L'été de l'égorgeur

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« Quatre victimes en six jours et l’enquête balbutiait toujours… »

1998, alors que l’équipe de France de football conquiert son titre de Championne du monde, Jepe Llense mène sa première grande enquête criminelle... Celui que la presse surnomme « l’Egorgeur » sème ses victimes sur les côtes du Languedoc-Roussillon : Le Barcarès, Gruissan, Saint-Pierre, Narbonne-Plage. Une véritable semaine sanglante ! Dérives meurtrières liées au sexe, à la drogue, à la folie ? Aux trois conjugués ? L’inspecteur catalan devra pénétrer la vie cachée des plages pour arrêter le tueur et stopper l’hémorragie.


Dans ce thriller sanglant Daniel Hernandez met en place ses héros récurrents et lève le voile sur la personnalité torturée de José Trapero, l’ami et le complice préféré de Jepe Llense, enquêteur au commissariat de Perpignan. C’est aussi le premier livre de la série d’enquêtes de José Trapero et Jepe Llense, genèse des personnages qui ont fait son succès.

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 164
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330040
Nombre de pages : 248
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Lundi 6 Juillet
La plage du Barcarès s’éveillait et les premiers rayons de soleil ricochaient sur la mer. Hervé Rodier s’élança pour son footing matinal. Il laissa le quartier résidentiel et pénétra dans l’espace protégé du Mas de l’Ille. Des zones vierges de constructions libéraient l’ho-rizon : à l’ouest l’étang, à l’est la mer. Sur sa droite, tri-dent de béton trapu, le mémorial des Volontaires espagnols dressait ses colonnes massives ; plus loin, posé sur le sable et sur fond d’immeubles, le Lydia dégageait sa silhouette. Coupant par les dunes parsemées de touf-fes d’herbes desséchées, Hervé se dirigea vers la pinède, un coin de verdure trop rare sur ce littoral sablonneux. Après quelques foulées mal assurées dans un sol meu-ble, il négligea les appareils du sentier sportif et rejoi-gnit la voie centrale. Le revêtement devint favorable, il accéléra son allure. Larmes d’effort, des gouttes de sueur glissèrent sur ses tempes. Il crocheta dans le vide, simulant un cadrage-débordement de rugbyman. Dans le mouvement, il bifurqua sur sa gauche et emprunta la sente qui filait au milieu d’une végétation broussail-leuse. Les buissons s’espacèrent et il déboucha dans une
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clairière au milieu des pins. Une forme insolite attira son regard. Curieux, il infléchit sa course dans sa direction et devina un corps. Sans doute un routard, pensa-t-il. Nue, allongée à même le sol, une jeune fille dormait. Il cessa sa course et marcha vers elle. Elle ne bougeait pas. Impudent, il avança son bras jusqu’à la toucher. Il comprit. Ses yeux bleus étaient ouverts sur la mort, sa gorge tranchée de part en part. Au-dessus de l’épaisse croûte de sang coagulé, des mouches noires bourdon-naient.
L’inspecteur de Perpignan, Jepe Llense, gara sa voi-ture à l’orée de la pinède et suivit le gendarme qui l’at-tendait près de la fourgonnette bleue. Il savait ce qu’il allait découvrir et il n’aimait pas. D’ordinaire, la respon-sabilité de ce genre d’opération incombait à son supé-rieur, le commissaire Giudicelli, mais depuis deux jours le patron était en congé et il devait assumer. Pour retar-der le moment, il marchait lentement ; pressé, l’agent, qui devant se hâtait, se retournait régulièrement et l’at-tendait. Ils suivirent la sente qui s’enfonçait entre les rejets vivaces des épineux. Dans la clairière, la mort le reçut : une jeune fille dénudée, égorgée, les jambes ouvertes dans une posture indécente. Nécrophage appli-qué, un photographe « croquait » la scène sous tous ses angles en tournant autour du cadavre. Jepe déglutit et serra les poings pour surmonter son trouble, puis, le visage blême et les lèvres fermées, observa le corps sans le toucher. Respectueux de ses émo-tions, l’adjudant qui dirigeait les opérations lui accorda une bonne minute de récupération avant de s’approcher. Après un salut militaire, il synthétisa la situation :
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– A sept heures, ce matin, un joggeur est tombé sur elle. Il nous a immédiatement alertés. Vous pourrez l’in-terroger, il attend au fourgon. J’ai aussitôt fait boucler la pinède et fouiller tout le secteur. Le bosquet est très fré-quenté, les traces sont nombreuses, mais nous avons relevé deux indices suspects : une brèche récemment ouverte à la pince dans la clôture et des empreintes fraî-ches de pneus dans les bâtiments abandonnés du mas. Jepe hochait la tête pour montrer qu’il enregistrait. – Bon travail ! J’aimerais me rendre compte de visu, guidez-moi, prétexta-t-il pour fuir la mort. Ils s’éloignèrent. Jepe vérifia consciencieusement les informations : le piétinement dans le bois, le trou découpé dans le g rillage, les traces de roues. D’emblée, il écarta la clairière en tant que scène du crime. A l’évidence, le corps avait été transporté. Après avoir aménagé un pas-sage dans la clôture, l’assassin, garé dans les ruines, avait-il attendu le moment opportun pour se débarrasser de son encombrant colis ? Le scénario était plausible, mais très risqué : en été, la quatre voies toute proche était extrêmement fréquentée. Pourquoi n’avait-il pas laissé sa victime dans le mas à demi-ruiné et l’avait-il exposée dans ce lieu si passant ?
Sa vérification achevée, Jepe alla interroger le témoin qui, avec force gestes et un plaisir manifeste, raconta une nouvelle fois son footing matinal : – J’ai démarré de la maison de bonne heure et, comme chaque jour, j’ai filé vers le bois. J’ai croisé les deux ou trois habitués, de vrais sportifs… pas comme moi… Il palpa ses bourrelets. – J’ai couru sur l’allée centrale puis j’ai zigzagué en sui-vant la petite sente qui mène aux postes des chasseurs… Il se tordit, se faufilant entre les portes d’un slalom imaginaire.
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– Après les touffes de roseaux, j’ai débouché dans la petite clairière et là… je l’ai vue ! Il se bloqua comme un chien à l’arrêt et l’effroi se lit sur son visage. – J’ai vu son cou plein de sang. J’ai compris de suite qu’elle était morte et j’ai averti les flics, heu ! les gen-darmes. Il mima le coup de téléphone, le pouce en guise d’écouteur, l’auriculaire de micro. Si ce n’est la démonstration d’acteur, le récit n’ap-portait rien. On était loin du stéréotype : témoin égale assassin ! Hervé Rodier avait découvert le corps : point barre. Llense le remercia et le libéra. Il retourna dans le bosquet et, écrasant les aiguilles de pins qui tapissaient le sol, gagna la clairière. Le photographe qui avait terminé son boulot lui ten-dit une paire de polaroïds : – Tenez. Je rentre et je vous envoie des numériques de meilleure qualité, promit-il. Llense observa les clichés. Habilement cadrés, ils redonnaient de la vie à la morte. Il détailla longuement le visage comme s’il voulait percer son secret. Un long silence en découla et le technicien toussota pour lui rap-peler qu’il était là. Emergeant de son absence, Llense lui assigna une dernière tâche : – Avant de partir, passez au mas et prenez les emprein-tes des pneus. Je ne pense pas qu’elles soient exploitables, le terrain est trop sablonneux, mais sait-on jamais… A l’affût d’un indice, Llense s’imprégna encore de longues minutes de l’ambiance. Rien. Il jugea inutile de s’éterniser. Il s’entendit avec l’adjudant sur différents points : la poursuite des recherches, la réception de la brigade scientifique, la surveillance du site, le rapatrie-ment du corps à la morgue, l’identification des joggeurs matinaux… Tous les détails réglés, il mit les bouts.
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Comme il s’engageait sur la voie rapide, son champ de vision intégra le panneau signalant la direction de la boîte de nuitLe Marina. Et si je commençais mon enquête par là ? improvisa-t-il. Il se dirigea vers la sortie indiquée.
Confinés dans la lumière électrique et les relents du tabac froid, trois employés rangeaient les bars et balayaient les pistes de danse. Il se présenta et leur posa tout d’abord des questions de routine : fréquentations, trafics, violences... Tout roulait. Ensuite, sans évoquer le meurtre, il leur montra les portraits encore chargés de l’odeur du révélateur. – Je recherche cette personne, il est possible qu’elle ait eu des habitudes chez vous. Dans un premier temps, la fille ne leur rappela rien. Ils la trouvèrent simplement bien pâle, sans se rendre compte que c’était la mort qui l’avait figée dans cette pose glacée. Llense insista. Un des garçons sortit alors de sa réserve : – Elle me fait penser à une nana qui est venue un soir. Avec son mec, ils se sont chauffés dans la piscine devant tout le monde puis ils se sont envoyés en l’air dans les toilettes. C’est pour ça que je l’ai remarquée. – C’était quand ? – Trois semaines, peut-être bien un mois. Depuis, je ne l’ai pas revue. – Hier, non plus ? – Non, ça me dit rien. – Le gars qui était avec elle, vous sauriez le décrire ? – Ils étaient dans l’eau, tout mouillés… l’éclairage n’est pas terrible, vous savez. Même pour la fille, je ne suis pas sûr… Le témoignage était fragile mais il avait le mérite d’exister. Llense s’en contenta et, après s’être rafraîchi
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d’une bière offerte par la maison, rentra au commissariat de Perpignan.
Dans son bureau, il se connecta immédiatement au réseau. Le photographe avait tenu parole : un message l’attendait avec les clichés numériques. Il en choisit un et le diffusa à tous les commissariats de France. Sa tâche exécutée, il saisit son téléphone et composa le numéro que son supérieur, le commissaire Giudicelli, lui avait laissé avant de partir pour la Corse.A n’utiliser qu’en cas d’urgence, lui avait-il recommandé. C’était le cas ! – Jepe ? Que se passe-t-il ? – Patron, on a un meurtre sur les bras… Et il mit Giudicelli au courant des évènements. – Sans doute l’œuvre d’un détraqué sexuel. La fille a été salement égorgée… – Je vois, Jepe. Bon, tu me prends l’affaire en main. Avec le rugby, t’as été planqué pendant des années ; sur ce coup-là, tu vas te rattraper. Tu assures le basique : identifi-cation et recherche de témoins ; et tu me tiens au courant… le préfet aussi. Tu me fais des rapports téléphoniques régu-liers. Si je vois que ça craint, je rentre. Mais pour l’instant, tu prends tes responsabilités. Seule directive : « Pas mettre le feu aux plages ! ». C’est les vacances. Un meurtre ne doit pas foutre en l’air le repos mérité de milliers d’estivants… ni le mien d’ailleurs. Maintenant tu m’excuses, mais je suis invité à un concert polyphonique d’I Muvrini à l’église de Sartène et je ne vais pas rater ça. A toi de jouer ! Jepe raccrocha. La façon dont Giudicelli avait botté en touche, lui laissant la responsabilité du « dépatouil-lage » ingrat, ne le surprenait pas. Il savait que le com-missaire occuperait le devant de la scène dès que le terrain serait déblayé et surtout dès que les projecteurs médiatiques l’éclaireraient… mais pas avant. Il avait donc presque carte blanche et finalement cela l’intéres-
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