L'Exécuteur nº284 : Le Yakuza blanc

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Le samouraï éperonna son cheval et avança au pas vers le Shogun stupéfait. Il tira son sabre du fourreau et le leva au-dessus de sa tête, puis l’abattit, tranchant net la tête de Patrick O’Brien, qui décrivit une courbe dans le ciel du hangar, suivie d’une giclée de sang, avant de retomber aux pieds… de l’ingénieur du son.
Publié le : mercredi 11 mai 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782744318368
Nombre de pages : 224
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PROLOGUE

Une chaleur écrasante tombait sur les studios de Sun Studio à Los Angeles. Un cowboy allumait la cigarette d’un soldat romain et saluait d’un geste de la main un chevalier croisé portant des lunettes de soleil. Le soldat romain sentit alors une tape sur l’épaule, se retourna pour voir un samouraï à cheval qui lui demandait où se trouvait le studio 5. Il était en retard pour le tournage de La Revanche du Shogun, dirigé par George Winter.

— Au fond à gauche, c’est le dernier hangar et le plus grand.

Le samouraï le remercia et passa son chemin. Il sentait la sueur couler le long de ses joues et de son front, abîmant son maquillage blanc.

Il tourna à l’endroit indiqué et vit un groupe de cavaliers qui attendaient à la porte.

— Excusez-moi, fit-il en se frayant un chemin jusqu’au premier rang, je fais partie des officiers.

On devait filmer la scène où le Shogun s’adresse à ses troupes avant la bataille finale.

— Tout le monde en place, hurla l’assistant du metteur en scène. Silence, s’il vous plaît !

L’ingénieur du son cria à son tour :

— On tourne.

Puis George Winter, perché sur une estrade, assis sur sa chaise, cria :

— Action !

Patrick O’Brien, l’acteur principal, grimé en seigneur de la guerre japonais, s’avança dans son armure, leva les bras au ciel et harangua ses troupes :

— Braves guerriers !

Le samouraï qui était arrivé en retard éperonna alors son cheval et avança au pas vers le Shogun stupéfait. Il tira son sabre du fourreau et le leva au-dessus de sa tête.

— Qu’est-ce qu’il fout là, celui-là ? hurla George Winter. Ce n’est pas dans le scénario.

L’assistante réalisatrice feuilletait frénétiquement le script. George Winter ordonna d’une voix tonitruante :

— Coupez !

Le sabre du samouraï s’abattit alors, tranchant net la tête de Patrick O’Brien, qui décrivit une courbe dans le ciel du hangar, suivie d’une giclée de sang, comme une comète, avant de retomber aux pieds de l’ingénieur du son.

George Winter resta bouche bée. L’armée des samouraïs regardaient sans comprendre, paralysés.

L’inconnu, qui venait de décapiter l’acteur principal, tira sur les rênes de sa monture, qui se dressa sur ses pattes arrière avec un hennissement terrifiant, puis, agitant son sabre de droite et de gauche, il partit au grand galop vers l’autre extrémité du hangar. Le cameraman qui essaya de l’arrêter eut le bras coupé au-dessus du coude. Il regarda avec stupéfaction son membre à terre et la fontaine rouge qui sortait de son moignon, puis il poussa un hurlement d’effroi et de douleur avant de s’écrouler.

George Winter criait : « A l’assassin ! A l’assassin ! » Les chevaux de l’armée des figurants, pris de panique, ruaient, encensaient violemment, cherchaient à s’échapper de la masse qui les entourait. Un des cavaliers tomba à terre, encombré par son armure, et fut piétiné sauvagement par la monture de son voisin. On entendait les appels au secours du malheureux et le bruit de ses os broyés sous les sabots.

— Rattrapez-le ! cria George Winter.

Mais personne ne bronchait, les figurants étant encore trop occupés à calmer leurs chevaux, et leurs sabres en plastique ne les incitaient pas à poursuivre un expert en armes blanches.

L’homme était déjà arrivé au bout du hangar. Il mit pied à terre, pour ouvrir l’immense portail. Comme un électricien approchait, le tueur sortit un Sig P220 9 mm Parabellum et tira trois balles en direction du technicien, l’atteignant à la poitrine et dans le bas ventre. L’homme tituba, se plia en deux et tomba sur le sol en position fœtale.

Le samouraï remonta sur son cheval d’un bond. Il se retrouva rapidement dans l’allée principale des studios. Un vigile se présenta devant lui. Il crut tout d’abord que le cheval s’était emballé et leva les bras pour le faire ralentir. Mais quand le samouraï lui tira dessus, il resta interdit. Une foule de figurants sortaient à leur tour du grand hangar en criant et en montrant le cavalier du doigt. Celui-ci fit un bond de côté, les balles allèrent ricocher dans la poussière de l’allée en ratant le gardien. Le cheval tournait sur lui-même et le cavalier en avait perdu le contrôle. Le vigile dégaina son arme, un .48 Special, roula sur le côté et ajusta le samouraï. Une seule balle suffit. Il l’atteignit en pleine tête, un geyser de sang sortit du haut de son casque. L’homme tomba à terre sur le dos tandis que sa monture s’enfuyait au grand galop, terrifiée. Le vigile se releva, tenant son arme à bout de bras, et s’approcha prudemment.

L’équipe du tournage de La Revanche du Shogun vint se rassembler autour du cadavre. William Golden, directeur des studios Sun Studio, accourait à son tour et se fraya un chemin à travers la foule.

— Laissez-moi passer ! Laissez-moi passer ! criait-il.

Il se pencha au-dessus du samouraï mort.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

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