L'Exécuteur nº292 : Fin de partie pour un mafieux

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Traversant le costume croisé rayé du procureur, les balles vinrent faire éclater ses organes vitaux, et l’homme s’écroula dans l’allée sans même avoir vu le tireur. Il ne vit pas non plus le trio de jeunes hispaniques en sweats gris à capuchon marqués « MS-13 » sortir de l’arrière du SUV.

Publié le : mercredi 14 décembre 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782744318443
Nombre de pages : 224
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PROLOGUE

Herndon, Virginie

C’est avec une profonde satisfaction que Gary Marciano, procureur fédéral, contemplait la une du journal.

Par-dessus son bol de flocons d’avoine agrémentés de tranches de bananes, de miel et de lait, il relut le gros titre du jour : « Plusieurs membres d’un gang national mis en examen pour crimes fédéraux. » Enfin ! Plusieurs personnages clés de la MS-13 se trouvaient en détention et, vu l’étendue du témoignage dont disposait l’accusation, ces adeptes de la terreur n’étaient pas près de recommencer à répandre le sang. Et les banlieues de Virginie, de Floride et de Californie seraient plus sûres sans ces salopards.

Marciano eut une pensée pour Isidro Perez, la bonne âme qui avait résolu de changer de vie et de faire face à ses responsabilités. Sans égard pour sa propre sécurité, Perez avait volontairement laissé tomber ses potes de Virginie — un groupe surnommé les Hillbangers (« le gang de la colline ») — et trahi le pacte sacré qui le liait à eux, en dénonçant leurs activités criminelles. Son témoignage avait conduit à l’arrestation non seulement du leader du groupe, Mario Guerra, mais aussi de six autres cadres de cellules du même genre disséminées dans le pays.

« Et ce n’est que le commencement », se dit Marciano.

Le procureur lâcha le journal et revint à son petit déjeuner. Il n’avait plus que quelques minutes devant lui avant de partir au bureau. Ces dernières années, la circulation aux heures de pointe s’était intensifiée et il lui fallait désormais près d’une demi-heure pour faire les quinze kilomètres qui l’en séparaient.

Il se contenta de la moitié de son bol et jeta le reste avant de mettre le récipient à tremper dans l’évier. Caroline s’en occuperait, comme toujours. Fidèle et efficace, son épouse aimante était restée à la maison pour élever leurs trois enfants tant qu’ils étaient petits, mais à l’entrée au collège du petit dernier, désireuse de faire autre chose, elle avait trouvé un emploi d’agent immobilier. Le marché était en plein boom et elle était faite pour le job : elle avait du goût et savait trouver le bon client pour la bonne maison.

Marciano avait réussi comme avocat et la vente du cabinet qu’il avait créé à Washington avec six associés leur avait assuré une situation financière enviable. Mais il ne pouvait pas plus s’arrêter de pratiquer le droit que s’empêcher de respirer et il avait profité d’un changement de gouvernement et de la nomination d’un ami proche au poste d’Attorney General pour passer de la défense des grandes entreprises au combat contre les gens qui défiaient les lois des Etats-Unis.

— Alors, vous vous voyez comme un croisé ? lui avait demandé un membre de la presse juste après sa nomination.

— En aucun cas, avait-il répondu. Je ne suis qu’un citoyen impliqué.

Les nombreux journalistes présents dans la salle de presse du Justice Department avaient ri et cela lui avait valu les compliments de son patron sur sa façon de gérer la situation.

En poste depuis deux ans, Marciano s’était fait nombre d’amis influents, parmi lesquels un homme qu’il en était venu à admirer et respecter profondément : Hal Brognola. Le procureur avait eu l’occasion de travailler avec nombre d’agents fédéraux, mais jamais il n’en avait croisé de pareil à celui-là. Déjà âgé, probablement même beaucoup plus qu’il ne le paraissait, Brognola avait une connaissance approfondie des rouages du monde du crime. Comme il ne le voyait que très rarement, Marciano l’avait toujours cru en semi-retraite, mais dès qu’il avait besoin d’un conseil ou d’un œil neuf sur un problème en cours, c’était à lui qu’il s’adressait en premier.

— Chérie, j’y vais ! cria-t-il en attrapant sa serviette de cuir sur la table de l’entrée de leur maison à deux étages.

Il ouvrit la lourde porte d’entrée et un fort son de basses l’accueillit. Cela venait d’un SUV Lincoln d’un modèle récent à fenêtres teintées parqué le long du trottoir. Marciano sortit et verrouilla la porte derrière lui. Alors qu’il prenait l’allée pavée qui rejoignait l’emplacement où était garée sa BMW, il vit descendre la fenêtre arrière du SUV.

Il reconnut immédiatement l’objet qui en sortait, mais trop tard pour pouvoir faire quoi que ce soit.

Un torrent de plomb jaillit du pistolet-mitrailleur, dont le bruit se répercuta dans l’air frais du matin. Traversant son costume croisé rayé, les balles vinrent faire éclater les organes vitaux du procureur, qui s’écroula dans l’allée. Marciano ne vit pas le tireur. Il ne vit pas non plus le trio de jeunes Hispaniques en sweats gris à capuchon marqués « MS-13 » sortir de l’arrière du SUV.

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