L'Homme inquiet

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Grand-père d'une petite Klara, Wallander a réalisé ses rêves : vivre à la campagne avec son chien.


Après avoir évoqué avec le commissaire la guerre froide et une affaire de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises, le beau-père de sa fille Linda, ancien officier de marine, disparaît, puis c'est le tour de la belle-mère. Soupçons d'espionnage. Au profit de la Russie ? Des États-Unis ? Parallèlement à la police de Stockholm et aux services secrets, Wallander mène sa dernière enquête. C'est alors qu'il amorce sa propre plongée en profondeur : les années écoulées et les femmes de sa vie défilent. Et la petite Klara devient son ultime balise.


Au-delà de l'intrigue, la force et la beauté du roman résident dans le portrait riche et bouleversant de celui qui se dévoile ici sous la plume de son créateur, Henning Mankell.



Né en 1948, Henning Mankell partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Célèbre pour ses policiers, il est aussi l'auteur de pièces de théâtre, d'ouvrages pour la jeunesse et de romans. Dernier titre paru : Les Chaussures italiennes (Seuil, 2009).


Publié le : mardi 25 mars 2014
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021178845
Nombre de pages : 560
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Henning Mankell, né en 1948, est romancier et dra-maturge. Depuis une dizaine d’années, il vit et travaille essentiellement au Mozambique – « ce qui aiguise le regard que je pose sur mon propre pays », dit-il. Il a commencé sa carrière comme auteur dramatique, d’où une grande maîtrise du dialogue. Il a également écrit nombre de livres pour enfants, couronnés par plusieurs prix littéraires, qui soulèvent des problèmes souvent graves et qui sont marqués par une grande tendresse. Mais c’est en se lançant dans une série de romans policiers centrés autour de l’inspecteur Wallander qu’il a définitivement conquis la critique et le public suédois. Cette série, pour laquelle l’Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de littérature policière, décrit la vie d’une petite ville de Scanie et les interrogations inquiètes de ses policiers face à une société qui leur échappe. Il s’est imposé comme le premier auteur de romans policiers suédois. En France, il a reçu le prix Mystère de la Critique, le prix Calibre 38 et le Trophée 813.
H e n n i n g M a n k e l l
L ’ H O M M E I N Q U I E T
R O M A N T r a d u i t d u s u é d o i s p a r A n n a G i b s o n
Éditions du Seuil
T E X T E I N T É G R A L
T I T R E O R I G I N A L Den orolige mannen É D I T E U R O R I G I N A L Leopard Förlag, Stockholm © original : 2009, Henning Mankell ISBNoriginal : 978-91-7343-265-4
Cette traduction est publiée en accord avec l’agence littéraire Leonhardt & Høier, Copenhague
ISBN978-2-0211-7883-8 re (ISBNpublication)978-2-02-101878-4, 1
© Éditions du Seuil, 2010, pour la traduction française
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Un être humain laisse toujours des traces. Nul ne peut davantage vivre sans son ombre… On oublie ce dont on veut se souvenir et on se souvient de ce qu’on préférerait oublier… TEXTESPEINTSÀLABOMBESURDESFAÇADESÀNEWYORK
Prologue
L’histoire débute par un accès de rage. Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement juste avant cet éclat – provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier ministre lisait à présent dans son bureau. C’était le début du printemps 1983, à Stockholm ; une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner. À Rosenbad, siège de l’exécutif, on parlait souvent de la pluie et du beau temps, comme sur n’importe quel lieu de travail, et pour s’informer des prévisions on consultait Åke Lean der. Celuici officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et, de l’avis général, c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt, il s’était vu octroyer un titre plus ronflant, peutêtre « agent d’accueil et d’informa tion », ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part, il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir ni besoin d’une nouvelle étiquette. Åke Leander avait toujours été là, dans la proximité immédiate des Premiers ministres et directeurs de cabi net successifs. Consciencieux et discret, il faisait pour ainsi dire partie des meubles. En plaisantant quelqu’un avait suggéré qu’à sa mort il soit canonisé et devienne le saint patron des services du gouvernement ; ainsi son aimable fantôme continueraitil de veiller sur leurs
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efforts communs pour diriger ce pays qui avait nom Suède. Ses vastes connaissances météorologiques tenaient à une passion qui occupait tous ses loisirs. Célibataire, Åke Leander habitait un petit appartement à Kungsholmen d’où il communiquait avec ses innombrables amis, qui formaient ensemble un réseau mondial de radioamateurs enthousiastes. Il avait depuis longtemps mémorisé tous les codes et abréviations en vigueur dans le jargon. Par exemple, QRT signifiait « cessez la transmission » ; AURORA désignait une modulation déformée par les aurores boréales dans les liaisons à grande distance. Chaque soir ou presque, il coiffait son casque et envoyait son QRZ : « Vous êtes appelé par… » suivi de son nom. Une légende remontant à un passé lointain voulait que le Premier ministre de l’époque ait eu besoin de connaître, pour on ne sait quelle raison, l’état de la météo au mois d’octobre et de novembre sur Pitcairn Island – cette île du Pacifique où les marins duBounty s’étaient mutinés contre le capitaine Bligh avant de mettre le feu au navire et de rester là pour toujours. Åke Leander avait pu com muniquer l’information au Premier ministre dès le lende main. Et il n’avait posé aucune question. C’était, on l’a dit, un homme excessivement discret. Pour ce qui est des contacts à l’international, per sonne ne peut se mesurer à Åke, y compris au ministère des Affaires étrangères.Voilà ce qu’on chuchotait, avec une pointe de malignité, lorsqu’il passait de son pas lent dans les couloirs. Mais, en l’occurrence, pas même Åke Leander n’aurait pu prévoir la tempête qui allait d’un instant à l’autre déchirer le silence du cabinet ministériel.
Après avoir tourné la dernière page, le Premier ministre se leva et s’approcha d’une fenêtre. Des mouettes tourbillonnaient dehors dans le ciel gris.
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