L'Inspecteur Specteur et le doigt mort

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Après avoir découvert le corps crucifié de son père par les SMEC (Saints-Meurtriers En Costume) et avoir involontairement invoqué Satan, l?inspecteur Specteur est le détenteur d?un talent particulier : durant toute son existence, il sera le meilleur inspecteur de police de la planète. Mais comme dans ce bas monde rien n?est gratuit, il a donné pour cela son âme au diable ; il est également soumis à quelques obligations : il sera alcoolique et satisfera ses envies sexuelles uniquement avec des prostituées. Dans le récit de sa première aventure, l?Inspecteur Specteur est entouré de personnages du même acabit : le commandant Mandant, mademoiselle Zelle ou encore Ré le curé. Ghislain Taschereau, comédien, humoriste, réalisateur et star au Québec, joue avec les mots et nous livre une enquête drôle. Complètement déjantée.

Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895494744
Nombre de pages : 212
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UN
Vous rappelez-vous votre premier meurtre ? Specteur, lui, s’en souvenait comme si c’était hier. Un hier âgé de quatre ans et demi, exactement. Un jeudi, plus précisément. À 20 heures 18 minutes, pour être pointilleux. C’est l’heure à laquelle les aiguilles de sa Bluztën, montre de contre-fabrication suisse, s’étaient immobilisées à la suite de la violente secousse provoquée par son .666, revolver unique, de fabrication unique, dont nous tairons l’origine pour l’instant.
Specteur se souvenait très bien de son premier meurtre puisque ce n’en était pas un, mais deux. La balle avait traversé le cou de l’Étrangleur de Montarvaux, chatouillant grossièrement la jugulaire au passage, pour poursuivre gentiment sa lancée jusque dans le pubis d’un bambin qui se tenait derrière lui. Ici, certains fins finauds, experts en balistique, détectives, colonels de l’armée, ministres de la Défense et autres professionnels de la santé, tenteront d’attirer mon attention sur le fait qu’une balle qui traverse le cou d’un adulte ne peut se loger dans le pubis d’un gamin qui se tiendrait derrière lui, puisque le cou d’un adulte et le pubis d’un enfant ne sont pas à la même hauteur, relativement au sol par exemple, même si l’enfant grandit très rapidement. Mais il appert que le gosse était sur les épaules de tonton l’Étrangleur. Gnan, gnan, gnan [Je ne dois pas oublier de raccourcir cette phrase].
L’assassinat de cette crapule d’Étrangleur avait valu à Specteur l’estime de toute la population, mais aussi la hargne de la famille de l’enfant. Cela était tout à fait normal. Aussi Specteur leur pardonna-t-il et passa-t-il vite à autre chose. De toute façon, grâce à ce meurtre héroïque, sa carrière d’inspecteur de police était fort bien amorcée et son supérieur allait sûrement lui confier les missions les plus périlleuses. Car Specteur venait de prouver qu’il n’avait pas froid aux yeux et que, s’il le fallait, il n’hésiterait pas à mettre en péril la veuve et l’orphelin afin de débarrasser la terre de toute sa racaille.
Au fil des ans, l’inspecteur Specteur s’était monté un C.V. plutôt spectaculaire. Son tableau de chasse comprenait, outre cinquante-deux petites erreurs de parcours, quatorze tueurs en série, dix violeurs syphilitiques, sept braqueurs sanguinaires, cinq déficients libidineux, trois kidnappeurs tortionnaires, deux pyromanes héroïnomanes et un facteur retardataire. Un record que très peu de vieilles dames lui enviaient. À travers toutes ces péripéties, il avait également trouvé le moyen d’émettre pas moins de sept cent vingt-deux contraventions, dont douze, par inadvertance, sur sa propre voiture. L’inspecteur Specteur n’était rien de moins qu’un véritable héros.
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