L'Ombre de l'assassin - Saison 1

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Edjor, un jeune adolescent de 16 ans, mène une vie bien singulière. Détesté d'une bonne partie de sa famille, et en particulier de son frère pour des raisons qui lui échappent complètement, ce garçon cache un lourd secret dont il ne peut en aucun cas parler à quiconque, à savoir les pulsions meurtrières auxquelles il est sujet. Mais un jour, manquant totalement de prudence, Edjor va s'en prendre, sans le savoir, à l'homme de main d'un très dangereux malfaiteur, amenant sa famille à subir d'inévitables représailles. Edjor devra faire tout ce qui est en son pouvoir pour sortir sa famille de cette situation, tout en se méfiant d'un lieutenant de police qui semble déterminé à démontrer sa culpabilité.


Publié le : mercredi 10 février 2016
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EAN13 : 9782334033268
Nombre de pages : 252
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ISBN numérique : 978-2-334-03324-4

 

© Edilivre, 2016

Épisode 101
Psychose

A

Quatre fois par semaine, l’artère principale de la ville de Bundsk était monopolisée par le marché, l’un des plus grands de toute la région. Et rien n’aurait pu empêcher une bonne partie des habitants de venir y faire leurs emplettes, ni le bruit assourdissant des conversations, ni l’air empuanti par la présence des chevaux, auxquels ils étaient tous accoutumés depuis bien longtemps.

Au milieu de tous ces étals, dont certains dégageaient tout de même d’agréables odeurs, se trouvait celui des Amicar, un père et son fils qui vendaient des fruits et légumes. Enfin, pour être tout à fait juste, seul le père était là pour travailler. Âgé d’une cinquantaine d’années, pratiquement chauve, ses mains calleuses aussi ridées que son visage, Djivin Amicar avait travaillé toute sa vie pour nourrir sa famille composée de trois enfants, deux fils et une fille – sa femme étant morte depuis près de huit ans. Mais l’aîné des trois, Erzatz, ainsi que Djana, la seule fille de Djivin, avaient quitté le domicile de leur père depuis quelques années déjà – le premier vivait avec sa femme et ses deux enfants et la deuxième avait choisi de parcourir le monde et envoyait de temps à autre de ses nouvelles à son père pour l’informer de l’endroit où elle se trouvait. En ce qui concerne le dernier, Edjor, les choses n’avaient pas toujours, pour ne pas dire jamais, été simples. Âgé d’à peine seize ans, Edjor Amicar était à l’origine d’un nombre incalculable de problèmes – Djivin avait même la nette impression de ne pas être au courant de tout – et avait toujours, pour des raisons plus ou moins confuses, été détesté par la famille ; d’où une volonté de son père de couper les ponts avec la quasi-totalité de leur entourage. C’était son fils avant tout.

Mais il fallait bien admettre qu’Edjor n’avait jamais fait aucun effort pour changer l’opinion que les autres avaient de lui. Aux yeux de tous, il apparaissait comme quelqu’un de fainéant et semblait très heureux de cette situation. À son âge, son frère travaillait déjà activement aux côtés de son père dans la vente de fruits et légumes et allait même donner un coup de main au fleuriste près de chez eux pour gagner un peu plus d’argent – ce que Djivin aimait rappeler à Edjor au moins trois fois par jour.

— Quand vas-tu te décider à te lever de cette chaise et me filer un coup de main, espèce de paresseux ? ne cessait de répéter le père à chaque fois qu’un client s’arrêtait devant leur étal.

Ce à quoi Edjor répondait systématiquement quelque chose d’assez confus, prétendant qu’il l’aiderait quand ce serait vraiment nécessaire. Autrement dit, il ne fallait pas que Djivin s’attende à voir son fils se lever ; il resterait assis sur sa chaise, les yeux fermés, l’air endormi, et paresserait jusqu’au moment de tout remballer.

Mais c’était sans compter sur un événement qui allait venir perturber le quotidien du marchand et de son fils.

Edjor était tranquillement en train de réfléchir à ce qu’il allait faire de son après-midi lorsqu’une voix rauque et sérieuse le fit redescendre sur terre.

— Vous êtes Monsieur Amicar ?

Edjor rouvrit les yeux et observa les deux hommes qui se tenaient devant l’étal. L’un d’eux, extrêmement trapu, était vêtu d’une loque qui n’avait rien à envier aux frusques des mendiants que l’on pouvait rencontrer dans les quartiers pauvres de la ville, et sa mine patibulaire indiquait très clairement qu’il n’était pas envisageable de lui chercher des noises. L’autre homme, habillé tel un haut fonctionnaire avec un élégant chapeau, essayait de se montrer imposant malgré sa petite taille et regardait Djivin d’un air hautain. Quelque chose disait à Edjor qu’ils ne s’étaient pas arrêtés ici pour acheter des pommes de terre ou des asperges, et son inquiétude s’accrut lorsqu’il aperçut, à la taille de l’homme au couvre-chef, la crosse d’un pistolet à silex qui dépassait de sa veste.

— Je vous ai posé une question, fit l’homme au chapeau. Êtes-vous bien Djivin Amicar ?

Djivin hésita encore quelques secondes avant de se décider à répondre qu’il était bien ledit Djivin Amicar.

— Je m’appelle Eerlendé, Cétair Eerlendé, continua l’homme. Je suis envoyé par… qui vous savez…

Il tourna la tête dans tous les sens pour s’assurer que personne n’écoutait leur conversation. Puis il reprit à l’adresse de Djivin :

— Comme vous n’avez pas répondu à ses précédents courriers, mon employeur aimerait savoir quand est-ce que vous avez l’intention de le rembourser.

Et, pour montrer qu’ils n’étaient pas là pour plaisanter, l’homme posa délicatement sa main gauche sur la crosse de son arme en esquissant un petit sourire. Djivin n’eut même pas le temps de leur répondre qu’il entendit un bruit sourd derrière lui ; et il n’eut pas besoin de se retourner pour comprendre qu’il s’agissait de la chaise sur laquelle son fils était assis qui était tombée à la renverse lorsque celui-ci s’était brusquement levé pour se rapprocher de son père.

— Il y a un problème ? lança Edjor en fusillant les deux hommes du regard.

— Edjor, ne te mêle pas de ça, s’il te plaît, le supplia son père.

— Mais, Papa, tu ne vas quand même pas…

— S’il te plaît, répéta-t-il. Fais-moi plaisir et rentre à la maison.

Edjor regarda alternativement son père et les deux hommes, ne sachant trop ce qu’il devait faire. Devait-il obéir à son père et le laisser régler ses histoires dont il ne connaissait absolument pas la nature ? Ou devait-il rester à ses côtés pour tenir tête aux deux types qui ne lui inspiraient que du mépris ? Il repensa au pistolet et se demanda si l’homme oserait s’en servir en pleine foule. Il ignorait pourquoi, mais Edjor avait le sentiment qu’il en était capable. Et puis, le fait qu’il se ballade avec cet engin sans crainte d’être vu par les gardes ne disait rien qui vaille à Edjor. C’est pourquoi il préféra jouer la carte de la prudence ; il acquiesça d’un signe de tête en regardant son père droit dans les yeux, tourna les talons et s’éloigna de l’étal.

— Votre fils, je suppose, fit Eerlendé quand Edjor eut disparu de leur champ de vision. Ce serait dommage qu’il lui arrive quelque chose, vous ne trouvez pas ?

— Je vous interdis…

— Vous ne m’interdisez rien du tout, fit Eerlendé en élevant la voix. C’est compris ?

Djivin ne répondit pas. Eerlendé poursuivit :

— Bon ! Comme vous ne m’avez pas l’air très coopératif, nous allons nous servir dans ce que vous avez. Commencez par nous donner la caisse.

— Pardon ?

— Vous avez très bien compris. Maintenant, dépêchez-vous, nous n’avons pas toute la journée.

Et comme Djivin se refusait à leur tendre la recette, Eerlendé fit signe au tas de muscles d’aller chercher l’argent. Ce dernier rejoignit Djivin de l’autre côté de l’étal, farfouilla et trouva une petite pochette qui contenait une somme plutôt intéressante.

— Eh bien ! Dites-moi, ça rapporte, les quatre-saisons !

— C’était un bon jour, c’est tout, se défendit Djivin. La plupart du temps, on fait moitié moins.

— Oui, mais quand même ! Je crois qu’on va vous prendre quelques cageots en plus.

Et de faire signe à son homme de main d’empiler cageots et cagettes sur la charrette de Djivin.

— Soyez sans crainte, le rassura Eerlendé, nous viendrons vous la rendre sous peu ; c’est juste que c’est plus pratique pour les déplacements.

Et avant de s’en aller, il ajouta :

— On se reverra très, très bientôt, et vous aurez intérêt à avoir trouvé une solution pour éponger vos dettes.

B

Edjor n’avait pas pu s’en empêcher : tapi derrière la fontaine, à quelques mètres de là, il avait assisté à toute la scène et se demandait comment il avait fait pour se retenir d’intervenir. Et il se dégoûtait même de n’avoir rien fait pour empêcher son père de se faire dépouiller.

Les gens autour de l’étal de fruits et légumes ne cessaient de jeter des regards en coin à Djivin qui, complètement dévasté, ne s’apercevait de rien. Pendant un court instant, Edjor songea à rejoindre son père pour tenter de le réconforter. Mais rien qu’à l’idée d’être le centre d’attention de tous, d’être le sujet de conversation des passants et de les entendre murmurer des choses plus ou moins agréables à leur égard, il renonça aussitôt. Edjor le reconnaissait parfaitement : il avait honte de la situation, honte de son père qui apparaissait comme un faible aux yeux de tous. L’homme avait une arme à feu, certes, mais de là à se laisser faire !

Fatigué de l’ambiance pesante que cette scène avait créée sur le marché, Edjor se décida finalement à quitter les lieux en hâtant le pas. Il passa par une petite ruelle déserte, à l’exception de deux chats de gouttière trop occupés à dénicher des restes dans les ordures pour s’intéresser à lui, et rejoignit une grande rue qu’il emprunta en direction de chez son père. Mais avait-il seulement envie de rentrer chez lui ? Il ralentit l’allure sans qu’il en eût réellement conscience et finit par s’arrêter tout en réfléchissant à la question. Edjor connaissait bien son père et savait pertinemment que, quand il aurait recouvré ses esprits, Djivin déciderait de quitter l’endroit à son tour pour ne plus avoir à faire face au voyeurisme malsain dont tous les passants faisaient preuve en observant et en se délectant des malheurs du pauvre marchand qu’il était. Il n’aurait alors plus qu’à rentrer chez lui, sans doute dans l’espoir d’y retrouver son fils, ce qu’Edjor voulait justement éviter à tout prix.

Une chose était sûre : il ne pouvait pas passer le restant de la journée dehors. D’autant qu’une irrésistible envie de raconter tout ce qui venait de se passer grandissait de plus en plus en lui ; dans son for intérieur, il espérait ne plus être le seul sur qui son père pourrait compter. Alors où devait-il se rendre ? Il pourrait aller voir un ami ? Non, impensable ! Peut-être pourrait-il aller raconter toute l’histoire aux autorités ? Après tout, l’homme était armé ; et tout cela ressemblait un peu trop à du vol pour être honnête. Mais si les problèmes de Djivin étaient en réalité plus importants que ce qu’il pouvait imaginer, Edjor ne risquerait-il pas d’attirer encore plus d’ennuis à son père en prévenant la police ? Non, décidément, il ne voyait qu’une seule personne à qui il pouvait s’adresser ; une personne qui habitait à l’opposé de la direction qu’il avait commencé à prendre.

Sans attendre une seconde de plus, il fit demi-tour et se mit à courir. Avec un peu de chance, la personne en question serait chez elle et accepterait de l’écouter.

*
*       *

À peine dix minutes plus tard, Edjor arriva en sueur dans un quartier résidentiel très huppé. Il remonta la rue des frênes et s’arrêta devant une belle et grande maison aux murs mauves. Il hésita un instant devant le portail, se demandant s’il ne s’apprêtait pas à faire une bêtise qu’il était encore temps d’éviter. « Quel idiot ! se dit-il finalement. Comment est-ce que j’ai pu penser que ça pourrait l’intéresser ? »

Il venait de prendre la décision de rebrousser chemin sur le champ lorsque des voix d’enfants l’interpellèrent soudain :

— Tonton Edjor ! Tonton Edjor !

Edjor se retourna en sursaut et aperçut ses neveu et nièce, tout enjoués de le voir, suivis de leur mère qui, elle aussi, n’avait pas l’air mécontente de cette rencontre à en juger par son sourire éclatant.

— Salut, les monstres, fit Edjor en caressant leur petite tête blonde, l’air quelque peu embarrassé d’avoir été surpris de la sorte.

— Bonjour, Edjor, le salua sa belle-sœur avant de lui faire la bise. Tu es venu voir ton frère ?

— Euh… oui.

— C’est pas pour nous voir que t’es venu ? firent les deux enfants en chœur.

— Si… si, bien sûr ! se reprit-il avec maladresse en regardant sa belle-sœur qui semblait s’amuser de la situation.

— Allons, arrêtez d’embêter Edjor et allez donc prévenir votre père.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les gamins se précipitèrent à l’intérieur de la maison, chacun tout excité à l’idée d’être celui qui préviendrait Erzatz.

— Tu leur as manqué, tu sais, reprit-elle en l’invitant à passer le portail.

— Liana…, fit-il une fois la barrière refermée.

— Oui, continue, l’encouragea-t-elle.

— J’ai quelque chose de pas évident à lui dire, et… enfin, tu sais comment il est dès qu’il me voit… je me demandais si tu pouvais rester avec nous. En général il est plus calme en ta présence.

— Oui, bien sûr. Mais tu parlais de quelque chose de pas évident, fit-elle en fronçant les sourcils ; il n’y a rien de grave, j’espère.

Pour toute réponse, Edjor secoua légèrement la tête d’un air incertain, ce qui ne rassura pas Liana. Et voyant qu’il n’avait pas l’intention d’en dévoiler plus pour le moment, elle indiqua la porte pour lui dire d’entrer.

Ils traversèrent un large couloir pour se retrouver dans un salon d’une somptuosité peu commune ; Edjor était déjà venu, mais le nombre de ses visites se comptant sur les doigts de la main, il s’émerveillait à chaque fois devant tant d’éclat : des meubles en bois ouvragé, un grand sofa coloré, des fauteuils et des chaises plutôt anciens, un guéridon couvert d’une nappe en soie, des assiettes décoratives en porcelaine accrochées aux murs, un tapis rouge et or légèrement usé aux extrémités… Mais malgré son émerveillement, Edjor ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise face à un tel faste, chose à laquelle il n’était pas habitué, la famille Amicar n’ayant jamais été très fortunée. Si Erzatz était parvenu à se faire une place dans le monde de la bourgeoisie, c’était uniquement grâce à ses beaux-parents qui lui avaient offert une bonne place dans l’entreprise familiale. Comme il avait souvent entendu dire que les personnes riches avaient tendance à regarder de haut celles qui ne l’étaient pas, Edjor préférait croire que c’était là la raison pour laquelle son frère ne le supportait pas, au lieu de se dire que, comme tout le monde, il le détestait tout simplement pour ce qu’il était.

Edjor appréhendait la réaction d’Erzatz lorsque celui-ci le verrait. Il s’arrêterait dans l’encadrement de la porte, lui lancerait son regard assassin dont il était le seul à avoir le secret et finirait par lui demander ce qu’il lui voulait.

— Je crois qu’il arrive, fit soudain Liana en tendant l’oreille.

Le cœur d’Edjor se mit à battre à tout rompre lorsqu’il entendit les bruits de pas d’Erzatz dans l’escalier, et il se rendit compte une fois de plus à quel point son frère lui faisait peur. Liana, qui percevait nettement les craintes d’Edjor, lui sourit pour tenter de le rassurer. Tout compte fait, se dit Edjor, l’argent n’était peut-être en rien responsable de l’animosité d’Erzatz ; Liana, elle, avait l’air de bien aimer Edjor, alors qu’elle était née avec une cuiller d’argent dans la bouche ; et puis, tout bien réfléchi, Erzatz détestait déjà son petit frère bien avant sa rencontre avec Liana.

Les bruits de pas indiquèrent qu’Erzatz avait atteint le rez-de-chaussée. Et quelques secondes plus tard apparut un homme grand, élégamment vêtu, qui, comme Edjor l’avait prédit, lui lança un regard meurtrier. Toujours dans l’encadrement de la porte du salon, Erzatz observait silencieusement son frère, et celui-ci se demandait qu’elle méchanceté il allait lui sortir.

— Tu as un drôle de culot ! Tu ne fiches déjà rien de tes journées, en fainéant que tu es, et tu oses laisser Papa quand il a justement besoin de toi à son travail !

Pas un bonjour, ni un malheureux signe de bienvenue. Edjor ne demandait pas à ce qu’ils s’embrassent comme les meilleurs amis du monde, un simple « Bonjour » aurait amplement suffi.

— Tu mériterais une bonne trempe, continua-t-il.

— Erz’ ! le coupa sa femme avec indignation. Au lieu de monter sur tes grands chevaux, tu ferais mieux d’écouter ce qu’il a à te dire !

Les deux frères s’observèrent pendant un moment, et Edjor fit de son mieux pour soutenir ce regard si cruel. Mais il attendit trop longtemps, ce qui permit à Erzatz de renchérir :

— Regarde-moi ces cernes ! Tu as encore filé en douce cette nuit pour aller Dieu sait où.

C’était vrai, mais Edjor ne voyait pas en quoi cela était son problème – bien entendu, il prit bien soin de ne pas lui en faire la remarque et se contenta simplement de dire :

— Papa a des ennuis.

S’ensuivit un long silence pesant qui ne fut rompu que lorsqu’Erzatz rétorqua :

— Des ennuis ? Tu veux dire des ennuis qui n’ont rien à voir avec toi ?

Edjor s’était attendu à une réplique de ce genre, mais il était parvenu à capter l’attention de son frère, et c’est tout ce qui comptait en cet instant. Pour dire la vérité, ce n’était pas très difficile de se faire entendre d’Erzatz à partir du moment où l’on évoquait Djivin. Erzatz avait une telle vénération pour son père qu’il lui pardonnait aisément « le laxisme manifeste » – comme il aimait à présenter les choses – dont il faisait preuve dans le cas d’Edjor.

— Je te jure que je n’y suis pour rien, promit Edjor.

L’inquiétude d’Erzatz commençait à creuser les traits de son visage, notamment au niveau des rides du lion. Et, contre toute attente, il proposa à son frère de prendre place sur le sofa pour qu’il lui raconte toute l’histoire ; Edjor hésita tout de même avant de rejoindre Erzatz qui s’était déjà installé, et Liana se joignit à eux après être allée fermer la porte de la pièce pour couvrir le chahut des enfants.

Edjor leur raconta tout dans les moindres détails, sans toutefois s’étendre sur la honte que son père lui avait mise.

— Je ne savais pas vers qui me tourner, conclut-il. Ils ont dit qu’ils reviendraient très bientôt et…

Erzatz le fit taire d’un geste de la main et se mit à réfléchir.

— Si j’ai bien tout compris, dit-il finalement, tu les as vus emporter la marchandise… et tu n’es même pas retourné auprès de lui ensuite.

Et de lui lancer un énième regard désapprobateur.

— Tu l’as abandonné alors qu’il était en pleine détresse…

— J’étais complètement perdu…, le coupa-t-il, il m’avait dit de rentrer…

— C’était pour te protéger de l’homme armé, espèce de crétin ! Parce que lui se soucie de toi.

Sur ce, Erzatz se leva d’un bond, attrapa son frère par sa chevelure dorée, lui arrachant un cri de douleur au passage, et lui lança :

— Retourne le voir immédiatement et montre-toi utile pour une fois !

Puis il le repoussa vers la porte close du salon.

— Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ? fit Edjor en se massant le crâne.

— Tu verras…

Et Edjor sut aussitôt qu’il ne servait plus à rien de rester là ; la conversation venait de se terminer, et il avait tout intérêt à obéir à son frère. Sans un regard pour Liana, qui avait assisté, incrédule, à toute la scène, il retourna dans le couloir et quitta la maison, ignorant les « Tonton Edjor ! Tonton Edjor ! » de ses neveu et nièce qui cherchaient avant tout à le retenir.

— Tu étais obligé de te comporter comme ça ? lança Liana à son mari d’une voix chargée de reproche.

— Il m’est insupportable, tu le sais bien. Non, mais, franchement ! Abandonner notre père en pareille circonstance.

— Mais il ne l’a pas abandonné, répliqua-t-elle. Il est venu te demander de l’aide. Et reconnais que tu n’aurais pas apprécié qu’on ne te prévienne pas de ce qui s’était passé.

Erzatz ne trouva rien à répondre. Au fond de lui, il était plutôt content que son frère eût pensé à lui, malgré tous leurs différends – mais il était hors de question de l’admettre, bien sûr.

— Alors, fit Liana après quelques secondes de silence, qu’est-ce que tu comptes faire ?

— Je ne sais pas encore, avoua Erzatz après un instant de réflexion. Il faut déjà savoir pour qui travaillent ces hommes. J’ai peur que mon père se soit embourbé dans une situation plus que douteuse.

C

Edjor, l’esprit ailleurs, ne faisait pas attention aux gouttes de pluie qui lui tombaient sur le visage, pas plus qu’à cette personne qui le suivait depuis une durée indéterminée – ce qui était étonnant de sa part étant donné l’habitude qu’il avait de souvent regarder derrière lui dans la rue (il n’avait jamais vraiment su d’où lui venait cette manie paranoïaque).

Absolument pas pressé de rentrer chez lui, Edjor se déplaçait très lentement, comme s’il comptait ses pas, les mains dans les poches, tout en repensant à l’entrevue avec son frère. Il devait bien avouer qu’il était quelque peu déçu d’être reparti bredouille. En allant voir son frère, il avait espéré que celui-ci déciderait de se rendre chez son père, permettant ainsi à Edjor de se dédouaner de son rôle de fils aimant ; mais au lieu de cela, Erzatz l’avait expédié sans ménagement – « Quel imbécile ! »

Constatant qu’il était pratiquement arrivé à destination, Edjor décida de faire un détour. Mais cela ne lui fit gagner que quelques minutes seulement et, jugeant qu’il ne pouvait sans cesse reculer l’heure de son retour, il tourna finalement dans sa rue. Mais à peine avait-il fait quelques mètres qu’il s’arrêta tout net. Car devant sa maison se tenaient quatre hommes, dont les deux qui étaient venus menacer Djivin au marché. « Ils n’ont pas perdu de temps », constata-t-il. Pétrifié à l’idée qu’ils aient pu malmener son père, il mit un court instant avant de faire demi-tour – un court instant qui, malheureusement, leur permit de l’apercevoir.

Edjor tourna dès qu’il put et se réfugia dans la première ruelle qu’il trouva, où il avait bien l’intention de se terrer en attendant que la voie soit libre. Il s’avança un peu plus vers l’autre entrée, mais s’arrêta une fois de plus en apercevant la silhouette des hommes qui s’étaient trouvés devant chez lui. S’interdisant de céder à la panique, il tourna aussitôt les talons, mais se rendit compte qu’il était cerné. Et il se retrouva bientôt plaqué contre un muret, face à trois hommes à la mine lugubre.

— On avait prévenu votre père de se tenir à notre disposition.

Edjor tourna la tête vers celui qui venait de parler et reconnut, malgré la pluie qui tombait de plus en plus dru, l’homme au chapeau qui se tenait légèrement en retrait des trois autres.

— Malheureusement, poursuivit-il, il est introuvable. Nous sommes donc dans l’obligation de mettre nos menaces à exécution. En espérant que ça fera avancer les choses…

Il claqua des doigts. Les hommes se rapprochèrent encore plus d’Edjor et ce dernier comprit qu’il n’y avait plus rien à faire. Il prit des coups dans l’abdomen, le thorax, les jambes… Il se retrouva très vite à terre, roulé en boule dans une flaque, à se faire battre comme plâtre. Il avait mal, il criait pour que le supplice s’arrête. Finalement, son calvaire cessa plus ou moins lorsque le coup de poing d’un des hommes de main l’assomma. Mais bien qu’il soit inconscient et qu’il ne sente plus rien, les montagnes de muscles continuèrent à s’acharner sur son corps, sans pitié.

*
*       *

C’est une agréable odeur de thé à la menthe qui le réveilla deux heures plus tard dans une banquette peu confortable. Il cligna des paupières en regardant autour de lui pour essayer de voir où il était. La maison très sombre dans laquelle il se trouvait lui était totalement inconnue ; et pour une raison bien mystérieuse, la personne qui l’avait amené ici lui avait ôté ses hauts, ce qui lui permit de voir son torse couvert d’ecchymoses – et vu la douleur qu’il ressentait dans les cuisses et dans les jambes, il avait tout lieu de penser qu’elles étaient dans le même état. Sur le mur à sa gauche, il repéra un miroir craquelé, et l’envie d’aller voir l’état de son visage était beaucoup trop importante pour qu’il y renonce.

Edjor se leva doucement et s’avança lentement vers la glace fissurée qui refléta son visage en trois fois. À son grand soulagement, il s’en sortait avec une simple entaille à la lèvre inférieure ; avec un peu de chance, il n’y paraîtrait plus d’ici une semaine ou deux.

Il sentit soudain une présence derrière son dos ; il se retourna aussitôt et vit un garçon à peine plus jeune que lui qui le regardait d’un air intrigué. En plissant un peu plus les yeux, il reconnut le fils de ses voisins, auxquels il n’avait encore jamais eu l’occasion d’adresser la parole, étant donné qu’ils habitaient là depuis peu.

— Tu es réveillé, fit-il au bout d’un moment. Il me semblait bien avoir entendu du bruit. Je reviens, je vais prévenir mes parents.

Le jeune homme repartit et, avant de disparaître complètement, se retourna de nouveau et demanda :

— Tu veux une tasse de thé ?

Edjor mit un moment pour comprendre la question avant de répondre d’un signe de tête négatif. Puis le garçon, dont il ignorait le nom, s’en alla chercher ses parents.

« Comment est-ce que je me suis retrouvé là ? », se demanda Edjor. Il ferma les yeux un instant et essaya de se rappeler les événements ; il se souvenait des hommes costauds qui attendaient devant chez lui, il se rappelait être entré dans la ruelle et d’y avoir été passé à tabac par ces mêmes individus, mais rien ne lui revenait concernant ses voisins.

De nouveaux bruits de pas lui firent rouvrir les yeux. Le garçon venait de revenir, accompagné d’un homme et d’une femme qui devaient, vu leur âge, être ses parents, ainsi que d’une jeune fille à peine plus âgé que lui, probablement la sœur du garçon. Tous l’observaient d’un air réjoui, mais Edjor, lui, l’était beaucoup moins : lui qui aimait tant la discrétion, il se retrouvait alors dans le rôle de la bête de cirque, chose qu’il détestait par-dessus tout – que n’aurait-il pas donné pour qu’ils cessent de le regarder ainsi ?

— Assois-toi si tu es fatigué, lui dit finalement la mère en lui montrant la banquette.

— Euh… non merci, balbutia-t-il. Excusez-moi, mais… qu’est-ce que je fais ici ?

— Tu ne te souviens de rien ? demanda le père d’une voix grave. On t’a trouvé sur le trottoir, juste en face de chez nous. Tu as eu de la chance qu’on te voie, avec toute cette pluie qui tombait à verse.

— C’est d’ailleurs pour ça qu’on a mis tes vêtements à sécher, continua la mère. On ne voulait pas que tu attrapes froid.

C’est alors qu’Edjor se rendit compte que son pantalon était complètement sec – d’ailleurs, ce n’était pas son pantalon.

— C’est à Marjin, fit le père en désignant son fils. Tu lui rendras un autre jour.

— Si tu veux je peux te prêter un haut aussi, fit le fils.

Et avant qu’Edjor ait pu répondre, la mère alla vers les vêtements d’Edjor qui étaient suspendus bien en hauteur et lança :

— Oui, ce serait mieux, c’est encore trempé.

— Vous êtes trop gentils, fit Edjor, bien qu’il les trouvât également très envahissants, mais il faut que je parte. Je n’ai que la rue à traverser, alors mes habits feront l’affaire.

— Tu ne vas pas mettre quelque chose de mouillé, c’est ridicule, insista la mère. Marjin, va lui chercher quelque chose, veux-tu ?

— Oui, Maman, dit le fils obéissant, et de disparaître de nouveau au fond du couloir.

— Tu devrais nous laisser, chérie, fit le père à l’adresse de sa fille.

— Mais…

— S’il te plaît, insista-t-il.

Alors la jeune fille s’exécuta à contrecœur. Quand il se fut assuré qu’ils ne seraient pas dérangés, le père se rapprocha d’Edjor et lui demanda s’il se rappelait ce qui lui était arrivé.

— Je n’en sais rien, mentit-il. C’est le trou noir.

Il y eut un nouveau moment de silence. Edjor se demandait ce qu’ils attendaient, pourquoi ils le regardaient comme cela.

— À mon avis, fit la mère, tu t’es fait taper dessus.

Son mari émit un grognement et les deux se regardèrent d’un drôle d’air.

— On avait dit qu’on n’en parlerait pas, lui lança-t-il entre ses dents.

— Mais s’il ne se souvient pas de ce qui s’est passé, il faut bien que quelqu’un le lui dise.

— On ne sait pas ce qui s’est passé, on n’était pas là, rétorqua son mari.

— Ne vous disputez pas, intervint Edjor, ce n’est pas grave.

— Il faudrait au moins prévenir son père, continua la femme, comme si elle ne l’avait pas entendu.

— Non, pas mon père ! protesta Edjor.

Il ignorait pourquoi il avait crié cela ; d’autant que Djivin finirait par comprendre ce qui s’était passé lorsqu’il verrait l’état de son fils.

— Peux-tu aller me chercher la crème ? demanda alors la femme à son mari.

Sans un mot, celui-ci quitta la pièce, laissant sa femme seule avec Edjor.

— Tu verras, dit-elle en souriant à Edjor, ça va atténuer tes douleurs.

Puis elle lui indiqua la banquette et Edjor comprit qu’elle voulait qu’ils s’asseoient. Il s’exécuta et elle reprit la parole sur un ton très maternel.

— Je sais qu’on ne se connait pas bien…

« Et même pas du tout », pensa Edjor.

— Mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer…

Edjor la dévisagea et elle s’arrêta net. Qu’avait-elle bien pu remarquer ?

— Souvent… tard le soir, quand je sors les ordures…, balbutia-t-elle, eh bien, il arrive que je te voie sortir en douce de chez toi…

Edjor détourna le regard et frissona en l’entendant parler. Ainsi, il avait été vu par cette commère. Il était pourtant persuadé d’être discret à chaque fois qu’il s’évadait par la fenêtre de sa chambre. Si les voisins le voyaient, qu’est-ce qui lui garantissait que son père, lui, ne se doutait de rien ? Peut-être quelqu’un était-il allé lui parler des escapades nocturnes de son fils ?

— Rassure-toi, s’empressa-t-elle d’ajouter, je n’ai aucunement l’intention de prévenir ton père. Seulement… si tu as des ennuis, il faudra tôt ou tard que tu en parles à quelqu’un, alors je me suis dit…

— Non, c’est inutile, la coupa-t-il. Vous en avez fait suffisamment pour moi et je vous en serai éternellement reconnaissant…

Il s’interrompit au moment où Marjin revenait avec l’une de ses vestes.

— Ça ne va pas du tout, fit sa mère, va en chercher une autre.

— Qu’est-ce qui ne va pas avec celle-là ? fit son fils, incrédule.

— Fais ce que je te dis, sois gentil.

Marjin finit par lui obéir, et Edjor et la femme se retrouvèrent seuls une fois de plus. Pourquoi voulait-elle tant s’entretenir avec lui ? Espérait-elle qu’il lui révèle ce qu’il fabriquait en pleine nuit ? Elle pouvait toujours courir !

Quoi qu’il en soit, Edjor devait absolument partir de cette maison qui le rendait mal à l’aise.

— Je crois que je vais y aller…

— Attends que mon fils te rapporte une veste convenable.

Il allait lui rappeler qu’il n’avait que la rue à traverser et qu’il ne lui servirait à rien de se mettre sur son trente et un pour un trajet aussi court, mais il abandonna l’idée, se disant qu’elle aurait toujours une bonne excuse pour l’obliger à rester. Il fallait donc créer une diversion.

— Je prendrais bien une tasse de thé, dit-il soudain, juste au moment où elle s’apprêtait à revenir à la charge.

— Ah… euh, très bien, fit-elle, l’air légèrement ennuyé. Je vais te chercher ça.

Enfin seul ! Edjor ne perdit pas une seconde. Il attrapa son haut mouillé qu’il enfila tout de même, se dirigea sans bruit jusqu’à la porte et sortit avec le plus de discrétion possible. Puis il traversa la rue et se dépêcha de rentrer chez lui pour se retrouver au chaud.

Dès que la porte d’entrée fut refermée, Edjor ôta ses vêtements mouillés et se rendit dans sa chambre. Là, il se déshabilla entièrement avant de s’étendre sur son lit pour se reposer un moment.

D

Un bruit sourd réveilla Edjor en sursaut. L’absence totale de lumière dans sa chambre lui fit comprendre aussitôt qu’il ne s’était pas reposé quelques minutes comme il en avait eu l’intention, mais quelques heures. Il s’en voulut énormément jusqu’au moment où le bruit sourd se répéta, lui indiquant qu’il avait un problème plus urgent à régler. Il alluma trois bougies, alla enfiler des habits propres et secs, cachant son corps couvert d’hématomes, sortit doucement de sa chambre et descendit l’escalier le plus silencieusement possible.

Lorsqu’il arriva en bas, un autre bruit se fit entendre, et Edjor comprit que quelqu’un frappait contre la porte d’entrée. Des cambrioleurs ? Peu probable, vu le boucan qui allait jusqu’à faire trembler les murs de la maison. Mais alors qui ? Et pourquoi son père ne se réveillait-il pas ?

Son père ! Cette pensée s’imposa à son esprit, de telle manière qu’il lui apparut plus que logique qu’il ne pouvait s’agir de quelqu’un d’autre. Cela expliquerait en effet pourquoi Edjor ne l’avait pas vu lorsqu’il était rentré, et aussi pourquoi Djivin n’était pas venu le réveiller pour le dîner. Baissant complètement la garde, Edjor alla se placer devant la porte et, après un moment d’hésitation, finit par l’ouvrir.

— T’en as mis du temps ! fit Djivin, appuyé contre le montant de la porte pour ne pas tomber.

— La porte était ouverte, répondit Edjor, mais son père ne l’écoutait pas.

Djivin entra chez lui d’une démarche titubante et Edjor s’empressa de refermer la porte en priant pour que la voisine n’ait pas choisi ce moment précis pour sortir les ordures.

— Tu as passé toute la journée dans ce bouge ? lança Edjor en sentant les effluves d’alcool qui émanaient des vêtements de son père.

— Est-ce que je te demande où tu passes tes nuits, toi ? lui rétorqua Djivin à brûle-pourpoint en se retournant.

Surpris, Edjor se protégea le visage, ignorant si son père, sous l’effet de l’alcool, pouvait devenir violent. Puis les deux se regardèrent, et Edjor ne tarda pas à détourner les yeux ; son père ricana :

— Tu crois que j’m’aperçois de rien, pas vrai ?

— De quoi tu parles ? tenta-t-il de nier.

— Oh ! arrête ton baratin ! beugla Djivin. Ton frère m’a tout raconté. Mais autant te dire que c’est terminé, tout ça. Tu vas me laisser ta clé tous les soirs, comme ça je serai sûr que tu sortiras pas.

Edjor était rassuré : son père savait qu’il filait en douce la nuit, mais ignorait de quelle manière il s’y prenait.

— Allez ! insista Djivin en se posant sur un fauteuil. Laisse ta clé et va te coucher ! Non, mais, t’as vu l’heure ?!

Sans lui répondre, Edjor lui tourna le dos et remonta dans sa chambre qu’il ferma à clé – il voulait s’assurer qu’il ne serait pas dérangé, bien qu’il doutât que son père soit en état de monter les marches ce soir-là. Puis il alla s’allonger sur son lit en se demandant s’il n’allait justement pas sortir cette nuit, tant l’ambiance dans cette maison était plus que détestable.

*
*       *

C’est une fois de plus des coups répétés sur la porte d’entrée qui réveillèrent Edjor le matin suivant. Qui aurait pu croire qu’il arriverait à retrouver le sommeil après toutes ces heures passées à dormir ? Il se redressa, tendit l’oreille et attendit que son père allât ouvrir. Quelques secondes plus tard lui parvint, malgré la distance, la conversation entre son père et la personne qui venait les déranger de si bon matin.

— Erzatz ! fit la voix de Djivin. Tu es bien matinal.

Comprenant qu’il s’agissait de son frère, Edjor sauta du lit, entrouvrit la porte de sa chambre et écouta leur entretien avec attention. La porte d’entrée fut refermée et Erzatz dit :

— Je suis venu te parler de ce qui s’est passé hier.

— Comment ça ? Que s’est-il passé hier ?

— Ne joue pas à ça, Papa, répliqua Erzatz, agacé. Je te parle de ces hommes qui t’ont menacé au marché.

Il y eut un moment de silence. Edjor se demandait combien de temps il faudrait à Erzatz pour évoquer la...

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