//img.uscri.be/pth/df90322b5b17cf8034952b30cf5affa015059ae0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,45 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

La barque maudite

De
147 pages
Tournon Saint Martin est une petite ville tranquille, située au coeur de la Brenne. Aurore Martineau, vingt ans, y est née et n'éprouve guère l'envie de la quitter, surtout depuis l'arrivée de Vincent, photographe très séduisant. Pourtant, elle découvre vite qu'un mystère plane sur la personnalité de cet homme plus âgé qu'elle. Bientôt des meurtres abominables frappent plusieurs personnes du village. Parce qu'il s'avère impossible d'établir une quelconque relation entre les victimes, la gendarmerie ne retient qu'une hypothèse : un tueur en série rôde et personne n'est à l'abri de sa folie meurtrière. Peu à peu, l'atmosphère paisible de Tournon vire au cauchemar.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

La barque maudite

Véronique Fournier
La Barque Maudite
Le pont du diable







ROMAN














© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com


ISBN : 2-7481-6693-0 (livre numérique)
ISBN : 9782748166934 (livre numérique)
IS-6692-2 (livre imprimé)
ISBN : 9782748166927 (livre imprimé) VÉRONIQUE FOURNIER






à papa sans qui ce roman n'aurait jamais été écrit.…


9VÉRONIQUE FOURNIER

Nous aimons et cela ce conçoit, le pays où nous sommes nés fut-il
le plus déshérité de la terre, car des liens nous y rattachent comme
des fibres secrètes. Qu'il soit Normand, Bourguignon ou
Berrichon, l'homme est ainsi fait et c'est très bien comme ça.
D'après René Germain,
« Le bulletin municipal de Tournon Saint Martin. »
9VÉRONIQUE FOURNIER








Chapitre 1


Sous son épais maquillage, vêtu de sa biaude et
appuyé sur son bâton de berger, Jean Marcadet, venait
d’invoquer le Diable, les bras ouverts dans un geste
d’offrande :
– Ô Belzébuth ! A moi qui te cherche comme je
cherche Dieu dont tu es l’antithèse, manifeste-toi,
quoiqu’il puisse m’en coûter ! … Je veux… je veux… je
veux te découvrir dans ton horreur, conforme à l’image
qui terrorise les hommes depuis mille et mille
générations : avec tes cornes, tes griffes, tes pieds
fourchus, tes ailes de souris chauve et ton odeur de
souffre.
Déjà, le conteur avait regagné les coulisses, satisfait
de l’effet qu’il avait produit. A cet instant précis, il se
remémorait la fois où un médecin psychiatre, de ses
amis, l’ayant vu sur scène lui avait dit :
– Méfiez-vous, Jean ! Vous exaltez trop lorsque vous
appelez le Grand Bouc ! C’est mauvais cet excès de
conviction… Et… s’il venait ? Hein ? … Vous auriez
l’air fin !
11LA BARQUE MAUDITE
Il avait été frappé par cette objection, présentée sur
un ton qui n’était pas celui d’une boutade, par un
homme de sciences.
Pétrifiée, la vieille Georgette ne pouvait pas détacher
son regard de la scène, quand Robert lui toucha l’épaule,
elle sursauta et poussa un cri comme si le Diable en
personne avait fait son apparition.
Hélène Caillaud, une robuste paysanne d’une
soixantaine d’années, murmura à l’oreille de son époux :
– On aurait pas dû l’amner, elle d’vient trop vieille
pour ces spectacles !
Elle et Robert aimaient beaucoup ce genre de soirées
et ils n’auraient raté, pour rien au monde, une occasion
d’aller voir Jean Marcadet quand il se produisait à la
salle des fêtes. Il parlait des Berrichons, de la vie de tous
les jours, se moquait des gens d’la ville. Mais ce soir…
Hélène et Robert avaient pris l’habitude d’emmener
Georgette pour la distraire. La vieille femme vivait la
maison voisine de leur ferme et elle avait vu naître
Robert qu’elle considérait comme son fils. Agée de
quatre-vingts ans, elle vivait seule. Georgette mélangeait
croyance et superstition. Elle était très peu allée l’école
et croyait tout ce qu’elle entendait. Sa vie comme son
âme étaient simples, elle était partagée entre son
affection pour Hélène et Robert et l’Eglise. C’était une
petite vieille aux mains déformée par l’arthrose, elle s’en
allait de plus en plus voûtée et disait à qui voulait
l’entendre :
– Si j’penche comme ça, c’est qu’la terre m’appelle !
Personne n’aurait osé se moquer d’elle, elle inspirait
le respect et était la bonté même. Les spectateurs
sortaient de la salle des fêtes.
Chacun commentait la fin du spectacle à sa manière.
12VÉRONIQUE FOURNIER
Quelques adolescents faisaient mine de plaisanter,
mais la plupart restait silencieux, encore imprégnés de
l’atmosphère de la dernière scène. On retrouva avec
plaisir le décor familier de Tournon Saint Martin,
village, au coeur de la Brenne. Tournon, coquette petite
cité, où les gens vivent heureux et tranquilles.
Les uns parlaient d’aller boire un verre au café du
coin, les vacanciers se dirigeaient vers le terrain de
camping, certains curistes qui avaient fait le
déplacement prenaient la direction de la Roche Posay.
Sébastien Rousseau, un grand jeune homme à l’allure
sportive dont le regard brillant trahissait l’abus d’alcool,
sortit en compagnie de sa dernière petite amie en date,
Marine, l’apprentie coiffeuse. Malgré la présence de la
jeune fille, il regardait sans aucune gêne en direction
d’Aurore Martineau, la fille des libraires de Tournon
Saint Martin.
Sébastien ne l’avait pas oubliée. Un an plus tôt, ils
avaient eu une histoire à laquelle elle avait mit fin
brutalement. Elle avait appris par la rumeur publique
qu’il la trompait.
Depuis toujours, son charme d’adolescent
romantique, conjugué à la fortune de son père, lui avait
permis de glisser bon nombre de filles dans son lit. Mais
il avait fini par se rendre compte que ces jeunes amies
étaient plus amoureuses de son compte en banque que
de sa personne.
Aurore, elle, avait été sensible à sa personnalité
ambiguë.
Sébastien ne connaissait pas les soucis d’argent, mais
la peur de ne pas être à la hauteur des ambitions de son
père, faisait de lui un animal traqué qui inconsciemment
appelait la protection des femmes.
13LA BARQUE MAUDITE
Il avait eu beau faire, Aurore n’était pas revenue. Il se
rappelait les moments passés à ses côtés, aujourd’hui
encore, il regrettait… Et il se consolait en pensant
qu’elle l’avait quand même certainement aimé malgré sa
conduite imbécile.
Marine, qui perdait patience, lui lança brutalement :
– Tu vas la regarder encore longtemps ?
Sébastien se tourna vers elle prêt à l’envoyer paître,
mais finalement il s’abstînt. Il n’avait pas envie de
terminer la soirée seul.
Aurore, impressionnée par le spectacle final, n’avait
pas remarqué le manège du jeune homme. Elle se serrait
contre Romain Marquet, son ami. Une amitié
exceptionnelle, fraternelle, unissait les deux jeunes gens.
Bien que n’ayant aucun lien de parenté, les deux
adolescents se ressemblaient étrangement. Même visage
fin encadré de boucles blondes, des yeux bleus rieurs et
une silhouette élancée. Peut-être un lointain cousinage y
était-il pour quelque chose. Ils avaient effectué toute
leur scolarité ensemble, intriguant parfois pour se
retrouver dans les mêmes classes.
Devant eux, le docteur Daniel Lebon plaisantait avec
son épouse, Nathalie. Agés d’une quarantaine d’années,
ils avaient choisi, depuis bientôt cinq ans, d’abandonner
les tracas de la vie parisienne. Un homme se tenait à
leurs côtés.
Romain héla le groupe.
– Bonsoir Nathalie, bonsoir docteur !
– Hé, Romain, Aurore ! ça va ? A voir ta tête,
Aurore, je devine que tu as eu très peur !, lança
ironiquement le médecin.
– Non, ça va aller, je me dis que ce n’était qu’un
spectacle après tout…
14