L'Exécuteur nº282 : V comme vengeance

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Le pourri rampait comme il pouvait sur le terrain semé de petits cailloux coupants, et Bolan eut tout le loisir de viser. Le doigt enroulé autour de la détente du fusil, il positionna la croisée des fils de la lunette Leupold sur la tête du trafiquant. Il inspira, relâcha son souffle et tira. La fête ne faisait que commencer...
Publié le : mercredi 9 mars 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782744318344
Nombre de pages : 224
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PROLOGUE

Chicago

Kathy Ripperton courait dans les rues de Chicago depuis ce qui lui semblait une éternité. Elle courait à en perdre la tête, à s’en faire exploser les poumons. Elle ne sentait plus ses jambes. Elle n’entendait plus rien que le martèlement précipité de son cœur, un battement sourd, douloureux, qui résonnait dans son crâne comme un glas. Elle reconnut soudain les rues mal éclairées du sud de Washington Park. Elle n’était plus très loin de chez ses parents, de leur petite maison de South Rhodes Avenue.

Il ne pouvait rien leur arriver, se répétait-elle en boucle. Les autres n’oseraient pas. Il ne pouvait rien leur arriver…

*  *  *

Trois mois plus tôt, Kathy avait fait la connaissance d’Adriano Frattini. Grâce à un jeu radiophonique, elle avait gagné une invitation pour trois personnes à la soirée d’ouverture du Elmer Club, un restaurant-club de Randolph Street, dans le West Loop. C’était le lieu dont tout le monde parlait. Ses deux frères lui avaient tout de suite dit que ça n’était pas un endroit pour elle : trop chic, destiné en priorité à une clientèle blanche et, surtout, déjà connu comme un repaire de mafieux. Les propriétaires, les trois frères Frattini, traînaient depuis des années la réputation de tremper dans des trafics en tout genre, au premier rang desquels figuraient la drogue et la prostitution.

Mais Kathy venait d’avoir dix-huit ans. Elle voulait montrer à Anthony et Michael, ses aînés, mais aussi à ses parents, qu’elle n’était plus une gamine. Qu’elle pouvait désormais se prendre en main et affronter le monde sans qu’on lui tienne la main ou qu’on lui dicte sa conduite en toute occasion. Elle s’était donc rendue à la soirée du Elmer Club avec Martha et Gloria, ses deux meilleures amies. Elles s’étaient préparées chez Gloria, dont les parents étaient absents. Si ses frères avaient vu la tenue de Kathy, ils ne l’auraient jamais laissée sortir : elle portait une robe ultracourte des années 70 achetée dans une friperie, un bout de tissu qui cachait assez peu de choses de son anatomie et changeait des jean et pull dont elle s’attifait normalement. Quand Martha et Gloria l’avaient découverte, elles avaient écarquillé les yeux.

Elles ne furent pas les seules.

Au Elmer Club, Kathy remarqua aussitôt les regards qui se posaient sur elle. Dédaigneux et jaloux chez les femmes… appréciateurs et intéressés chez les hommes. Kathy éprouva un mélange de peur et de fierté, une ivresse qui lui donna des ailes et le cran d’oser des choses dont elle ne se serait pas crue capable. Elle se retrouva ainsi dans le carré VIP du club, profitant avec d’autres filles des magnums de Cristal Roederer et de nourritures incroyablement luxueuses.

C’est là qu’elle fit la connaissance d’Adriano Frattini.

Quand il la rappela quelques jours après la soirée, elle hésita. Il lui avait beaucoup plu. Il était séduisant, sûr de lui, un brin arrogant, et déjà riche et respecté alors qu’il n’avait que vingt-quatre ans. Elle ne lui avait pas caché qu’elle était d’un milieu modeste, loin, très loin, de celui qui était visiblement le sien. Mais cela ne paraissait pas le gêner : lui-même était issu d’une famille pauvre de Chicago, des Blancs, des Italo-Américains.

Kathy était évidemment flattée que cet homme si convoité s’intéresse à elle, la petite Black de South Washington Park. L’idée qu’un monde moins étriqué que celui de ses parents s’offrait à elle, qu’elle avait la possibilité d’échapper à la tutelle de ses frères, tout cela était tentant. Il y avait aussi la perspective de ne plus manquer de rien, de connaître le luxe, et d’en faire un peu profiter sa famille et ses amis.

Elle accepta donc de revoir Adriano Frattini — sans rien en dire à personne. Les rendez-vous s’enchaînèrent. Ils finirent par coucher ensemble. Kathy était obligée d’inventer toutes sortes de mensonges et de cacher les cadeaux parfois somptueux que son nouvel amant lui offrait. Jusqu’au jour où il lui proposa de venir habiter chez lui, dans son appartement de River North. Elle dut se résoudre à tout avouer à ses parents. La réaction dépassa ce qu’elle avait craint. Sa mère eut un malaise ; son père lui lâcha qu’elle n’était plus sa fille, avant de se retrancher dans un silence absolu. Quant à Anthony et Michael, ses frères, ils entrèrent dans une colère effrayante. Anthony hurlait qu’il allait la tuer ; Michael assurait que c’était Adriano Frattini qu’il allait tuer de ses propres mains.

Kathy alla s’installer deux jours plus tard chez Adriano. Les deux premières semaines furent le rêve qu’elle avait imaginé — une vie de luxe et de plaisir, des sorties dans les meilleurs restaurants et les spectacles à la mode, les regards qui se posaient avec admiration sur le couple qu’elle formait avec Adriano. Elle passait certains après-midi à faire les boutiques les plus chics de la ville, achetant ce qu’elle voulait.

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