glace faisaient bailler les gouttières. Sur les trottoirs gelés, des moineaux affamés en quête de nourritures mourraient de froid. Cet hiver était sans pitié. Le pays tout entier était mis à rude épreuve. Son fardeau sur le dos, Marcel allongea le pas. Ses mains étaient meurtries par le froid. Il atteignit péniblement le bas du village. Il contourna les étendues marécageuses pour emprunter le sentier qui le menait à sa modeste ferme. Alors qu’il s’arrêta pour reprendre son souffle, il entendit des gémissements qui semblaient provenir des fourrés bordant le chemin. Il pensa à un miaulement de chat errant se mourant dans la froidure. Il décida de ne pas s’arrêter et continua sa longue route. Un peu plus loin, son attention fut attirée par de nouveaux cris beaucoup plus forts que les précédents. – Cette fois je n’ai pas rêvé ! dit-il à voix basse.
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