La Bastos du Barca

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Jepe Llense, inspecteur au SRPJ de Perpignan, enquête sur un crâne retrouvé dans les sables du Barcarès, une balle logée dans son occiput. Il s'agirait d'un ancien douanier disparu en mer au large de Port-Vendres... L'affaire se corse quand le policier découvre que l'ancien collègue de travail et inséparable ami du "noyé" est mort dans un accident douteux, 24 h après le prétendu passage par dessus bord. Jepe Llense va remonter le temps et sillonner la côte catalane pour découvrir peu à peu les multiples facettes des deux gabelous retraités...


Daniel Hernandez continue sa saga policière avec cette excellente enquête de Jepe Llense dans les dessous du Barcarès.

Publié le : mardi 1 janvier 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330033
Nombre de pages : 232
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Manon Fabrégas
Jepe Llense rangeait son bureau. Stratifiées en tas biscornus, des chemises cartonnées s’éparpillaient sur ses deux tables de travail. Les couleurs bariolées des couches donnaient certes dans la décoration, mais il devait bien être le seul à l’apprécier et surtout à s’y retrouver. Tous ces dossiers traitaient des affaires en cours : vols à la tire, cambriolages, plaintes pour vio-lences… des délits de la délinquance juvénile qui constituait la majeure partie de sa “clientèle”. Cette société qui laissait sa progéniture à l’abandon, cela lui faisait mal, mais il s’y résignait peu à peu, se conten-tant de prêcher dans le vide chaque fois qu’il en avait le courage. Il avait passé son costume de cérémonie. C’est lui-même qui l’avait baptisé ainsi. Un Ted Lapidus anthra-cite dont la coupe ample et sportive laissait de la liberté à sa masse musculaire. Depuis les meurtres résolus sur * la côte et en Cerdagne , il était devenu une référence dans le monde restreint des experts en criminalité en
* Croix de sang au Grand Hôtel, Mare Nostrum, 2006.
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terre catalane. L’opinion publique et la presse l’avaient adoubé dans la confrérie des inspecteurs d’exception au même rang que Maigret, Colombo et Pepe Carvalho. A ce titre, le maire de la ville l’avait invité à une rencontre avec les responsables de la Generalitat de Catalunya, les riches cousins que les politiques courtisaient. * Dans l’affaire Comas , la découverte de la liquida-tion du guerillero républicain Joan Badie par la Guardia Civil avait été fortement relayée par la presse. Résultat, Llense était célèbre de l’autre côté des Pyrénées et les responsables roussillonnais profitaient de sa notoriété en l’invitant à chacune des rencontres inter-frontalières. Etre exhibé de la sorte le dérangeait quelque peu mais, bonne pâte, il se prêtait à leur jeu : les buffets valaient le coup et les nanas qu’il y croisait n’étaient pas bégueules. A cette heure-ci, il aurait déjà dû se trouver au palais de Rois de Majorque, mais le commissariat l’avait appelé de toute urgence. Le planton lui avait transmis un message laconique et imprécis signé de l’adjudant-chef Albert Simonet : « Restes humains découverts au Barcarès. Le gen-darme M. Fabrégas livrera les pièces à conviction en fin de soirée pour que vous vous chargiez de l’affaire. » En attendant son arrivée, il mettait de l’ordre. Le colis réceptionné, il filerait.
Enfin le standard l’appela : – Inspecteur Llense, quelqu’un pour vous, il vaut mieux que vous descendiez.
* Croix de sang au Grand Hôtel, Mare Nostrum, 2006.
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Je vais pouvoir me casser !espéra-t-il, abandonnant son rangement. Sa première surprise fut la tenue de Fabregas : jupe marine affleurant les genoux et chemisier bleu clair. Le M.n’était pas l’abréviation de monsieur mais l’initiale d’un prénom féminin. – Gendarme Fabrégas Manon, se présenta réglemen-tairement la gendarme dans un salut élégant et éton-namment féminin. Les réflexes machistes de Llense répondirent au quart de tour. Merde, une nana. Sûr qu’elle va me mettre en retard ! Il ne put s’empêcher de la comparer à Corinne Touzet dans la série télévisée, mais à part le tailleur, elle ne lui ressemblait pas et faisait plus vrai. Ses che-veux, d’un châtain éclairci par le soleil et taillés court, lui donnaient un air masculin que ses formes infir-maient immédiatement. Elle devait flirter avec la qua-rantaine. La seconde surprise fut une énorme housse en alu-minium semblable aux couvertures de survie. Manon Fabregas en fit glisser le zip de fermeture et des pièces d’un squelette démembré apparurent, les os zébrés d’algues et de vase. Llense eut un regard à la limite du dégoût : – C’est quoi que vous m’amenez là ? Vous vous croyez dans un centre d’études archéologiques ? Que voulez-vous que j’en fasse ? Habituée à la méfiance des hommes envers les femmes, elle sentit celle de Llense et interpréta ses questions comme une mise en cause personnelle :
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– Votre boulot, répondit-elle du tac au tac. Regardez d’un peu plus près ! l’invita-t-elle en saisissant la tête de mort et en désignant la zone occipitale. Jepe la prit entre ses mains et l’observa. Un bout de métal écrasé affleurait. L’aplatissement l’avait serti dans la paroi crânienne. – Regardez aussi de l’autre côté, lui conseilla Fabrégas. Jepe orienta la tête dans l’autre sens. Un trou cylin-drique étoilait le front de fissures. En observant au tra-vers des orbites, il distingua à nouveau l’objet métallique. Il aurait parié pour une balle de petit calibre. – On dirait que ce squelette a pris une bastos dans la tronche, constata-t-il. C’est pour ça que vous me l’amenez ? – Pas exactement ! L’adjudant-chef Simonet m’a dépê-chée sans savoir… à moins qu’il ne soit doué d’un don de voyance ! Son seul souci a été de me refiler la corvée du macchabée ! Avant de vous l’amener, j’ai préféré lui faire un brin de toilette. C’est à ce moment-là que j’ai découvert la balle, mon chef n’est pas au courant. Encore une qui ne comprend pas l’importance de la hiérarchie,nota Llense. – Vous auriez dû laisser tous ces ossements sur place, répliqua Llense qui voulait reprendre le dessus. Où les avez-vous trouvés exactement ? – Sur la plage du Lido au Barcarès. Quand on nous a appelés, la bourde était déjà faite. La police munici-pale avait ramassé les morceaux et les avait rassemblés dans cette housse ! Dès qu’on a été averti, on a informé le commissariat, et comme c’est vous qui centralisez les affaires criminelles…
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