La Baie des Morts

De
Publié par

Cruden Bay, 1012 : Olderik meurt, trahi par les siens.
Mille ans plus tard, Irma et Adriel, journalistes dans une émission TV sur les phénomènes paranormaux, débarquent dans la petite ville du nord de l'Ecosse pour élucider les phénomènes étranges: un petit garçon est hanté par le fantôme d'une petite fille, Betty, et par l'esprit d'un Viking. . Ils ont quinze jours pour faire une émission et élucider bien des mystères.
Car Cruden Bay, c'est la Baie des morts, autrefois le lieu d'une terrible bataille entre Viking et Ecossais, c'est aussi là qu'un avion s'est crashé, il y a trente ans, faisant des victimes parmi les enfants du village.
Betty, le petit spectre qui cherche sa peluche, est-il l'un d'eux?
Entre poltergeist et disparitions, Yggdrasil et légendes vikings, personne ne sortira indemne de cet étrange voyage.
Publié le : jeudi 15 janvier 2015
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026201328
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Azel Bury

La Baie des Morts

Série Irma&Adriel - 1

 


 

© Azel Bury, 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0132-8

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

 

 

Le soleil vint du sud, sœur de la Lune

Son bras droit reposant au bord du ciel.

Elle ne savait où se trouvait sa demeure ;

La Lune ne connaissait pas son pouvoir,

Les étoiles ne connaissaient pas leur place.

 

Edda — Snorri Sturluson (1179 -1241 )

 

 

 

 

Prologue

En cette nuit du Solstice d'hiver de l'an 1012, Olderik se meurt.

Les réjouissances n'ont pas duré douze jours et douze nuits, comme le veulent les Dieux. Cette veillée est la dernière. Les Chefs ont parlé dans le plus grand secret. Les guerriers ne doivent encore rien savoir des arrangements entre Knut et Máel Coluim.

Máel Coluim l'Écossais, et Knut le traître.

Olderik se meurt et il sait tout le sang versé pour rien. Il sait les promesses non tenues. Il sait l'avidité du chef danois et son manque de parole. Dans la tente, à l'abri des regards, les deux hommes ont scellé le pacte. La bataille est finie et les morts seront enterrés ensemble, en terre chrétienne.

— Vous n'avez pas le droit ! a-t-il hurlé, interrompant les accords.

D'autres chefs sont là, qui assistent à la scène, muets. Il s'adresse à eux.

— Tuez-le ! Vous l'avez à portée de main ! Tuez-le ! Et tuez tous les autres !

Les Chefs ont baissé la tête et ont reculé.

— Olderik ! Que fais-tu là ?

— Je vous empêche de trahir !

— Olderik... Tu ne comprends pas... Nous avons perdu.

— Pas encore, Knut ! Mais si tu capitules, alors nous aurons perdu. Nous aurons perdu notre honneur !

— Olderik, tu es un Gidjas valeureux et fidèle. Je te demande de te soumettre !

— Par la lame d'Odin et par le feu de Thor, jamais je ne me soumettrai à ces chiens d'Écossais !

Alors, de son épée sertie de rubis et d'émeraudes, Máel Coluim frappe.

Un seul coup suffit.

Quatre paires de mains s'emparent de son corps. Olderik est jeté dehors, comme un animal. Et comme un animal, il rampe jusqu'au Hörgr, l'autel sacré. Puisque les hommes n'ont pas écouté, il s'adresse maintenant aux Dieux. Sa main posée sur la pierre, il sent un liquide visqueux couler le long de ses côtes. Cette fois, il n'y aura pas de salut, pas dans ce monde.

Autour de lui montent des clameurs.

— Yule ! Yule ! Yule !

Les Vikings se saoulent d'hydromel, un dernier tonneau percé pour l'occasion. Certains chantent, dansent, d'autres se taisent. Le feu brûle au centre de la plaine, quelques cadavres s'y consument doucement. Olderik entend au loin les incantations au soleil qui renaîtra sans lui. Il murmure une prière. Sa prière. De tout son cœur et de toute son âme, au rythme du sang qui s'écoule.

— Que cette Terre soit maudite... Que les Ténèbres viennent et que le soleil s'efface à jamais de ces cieux.

Un homme allume un flambeau. Il évoque les guerriers qui reposent dans les flots de cette mer étrangère et tous ceux dont les cadavres jonchent la plaine.

Olderik évoque les hommes morts au combat, mais d'une autre manière.

— Ô, valeureux guerriers, morts en terre étrangère, ouvrez la brèche du monde des Esprits. Que vos âmes trahies tourmentent les vainqueurs et pour l'éternité.

— Une prière pour nos hommes qui veillent ! clame un jeune homme.

— Une malédiction pour les traîtres, murmure Olderik.

Les hommes mangent et boivent. Ils reprennent des forces. On enterrera les morts plus tard. Il faut faire le tri. On entend le fracas des épées et le chant des guerriers norrois.

— Yule ! Yule ! Yule !

Olderik se meurt, et tandis que la terre boit son sang, avide, la pierre noire se craquelle... Une fissure apparaît, d'abord presque invisible. Olderik sent la vibration, dans ses doigts, puis dans son bras tout entier... La faille s'élargit, casse l'autel en deux pour laisser s'échapper les âmes noires des Esprits guerriers, montés sur des chevaux de l'Enfer aux yeux rouges.

Olderik se meurt, un sourire aux lèvres.

 

Valhalla

Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, le matin, à

la table des anges.

Khalil Gibran

 

 

6 décembre

Joanna

Elle ne sent rien dans l'air. Ils ne sont pas là…

C'est comme à la loterie : on ne gagne pas tous les jours. Elle mitraille quand même, on ne sait jamais. Elle commence à connaître chaque pierre de chaque mur… Cet endroit est plus hanté que tous les lieux qu'elle a pu visiter jusqu'ici, mais il n'y a qu'elle pour le savoir.

Elle croise un groupe qui s'en va. Elle les connaît de vue. : quatre garçons et trois filles, de ceux qui ont abandonné l'idée d'avoir une famille et un toit. Le plus vieux d'entre eux l'interpelle :

- Hey, Joanna, encore ici ?

- Comme tu vois. Et vous, vous reprenez la route, alors ?

Il lui indique le bout du chemin.

- Yeah, on file vers le nord… Voir le mur d'Hadrien et les aurores boréales.

- Chouette trip… amusez-vous bien, les gars !

- Yeah, on va tâcher de ne pas mourir en route, avec ce froid…

Il rit de bon cœur, en lui montrant une bouteille de whisky à moitié pleine.

- Bonne chance avec tes fantômes…

- Merci et à une autre fois peut-être… ?

- Yeah, on reviendra sans doute. Adieu, Joanna. Hey, j'oubliais : Tobby n'est pas revenu, on a laissé ses affaires. On peut plus attendre. Si tu le vois, tu lui dis qu'on monte vers le nord, il saura où nous trouver… Allez, on y va pour de bon, les gars.

- D'accord, bonne route !

Le petit groupe s’éloigne en silence, chargé de vieux sacs à dos.

Elle se dit parfois que elle devrait faire comme eux : partir.

 

 

Irma

L’avion se rapproche enfin du terminal. Adriel se serre contre moi et deux cents autres voyageurs contre lui. Les passagers du vol American Airlines 345TP au départ de Los Angeles à destination de Londres sont priés de s’avancer vers la porte numéro 5. En silence et bien docilement, chaque voyageur s’engouffre dans l’avion, salué par une charmante hôtesse et rejoint sa place. Nous sommes en classe affaires, un privilège offert par la société de production. Dans un calme absolu, nous attendons une demi-heure de plus avant de décoller : les stewards déambulent dans les rangs, vérifiant que tout est conforme, et que rien ne dépasse dans les couloirs. Adieu l’Amérique, bonjour l’Europe. Onze heures de vol coincés à nos places.

Fin novembre, Simon Gray, le big boss, a surgit dans le bureau où je bosse avec Adriel, ses grosses mains en avant, transpirant dans son costume étriqué.

— Irma ! Ah vous êtes là aussi, Sutton, ça tombe bien !

Adriel a soupiré bruyamment. Le boss m'a tendu une pochette élastiquée. J'ai eu l'envie de la laisser tomber par terre. Au lieu de cela, je l'ai prise sans l'ouvrir… Dessus, on pouvait lire en gros « Nicholas ». Gray s'est installé en amazone sur l'accoudoir de mon fauteuil dont j'ai pu constater la solidité, et s'est mis à déclamer d'une voix solennelle :

— Voilà l’affaire qui me tient à cœur, mes poulets. Je sais que je n'ai pas pour habitude d'imposer un choix dans les enquêtes merdiques que vous faites bouffer aux auditeurs, mais là il s’agit d’une histoire personnelle.

Adriel l'a regardé avec son mauvais regard. Il ne l'aime pas plus que moi. Gray a pris le ton de la confidence, comme si nous étions ses amis. Il a desserré sa cravate avec deux doigts.

— Comme vous le savez, je vais me marier dans trois mois avec Ornela. Ses parents sont natifs d’un bled de là-bas : Crud… Cruden quelque chose ! Elle y a encore de la famille. Sa cousine, Mary, je crois, lui a écrit pour son petit gars qui aurait besoin de nous. Donc je vous suggère d’être efficace, sur le coup, les enfants, c’est mon mariage qui est en jeu. Soyez diplomates, si l’affaire est bidon. Et s’il y a vraiment quelque chose de crédible, ce dont je doute, élucidez le mystère ! Carte blanche, American Express Gold, classe affaire et tutti quanti. Bon voyage, les amoureux !

Il s'est levé et s'est barré avant qu'on ne proteste.

— D'accord, patron ! Oui, patron ! Bien sûr, patron ! On va la faire ton enquête « merdique », patron !

Adriel était furieux.

— On a pas trop le choix apparemment…

— J'avais pigé.

— L'Écosse, il a dit ?

— Ô Joie ! ô bonheur ! L’Écosse !

— Si tu rêvais de voir le pays de tes ancêtres, c'est le moment, Adriel.

— Mes grands-parents sont nés en Nouvelle-Écosse, Irma… pas en Écosse.

— Et les grands-parents de tes grands-parents, d'où tu crois qu'ils viennent ? Il faut vraiment que tu retournes prendre des cours d'histoire, toi…

— C'est pas des cours d'histoire que je vais prendre c'est des cours d'arts martiaux ! Et poum, Gray, dans ta face ! Et pam !

Il est sorti du bureau en dansant comme un boxeur...

 

On a eu un petit mois pour se préparer au voyage et s'organiser : j'ai confié la pochette cartonnée à l'irremplaçable Corey, notre fidèle et dévouée collaboratrice, pour qu'elle scanne et transfère tout dans mon ordinateur. Grâce à elle, les détails pratiques sont réglés depuis quelques semaines, les billets d’avion et les chambres réservées. Ce n’est pas bien de bosser ses dossiers au dernier moment, mais je n’ai pas eu vraiment le temps, trop de boulot, trop de choses à finir, trois émissions en retard. Maxima mea culpa.

J’aime ces voyages et j’adore mon job même si je ne suis pas la vedette de l’émission « Au-delà de l’Au-delà ». C’est Jill Sommer, la star, sur le devant de la scène tandis que nous œuvrons dans l’ombre, à faire tout le boulot. Jill se contente de lire un prompteur pendant les deux heures de l’émission en direct, chaque samedi et d’empocher le jackpot chaque fin de mois. Mais je n’échangerais ma place avec elle pour rien au monde. Vraiment, j’adore mon métier.

Adriel est comme moi : un passionné. Nous travaillons ensemble depuis quelques années et nous nous entendons à merveille. C’est un bon gros nounours, un garde du corps parfois, doublé d’un excellent technicien opérateur et un informaticien hors pair. Il a deux filles adorables qu'il voit trop rarement, restées à Halifax, avec leur mère. Il a choisi de venir travailler à Los Angeles après son divorce. Journalistes canadiens free-lance l'un comme l'autre, nous avons immigrés sur le territoire américain à peu près à la même époque, et nous avons fini par trouver un emploi stable pour Channel Twelve et cette émission, « Au delà de l'Au-delà », qui n'a rien d'intello, mais qui nourrit bien son homme et qui nous permet de voyager agréablement.

Adriel me fait un clin d’œil et fait mine de fermer les yeux, mais je sais qu’il observe tout. C’est un fin limier. Nous nous complétons parfaitement pour les interviews : moi l’empathie et lui le feeling, nous formons une équipe qui fonctionne bien. Pourvu que ça dure...

Au bout de quelques minutes, l’appareil atteint sa vitesse de croisière et la bonne altitude : nous pouvons enfin nous lever. Je me hisse afin d’attraper mon ordinateur portable dans sa sacoche. Adriel en profite pour aller aux toilettes, revient avec des magazines et un verre d’alcool. Il reprend sa pose décontractée, un écouteur sur les oreilles avec du trash metal, certainement. Je le laisse à ses lectures de Vanity Fair et de Crimes et je me plonge dans mon dossier.

 

Cruden Bay. Le nom me dit quelque chose, sans que sache quoi immédiatement. C’est un petit village au bord de la côte écossaise, perdu entre mer du nord et campagne. Un trou où vivent quelques centaines de personnes sans histoire, balayé par le vent.

L’affaire est plutôt banale, dans le genre extraordinaire : depuis deux ans, un petit garçon âgé aujourd’hui de sept ans qui s’appelle Nicholas, voit des revenants.

La photo jointe au dossier montre une jolie frimousse qui sourit timidement devant l’objectif. Derrière, on aperçoit la grande maison écossaise et une femme entre deux âges qui doit être sa mère. C’est l’été, le jardin est fleuri. L’endroit doit être charmant à cette époque de l’année, mais c’est décembre qui va nous accueillir, avec son lot de pluies, de vent, et de brouillard.

Nicholas est un petit garçon tranquille. La nuit, une petite fille vient l'embêter dans sa chambre et veut jouer avec lui, une petite fille qu’il est le seul à voir.

L’enfant a été vu en consultation psychiatrique – six fois, mais semble tout à fait en bonne santé mentale : hormis ses histoires sur son amie imaginaire, tout va bien. « Imaginaire », sa mère en était persuadée jusque-là. Mais depuis quelque temps, les phénomènes inexpliqués qui se produisent régulièrement chez elle, ainsi que chez les voisins, s’amplifient. Des meubles se déplacent, des objets disparaissent… Il ne s'agit plus d'oublis ou de coincidences. Nous sommes peut-être en présence d’un poltergeist classique, un phénomène dit de petite hantise, lorsqu’une personne, le plus souvent un adolescent perturbé, est liée, responsable consciente ou pas, à des bruits, mouvements, apparitions ou disparitions inexpliquées d’objets. Mais Nicholas n’a que sept ans, il est encore loin de l’adolescence. Peut-être alors avons-nous affaire à un cas de grande hantise dont les responsables sont les esprits de personnes décédées.

Adriel ne croit pas en tout cela et je n’écarte pas le fait que nous pouvons être en présence d’une véritable supercherie, montée de toutes pièces par diverses personnes dans le village. Nous avons eu l’occasion d'enquêter quelques fois déjà sur ce genre de phénomènes. Sur tous les cas étudiés, une dizaine depuis le début de l'émission, si un seul était une véritable énigme jamais élucidée – une femme hantée par l'esprit de son fiancé mort tragiquement –, pour tous les autres cas, nous étions manifestement en présence de vulgaires contrefaçons, de gens qui voulaient passer à la télé ou d'illuminés mystiques. Adriel les repère vite tandis que je serais du genre à me laisser prendre au jeu, àme faire avoir, traduit Adriel. Ça nous fait de bonnes émissions quand même. Pour les auditeurs, il est toujours question de vrais esprits, de vrais mystères. Ça fait rêver, et ça rapporte de l’audimat. Cette histoire-là me paraît ni plus ni moins incroyable qu'une autre, nous verrons bien sur place, je compte sur la perspicacité d’Adriel.

Je regarde la photo du môme pendant quelques instants. Je crois que c’est un gentil petit gars bien courageux pour son âge. Un regard doux et intelligent… Rapidement je range le portrait qui me rappelle une autre vie… Je balaie ma nostalgie d'un revers de main, mauvais insecte.

 

Je n’ai pas grand-chose sur la topologie des lieux, mais à vue de carte, on en fera le tour rapidement. C’est un petit patelin, avec peu d’activités économiques. Comme pour toutes les autres émissions, notre séjour durera deux semaines, nous reviendrons juste avant Noël. Un luxe, quand on sait que sur certaines chaînes, les émissions se bouclent en trois jours. Mais Channel Twelve est riche, très riche et en partie grâce à notre émission. Du pognon, il y en a. Nous prenons le temps en amont de vérifier les détails quand c’est possible, souvent par téléphone ou par Internet. À vrai dire, c'est Corey qui s'y colle. Quand l’affaire parait assez sérieuse pour faire l’objet d’une émission, elle nous transmet le dossier et prépare l'expédition. Nous faisons alors le voyage, toujours ravis de partir… Une enquête de deux semaines consacrées entièrement à une affaire sur place donne souvent un résultat de qualité et ça se voit à l’écran. Une bonne émission ne doit jamais être bâclée, sinon c’est la fin des haricots : la fuite des investisseurs et des annonceurs publicitaires. « Au-delà de l’Au-delà » dure exactement cent vingt minutes. En deux heures, nous avons six coupures de sept minutes de publicité. Il n’est pas faux de dire que les annonceurs paient notre salaire. Ne crachons pas dans la soupe, il nous reste assez de temps entre chaque coupure pub pour parler de nos fantômes.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

L'Ile du feu sacré

de presses-de-la-cite

Perles d'océan

de editions-de-l-astronome

Julien

de librinova

EMM@

de librinova

suivant