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Hortense Cornin
La Bavarde
(Les aventures ordinaires de Timothée Chorial I)
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2013 ISBN : 978-2-8180-1897-2 www.pol-editeur.com
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Lesjumeaux
Timothée Chorial a quoi, trente-deux trente-trois ans, et il prétend que la chose la plus extraordinaire qui lui soit arrivée ne lui est pas arrivée à lui. C’est que Rhuni Dolmax, son ami d’enfance, a été élu président de la République.
À huit ans, ils étaient inséparables. Chacun Ils unique, ils se sont rencontrés à l’école à Paris où résidaient les parents de Rhuni, fuyant la dictature d’Anodré Sano-In, alors dictateur du Wardas. Ce fut un coup de foudre réciproque le jour de la rentrée, ils décidèrent de s’asseoir côte à côte et ne se quittèrent plus. Les parents furent bien forcés de devenir amis aussi, ce qui ne posa aucun pro-blème, car il arrivait sans cesse qu’un des gamins raccom-pagne l’autre et que les deux passent la nuit dans le même appartement. Les enfants ne savaient jamais le matin chez
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labavarde
lequel des deux ils dormiraient le soir, ce qui, à huit ans, est une vie aventureuse, quoique pleine de confort. Le carac-tère de Rhuni semblait au premier abord plus volontaire que celui, d’apparence plus paresseux, de Timothée, mais celui-ci était prêt à beaucoup pour défendre sa liberté d’être nonchalant tandis que l’humour de celui-là excluait tout excès dans ses entreprises si pleines d’esprit de décision. Physiquement, ils ne se sont jamais ressemblé, Timothée brun et Rhuni blond, Timothée plus dégingandé et Rhuni plus carré, mais les quatre parents prirent l’habitude de les appeler « les jumeaux » quand ils eurent quinze ans. Ce surnom a son histoire. Lorsque Rhuni eut douze ans, le régime d’Anodré SanoIn était déjà ébranlé par les sanctions européennes et le dictateur ne put s’opposer à ce que la chaire de sciences politiques de l’université d’Urminoi, foyer de l’opposition, soit offerte au père du gamin. La famille retourna habiter la capitale de son pays et Timothée, de son côté, It tant et si bien auprès de ses parents, jouant de la persuasion et du désespoir – il travaillerait tellement mieux au côté de Rhuni et ne serait rien d’autre qu’un adolescent perdu s’ils étaient séparés –, que son père sollicita dans son entre-prise de téléphonie le poste de chef de projet au Wardas, qu’il obtint sans difIculté puisque c’était au-dessous de ce à quoi il pouvait prétendre, tandis qu’Internet permettait à sa mère de continuer son travail de traduction et rewriting de textes scientiIques (anglais et espagnol) sans avoir à se trouver dans un pays plutôt qu’un autre. Même la langue
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n’était pas un problème car elle n’est pas trop difIcile pour des Français et que Timothée parlait déjà couramment le wardi, se révélant un efIcace professeur pour ses parents. Il se donnait d’autant plus de mal que lui plaisait cette situa-tion où il enseignait ses parents, et ceux-ci étaient heureux de le voir à ce point engagé dans une mission. Timothée et Rhuni continuèrent donc leur vie ami-cale au collège des Bons-Enfants d’Urminoi. C’est là que, à quinze ans, ils rencontrèrent Anatola et Sophie Renz, qu’il y avait d’excellentes raisons de dénommer « les jumelles » depuis leur naissance. Elles avaient leur âge et ce furent les parents Dolmax et Chorial qui comprirent les premiers, avant les intéressés, l’intensité des relations entre tous les quatre, certes, mais plus précisément entre Rhuni et Ana-tola d’une part, Timothée et Sophie de l’autre. Un soir que les Chorial dînaient chez les Dolmax, Rhuni et Timothée ne rentrèrent qu’à l’heure de l’apéritif, expliquant avoir rac-compagné Sophie et Anatola chez elles. Les adolescents ne donnèrent modestement aucune précision supplémentaire mais les garçons même les moins fanfarons ne peuvent gar-der pour eux ce qu’ils venaient de faire pour la première fois et leurs yeux, leur sourire, leur visage et toute la posture de leur corps manifestaient que leur pucelage était désormais de l’histoire ancienne. « Eh bien, tant mieux, les jumelles ont trouvé leurs jumeaux », dit M. Dolmax pour partager sa compréhension de la situation avec les autres adultes et les mots restèrent à Rhuni et Timothée, chacun étant surpris de ne pas les leur avoir appliqués plus tôt.
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labavarde
Il y eut cependant durant le dîner quelques instants un peu plus tendus. Si les pères ont tendance à se sentir attés de la virilité de leurs Ils, il arrive que les mères soient plus conscientes des possibles inconvénients liés à la manifesta-tion d’une telle muniIcence. Quand elles tâchèrent d’obtenir délicatement des précisions, ce qui était compliqué puisque l’événement était implicite et que les garçons ne se van-taient pas, Timothée et Rhuni se placèrent sur la défensive, croyant qu’on leur réclamait des détails indiscrets. Quand ils comprirent que leurs mères n’étaient avides que d’infor-mations sanitaires et plus particulièrement préservatives, ils expliquèrent qu’ils avaient passé une joyeuse après-midi et qu’il n’y avait rien à craindre. Rhuni et Timothée, cha-cun à sa manière, suscitaient une telle conIance chez leurs parents que la question fut réglée par ces quelques mots. « Les jumeaux vont se coucher, on a à se parler », dit Rhuni en emmenant Timothée avec lui dès le repas Ini, ofIcia-lisant leur surnom commun, et les quatre parents furent convaincus que les deux garçons avaient en effet ce soir-là encore plus de choses à se dire que d’habitude. Ils étaient tous deux excellents élèves et l’épanouis-sement de leur sexualité ne It que renforcer leurs qualités scolaires. Il faut dire qu’en outre ils trichaient à leur façon. Comme ils comprenaient très vite en cours, les devoirs à la maison les ennuyaient prodigieusement et Timothée par-vint à convaincre Rhuni qu’il était inutile qu’ils les fassent chacun tous et qu’une meilleure économie serait de se les partager en nombre équitable, l’un recopiant, avec les
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