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L'inconnue du Musée de l'Homme - PRA 2008

De
224 pages
Une jeune femme asiatique est abattue en plein jour sur la terrasse du Musée de l’Homme où elle souhaitait rencontrer le directeur, Alain Galant. Dans la poche de la victime la police trouve deux articles de presse. L’un signé Galant justement, ce dernier y prend position contre le clonage humain. Le deuxième salue, sous la plume d’un journaliste américain, la réussite du professeur Zwang à Séoul sur la fabrication des clones . Pas d’autres indices, à l’exception d’une pochette d’allumettes venant d’un bar coréen au logo en tête de renard. Entre Paris et Séoul où la recherche scientifique de pointe côtoie les rituels chamaniques les plus anciens, les enquêteurs auront bien du mal à séparer le virtuel du réel.
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I
Paris, place du Trocadéro, un matin de juin, le téléphone sonna dans le bureau d'Alain Galant, le directeur des fouilles au musée de l'Homme. Au bout du fil, la voix saccadée de son adjoint, Jacques Sartelle :
– C'est encore moi, il y a là une jeune femme qui demande à vous voir. Je crois comprendre qu'elle vient de Séoul. Elle n'a pas de rendez-vous et veut une interview. Comme je ne savais pas si vous étiez libre, je l'ai emmenée sur la terrasse en attendant.
– D'accord, je monte. L'avion de John Mac Bride a eu du retard à Johannesburg, il ne viendra pas ce matin.
Alain Galant, la soixantaine sportive, les traits volontaires, finissait de signer en sifflotant les lettres que sa secrétaire lui avait préparées dans le parapheur.
Le temps radieux et les perspectives de la journée le mettaient de bonne humeur, il aimait bien les entretiens avec les journalistes, surtout avec les femmes… Il appréciait de s'exprimer en anglais, ce qui était devenu indispensable vu la vocation de renommée internationale du musée… En fait, consacré aux sciences de la vie comme aux sciences de l'Homme, celui-ci disposait déjà d'une collection de préhistoire parmi les plus prestigieuses au monde. Un nouvel axe concernant la recherche au Muséum le motivait particulièrement, la recherche génomique, l'étude des substances naturelles et le développement des technologies de pointe. Ce jour-là, on commémorait l'ouverture du musée de l'Homme, presque soixante-dix ans plus tôt, en juin 1938 et il se réjouissait de la visite de cette jeune femme venue de l'autre bout du monde pour lui en parler.
Tout à l'heure, au déjeuner, il ferait une courte allocution, histoire de vivifier l'esprit d'équipe en lui communiquant son enthousiasme. Il monta allègrement par l'escalier qui ouvrait à l'est sur la terrasse. Aveuglé brusquement par le soleil, il fut saisi au même moment par le vrombissement d'un hélicoptère qui remontait la Seine, avant de faire une demi-volte, sans doute pour rejoindre l'héliport d'Issy-les-Moulineaux. Les turbulences de l'air ambiant lui caressèrent le visage, il eut même l'impression que les rotors lui avaient frôlé les joues.
Quel vacarme ! Les hélicoptères qui longent le musée en remontant la Seine ne font d'habitude pas tout ce remue-ménage… Plus tard ces sensations vives et soudaines lui reviendraient.
Sur la terrasse, il ne vit personne. Elle serait redescendue, effrayée par ce bruit ? Il s'avança vers le parapet de la bordure, érigé à hauteur de ceinture. Il ne pouvait pas s'empêcher d'y venir, même de s'y asseoir pour admirer le panorama.
Tout Paris à ses pieds. Devant lui la tour Eiffel et l'École militaire. À sa gauche, en plein soleil, se dressaient la tour Montparnasse, les immeubles de Jussieu, on devinait même la statue de Sainte-Geneviève sur son pont, à côté de Notre-Dame. Son regard se fondit ensuite dans le flux paresseux de la Seine, immuable, dépourvue des apprêts qu'elle offrait aux spectateurs, quand, tout jeune encore, il avait assisté sur cette même terrasse au passage du yacht d'Elizabeth II, juste couronnée reine d'Angleterre. Paris était en liesse, avec les cornes de brume et les jets d'eau comme pour les grandes parades navales. Et puis, le soir, un feu d'artifice grandiose, inoubliable. Combien de ceux qu'il aimait et qui se trouvaient ici, sur cette même terrasse, avaient disparu depuis ? Une présence en particulier se détachait, dans le côté nord, avec sa femme équatorienne, tout en taches de rousseur, son maître, Paul Rivet, le fondateur du musée de l'Homme, son professeur d'anthropologie et d'ethnologie précolombienne, un ami de son père.
– Vous voyez Alain, là-bas ce sont les quartiers chics. Ici les quartiers pauvres. À l'ouest tout est éteint, ce sont les bureaux d'affaires, personne n'y habite. À l'est les fenêtres éclairées sont celles des travailleurs qui rentrent le soir chez eux.
Il disait « les travailleurs » en bon élu du Front populaire qu'il avait été. Alain Galant soupira. Une moue d'amertume lui plissa les lèvres, il fronça les sourcils comme s'il passait un nuage, visible de lui seul. Saurait-il insuffler à son élève Jacques Sartelle le même enthousiasme, la même foi en son métier ? Un brillant sujet ce Jacques, normalien, agrégé d'histoire, animé d'envies multiples mais gendre de ministre et mari d'une femme ambitieuse. Comment le protéger des sirènes de la politique ? Quel gâchis pour la science si…
Alors il la vit. Derrière la cheminée. Alarmé par la fixité et la posture du corps, il s'en approcha. Un mouvement d'horreur le saisit. Elle gisait sur le dos, les bras en croix, les mains ouvertes. Une ombre sous sa tête, une mare de laque sombre, du sang, les yeux révulsés. Un grand trou dans le cou. Ses vêtements, un corsage clair et une jupe en jean, n'étaient pas souillés. Les jambes nues dans des mocassins plats. Jeune, asiatique, le visage fatigué, jolie. Une petite cicatrice à gauche de la commissure des lèvres dérangeait l'harmonie des traits. Le front inondé de sueur, Alain Galant se pencha vers elle, il remarqua, comme hypnotisé, la fluidité du sang qui coulait de son cou.
Un papier dépassait de sa poche, il hésita une seconde avant de le retirer. C'était un numéro du mois dernier duNew York Times, avec son article sur « Le code inviolable », une commande. Il évoquait ses hypothèses sur l'origine de la vie, l'évolution des espèces, l'improbable clonage humain. Il avait été rudement pris à partie par les journalistes américains. Un frisson le parcourut et les questions se précipitèrent, chaotiques : pourquoi ? Qui était-elle ? Que voulait-elle ? Comment l'avait-on tuée ? L'hélicoptère… ?
Alain Galant déclencha sur son portable l'appel automatique du numéro de Sartelle.
– Jacques, montez tout de suite sur la terrasse. C'est urgent.
Jacques Sartelle, un peu essoufflé et l'air hébété s'accroupit aussitôt auprès du corps, comme pour mieux dévisager la morte.
– Vous la connaissez ? ajouta Galant
– Non.
– Jamais vue. Bon Dieu, quelle m… !
– Il faut appeler la police.
– Oui bien sûr. Voilà. Racontez-moi votre entrevue ?