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Rouen, 15 heures : un avocat général menace de révéler les pressions dont il a été l'objet pour faire plonger un homme politique célèbre. Paris, 20 h 35 : le directeur des Affaires criminelles et des Grâces du ministère de la Justice est assassiné dans son bureau de la chancellerie. Briançon, 3 h 15 du matin : une puissante charge de plastic pulvérise le chalet du président de la Compagnie française d'assurance crédit à l'exportation.
A la PJ, le commissaire Gallota découvre que les deux attentats sont l'oeuvre d'un seul et même tueur professionnel, tandis que l'as de l'investigation au quotidien Le Monde. Denis Maillard, est mis sur la piste d'un scandale financier par un correspondant anonyme. Les deux enquêtes dévoilent progressivement une affaire d'Etat dont le bras armé semble être une mystérieuse officine de l'avenue de Messine...
Guerre des polices, noyautage des services secrets, magistrats aux ordres et juges rebelles, barbouzes incontrôlés, écoutes sauvages, trafic d'armes, fausses factures et financements occultes : ce roman politico-policier est une plongée terrifiante au coeur d'un complot ourdi au plus haut niveau...
Publié le : mercredi 4 juin 1997
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782702151242
Nombre de pages : 442
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MESSAGE ANONYME
L S'ÉTAIT IMMOBILISÉ depuis plusieurs minutes, les yeux rivés sur l'écran. Qui avait bien pu lui envoyer ce message sur sa boîte aux lettres électronique ? Il recevait de temps à autre des courriers anonymes, mais c'était la première fois que cela transitait par son adresse Internet, sur son micro-ordinateur. Il renversa le dos de son fauteuil, les deux pieds au-dessus d'une pile de papiers sur le coin gauche de son bureau, les mains derrière la tête. C'était sa position favorite pour réfléchir lorsque quelque chose l'intriguait. Depuis près de dix-huit mois qu'il était sur cette affaire de comptes suisses du Rassemblement démocratique populaire, il n'avait jamais entendu parler de ce Jean-Louis Balivié dont le nom figurait en lettres majuscules sur son écran.I
Il relut pour la énième fois les deux phrases sibyllines affichées sur son E-mail : Cher monsieur Maillard, vous devriez orienter vos recherches du côté de Jean-Louis Balivié et de son rôle dans un grand groupe à l'exportation.
Dans quel but son informateur essayait-il de l'orienter sur cette voie et quel mobile le poussait ? Maillard reprit point par point le contenu du message.
« Orienter vos recherches vers » : son interlocuteur considérait-il à la lecture de ses articles qu'il faisait fausse route, ou qu'un autre volet de l'affaire lui avait à ce jour échappé ?
« Jean-Louis Balivié. » C'était le nom d'une personne que sa source mystérieuse connaissait suffisamment pour mentionner son prénom. Lorsqu'un nom circule par rumeur ou ouï-dire, le prénom n'est généralement pas connu.
Restait la mention « un grand groupe à l'exportation ». L'affaire de rénovation des lycées en Île-de-France concernait des marchés destinés à des entreprises de dimension moyenne. En outre, le message faisait référence à l'exportation. Soit il s'agissait d'un grand du BTP travaillant beaucoup à l'export, mais c'était le cas de toutes les sociétés dont les noms figuraient dans l'affaire, qui toutes étaient des filiales de grands groupes. Soit l'informateur anonyme voulait attirer son attention sur des marchés à l'exportation dans un autre secteur professionnel. Et il est vrai qu'à ce jour, il n'avait jamais songé à cette hypothèse. Ce Balivié travaillait peut-être au profit d'un groupe ayant obtenu de grands contrats. Les sommes versées étaient vraisemblablement bien plus conséquentes dans le cas de grands contrats d'équipements à l'international. L'affaire risquait alors de mettre en cause d'autres niveaux de responsabilités au sein du RDP.
Maillard se leva pour aller chercher un café, traversant dans toute sa longueur l'immense salle où la soixantaine de membres de la rédaction travaillaient. À cette heure du milieu de l'après-midi, il y avait peu de monde. Depuis le temps qu'ils étaient installés dans ce vaste bureau paysager, il était parvenu à s'isoler mentalement au milieu du brouhaha permanent des heures de bouclage. À l'intérieur des deux mètres carrés de son espace bureau, il était coupé de tout, lorsqu'il passait l'un de ses cinquante coups de téléphone quotidiens ou pianotait sur son clavier l'article qu'il rédigeait directement sur l'écran dans le format et les polices d'enregistrement permettant la composition électronique. Sa relative ancienneté — cela faisait sept ans qu'il travaillait au lui avait permis d'accéder à l'un des coins de la vaste salle, endroit privilégié d'où il pouvait tout observer.Monde —
Il reprit place devant son écran, activa l'icône de sa boîte aux lettres personnelle et fit réapparaître le message. Il savait que dans le métier, l'une des méthodes consistait à rester face à un message des heures durant jusqu'à ce qu'un déclic se produise, donnant la clef d'une énigme, ou en tout cas une porte d'entrée. Machinalement, il appela l'annuaire électronique et chercha les Balivié y figurant. Sur les quatorze qu'il trouva habitant Paris, aucun n'avait pour prénom Jean-Louis.
 



« Allô, Fabrice, est-ce que tu connaîtrais un Balivié parmi les dirigeants des grosses boîtes à l'export ?
— Non, vieux, a priori, je ne vois pas, lui répondit au bout de quelques secondes son collègue de la rédaction des pages économiques. Mais je peux chercher et même aller à la pêche si c'est très important. Dis-moi, Denis... c'est au sujet de ton enquête sur les HLM, tu as une piste ?
— Écoute, je ne sais pas encore, mais si tu pouvais vérifier, tu me rendrais effectivement service, d'accord ? »
Maillard téléphona ainsi à quatre ou cinq de ses amis en poste dans les services économiques de quotidiens, en insistant sur la confidentialité. Il savait qu'il pouvait compter sur eux. Ce travail aiguisait tous ses sens et pour peu qu'il recueillît un indice ou un résultat allant dans le sens de son intuition, cela excitait à l'extrême son goût pour ces premières investigations téléphoniques.
Après les copains journalistes spécialisés, il décida de tenter sa chance auprès de ses correspondants dans certains ministères. Aux Finances, à l'Industrie, au Commerce extérieur, il avait ainsi un ou deux noms de fonctionnaires qu'il contactait régulièrement en toute confidentialité, auprès desquels il vérifiait ses informations. Aucun de ceux qu'il put joindre ne connaissait de Jean-Louis Balivié. Maillard en conclut qu'il ne s'agissait sans doute pas d'un cadre dirigeant de l'un des grands groupes.
Si la piste sur laquelle son informateur anonyme l'avait orienté était sérieuse, il devait s'agir de l'un de ces intermédiaires discrets par lesquels il faut obligatoirement passer pour vendre de l'armement ou de grands équipements dans certains pays. Des cadres de l'électronique ou du téléphone lui en avaient parlé. C'était pratique courante. La recherche serait difficile, mais ce n'était pas pour le décourager.
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