L'infâme tueur au couteau à beurre

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L’ombre d’un tueur en série plane sur Paris. Et il vient de faire une nouvelle victime : lady Ludivine d’Eloya, épouse du préfet de police.

Dans les locaux du commissariat, la tension est à son comble. Il devient urgent de retrouver cet abject assassin, qui signe ses crimes en abandonnant derrière lui un petit couteau à beurre. Pour parvenir à ses fins, le commissaire Persan est prêt à tout, même à supporter l’agaçante lady Elena Duchêne et son capucin.


Publié le : lundi 2 mai 2016
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EAN13 : 9791093026190
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Rébecca Borakovski

 

 

 

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Couverture : Angel M. Meynard

Modèle : La Esmeralda

 

© 2016 Flammèche Éditions

Tous droits réservés pour tous pays.

 

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http://www.editions-flammeche.com

 

ISBN : 979-10-93026-19-0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le début de l’été s’annonçait enfin comme l’attestaient le beau ciel bleu et le soleil, dont les rayons en cette fin de matinée réchauffaient agréablement le jardin. Le temps était idéal pour une promenade, activité dont lady Ludivine d’Eloya raffolait d’ordinaire. Pourtant, des soucis barraient son front, exploit que même les rides, du haut de sa trentaine d’années, n’avaient pu accomplir. Rien ne semblait la détourner de ses sombres pensées, que ce soit son rosier sauvage, sa fierté, ou bien les ébats des canards le long de la rivière.

Rien de concret en tout cas, car la pauvre femme sursautait à chaque craquement de branche, à chaque pépiement un peu plus fort qu’un autre… Là, dans son propre parc, elle se sentait observée, oppressée. Secouant la tête comme pour chasser ses peurs, elle reprit sa marche trop souvent interrompue. Soudain, un bruit se fit entendre dans un bosquet. Puis un deuxième, plus proche. Tétanisée, elle trouva toutefois la force de hurler :

— Je sais que vous êtes là ! À m’épier ! Montrez-vous, je suis prête !

Un piètre miaulement lui répondit et un véritable boulet de canon jaillit des herbes pour s’enfuir en courant. Soulagée, elle s’autorisa un petit rire. À force de s’inquiéter, voilà qu’elle venait de terroriser le chat des voisins. Que cela leur serve de leçon à tous les deux ! Car après tout, sa propriété lui était interdite. Quant à lady Ludivine, il fallait de toute urgence qu’elle se reprenne. Sa peur ne la gouvernerait pas, elle devait s’accrocher à cette pensée.

Un clic ! caractéristique se fit entendre et elle sortit sa montre à gousset. Midi. Sa promenade avait suffisamment duré, à défaut de lui occuper l’esprit. Elle s’apprêtait à se tourner en direction de sa demeure lorsqu’elle se sentit agrippée et tirée en arrière. Avant qu’elle puisse crier, un tissu à l’odeur étrange fut plaqué sur sa bouche. Les vapeurs du chloroforme commençaient à embrumer ses pensées quand une voix doucereuse lui susurra des mots qui la glacèrent d’effroi.

— Et où comptez-vous aller comme cela ma divine ? Vous qui affirmiez être prête…

Lady Ludivine d’Eloya acheva de perdre connaissance, ce que constata son agresseur avec la plus grande satisfaction. Il la souleva brutalement et l’amena jusqu’à la berge. Là, il lui plongea la tête dans l’eau froide que les rayons du soleil n’avaient pas encore atteinte. Les émanations toxiques avaient rempli leur office : elle ne se débattit pas. Seul son corps, sentant son dernier souffle s’échapper, tenta quelques soubresauts. Mais la poigne de l’homme était ferme et le destin de sa proie scellé.

Cependant, sa funeste besogne était bien loin d’être terminée. Portant lady Ludivine comme s’il s’agissait d’une vulgaire poupée de chiffon, il remonta le parc. Être surpris ne l’inquiétait pas, sa prévenante victime avait renvoyé les domestiques pour la matinée. Enfin, il arriva en vue de la demeure. Sa mise en scène était déjà parfaitement organisée : il laisserait le corps bien en évidence, face à la terrasse. Le préfet ne manquerait pas de prendre l’affront personnellement mais le risque méritait d’être couru. Plongeant la main dans sa veste, il en retira une pochette en cuir. Chose étrange, il ne chercha pas de clef pour ouvrir mais souffla doucement sur la serrure. Les rouages s’enclenchèrent et l’objet s’ouvrit pour révéler des rangées de couteaux à beurre. Avec un sourire, l’homme en sortit un et en caressa amoureusement le manche avant de finir par l’enfoncer sauvagement dans le corsage de sa victime. Respirant avec bruit, il savourait sa victoire. Tous ses efforts payaient ! D’un geste vif qui démontrait l’habitude, il referma sa petite sacoche avant de la ranger tout aussi prestement. Il était temps car du coin de l’œil, il aperçut du mouvement sur la terrasse. La montre de lady d’Eloya se fit entendre, le faisant sursauter. Agacé de s’être laissé surprendre, il comprit que l’heure avait tourné. Treize heures déjà, les domestiques commençaient à revenir. Il n’avait que trop tardé. Désolé pour sa mise en scène dorénavant non praticable, il avisa un puits non loin de lui, qui semblait suffisamment en retrait de la demeure pour le dissimuler. Cette fois-ci, il préféra tirer le corps de lady Ludivine. À défaut de l’humilier, il détériorerait son enveloppe charnelle. Son dos contre la margelle lui fournit l’aide nécessaire pour soulever sa victime dont la rigor mortis qui s’emparait de ses membres rendait la tâche malaisée. Finalement, il réussit à la faire basculer dans les profondeurs mais un bruit d’éclaboussure fort peu discret suivit la chute. Une domestique qui devait être sur la terrasse dut l’entendre car elle se mit à crier.

Le bourreau ne demanda pas son reste et il s’enfuit à travers le jardin, balayant le chèvrefeuille sur son passage. Sans décélérer, il traversa un petit pont et retrouva un canot caché sur le bord de la rivière. Seulement là, il s’arrêta, pour vérifier qu’aucun poursuivant n’arrivait, et il poussa son moyen de locomotion à l’eau. Aucune croisière sur la Marne n’avait été aussi belle.

 

***

— Ne serait-il pas possible d’accélérer encore ?

— Navré, lady Duchêne, mais non. Si je pousse la voiture d’une once à nouveau, je ne réponds plus du moteur. Nous vaporons déjà beaucoup trop, c’est suffisamment dangereux ainsi !

Dépitée, lady Elena Duchêne se renfonça dans son siège, le dos calé au plus profond des coussins le tapissant. Le mauvais pressentiment qui l’accompagnait depuis la réception de la missive de lady d’Eloya ne la quittait pas. Sentiment renforcé très certainement par le cauchemar qui l’avait assaillie la nuit précédente. Cependant, même sans ces considérations, une amie l’appelait à l’aide, ce n’était pas le moment de lambiner !

Retenant à grande peine un soupir d’exaspération, elle s’efforça d’inspirer calmement plusieurs fois. À côté d’elle et le regard obnubilé par la fenêtre, Fripouille ne semblait faire que peu de cas des états d’âme de sa maîtresse. En effet, le capucin noir et blanc s’émerveillait des décors changeants, habitué qu’il était à la vue parisienne. La campagne verdoyante représentait une nouveauté à découvrir et tout était prétexte à glapir et applaudir.

La voiture avalait les kilomètres mais la tension qui lui était imposée ne lui plaisait absolument pas, ce qu’elle traduisait en crachotant et en sifflant. Heureusement pour elle et sa passagère, le conducteur s’arrêta enfin. Au son du marchepied déroulé, Fripouille sauta prestement sur l’épaule de sa maîtresse : son dressage se révélait vraiment sans défaut. Originellement prévu comme cadeau de la part de ses parents pour son défunt mari, le petit singe faisait sa joie.

Devant eux se dressait une large demeure de pierres blanches à deux étages. La jeune femme n’eut pourtant pas l’occasion de ressentir du soulagement que le majordome de lady d’Eloya courait à sa rencontre. Elle arrivait trop tard.

 

***

 

Déjà de fort méchante humeur, celle-ci n’avait pas été arrangée par la visite furieuse du préfet. Comme si le commissaire Persan n’avait pas suffisamment de travail sur les bras, il lui fallait dorénavant s’occuper toutes affaires cessantes de la mort de sa femme. Et le voilà quittant Paris pour aller enquêter en province, ce qui devrait ravir les policiers de Joinville, à n’en pas douter…

Pourtant, il en alla tout autrement. Les forces de l’ordre provinciales furent plus que ravies de se décharger d’une mort aussi sordide. Finalement intrigué, il laissa paraître un petit rictus méprisant à ceux qu’il considérait comme des novices et demanda à voir le corps. Il lui importait de toujours voir les lieux du crime avant de s’entendre conter une version, de cette façon, son regard ne se biaisait pas. Un homme en uniforme l’accompagna jusqu’à l’arrière de la maison puis, de là, ils s’enfoncèrent dans le parc. Pas pour très longtemps puisque, lorsqu’ils s’arrêtèrent, la demeure restait bien visible. Devant un puits, grouillaient des agents qui ratissaient le moindre brin d’herbe à la recherche d’indices. Peu désireux de voir le cadavre une seconde fois, semblait-il, son guide s’enfuit bien vite. Ce que le commissaire comprit assez rapidement. Ce n’était pas joli-joli à regarder. Retenu par un seau, le corps poignardé et sans vie pendait dans le vide. Chose étrange car cela ne correspondait pas vraiment au visage congestionné qui se rapprochait normalement d’une asphyxie ou d’une noyade si l’on suivait la logique du puits. Dégainant son fidèle calepin, le commissaire Persan nota ses premières réflexions et interrogations. Souvent ses notes se révélaient cruciales par la suite. Puis il donna enfin son accord pour que la victime soit déplacée. Après tout, elle n’était pas mariée à n’importe qui.

Il allait se mettre en quête de son premier témoin lorsqu’il aperçut un mouvement du coin de l’œil.

— Sergent, que fait ce singe ici ? demanda-t-il avec tout le calme dont il se sentait capable.

Après tout, il se trompait sûrement. Ce n’était pas dans ses habitudes de sauter aux conclusions. Pourtant son espoir fut amèrement déçu lorsqu’on lui désigna une femme habillée en bleu nuit, dont le corsage et la jupe à tournure se rehaussaient de soleils dorés. Discutant conjointement avec une domestique et le majordome, son profil orné de bésicles ne laissait que peu de place au doute. Lady Elena Duchêne, la femme aux prétendus pouvoirs. N’y avait-il donc plus moyen de s’en débarrasser ? D’un pas décidé sinon rageur, il les rejoignit sur la terrasse.

— Et c’est ici que vous vous trouviez lorsque le bruit d’éclaboussure a retenti ?

— Hum, hum, toussota le commissaire. Pourriez-vous m’indiquer la personne vous ayant permis d’interroger mes témoins ?

Son interlocutrice eut le bon goût de se sentir gênée. Mais l’esprit combatif qui la caractérisait – en bien ou en mal, le commissaire ne pouvait trancher – reprit rapidement le dessus.

— Bonjour, commissaire Persan. Ne croyez pas que j’essaie de voler votre travail, bien au contraire ! Cependant je crois que je suis en quelque sorte un témoin.

— Vous m’en direz tant… Comme si être témoin vous absolvait. Très bien, je vous écoute.

À côté, les domestiques se tenaient cois, le commissaire leur ayant fait comprendre qu’il reviendrait vers eux dès qu’il en aurait fini avec lady Duchêne. Celle-ci fouillait présentement dans son sac pour en ressortir une missive.

— Tenez, lisez cette lettre. Ludivine, je veux dire lady d’Eloya, me l’a envoyée par perroquet hier. Elle était inquiète et elle souhaitait me rencontrer mais lorsque je suis arrivée, la police prenait les premiers relevés. Bien qu’il soit vrai que j’ai pris la liberté de discuter un petit peu avec mademoiselle Cathy et monsieur Paul que voici.

— Qui se trouvent être les personnes à avoir découvert le corps, quelle coïncidence. Et rappelez votre animal, je vous prie, avant qu’il ne contamine ma scène de crime, assena-t-il en prenant la lettre toujours tendue des mains de lady Duchêne.

Il la parcourut rapidement avant de la ranger dans une de ses poches, sous le regard courroucé de la propriétaire. Il se fendit alors d’un « pièce à conviction » explicatif et se tourna sans autre cérémonie vers les domestiques.

— Nom, prénom, profession et circonstances de la découverte, énonça-t-il d’un ton qui démontrait l’habitude. Calepin ouvert, il était prêt à recueillir les confidences des éventuels suspects. Sans surprise, ce fut le majordome qui prit la parole.

— Comme indiqué par lady Duchêne, je me nomme Paul Attive, majordome, et voici mademoiselle Cathy Eluard, femme de chambre. Madame nous avait renvoyés pour la matinée puisqu’elle souhaitait rencontrer quelqu’un en toute discrétion.

Se retenant de le couper, le commissaire Persan nota hâtivement « rencontre...

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