l'Équerre sanglante

De
Publié par

Que peut-il y avoir de commun entre un étudiant devenu hémiplégique après avoir subi un tabassage en règle par la police en mai 68, innocente victime de la lâcheté d'un autre, et les crimes commis dans une loge maçonnique en janvier 2016 ?
A priori rien. Mais quand le tandem Pierre Pruni, capitaine du SRPJ de Bordeaux et son ancien instituteur Paulin Caron, membre de la loge, se retrouvent une fois de plus et mènent l'enquête de concert, des coïncidences troublantes apparaissent : le double homicide s'est produit le soir même d'une réunion de la loge alors que devait y être initiée une femme, Katrine, qui n'est autre que la fille de l'étudiant matraqué 48 ans plus tôt. Cette dernière ayant disparu alors que se perpétraient les assassinats et restant introuvable, les soupçons se portent immanquablement sur elle. Pour le policier, les indices relevés plaident pour sa culpabilité, alors que Paulin Caron – ayant échappé de peu au tueur – qui a "enquêté" sur la profane en vue de son initiation, ne peut la croire coupable. Peu à peu, un mobile se dessine.
La vérité apparaîtra enfin, mais les outils symboliques des Francs-Maçons de la loge "les Compagnons de la Fraternité" seront marqués à jamais par le sang de ces crimes odieux.
Publié le : lundi 20 juin 2016
Lecture(s) : 15
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026205869
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Jean-Pierre Fonmarty
l'Équerre sanglante
© Jean-Pierre Fonmarty, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0586-9
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
La fascination que suscite le criminel de sang est ambigüe. Elle est horreur et peur mêlées. Elle est condamnation du crime commis, mais aussi, refus de s’avouer que le criminel n’est pas fondamentalement différent de nous, qu’il est simplement notre visage le plus terrible.
(R. Badinter)
On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité. La vraie tragédie de la vie c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière.
(Platon)
Remerciements
Jackie, Marie-Lou et M.Claude pour leur relecture judicieuses.
attentive et leurs suggestions
David, capitaine de police, OPJ à la BSU (Brigade de Sécurité Urbaine), pour ses conseils techniques. Roger pour m’avoir autorisé à copier son poème« la vie est un combat»
A ma famille et mes amis, grâce auxquels la vie vaut d’être vécue.
JPF
Petit lexique
Pour ne pas se perdre dans le jungle du jargon maçonnique : GODF: Grand Orient De France Atelier = Loge = Temple: local où ont lieu les Tenues.
Tenue: réunion mensuelle ou bimensuelle.
Travaux: déroulement de la Tenue.
Planche: travail individuel ou collectif présenté et discuté durant la Tenue.
Conseil de l’Ordre : instance dirigeante de l’obédience (pouvoir exécutif) présidé par le Grand Maître, élu pour une durée maximale de trois ans. Conseiller de l’Ordremembre élu au Conseil de l’Ordre, représentant une région : maçonnique (18 en métropole, outre mer et étranger). Convent :organe législatif de l’obédience qui réunit chaque année les délégués des loges pour débattre sur les actions menées par le Conseil de l’Ordre et proposer l’orientation de la politique de ce dernier pour l’année à venir.
Orient, occident, midi et nord (septentrion): orientation symbolique du temple.
L’entrée du temple étant placée à l’occident ; le plateau du président (Vénérable Maître) à l’orient. Les Francs-Maçons sont assis sur lesColonnes(sièges situés côté midi et côté nord)
Apprenti, Compagnon et Maître
: les trois degrés (grades) de la Franc-Maçonnerie
Collège des Officiers: composé de Maîtres élus pour une durée de trois ans maximum, chargés de diriger la loge. Chacun est assis à un Plateau (sorte de bureau) Il comprend :
Vénérable Maître :le président de la loge, élu chaque année pour un maximum de trois mandats. En abrégé VM ou Véné (familier)
Les deux Surveillants(en tête de chaque Colonne) qui distribuent la parole.
L’Orateur,gardien de la loi (Règlement Général) et du règlement de la loge.
Le Secrétairequi trace le compte-rendu des Tenues.
Le Trésorierchargé des finances de la loge.
L’Hospitalier chargé de la solidarité maçonnique et d’être attentif aux difficultés morales ou matérielles des Frères.
Le Couvreur: poste tenu par le Vénérable sortant, chargé de surveiller l’entrée du Temple.
Le Grand Expert: fait régner l’ordre et le silence. Il pilote le candidat à l’initiation.
Le Maître des Cérémonies: dirige le cérémonial et introduit les visiteurs dans le Temple.
La Colonne d’Harmonie: tenue par un Frère chargé de l’ambiance musicale.
Les Parvis: l’antichambre de la loge.
La salle Humide : grande salle destinée aux agapes (repas) qui suivent en principe les Tenues et à l’organisation de manifestations diverses comme des conférences par exemple.
Le Cabinet de Réflexionlocal exigüe, souvent situé au sous-sol, décoré de symboles, : dans lequel le candidat à l’initiation est conduit pour y méditer et rédiger son testament philosophique.
Paris : Matin du 11 mai 68 Vincent, sacoche en bandoulière, n’a plus qu’une idée en tête depuis qu’il a quitté l’école de chimie une demi-heure plus tôt : rejoindre au plus vite Elisabeth dans son petit appartement de la rue Poliveau. Ce trajet qui ne lui prend qu’une petite demi-heure en temps normal – sa silhouette élancée et d’une minceur proche de la maigreur n’étant en aucun cas un handicap pour une marche rapide, au contraire – s’avère être en ce début de matinée une rude épreuve sur un parcours jonché d’obstacles de toutes sortes, notamment les barricades, certaines défoncées, dressées par les étudiants durant la nuit écoulée.
La révolte est à son paroxysme, comme en témoigne le chaos régnant dans les rues du cinquième arrondissement parisien. La plupart conservent les stigmates de la bataille – ou plutôt des batailles – ayant opposé les « émeutiers » ainsi désignés ce matin même dans les radios par le préfet de police Grimaud et les forces de l’ordre.
Dans chacune des rues désertes qu’il a parcourues ou traversées depuis la rue d’Ulm, Vincent n’a pu que constater les dégâts causés par les échauffourées de la nuit : pavés descellés, éparpillés sur la chaussée, autant de projectiles rappelant les grandes heures des combats sur les barricades des révolutions passées, panneaux de signalisation arrachés, enchevêtrés dans des grilles de bouches d’égout, piteux obstacles à l’avance des forces de l’ordre. Ici et là gisent des vestes déchirées, des blousons, des casques de motocyclistes et d’autres ex protecteurs de gendarmes mobiles, dont l’un, étrangement pendu à une branche d’un arbre à moitié déraciné sur le trottoir. Autant de vestiges témoignant de la violence des combats. Un peu plus loin le rideau métallique arraché d’un magasin de bricolage dont l’enseigne « à chacun son outil » a dû tenter les manifestants, laisse voir sa vitrine étoilée par un coup violent. Les « casseurs » très certainement à la recherche d’outils d’un genre très particulier n’ont pas eu le temps de pénétrer dans le magasin ; la vitrine est toujours en place. L'air ambiant témoigne lui aussi des violents affrontements : odeur de poudre mêlée à celle acide des relents de gaz lacrymogène. A quelques mètres de Vincent, une lourde porte d’entrée d’un immeuble de facture hausmanienne s’entrebâille lentement pour laisser le passage à une femme âgée. Celle-ci jette un coup d’œil à droite puis à gauche avant de se décider à sortir. Un foulard cachant en partie sa chevelure grise, elle tient, serré contre elle un cabas de couleur sombre. Une fois qu’elle a actionné les deux serrures de sécurité, elle s’éloigne d’un pas pressé dans la même direction que Vincent.
Celui-ci lui emboîte le pas mais il a le temps de déchiffrer sur le mur de l’immeuble voisin l’inscription«cours camarade, Le vieux monde est derrière toi »maladroitement à la tracé peinture rouge et juste en-dessous, facilement lisible grâce à ses énormes caractères, «aimez-vous Les uns sur Les autres ! »éclatant de l’esprit libertaire qui préside à cette témoignage « révolution ».
Si cette rue est déserte, la rumeur de la bataille qui s’est déplacée durant la nuit ou les premières heures de la matinée arrive jusque là. Vincent, contourne le squelette calciné d’une voiture renversée qu’il identifie machinalement comme une Renault Dauphine, puis il s’arrête un instant. Passant la main à plusieurs reprises dans son collier de barbe aussi abondant et brun que sa chevelure, il hésite à poursuivre son chemin comme habituellement en empruntant la rue Censier qui longe l’église Saint Médard. Il lui semble….non peut-être pas. Pourtant les échos des affrontements paraissent se rapprocher. Lui qui a refusé de participer aux manifestations avec ses camarades de l’école de chimie sur les injonctions d’Elisabeth, craint de se retrouver au milieu des échauffourées s’il poursuit dans cette direction. Ce refus lui a valu des moqueries souvent agressives et, pire que tout, des injures telles que « traitre », « fils de bourgeois », « vendu aux flics » alors qu’il partageait bon nombre des idées exposées au cours de débats houleux où les léninistes affrontaient des représentants de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) eux-mêmes contredits par des membres de l’UNEF. Pas plus tard qu’avant-hier soir se sont violemment opposés, verbalement heureusement, Alain Krivine de la JCR ( ???) et un élément du Centre Catholique des Intellectuels Français (CCIF) dont il n’a pas
retenu le nom. Une motion a été votée sans que l’on sache exactement avec combien de voix d’avance sur les opposants, motion qui finira sa courte existence sur un tract imprimé à la va-vite et n’aura pas plus de chance de toucher un grand nombre de lecteurs qu’une bouteille à la mer.
Il a dû se faire violence pour renoncer à suivre ses camarades quand ils eurent décidé hier soir à main levée, leur participation à la manifestation monstre prévue dans le quartier latin. Sa promesse à Lisbeth…Elle n’a eu de cesse de lui répéter avec son délicieux accent anglais : Tu vas être papa dans queLques weeks ! Notre fiLLe aura besoin d’un father tout entier! Sa meilleure amie, Brigitte, étudiante aux beaux-arts avec elle, l’avait persuadée que le bébé à venir serait une fille, sur la foi d’un pendule confectionné avec la bague de fiançailles offerte par Vincent. Présenté devant le ventre déjà bien arrondi d’Elisabeth, le pendule avait été catégorique sur le sexe de l’enfant… Vincent avait bien tenté de démontrer à sa blonde et douce Lisbeth que cette révélation par pendule interposé était particulièrement empirique et donc sujette à caution. Lisbeth n’en avait pas démordu et devant les larmes inondant soudain ses beaux yeux vert amande, Vincent n’avait pas eu le cœur à insister. Un long baiser avait mis fin à cette tendre dispute, accompagnée par la promesse du futur papa de rester en dehors de la contestation étudiante.
C’est d’ailleurs par fidélité à cette promesse qu’il avait dû passer la nuit dans l’école de chimie. Le risque de se retrouver mêlé involontairement à la foule des insurgés était trop grand et c’est Lisbeth elle-même, jointe par téléphone qui avait exigé qu’il reste à l’abri jusqu’au lendemain. Contraint et forcé il avait passé la nuit dans une salle de l’école, en compagnie de trois autres étudiants qui n’avaient eu de cesse d’exposer les raisons plus ou moins fallacieuses selon lesquelles ils s’étaient désolidarisés des autres, partis dresser des barricades, qui, en hurlant « l’internationale » à tue tête, qui, bien moins nombreux, fredonnant le dernier succès de Serge Gainsbourg « Bonny and Clyde »
En fait Vincent avait préféré s’isoler à l’autre bout de la salle ayant refusé de cautionner les mauvaises excuses de ses camarades. Il s’était vite rendu compte que ceux-ci, fils et filles de la haute bourgeoisie, étaient surtout préoccupés par l’organisation de leurs prochaines vacances, l’un dans la villa paternelle de Saint Trop, l’autre en partance pour la tournée des « boîtes » de la côte Emeraude dans son cabriolet « Floride » flambant neuf. Leurs études et la révolte étudiante passant largement au second plan.
Lui, Vincent, à 22 ans, fils de petits agriculteurs de la région de Thiviers en Périgord, n’avait que deux priorités en ce mois de mai 68 : obtenir son diplôme d’ingénieur chimiste dans un an, voire deux au plus et épouser le plus tôt possible sa Lisbeth dès la venue du bébé, fille ou garçon peu importe mais qui sera blond comme sa maman. Celle-ci, il en est certain, n’aura pas manqué de lui faire don aussi, de sa douceur et de sa beauté.
Lisbeth son grand amour, rencontré voilà treize mois et…cinq jours lors d’une soirée chez l’un de ses coéquipiers de l’équipe de volley de l’école. Beaucoup de monde et ce n’est qu’au bout d’une heure alors même qu’il s’apprêtait à repartir, trouvant peu d’intérêt à la soirée, qu’il avait aperçu cette jolie fille, assise sur un canapé en skaï noir, entourée de deux garçons fort empressés. Elle riait aux éclats, à ce qu’il pouvait en juger malgré la musique poussée à fond, à faire exploser le tourne-disque. Sa chevelure d’un blond lumineux évoquait un soleil qui se serait égaré sur le fond noir de ce triste canapé. Prenant au passage un verre rempli d’un liquide indéfini pour se donner une contenance, il s’approcha du groupe. Qu’elle était belle ! Il serait resté planté là, à quelques pas, durant le reste de la soirée pour la contempler, si soudainement elle n’avait tourné le regard dans sa direction. Non pour le voir lui particulièrement, bien sûr ; mais lui fut littéralement capturé par les yeux verts mis en valeur par les cils surlignés d’un trait fin de rimmel. Il sembla à Vincent que le « bomm ! bomm » des battements de son cœur devait couvrir le son de la musique. Les yeux verts se détournèrent un instant puis, en une fraction de seconde revinrent se fixer sur Vincent. Le fil invisible de leurs regards les attacha l’un à l’autre durant de longues secondes. Machinalement Vincent se passa les doigts dans la barbe comme à chaque fois qu’une situation l’embarrasse ou qu’il se trouve face à un dilemme. Au bout d’un moment il franchit les quelques pas le séparant du
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Julien

de librinova

WAR 2.0

de librinova

suivant