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L'Expérience Utopia

De
448 pages
Lorsque les entreprises Dresner présentent le Merge, un dispositif destiné à révolutionner le monde et à rendre tout smartphone obsolète, le Colonel Jon Smith de l’unité Covert-One, un groupe clandestin créé par le Président pour pallier l’impuissance des agences de renseignements ravagées par les luttes intestines, a pour mission d’évaluer son potentiel militaire. Il découvre alors une technologie proche de la perfection – vision améliorée, suivi des batailles en temps réel, sécurité inviolable, habileté au tir hors-norme – qui va à tout jamais changer le visage de la guerre.
Pendant ce temps, dans les montagnes d’Afghanistan, l’agent de la CIA Randi Russell découvre un village entier d’Afghans assassinés. Aucun des hommes n’auraient tenté de se défendre. Tous étaient équipés d’un Merge, alors même que le monde en ignorait encore l’existence…
Des États-Unis à l’Afghanistan en passant par le Maroc, la Corée du nord et l’Espagne, les agents Smith et Russell vont tenter de comprendre quels terribles secrets se cachent derrière cette technologie parfaite. Le Merge est-il aussi fiable que l’affirme son créateur ? Quel dessein anime Christian Dresner ? Bien déterminés à découvrir la vérité au péril même de leur vie, les deux agents ne reculeront devant aucune tentative d’intimidation – même lorsqu’elles proviennent des plus hautes sphères du Pentagone…
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Couverture : Robert Ludlum, Kyle Mills, L’expérience Utopia , Bernard Grasset
Page de titre : Robert Ludlum, Kyle Mills, L’expérience Utopia , Bernard Grasset

1

Province de Khost, Afghanistan

ALLONGÉSURLESOLd’un bâtiment en pierre laissé à l’abandon, Aditya Zahid rampa vers un mur à moitié détruit pour observer les habitants de Sarabat.

Les maisonnettes carrées couleur sable n’étaient pas nombreuses, même pour cette partie de la campagne afghane. Pourtant, le simple fait que Sarabat existe toujours emplit Zahid de honte, une honte que son père et son grand-père avaient éprouvée avant lui. La querelle entre leurs deux villages était si vieille que tous en avaient oublié la cause exacte. Certains parlaient d’un vol de bétail, les autres croyaient se souvenir d’une vague histoire de fiançailles rompues. Mais une chose était sûre, la haine farouche qu’ils portaient à leurs rivaux était inscrite dans leurs gènes.

Malgré cela, et bien qu’ils soient deux fois plus nombreux, les hommes de Zahid n’avaient jamais réussi à écraser leurs adversaires. Chacun de leurs sanglants affrontements s’était soldé par une défaite. Dieu merci, ils allaient enfin mettre un terme à cette longue humiliation. Du moins les anciens l’avaient-ils prédit. Zahid, lui, n’en était pas si sûr.

Il se remit à couvert. Puis il ferma les yeux et visualisa la scène qu’il venait d’observer. Il avait compté sept individus : deux femmes, un enfant, et quatre hommes qui donnaient à boire à leurs chèvres autour du puits construit par les Américains pour leurs nouveaux amis.

Au-dessus de sa tête, le soleil tapait fort. Il dut plisser les yeux pour distinguer les parois du petit canyon. Ses compagnons avaient complètement encerclé le village. Pour autant, ils restaient invisibles : ils s’étaient fondus dans le paysage.

Il aurait été plus logique d’attaquer de nuit, voire en fin d’après-midi, pour mieux se dissimuler dans les ombres du canyon. Mais ceux qui avaient rendu cet assaut possible avaient insisté pour qu’il se déroule à cette heure précise de la journée. En revanche, les étrangers s’étaient abstenus de révéler leur identité. Voilà pourquoi Zahid ne partageait pas l’euphorie des siens à l’idée de se débarrasser, une bonne fois pour toutes, de leurs ennemis jurés. Il éprouvait un mélange de peur et de méfiance. Quelque chose clochait…

Pourtant, les inconnus avaient respecté leur part du marché. Entre ses mains, Zahid tenait l’un des rutilants AK-47 qu’ils leur avaient fournis, et il portait en bandoulière une Remington 700 équipée d’un silencieux. La carabine américaine lui avait permis d’abattre discrètement la sentinelle qui gisait à ses pieds.

Il examina le cadavre avant de le relever et de l’adosser contre le mur en ruine. Comme la tête du mort dépassait, elle offrait une silhouette rassurante aux hommes trop confiants de Sarabat qui ne se doutaient pas de ce qui se tramait.

La montre digitale à son poignet – neuve, elle aussi – n’affichait pas l’heure mais un compte à rebours de moins de deux minutes. Alors débuterait l’assaut final.

Une fois de plus, Zahid ferma les yeux. Il s’était opposé à la proposition des étrangers. Il ne leur faisait pas confiance et ne voulait ni de leurs armes ni de leur argent. Ça sentait le piège à plein nez – sûrement un coup de la CIA. Mais les anciens ne comprenaient plus le nouveau monde dans lequel ils vivaient. Et leur haine des Américains n’était rien en comparaison de celle qu’ils portaient à leurs ennemis de toujours. De plus, lui avaient-ils expliqué, les envahisseurs étaient sur le point d’être vaincus. Ils repartiraient bientôt la queue entre les jambes, et ne seraient plus qu’un lointain souvenir. Comme tant d’autres avant eux.

Tout en agrippant fermement son fusil, Zahid priait Allah pour la victoire lorsque retentit le bip du compte à rebours. Ses hommes avaient dû se mettre en mouvement, et il pouvait parier que les plus jeunes menaient la charge. Il se releva et se rapprocha du village en se dissimulant du mieux possible. Il gardait un œil sur l’horizon, à l’affût des soldats américains et de leurs hélicoptères de combat. Mais il ne vit ni les uns ni les autres.

Soudain, le silence fut brisé par le cri aigu d’un enfant et le grondement familier d’une kalachnikov. Une femme se mit à courir. Touchée au dos, elle fut projetée en avant et s’écrasa dans la poussière, les bras en croix, immobile, morte. L’un des hommes de Zahid sortit de derrière une maison et visa un villageois qui tentait de s’échapper. Au dernier moment, un jeune garçon de huit ou neuf ans l’empêcha de tirer en repoussant le canon sur le côté. Zahid accéléra pour intercepter le fuyard tandis que son acolyte fendait le crâne de l’enfant d’un coup de crosse.

L’homme que poursuivait Zahid devait avoir vingt ans et quelques. Il était grand et fort mais semblait désorienté. Soudain, il cessa de courir. Il fixa la sortie du village, puis se retourna en direction du massacre. Il essaya de saisir le fusil qu’il portait en bandoulière, mais une force invisible empêchait ses doigts de se refermer sur l’arme.

Zahid s’immobilisa, posa un genou à terre, épaula l’AK-47 et pressa la détente pour envoyer une salve courte et précise. Sa cible oscilla et tomba à genoux, les yeux écarquillés et levés vers le ciel. À aucun moment, il n’essaya de riposter.

Craignant une ruse, Zahid se rapprocha avec prudence, en balayant du regard le paysage désert. Étaient-ils en train de les attirer dans une embuscade ? Qu’attendaient-ils ? Pourquoi se laissaient-ils massacrer comme des animaux ?

Il s’immobilisa à deux mètres de son jeune ennemi. Il le tenait toujours en joue. Touché à la jambe, l’homme saignait abondamment. Il n’en avait plus pour longtemps.

« Pourquoi vous ne vous défendez pas ? »

Il ne lui répondit pas. Il se contentait de le dévisager, et ses yeux vides ne trahissaient ni haine ni peur.

« Pourquoi vous ne vous défendez pas ? » répéta Zahid, en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, après que les tirs et les cris eurent cessé. Les Américains n’étaient pas venus. Dieu avait abandonné le village de Sarabat. Après tant d’années, l’honneur de son clan avait enfin été restauré. Mais comment ? Et pourquoi ?

« Dieu est grand », fit Zahid en déplaçant son doigt sur la gâchette et en se retournant vers son ennemi.

Le blessé fronça les sourcils et leva une nouvelle fois les yeux vers la lumière éblouissante du grand soleil afghan. « Dieu n’existe pas », répliqua-t-il enfin.

 

*

 

Claude Géroux pointa son téléobjectif sur l’un des derniers survivants de Sarabat : une vieille femme tentait en vain d’échapper à un cavalier qui la rouait de coups avec un gourdin. Soudain, son sang éclaboussa la robe du cheval, et elle s’effondra. Elle eut un dernier réflexe, celui de se couvrir le visage lorsque les sabots de l’animal la piétinèrent.

Il dézooma ensuite afin de cadrer l’ensemble du champ de bataille – si tant est qu’on puisse parler d’un champ de bataille. Il avait combattu au Congo, en Irak, en Bosnie, pour ne citer que ces pays-là, et il pensait avoir vu toutes les horreurs dont l’être humain était capable. Or il n’avait jamais rien vu de tel.

Il pivota en direction de l’un des attaquants, accroupi à côté de la dépouille d’un villageois. La victime était armée. Tous les hommes du village l’étaient. Sauf qu’aucun d’entre eux ne s’était défendu. Certains avaient fui, mais la plupart s’étaient laissé massacrer avec leur famille.

Les tirs cessèrent. Géroux filma encore quelques secondes. Bizarrement, les guerriers ne célébrèrent pas leur victoire en levant les bras au ciel et en poussant les cris de joie de circonstance. Au contraire, confus et silencieux, ils errèrent parmi les cadavres de leurs ennemis.

Géroux éloigna son œil de la caméra et l’éteignit. Les images qu’il venait d’enregistrer resteraient à jamais gravées dans sa mémoire. Elles s’ajouteraient à toutes les autres, toutes celles qu’il ne parvenait pas à oublier.

2

Las Vegas, Nevada, USA

À PEINEARRIVÉAUPALAISDESCONGRÈSde Las Vegas, Jon Smith se dirigea vers les autres invités rassemblés au centre de l’immense édifice. Il était resté coincé plusieurs heures sous le soleil brûlant du désert, mais quelques minutes seulement suffirent pour que l’air conditionné sèche son dos et sa chemise trempés de sueur. Le niveau de sécurité déployé pour couvrir cet événement l’étonnait – détecteurs de métaux, multiples contrôles d’identité, et plusieurs chiens de la brigade de déminage. En comparaison, la Tranportation Security Administration et les Services Secrets faisaient figure d’enfants de chœur.

Mais quand il rejoignit la foule, il comprit ce qui avait motivé un tel dispositif. L’élite de l’industrie high-tech était présente. Il reconnut les désormais célèbres fondateurs d’Amazon et de Facebook. Sur sa droite, le nouveau PDG d’Apple était absorbé dans une conversation animée avec deux grands jeunes hommes dégingandés que Smith ne connaissait pas, mais qui, du fait de leur présence et de l’extravagance de leurs baskets, devaient être riches à milliards.

Ne se sentant pas vraiment à sa place, Smith contourna la foule et se mit en quête de nourriture. Au passage, il remarqua une centaine de chaises alignées devant une scène sur laquelle se dressait un écran géant. Il ne tarda pas à atteindre son objectif : une table gigantesque qui manquait de s’effondrer sous le poids d’une impressionnante sculpture de glace et d’un buffet exotique encore plus impressionnant.

Manque de bol, le canapé sur lequel il avait jeté son dévolu se révéla être un mélange raté de caviar et de dattes. Aussi se rua-t-il sur le bar pour commander de quoi se rincer la bouche.

« Une pinte », fit-il à l’un des barmen qui se tenait derrière une centaine de pompes à bière.

« Bien sûr. Je peux vous proposer de la Fat Tire, de la Snake River Lager, de la Sam Adams, de la Corona… »

Angoissé à l’idée que le goût de ces dattes lui reste jusqu’au lendemain dans la bouche, et persuadé que le jeune homme serait capable de lui réciter le nom de toutes leurs bières pression, Smith l’interrompit d’un geste de la main : « Je vous fais confiance. »

Il entendit alors une voix féminine s’élever au-dessus du brouhaha : « Vous êtes plutôt du genre à boire de la Budweiser, je me trompe ? »

Il fit volte-face et se retrouva nez à nez avec une jeune femme qui affichait un large sourire. Ses lèvres écarlates contrastaient fortement avec sa peau laiteuse. Elle devait avoir dans les vingt-cinq ans, mince mais bien proportionnée, les cheveux courts avec une frange qu’elle repoussa sur le côté pour l’examiner de la tête aux pieds. Il baissa les yeux sur le badge qu’elle portait autour du cou : « Janine Redford / Wired Magazine. » Le sien, comme elle l’avait sans doute déjà remarqué, indiquait simplement : « Jon Smith. »

« Je vous ai observé.

— Moi ? » s’étonna-t-il. Il attrapa le verre qu’on lui tendait et joua des coudes pour franchir l’attroupement qui s’était formé autour du bar. « Pourquoi ? Je ne suis personne. »

Elle désigna son badge. « Et vous semblez en tirer une très grande fierté.

— On ne choisit pas son nom. Cela dit, ça aurait pu être pire, mon père voulait m’appeler Gomer, comme son frère. Heureusement, ils se sont fâchés juste avant ma naissance. »

Elle soupira. « De près ou de loin, je connais tous les invités. Mais vous, vous n’avez rien à faire ici.

— Vraiment ?

— Vraiment. Vous n’êtes ni un geek, ni le patron d’une multinationale, ni l’un de ces jeunes multimillionnaires qui ont fait fortune grâce à Internet… » Elle marqua une pause. « Alors qui êtes-vous ? »

Elle avait l’œil. Les épaules de Smith étaient un peu trop larges, ses cheveux noirs, coiffés trop court, et son visage buriné portait les premières séquelles de ses longues expositions au soleil, au vent, à la neige – et aux occasionnelles, mais inévitables, explosions en tous genres.

« Peut-être m’ont-ils invité par erreur ? » avoua-t-il en toute franchise. Lui-même ne savait pas comment il avait atterri ici. Mais à cheval donné, on ne regarde pas les dents. Un bon quart de la population mondiale se serait coupé un orteil pour participer à cette conférence. D’ailleurs, pour être honnête, il faisait partie de ces 25 %.

Elle lui adressa un petit sourire suspicieux et sirota son martini. « Christian Dresner ne commet jamais d’erreur.

— Très bien. Alors, à vous de me dire ce que je fais ici.

— Vous êtes un militaire.

— Je suis médecin, riposta-t-il. Microbiologiste, pour être exact. Mais ces derniers temps, je travaille avec des personnes handicapées.

— D’accord. Je veux bien vous croire. À ceci près que vous êtes un médecin militaire et que vos patients sont des soldats blessés au combat. N’essayez pas de me la faire à l’envers. Je suis très douée à ce petit jeu. »

Il considéra ses options un moment : « Lieutenant-colonel Jon Smith.

— Est-ce que l’armée en sait un peu plus ? enchaîna-t-elle en lui serrant la main avec une fermeté surprenante. Sur ce que Dresner va nous annoncer aujourd’hui, j’entends ?

— Aucune idée. »

Elle fronça les sourcils d’un air blasé : elle avait du mal à le croire. Quand elle reprit la parole, il ne sut pas si elle s’adressait à lui ou si elle pensait à voix haute. « Dresner est plutôt du genre à sauver le monde, pas à le faire sauter…

— Écoutez, Janine, je vous assure que mes recherches n’ont rien à voir avec notre arsenal. Je suis vraiment médecin. Donc, si je n’ai pas été invité par erreur, j’imagine que Dresner va nous présenter sa dernière grande découverte médicale. Ses antibiotiques ont joué un rôle majeur lors des derniers conflits, et ses prothèses auditives font fureur chez nos vétérans. »

Elle acquiesça. « Mon grand-père, qui était artilleur au Vietnam, s’en est fait poser une paire.

— C’est une technologie extraordinaire.

— Tout à fait. Avant, lorsque je lui hurlais bonjour dans les oreilles, il me répondait un truc du genre : “Oui, oui, vers 11 heures.” Désormais, il entend une aiguille tomber dans la pièce d’à côté. »

On faisait souvent l’erreur de comparer le système de Dresner avec les implants cochléaires, or sa technologie était beaucoup plus avancée. Il avait trouvé le moyen de faire abstraction totale de l’oreille et, à l’aide d’un champ magnétique, de communiquer directement avec le cerveau. Autrement dit, pour les jeunes générations, la surdité ne serait plus jamais une fatalité.

Elle tapota le côté gauche de sa tête avec un doigt. « En revanche, comme il est chauve comme un œuf, on ne voit plus que les deux récepteurs métalliques étincelants qu’ils ont vissés sur son vieux crâne ridé. Je l’adore, mais c’est un peu glauque.

— Vous savez que le département des Anciens combattants le rembourserait s’il les faisait peindre couleur chair.

— Il estime que le gouvernement a mieux à faire que s’occuper de son sex-appeal. »

Smith leva son verre à la santé du vieil homme et but une longue gorgée de bière.

« De toute évidence, continua-t-elle, il ne va pas nous présenter une nouvelle version de ses prothèses auditives. Alors de quoi s’agit-il ?

— Je serais bien incapable de vous répondre. En revanche, voilà ce que j’aimerais qu’il nous annonce. Nous travaillons sur de nouvelles prothèses contrôlées par la pensée et, même si nous avons fait de grands progrès, notre technologie reste très rudimentaire. Or, s’il y a une personne sur terre capable de nous faire passer à la vitesse supérieure, c’est Christian Dresner. »

Elle plissa les yeux et considéra cette possibilité. « Nous avions publié un article sur un singe qui pouvait actionner mentalement un énorme bras mécanique. Il ne se rendait même pas compte que ce n’était pas le sien. Flippant !

— Figurez-vous que j’ai bien connu ce singe, plaisanta Smith. Flippant est le mot juste. »

Elle secoua la tête. « Mais ça ne peut pas être ça.

— Non ? Pourquoi pas ?

— Premièrement, vous êtes le seul médecin de la salle – les autres invités bossent tous dans les nouvelles technologies. Et deuxièmement, il y a quelques années, Dresner a payé une fortune pour racheter une start-up espagnole qui développait un système de réalité augmentée pour téléphones portables.

— Comme l’application d’astronomie sur mon iPhone ? La nuit, je le pointe vers le ciel et ça me montre les étoiles et leurs noms. J’adore ce truc. »

Elle soupira. « Dresner se fichait bien de l’entreprise. Ce qui l’intéressait, c’était son chef de projet, un vieux hacker nommé Javier de Galdiano.

— Et qu’est-ce qui lui est arrivé, à ce Galdiano ?

— Aucune idée. En revanche, je sais que Dresner a aussi racheté de nombreux fabricants de composants électroniques et plusieurs brevets liés aux recherches de Javier.

— Vous en savez des choses.

— Mon job consiste à enquêter sur tout ce que fait Dresner. Je mettrais ma main à couper qu’il se lance dans l’informatique.

— Le marché n’est-il pas déjà saturé ? Ces dernières années, chaque nouveau produit n’est qu’une version plus puissante, plus petite, ou plus légère d’un truc qui existe déjà. Si Steve Jobs excellait dans l’art de rendre les dernières innovations technologiques accessibles au plus grand nombre, Dresner est plutôt du genre à nous estomaquer avec une découverte jusque-là inconcevable. La preuve, ce mec a révolutionné la communication entre le corps et l’esprit. Ses travaux dans le domaine de l’immunologie ont sauvé des centaines de milliers de vies et empêché une catastrophe sanitaire qui, je vous le garantis, nous pendait au nez. Je reste persuadé qu’il va nous éblouir une fois de plus. »

Elle enroula son bras autour du sien et le tira en direction des chaises installées devant la scène. « Dans ce cas, frayons-nous un chemin à travers cette horde de geeks et dégotons-nous deux places au premier rang. On pourrait peut-être s’asseoir côte à côte, mon colonel ? Je me sentirais plus en sécurité. Vous savez, au cas où les Russes attaqueraient. »

Il lui fit un grand sourire et, tandis qu’ils évitaient l’un des créateurs de Google, il lui répondit quelques mots en russe.

« Je suis impressionnée. Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Il s’agissait d’un vieux proverbe sur les avantages dont jouissent les belles jeunes femmes. Il décida de se montrer plus subtil.

« Je vous ai demandé si vous pouviez m’indiquer les toilettes. C’est la seule chose que je sais dire en russe.

— L’espace d’un instant, j’ai cru que vous le parliez couramment. Vous m’avez bien eue, et c’est ça qui compte. »