L'Inconnue du bar

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LA 26e ENQUÊTE D'ALEX DELAWARE



" Le dernier thriller haletant de Kellerman est situé dans cet univers de rêve qu'est Hollywood, mais cette fois, le rêve tourne au cauchemar. " The Star-Ledge r



Le psychologue Alex Delaware et sa compagne Robin prennent un verre au bar du Fauborg Hotel à Los Angeles.


Une ravissante jeune femme vêtue de blanc attire leur attention : elle boit martini sur martini tout en consultant fébrilement sa montre.


Deux jours plus tard, Alex rejoint Milo Sturgis sur les lieux d'un crime brutal et constate avec horreur que la victime défigurée n'est autre que l'énigmatique beauté aperçue au Fauborg.


L'enquête des deux compères les mène à une agence d'escort girls d'un style particulier, qui permet à des " petites chéries " de rencontrer des " papas gâteaux " sur un site Internet.


L'inconnue y figurait sous le nom de Mystery.


Tout un programme...



Né à New York en 1949, Jonathan Kellerman est devenu psychologue clinicien spécialisé en pédiatrie après des études à l'UCLA. Il est l'auteur maintes fois primé d'une trentaine de romans traduits dans le monde entier, lauréat des prestigieux Edgar et Shamus Awards. Il vit à Los Angeles.



Traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédéric Grellier


Publié le : vendredi 25 avril 2014
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021177077
Nombre de pages : 379
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L ’ I N C O N N U E D U B A R
J o n a t h a n K e l l e r m a n
L ’ I N C O N N U E D U B A R r o m a n
T r a d u i t d e l ’ a n g l a i s ( É t a t s  U n i s ) p a r F r é d é r i c G r e l l i e r
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
C O L L E C T I O N D I R I G É E P A R M A R I E  C A R O L I N E A U B E R T
Titre original :Mystery Éditeur original : Ballantine Books, Random House, New York © Jonathan Kellerman, 2011  original : 978-0-345-50569-9
ISBN: 9782021177060
© Éditions du Seuil, avril 2014, pour la traduction française
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Celuici est pour Kim Hovey
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Telle une crapule en cavale, Los Angeles enterre son passé. Voilà sans doute pourquoi personne ne protesta quand la sentence tomba : l’hôtel Fauborg était condamné à disparaître. J’habite une ville spécialisée dans la fabrique des illusions. Dans l’univers parallèle où règnent les socio-pathes qui fabriquent des films, les relations humaines se résument aux répliques incisives, le bistouri l’emporte sur les gènes. Autrefois, L.A. comptait plus de demeures victoriennes que San Francisco, puis on a fait appel aux démolisseurs et tout le patrimoine architectural a été rem-placé par des pavillons années trente, lesquels ont ensuite cédé la place à la camelote d’après-guerre, qui a été à son tour évincée par les tours-dortoirs aux cloisons si fines que le poing d’un bambin passe sans peine à travers. Les défen-seurs du patrimoine tentent de contenir l’érosion, mais ils en sont réduits à se battre pour des stations-service et des motels de bric et de broc. On verse des dessous-de-table, on contourne le code de l’urbanisme et des chefs-d’œuvre tels que l’hôtel Ambassador disparaissent comme des rides injectées de Botox. Sans rivaliser avec l’Ambassador, le Fauborg n’était pas dénué de charme. Les trois étages de sa sombre façade en brique rouge étaient nichés entre un pressing et une maison de retraite dans Crescent Drive, une rue tranquille de Beverly Hills. À deux pas des cafés pour m’as-tu-vu européens de
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Canon Drive et de la frénésie consumériste de Rodeo Drive – et pourtant on se serait cru dans un autre monde. Le Fauborg ne figurait dans aucun guide touristique et jouis-sait néanmoins d’un des meilleurs taux d’occupation de la ville. Édifié en 1949 par un certain Marcel Jabotinsky, un Français rescapé de l’Holocauste, l’édifice s’inspirait des belles demeures des films américains qui l’avaient captivé à l’adolescence. Au début, l’établissement avait été fréquenté par des émigrés du vieux continent en quête d’un lieu pai-sible et tranquille. Une clientèle attachée à cette quiétude discrète s’était constituée au fil des ans, mélange d’Européens nettement plus distingués que la présente génération et de quelques Américains avertis qui sacrifiaient volontiers le chic tendance et décalé pour une bonne nuit de sommeil. Je connaissais le Fauborg car il m’arrivait de venir y prendre un verre. Situé à l’arrière, le bar était de taille modeste et sans prétention. Éclairage tamisé, lambris de planches de chêne débitées sur mailles, médiocres paysages de l’école de Barbizon. L’octogénaire bossu qui officiait derrière le comptoir concoctait l’un des meilleurs side-cars de Los Angeles, un cocktail que Robin apprécie. Divers pianistes, pour la plupart des musiciens de studio à la retraite, se relayaient au Steinway de concert disposé dans un angle, mais la musique n’interférait jamais avec le plaisant bourdonnement des conversations et le tintement harmo-nieux des verres en cristal. Le personnel se montrait attentif mais discret, les amuse-gueules étaient corrects et l’on en ressortait en se sentant de nouveau civilisé. Robin et moi y avons passé bien des dimanches soir, installés dans un box du fond sur une banquette au cuir craquelé, main dans la main, à grignoter des crackers au fromage en appréciant des airs de Gershwin. Par un samedi matin de printemps, Robin alla livrer une guitare à un rocker vieillissant qui habitait dans la partie basse de Beverly Hills. En chemin, elle passa devant
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le Fauborg et remarqua la pancarte accrochée à l’imposte en plein cintre :
F  . V  …     …  . M     . Les descendants de Marcel Jabotinsky
Robin n’aurait pas dû s’en étonner ; la semaine précédente, nous avions voulu aller dans un restau thaï où nous nous régalions depuis plus de cinq ans, mais à son emplacement il ne restait plus qu’un trou encerclé d’un grillage. Un mois auparavant, Robin était tombée sur une copine de lycée et lui avait demandé des nouvelles de son mari. – Lequel ? – Jeff. – Jeff, c’est de l’histoire ancienne, ma cocotte ! avait pouffé l’amie. Le dernier en date s’appelle Cliff, mais lui aussi a disparu de la circulation. L.A., capitale du mouchoir en papier. – Pas très enthousiasmant comme choix ! déplora Robin. Se résigner, ou se vautrer dans la nostalgie la plus mièvre ! Nous étions installés sur le canapé du salon, Blanche lovée entre nous. Sa petite tête de bouledogue français fai-sait le va-et-vient dès que l’un ou l’autre prenait la parole. – Moi, je n’ai pas de préférence, ma chérie. Robin tira sur une de ses boucles et la relâcha. – Après tout ! fit-elle. C’est l’occasion de porter une robe et de déguster un side-car comme je ne suis pas près d’en retrouver ! – Je soignerai également ma tenue. – Je t’adore en costume, mon amour. Mais pas de noir. Oublions qu’il s’agit d’un enterrement. Si elle avait pu se douter…
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Nous arrivâmes peu après vingt et une heures. L’imposte brillait d’une lueur glauque. Crescent Drive était déserte, mis à part un individu adossé à un parcmètre au-delà de l’hôtel. La trentaine, grand et baraqué, cheveux courts d’un blond jaunâtre. Il nous jaugea en plissant les paupières, puis se remit à surveiller les alentours. Sa forte carrure semblait à l’étroit dans le costume noir. Talkie-walkie à la main, renflement révélateur sous la poche de poitrine, oreillette dont le fil disparaissait dans la nuque sous le col de la chemise. – Si quelqu’un ne peut pas se déplacer sans garde du corps, où sont les paparazzi ? chuchota Robin. – Bonne question. Ils pullulent comme des mouches à viande au moindre relent de pourriture morale. – J’en connais qui s’attachent à ces vermines comme à des animaux de compagnie. Un jour, j’étais chez Bits pour lui livrer une mandoline et, pendant qu’on discutait dans la cuisine, j’ai entendu son attaché de presse appeler les paparazzi pour leur annoncer dans quel restaurant la star comptait déjeuner. Vaguement intrigué, je jetai un coup d’œil au type en costume noir. Il se détourna vivement et fixa le trottoir. Monsieur nous observait. Malgré l’indolence feinte, il avait les épaules contractées et le profil encore plus figé que les têtes présidentielles du mont Rushmore. Sans doute parce
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