L'homme pacifique

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C'est un homme trop doué pour son espace de vie, né au pied d'un immense château fort au cur d'une petite ville, et qui subit sans plainte année aprčs année les mauvais coups du sort. Mais il ne cčde pas ŕ la colčre, il refuse cette guerre que lui font les fantômes. Avec sa femme, il part habiter aux portes de la ville : il construit face ŕ la foręt et s'entoure de secrets.
Il marche dans la ville, il parle ŕ tous ceux qu'il rencontre, il regarde, il écoute, il parle encore, il entretient sa mémoire, il garde le souvenir des lieux et de leurs habitants, il les connaît tous et il n'oublie jamais rien. Il se cache dans la foręt et envie ces milliers d'arbres qui soutiennent le ciel.
Publié le : vendredi 27 novembre 2009
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EAN13 : 9782072024610
Nombre de pages : 67
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D U M Ê M E A U T E U R
L E MÉ TI E R DE DORMI R, Confluences, 2005. J E S UI S UNE S URP RI S E , Atelier In8, 2009.
L’Infini
Collection dirigée par Philippe Sollers
MARC PAUTREL
L ’ H O M M E P A C I F I Q U E
r o m a n
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2009.
Après cela Job vécut encore cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération. Puis Job mourut chargé d’ans et rassasié de jours. Job, 42, 16
La porte s’ouvre et il est là, allongé en tra vers de la salle du funérarium. Son visage est terriblement creux, il donne l’impression de souffrir. Ses mains sont jointes sur le thorax comme s’il dormait, mais en souffrant. Le lit est surélevé, audessus un grand crucifix a été cloué au mur, tout autour par terre ont été déposées des couronnes de fleurs avec des bandeaux indiquant leur provenance. La lumière est tamisée, il règne une odeur agréable diffusée par l’aération, et il fait très froid, c’est une étrange chambre à coucher. À côté, dans une petite pièce séparée par une porte coulissante, les frères et les belles sœurs sont assis, parlent, boivent du café et mangent des biscuits. Tout le monde dis
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cute avec animation, le défunt était âgé, sans enfants, veuf, sa maladie le faisait souffrir, ç’aura été une délivrance. Sa présence si près de nous me gêne. Je sais qu’il n’est plus là, je sais qu’il est mort, que son corps s’est changé en cadavre, mais pourtant pour moi il est encore là et je suis perturbé de me tenir à ses côtés sans pouvoir lui parler. Ses yeux sont fermés, le visage tourné vers le plafond, mais on ne le reconnaît qu’à moitié car il ne porte pas ses lunettes. On devrait enterrer un mort avec ses lunettes ; si comme le croient les Égyptiens et les Tibé tains, et aussi les juifs, les chrétiens, le mort après son décès se réveille dans un autre monde où il peut aller et venir normalement, il aura besoin de ses lunettes làbas. Je ne connaissais son visage que chaussé de ces lunettes dont il n’avait pas changé la mon ture depuis quarante ans, je ne le connais sais que les yeux grands ouverts, me regardant au travers de ces lentilles grossissantes. Ce visage nu aux paupières closes m’était in connu : celui du repos et de la concentra
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