L'Inespéré

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"Demandes-tu ce qu'est l'Inespéré ? C'est l'étrange équivoque du don sans le mérite et de la faute sans vouloir.
Et le Maître de la Vie existe ! Mais pourquoi, demandes-tu, a-t-il permis l'Inespéré ? Parce que sont aussi les êtres, mais ne peuvent poursuivre qu'en l'intervalle où la grâce et la culpabilité les dépassent. Telles sont les justifications de l'Inespéré"
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782072111235
Nombre de pages : 136
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couverture
 

JEAN-PHILIPPE SALABREUIL

 

 

L'inespéré

 

 
NRF

 

 

GALLIMARD

 

Oublie Paros..

(Archiloque)

 

PRESCIENCE DE L'INESPÉRÉ

 

Demandes-tu ce qu'est l'Inespéré ? C'est l'étrange équivoque du don sans le mérite et de la faute sans vouloir. Et le Maître de la Vie existe ! Mais pourquoi, demandes-tu, a-t-il permis l'Inespéré ? Parce que sont aussi les êtres, mais ne peuvent poursuivre qu'en l'intervalle où la grâce et la culpabilité les dépassent. Telles sont les justifications de l'Inespéré.

As-tu maintenant compris que l'Inespéré premièrement revêt ce tangible visage de la surprise qui soudain illumine l'être vivant dans l'enfilade obscure de son destin ? Miracle de ces joies vermeilles de la vie, jamais promises ni méritées mais accordées encore ! Pourquoi, toi qui ne t'es pas tendu vers la lumière, à qui nulle promesse d'un jour plus haut ne fut faite. as-tu reçu la grâce ? Parce que simplement tu es et deviens (tu étais et tu seras), sous l'égide radieuse du Maître de la Vie ! Ceci d'abord est l'Inespéré.

Comprends-tu alors que l'Inespéré parvienne ensuite à la forme impossible du suppliant visage de tout ce qui n'a pas été, n'est pas, ne sera jamais ? Voici donc la terrifiante responsabilité du Vivant qui, faute d'une espérance et d'un amour dont il n'avait pas la force, a refermé devant l'Être perdu les panneaux de l'accès au Soleil de la Vie ! Ne t'effraies-tu pas de l'impuissance en toi de ce vouloir-espérer, de ce vouloir-aimer qui te déterminent coupable de l'éternité de la mort ? Ô comme tu voudrais croire et donner jusqu'au triomphe de la vie par-delà, mais tu ne le peux pas ! Ceci aussi est l'Inespéré.

Pourtant, le salut ne t'est pas à jamais retiré. Aime la Femme et l'Écriture, crée et procrée ! Le temps n'est fait que d'apparitions et d'arrachements, permis et voulus par le Dieu noir, du même Corps Suave. Prends et donne quand tu le peux, mais dans l'absence appelle, souviens-toi et pardonne ! Ainsi guériras-tu du temps qui est la faute. Car enfin ils te rachètent de ta pauvreté coupable, cet Ange qui naît, aux lumineuses hauteurs, de l'étreinte consacrée de l'Homme et de la Femme – ce Livre qui sanglote et contient le long secret de ton espoir et ton regret, la clé dorée de ton orgueil !

Écris et fais l'Amour ! Le Livre se tait dans la possession de la présence, il recommence dans l'abstraite désertion. La Femme est belle parce qu'elle vient, demeure et s'en va. Gracile elle inonde en sa venue tes murs d'une lueur de la lampe éternelle, amoureuse elle reste avec toi dans le feu courbe de l'Éros, légère elle te quitte et referme la porte : elle te laisse la Lumière ! Alors les lignes de l'Écriture s'ouvrent encore et se déroulent dans ta maison déserte : voici l'Inespéré !

 

I

 

« LA TRIOMPHANTE AILÉE »

D'AUTRES EAUX CLAIRES

D'autres eaux claires ont roulé plus loin

Que toi le feu des jours vers moi dans l'ombre

Et le silence j'attendais veillant combien

Plus dure éclaterait la vie hors de sombres

Roches alentour et blanche ô fleurirait

Tous les murs noirs du temps les abîmes carrés

(L'oiseau d'huile d'or a demandé la flamme

En ta hanche de craie pourquoi l'obscur

A-t-il gagné toujours pourquoi cette âme

Est demeurée seule blottie jusqu'à l'aurore et sur

L'angle sans lampe et tremblant de la nuit la souffrance ?)

Ô toi tu as laissé d'astres joyeux cette semence

Embraser la fureur d'ombrages souterrains

Tu as vu s'inhumer le rayonnant visage

De l'amour et se brisant les reins

Cette bête brûlante à de roides rivages

(Mais chaque soir je te savais plus belle conquérir

D'autres détroits sur la démence et le périr

Ornée des flots de l'infécondité des larmes

De l'oubli sans étoiles parvenir

A l'empire absolu de la neige et le calme)

Ô le calme des yeux limpide à devenir

Un lys unique imaginé sans parfum ni demeure

Au-dessous de l'absence aux rosées le mouillant

C'est lui qui me regagne et d'argent déployant

La volute d'en-bas c'est toi qui me demeures

Enlaçante exilée souvenir suppliant.

PUIS L'OMBRE

Puis l'ombre avait mordu sur le torrent des jours

En feuillage de roc et ce temps d'aube

Venté plus loin ses blanches flammes à des tours

De branches et de suie blotties parmi la robe

Ouverte immaculée de la montagne un bel

Un finissant été qui toucherait aux neiges et celle

Que j'aimais près de moi (la tremblante était là)

Roidissant toujours plus son épaule pourquoi

Dans la brèche du mur glacé de la mémoire ?

Un rayon d'autre monde obscur me vienne alors

Pour mes yeux argenter qui tombent au trou noir

Plus de lys et plus de vin dans ce clos de la mort

L'adieu se perdait en doigts gourds dans la porte

Comme corneille aveugle et comme que m'importe

Il y aura ointe d'huile et brûlant au long flot

Cette barque amère où luisent de vieux os

Mais rien de plus que glissée lente ailleurs et douce

Ainsi que d'un front d'arbre sous les cendres et moi

Je savais bien lui dire encore que nos vies

Demeureraient ce blanc miracle de flocons là-bas

Sur l'âme impalpable du lac et malgré l'envie

L'aigreur et le tourment qui assombrissent et repoussent !

Ô je venais à elle empli d'étoiles dans la nuit

Je déployais ses ailes aux courbes de la nuit

C'était tout un monde largué de ses soies de ses larmes

Dans un plus clair sommeil aux songes d'oiseaux calmes

Interminable enfance embrasée du haut feu

De la grâce démente et Dieu vivait en nœuds

De lumière au-dedans de l'eau vague de l'être

(Ainsi plus loin que tout jusqu'à ce chant du cœur

Ému de joie gagnant l'autre sphère de l'air la hauteur

D'aube pure où le visage va paraître)

Mais tout est pris dans ce reflux sombre du temps

La couronne qui tremblait sera dissoute maintenant

Voici le soir profond solitude et misère

Un noir chemin serpente en roide terre

Éclairant la demeure anfractueuse et sans

Amour où je lui prends l'épaule et je descends.

NOËL

Noël ô que ce soit encore élevé

Dans la nuit jusque nos mains (tremblantes

Rassemblées) ce beau visage de la lente

L'enfantine neige aux astres en colliers !

Le rêve me venait comme le chant très vite

Étincelant de joie dans l'ombre quand te quitte

Emporté par le ciel un oiseau suppliant

Mais je m'éloigne tu le sais je n'emporte

Aussi bien que l'oiseau que le cri de la morte

(Pour tous rêves et chants) que l'angoisse des temps

Voici l'ombreux chemin tout à coup dans l'âme

Solennelle éclairé de flocons et des larmes

D'hier aux flambeaux sous les sapins muets

Pourquoi soudain cette lueur d'enfance

Au creux de l'être où je ne voulais plus jeter

Mes yeux blessés pourquoi telle innocence ?

Il y a joie terrible de souffrir au fond

D'un cœur lugubre et je ne voulais pas (non

Je ne pouvais plus) revoir la belle étoile

De Noël assembler la clarté de ses voiles

Et suffocante de lumière au-dessus

De la terre en sanglots se tendre vers la grâce

Ô pourquoi n'es-tu venue que si tard j'ai su

Combien est douce une main tendue sur la trace

Du vide et comme aussi parfois dehors

Une appelante voix s'élève en l'extase de l'or

Et tout ici parfois semble revivre

Aux cimes lavées d'aube de l'esprit clair

Il a suffi de cet amour et dans l'hiver

Aux nappes de blancheur te comprendre te suivre

Et rien devant la mort n'est resté sans appel

(Mon épaule t'accueille amante de Noël.)

Cette édition électronique du livre L'inespéré de Jean-Philippe Salabreuil a été réalisée le 27 février 2015 par les Éditions Gallimard.

Elle repose sur l'édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782070273591 - Numéro d'édition : 9527359).

Code Sodis : N11148 - ISBN : 9782072111235 - Numéro d'édition : 190918

 

 

Ce livre numérique a été converti initialement au format EPUB par Isako www.isako.com à partir de l'édition papier du même ouvrage.

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