La Cadillac des Montadori

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Le vieux Montadori va mourir. Dans cette île brûlée de soleil où de toute éternité les femmes semblent vouées au silence et les hommes à la guerre, un ballet commence autour du lit d'agonie. Montadori avait tout le pays à sa main, il faisait et défaisait les fortunes et les élections, et sa succession est l'objet de convoitises qui pourraient bien être déjouées, avec l'apparition d'un prétendant inattendu...
Publié le : vendredi 18 septembre 2009
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EAN13 : 9782072022494
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
LES FEMMES DE SAN STEFANO,roman, 1995. Prix François Mauriac. LA CHAMBRE DES DÉFUNTS,roman, 1999. LA FUITE AUX AGRIATES,roman, 2000 (« Folio »,n° 3713). LE PARADOXE DE L’ORDRE, 2002 (« hors série Connaissance »). LA PRINCESSE DE MANTOUE, 2002. Grand Prix du Roman de l’Académie française 2002. (« Folio »,n° 4020). LA CHASSE DE NUIT, 2004,roman (« Folio »,n° 4289). LUCY DE SYRACUSE,roman, 2006 ( « Folio »,n° 4629).
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l a c a d i l l a c d e s m o n t a d o r i
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MARIE FERRANTI
L A C A D I L L A C D E S M O N T A D O R I
r o m a n
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2008.
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On était dans les premiers jours de juillet. C’était le début de la canicule. Une brume d’un blanc sale cachait la cime des montagnes et noyait les lointains. Sandro Riucci quitta la ville pour se rendre chez le vieux Montadori, qui était à l’agonie. Il suivit la route de la lagune et longea l’étang. L’eau était vert sombre ; les reflets des roseaux y faisaient des taches noires. La route était déserte. Des oiseaux, effrayés par le bruit du moteur, prirent leur envol. Sandro les suivit des yeux jusqu’à ce qu’ils disparais-sent derrière les arbres. De l’autre côté de l’étang, un ciel laiteux se mêlait au bleu pâle de la mer. Un an plus tôt, avec Adriana, il venait ici presque tous les jours. Il garait la voiture au bord de la route et ils allaient à pied, à travers la pinède, jusqu’à la plage. Ils entendaient de loin la rumeur de la mer. Les aiguilles de pin craquaient sous leurs pas ; une odeur de résine, âcre et entêtante, flottait dans l’air. À l’approche du rivage, le bruit de la mer grossis-sait ; ils la découvraient par-delà les dunes. Ils se pro-
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menaient sur cette grande plage grise et désertée d’où l’on voit les immeubles sans balcon, aux fenêtres étroites, qui bordent la ville et l’enserrent comme une gangue. L’horizon était vide, rien n’arrêtait le regard. Ils s’asseyaient sur des troncs d’arbres secs, au bois doux et blond, poli par la mer. Le fracas des vagues couvrait leur voix, leurs pa-roles se perdaient dans le vent. À la tombée du jour, l’air fraîchissait, la mer prenait une teinte violette, l’ombre des pins se faisait presque menaçante. Adriana se blottissait contre Sandro. Elle lui donnait des baisers rapides, ses yeux bruns brillaient comme ceux d’un petit animal, elle prenait sa main, et alors Sandro était heureux.
Sa vie avait changé depuis qu’il avait connu Adriana. Avant elle, il n’avait jamais eu de liaison sérieuse. À presque trente ans, il n’était pas encore marié, alors que tous ses amis l’étaient. Sa haute taille et ses yeux gris, qui le faisaient ressembler à un Nordique, impressionnaient les jeunes filles ; sa mauvaise répu-tation leur faisait peur. Sandro n’avait connu que des aventures sans lendemain et, jusqu’à ce qu’il voie Adriana, cela le contentait. Elle était arrivée au quartier de la Marine au prin-temps de l’année précédente. C’était la plus belle fille qu’il avait jamais vue. La peau hâlée par le soleil, longue, mince, les pieds nus dans des sandales, elle portait des pantalons serrés et courts, d’un bleu délavé,
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et une chemise d’homme qu’elle nouait à la taille. De ses cheveux très noirs, elle faisait une tresse qui tom-bait jusqu’aux reins. Sandro admirait sa démarche, les épaules droites, le regard fixe, son air espagnol, comme il disait. Il se renseigna auprès de Joseph, un jeune garçon, qui passait son temps à traîner dans la rue. Il ne fut pas long à tout savoir. La jeune fille venait d’emménager avec ses parents. Ils arrivaient du sud de l’île. Le père était manœuvre et avait travaillé un mois ou deux pour Murtizi, mais il était de nouveau au chômage. Sa mère, personne ne la connaissait. On l’avait aperçue le jour de son arrivée et on ne l’avait plus revue. La fille se prénommait Adriana et semblait un peu bizarre. « C’est une étrangère. J’en sais pas plus, dit Joseph. — Quel âge elle a ? dit Sandro. — Elle a l’air plus vieille que moi, elle a au moins dix-huit ans », dit Joseph en empochant l’argent que Sandro lui tendait. Adriana n’avait pas quinze ans.
Il passait son temps à l’épier. Quand elle le croi-sait, Adriana lui coulait de longs regards. Un soir, il la laissa le dépasser et l’appela : « Adriana ! » Elle se retourna et l’attendit. Arrivé à sa hauteur, il bre-douilla : « C’est Joseph qui m’a dit ton nom. Moi, je m’appelle Sandro. — Je sais », dit-elle. Du bout du pied, elle s’amusait à enlever les petites pierres coincées dans la rainure des pavés disjoints.
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