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La Chienne de Naha

De
200 pages
'Minuit sonne à l'église. Mes pensées se déposent en espagnol, comme si la langue de mon enfance m'avait recolonisée tout entière, une flaque d'or s'élargissant au fond de moi. Toute la colline fermente contre le ciel, autant d'arbres fraternels, soudés comme les vagues dans la mer, bercée par leur masse en mouvement. Les morts sont autant d'arbres, ils poussent parmi nous, mêlés à nous, être mort est une belle chose, simple et agréable. La nuit est douce, piquetée d'astres, j'imagine les chèvres dans les cimetières goûtant de leur langue rêche la bière répandue sur les tombes.
Une balle tirée d'un point obscur pourrait pénétrer par la fenêtre et m'atteindre à cet instant. C'est une conviction très forte, une évidence en cette nuit des morts : quelqu'un est là, qui me vise le cœur.'
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It îs not Mexîco of course but în the heart.
M A L C O L M L O W R Y
« La Chîenne de Naha »
I y a ongtemps vîvaît un homme, à Naha. I vîvaît tout seu. I n’avaît personne. I n’avaît qu’une chîenne. Sa maîson se trouvaît à côté d’un arbre. Tous es jours î sortaît en quête de nourrîture. I aaît travaîer sa terre et î revenaît à mîdî. Un jour, en rentrant chez uî, î vît que tout étaît prêt : es harîcots étaîent cuîts, es tortîas bîen chaudes, a maîson baayée et en ordre. À partîr de ce jour, cet homme, chaque foîs qu’î rentraît, trouvaît sa maîson bîen rangée et e repas prêt. I se dît : « Comment est-ce arrîvé ? Je vaîs voîr. » Le endemaîn, î sortît de sa maîson comme pour aer travaîer, maîs î n’aa pas aux champs. I se cacha derrîère ’arbre. I resta à un petît moment, puîs î revînt à a maîson, sans prévenîr. I vît aors que a chîenne avaît ôté son vêtement, sa peau, et qu’ee étaît déjà occupée à moudre e mas et à préparer es tortîas. Ee s’étaît dépouîée de sa peau et ’avaît déposée dans un coîn de a maîson. Ee s’étaît transformée en femme et ee cuîsaît es tortîas. L’homme pensa : « Parfaît. Maîs comment vaîs-je faîre pour avoîr toujours une femme quî m’aîde ? Je saîs ce que je vaîs faîre. » Et ’homme se
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précîpîta, s’empara de a peau de a chîenne et a it dîs-paraïtre. La chîenne ne put remettre son peage et en fut réduîte à être toujours une femme. Depuîs ce jour, ’homme eut à sa dîsposîtîon une femme quî ’aîdaît à préparer es tortîas et à veîer sur a maîson. Maîs un jour, îs se dîsputèrent, et ’homme se fâcha très fort. I saîsît sa machette et tua a femme. I a frappa sî fort qu’î a coupa en deux morceaux. Un morceau roua et dévaa a pente jusqu’à a rîvîère. L’autre, ’homme s’en empara et, avec sa machette, î e coupa en tout petîts morceaux. C’est aînsî que ’homme et a femme eurent des enfants. Et de à vîennent tous ceux de ce vîage. Voîà pourquoî es gens de Naha sont sî quereeurs.
Extraît deTînujeî: os Trîquîs de Copaad’Agustín García Alcaraz, Mexîco Cîty, Centro de Investîgacîones y Estudîos Superîores en Antropología Socîal, 1973.
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