La chute de la maison Veaume 1

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Quel bonheur de vivre sur l’Île des Veaume ! A force de discipline et de thérapies diverses, Camille est parvenue à calmer sa légendaire émotivité. Sa vie, partagée entre la librairie qu'elle tient, le théâtre où elle donne un coup de main au régisseur, et ses amis, s'écoule paisiblement... Pourquoi faut-il qu'elle tombe, ce matin-là, au cours d'une balade peinarde, sur le corps de l'horrible Guiguite flottant dans la Crique du Contrebandier ? Adieu quiétude et sérénité ! Le petit monde bien huilé de Camille va voler en éclats !  
Publié le : vendredi 8 avril 2016
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EAN13 : 9791026204893
Nombre de pages : non-communiqué
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CÉCILE MONIER

La chute de la maison

Veaume 1

Mais pourquoi Guiguite nue dans la Crique ?

 


 

© CÉCILE MONIER, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0489-3

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Certains jours je me taperais volontiers la tête contre le premier cocotier venu... Mais qu'est-ce qui m'avait prise de venir me balader aussi loin du village ? Mais où avais-je la tête ? Dans quelle sphère délirante voguait mon esprit pour que je me retrouve ici, au bord de la Crique des Contrebandiers, face au cadavre nu de Marguerite Beaumont ? Parce qu'il s'agissait bien du cadavre de mon ancien professeur de français, la terrible, l'effroyable Marguerite Beaumont.

En arrivant sur le surplomb de la crique, j'avais d'abord cru être tombée sur les ébats balnéaires de cette chipie. J'allais m'en retourner sur la pointe des pieds quand, à la défaveur d'une vague à l'humour douteux, la découverte de sa nudité retourna mon estomac fraîchement rempli par un copieux goûter. L'Île grouillait de jeunes étudiants à cette époque de l'année, elle ne pouvait pas s'acheter un bikini, cette tarée ? Je regardais cette gourgandine faire la planche, les jambes écartées, indécente et offerte et la trouvais fort laide quand un détail attira mon attention : sa langue. Je me rapprochai discrètement... Mais oui ! La vilaine tirait la langue ! Le déclic se fit alors dans ma petite caboche. L'horrible bonne femme ne s'adonnait pas aux plaisirs de la planche, elle visitait l'au-delà !

Depuis je fixais la chose...

J'étais partagée entre cette violence et cette brutalité émotionnelles que suscite la vision de la mort et une irrépressible envie de rire... Incapable de faire mon choix, j'optai pour le cocktail fou rire baigné de larmes de la taille d'une cacahuète.

La franche rigolade ayant tendance à prendre le dessus, je vérifiai, honteuse, d'un large tour d'horizon, que nul ne fut témoin de cette coupable réaction. Monstrueuse ! Tu es monstrueuse ma fille !... Mais non ! Le monstre c'était elle qui ballottait là, au gré des vagues, la tête auréolée d'algues, lascive, un doigt pointé vers le large comme si un Klimt voulait la peindre. Marguerite Beaumont, celle qui avait anéanti les espoirs littéraires de trois décennies d'élèves, dont les miens, avait fermé son clapet teigneux à tout jamais ! Dieu, s'il existait, avait-il enfin décidé d'être sympathique et bon pour ses pauvres créatures ? Toujours est-il qu'il s'était fait aider ; il me parut évident que Marguerite, baptisée " La Guiguite " par ses anciennes victimes, n'avait pas fait le grand plongeon toute seule et surtout de son plein gré. Non, la vilaine avait reçu de l'aide et le bienfaiteur de l'humanité à l'origine de cette ponction salutaire s'était muni d'un coquet petit nœud bleu lavande qui enserrait le cou de la bougresse.

C'est d'ailleurs à l'examen de ce fait que je réalisai soudain que j'avais tout autant à craindre pour ma santé que pour une réputation " d'hystérico-nécrophile ". Je cessai de rire illico. Mon coup d'œil alentour se fit beaucoup plus attentif et pénétrant. J'inspectais chaque arbre, chaque buisson de la crique avec minutie pendant que j'effectuais un demi-tour savant en équilibre sur les rochers. Une fois orientée dans la bonne direction, je fis un départ foudroyant vers le village et entamai une course effrénée à travers la forêt. La motivation ne me fit pas défaut : la vision d'un dieu Pan, lubrique et cornu, me poursuivant à travers les bois muni d'une petite faveur bleue en guise d'étendard me donna des ailes. Certes, mon imagination a une fâcheuse tendance à s'emballer pourtant il faut bien admettre que, pour une fois, je n'abusais pas : Guiguite et moi n'étions pas seules dans la Crique des Contrebandiers... mais heureusement pour ma santé coronarienne, je ne devais l'apprendre que longtemps après ma sinistre découverte !

Un bon quart d'heure de course plus tard j'atteignis le centre du village les poumons en feu et les jambes flageolantes d'épuisement. Bon, arrivé là, n'importe qui, malgré la fatigue, aurait entamé une danse de Saint Guy et se serait mis à brailler comme un forcené pour alerter les populations et se libérer un peu de ses angoisses. Mais je ne suis pas n'importe qui. Moi, je dois brider mon esprit en le fixant sur un détail en général complètement stupide. C'est ma soupape de sécurité personnelle comme la cocotte-minute a son petit bouchon qui tourne... Donc aucune arrivée fracassante de ma part, de celle qui se grave dans la mémoire des populations pour des générations, mais plutôt la recherche d'une réponse à une question capitale : le cramoisi de mes joues ne jurait-il pas trop avec la couleur " vieux rose " de mon tee-shirt ? Je marchais doucement, une main sur le côté pour essayer de calmer la douleur sur le point du même nom, jetant tantôt des regards furtifs sur chaque façade tantôt un œil critique sur mon tee-shirt dégoulinant de sueur. Remerciant secrètement l'inventeur du déodorant qui m'évitait de rajouter à toute cette infamie celle de dégager un parfum capable de terrasser un hussard, je tournais sur moi-même au centre de la place, la main sur le ventre, en énumérant mentalement chaque cas de figure.

Qui solliciter en premier ? La plantureuse mère Théron ? Trop cancanière... se sentirait obligée de raconter vingt fois l'histoire à ses malheureux voisins avant de déclencher le plan Orsec. Son mari ? Très gentil et dévoué mais... trop près de sa femme, il y aurait interférence automatiquement. Les épiciers, ma copine Colette et l'asticot qui lui sert de mari, Damiani ? Bons commerçants... mais pour le reste ? Le boucher-traiteur, Champion ? Il m'insupporte au plus haut point... je ne voulais même pas y penser et surtout je désirais laisser sa sainte femme en paix qui avait déjà bien assez à faire avec ce vieux buffeteur qui lui servait de mari ! La libraire, Camille Roussel ? Super sympathique, sexy et finaude et tout et tout... mais déjà au parfum puisque c'est moi... et oui, enchantée me too ! Matthieu Duval, mon voisin et professeur de musique ? Trop sensible. J'étais certaine qu'il tomberait en syncope et j'avais bien suffisamment à m'occuper comme ça ! Vite, vite ! Vers qui me tourner ? Je pourrais simplement hurler au milieu de la place en piétinant hystériquement la pelouse... Mais non ! Que je suis mollasse du cerveau ! Les Veaume ! Ils recevaient justement un cousin lieutenant de police et Keira Veaume, ma meilleure amie était la femme au monde qui savait toujours quoi faire. Ce qu'elle pouvait m'énerver quelquefois....

Ainsi, arrivée du Sud-Est quelques secondes avant, je repartis illico vers le Nord-Est ! Je me trouvais un tantinet godiche sur cette histoire... mais le côté exceptionnel de la situation me donnait quelques excuses. Sans compter que me montrer indulgente de façon assidue avec moi-même ne pouvait être que bénéfique dans cette jungle qu'est le monde. C'est toujours ça de pris pour Bibi ! Au demeurant, pour aller directement de la Crique des Contrebandiers au Manoir Veaume, j'aurais dû traverser le lac en barque. Or, la situation m'incitait plus à une course débridée à travers bois qu'à une séance de musculation à la rame des bi, tri et autres ceps.

Je me mis en route, torturée par bien des questions car j'étais consciente d'avoir perdu un temps précieux. Et si quelqu'un d'autre tombait sur le cadavre de la vilaine et le déplaçait ? Et s'il était emporté au large par les vagues ? N'avais-je pas rêvé ? Avec mon imagination... Et si c'était un jeune de l'internat qui tombe sur la Beaumont en train de faire trempette dans le plus simple appareil ? Je savais qu'ils n'avaient pas le droit de se balader si loin de l'école... mais est-ce que ça les gênait maintenant les loustics ? Après tout, s'ils voulaient de l'aventure, là, ils seraient servis ! Mais peut-être un peu trop tout de même... Hou là là ! Est-ce que j'avais bien fait de laisser le cadavre ainsi sans surveillance ? Mais que pouvais-je faire d'autre ? Et s'il était mangé par des bêtes ? Et si j'avais rêvé...?

C'est dans cet état d'esprit détendu, style " je vais bien, tout va bien ", qui du reste m'est très habituel, que je débarquai épuisée dans la cour du Manoir. Cerise sur le gâteau, je réalisai subitement que j'aurais très bien pu prendre un cheval dans l'écurie du village... Bref, no comment ! Traversant la cuisine avec mon plus beau sourire pour Francette, la reine des fourneaux, je rejoignis l'avant de la maison où les Veaume prenaient habituellement l'apéritif sous une tonnelle face au lac. Bingo ! Marceau Veaume, sa fille Keira et un inconnu, que je supposais être le cousin lieutenant de police, goûtaient aux joies d'un pastis-petits-toasts-tapenade sous le jasmin en attente de ses premières fleurs. Et bien, ils pouvaient tout de suite sortir le whisky, car il me faudrait un peu plus que leur petit " jaune " pour me remettre de mes émotions ! Bien entendu c'était une réflexion de moi-même à moi-de-même et je me gardai bien de l'énoncer tout haut...

Je restai très concise :

─ Je suis désolée de vous déranger....

Ce fût tout, comme d'habitude... Mes hôtes forcés se figèrent, le sourcil en arc-de-cercle. Grâce à Dieu Keira éclata de rire.

─ Qu'est-ce qu'il t'arrive ma Camille ? Dans quel état tu es ? ! ! Moi qui comptais te montrer au cousin William...

─ J'ai... je crois que j'ai trouvé un cadavre...

Nouveau concours d'arcs-de-cercle dans l'assistance... Mais quelle nunuche ! Qu'est-ce que j'avais dit ? ! ! " Je crois que j'ai trouvé un cadavre... Na na na na na ". J'étais vraiment en dessous de tout ! Je l'avais vu ou pas la vilaine flotter sur l'eau de la crique avec son nœud bleu ?

─ " Je crois... " ! ?

Ça y est, le cousin se réveillait !... Il allait me prendre pour une cinglée le flicaillon ! Et il n'aurait pas tort...

─ J'ai découvert un cadavre... Marguerite Beaumont, la prof de littérature. Elle flotte dans la crique avec un nœud bleu autour du cou... Elle a été étranglée... Elle est toute nue... J'ai peur que des animaux la trouvent... ou qu'un gamin la mange... heu... enfin l'inverse quoi !..

Nouvelle explosion de rire du côté de Keira :

─ Qu'est-ce que tu racontes Camille ? !

─ La vérité ! Je me baladais au sud de l'Île et je suis tombée sur le corps de Marguerite Beaumont qui flottait dans la mer. J'ai d'abord couru au village mais je ne savais pas qui prévenir puisqu'il n'y a pas de gendarmerie ou de poste d'urgence... et... flûte ! J'aurais pu prévenir le médecin... Je n'y ai pas pensé... mais non, il n'est pas là en ce moment de toute façon... et puis je me suis rappelée que vous receviez ton cousin lieutenant, alors je suis venue jusqu'ici.

Il y eut comme un flottement sauf pour Keira qui continua sur sa lancée sans réaliser la gravité de mes propos :

─ Je sais bien que tu manques cruellement d'homme depuis longtemps, Camille, mais là tu exagères ! J'avais l'intention de t'amener William, tu n'avais pas besoin d'inventer un cadavre !

Oh l'ignoble ! Oh la pouf ! Était-ce vraiment ma meilleure amie ? Certains jours, je me demande si ce n'est pas plutôt la plus fieffée garce du pays ! Mais je devais me recentrer... là je n'avais pas le temps mais elle ne perdait rien pour attendre...

─ Arrête de glousser Keira ! Il y a bien le corps de Guiguite dans la Crique des Contrebandiers. Je ne plaisante pas et j'ai peur que quelqu'un tombe dessus.

Je ne parvenais pas à comprendre que Marceau reste prostré et surtout que le cousin ne réagisse pas plus vite. Merde ! C'était son boulot ou pas ? J'aurais mieux fait de prévenir la vieille Adèle, une mémé de quatre-vingt quinze ans au crâne et à la bouche dégarnis qui habite le village. Elle, au moins, aurait déplacé son dentier ; elle le fait toutes les trente secondes avec un " slurp " à vous dégoûter même d'un morceau de chocolat. Le lieutenant, lui, ne broncha pas. Encore un William... Ils manquaient cruellement d'imagination dans cette famille ! Sacré air de famille en tous cas... Il me fixait, impénétrable, de ses yeux sombres. Pour une raison qui m'échappa totalement, il semblait vouloir me sauter dessus pour me faire subir le même sort qu'à la Guiguite, les préliminaires en moins bien entendu, vu la nudité suspecte du cadavre. Peut-être parce que je lui avais gâché son pastis-tapenade...? Voilà qu'il me poussait un gros soupir maintenant... Oh Sarah Bernhardt, je suis désolée de te tirer de l'ombre de ton jasmin mais il va falloir te bouger le troufignon, c'est ton boulot après tout mon p'tit gars ! Bien sûr, parce que j'ai un remarquable esprit de synthèse, à voix haute je balançai :

─ Désolée de vous ennuyer... je crois que vous êtes en congé, lieutenant... Je suis un tantinet émotive et j'ai un peu de mal à bien réagir dans certaines situations... J'aurais dû insister à propos du docteur Raphanel et demander au village s'il n'y avait vraiment aucun moyen de le contacter cet après-midi...

Bref moment d'hésitation de mon interlocuteur, puis comme s'il abandonnait la partie, mais laquelle au fait ? !

─ Non, non ! Vous avez très bien fait au contraire !

Coup d'œil surpris de Keira sur son cousin...

─ Si vous aviez parlé dans le village, la Crique serait envahie de badauds à l'heure qu'il est. Ne vous inquiétez pas, je vais m'occuper de tout. C'est moi qui suis désolé de réagir ainsi... cela n'a rien à voir ...

Ah ! tout de même...

─ ... Dîtes-nous plutôt comment vous vous sentez...

Il était devin ou il venait de me lancer un sort ? Je réalisai justement que je ne me sentais pas très bien... et même pas bien du tout. Je m'effondrai comme une poupée de chiffon :

─ Je crois que je pars... je suis en train de partir...

Le lieutenant se précipita juste à temps pour freiner ma chute et me faire asseoir sur les dalles.

─ Mettez votre tête entre les genoux... là... du calme... ça va aller. C'est le contrecoup...

J'étais partie... quelques secondes... mais j'étais bel et bien partie ! Keira avait dû s'en rendre compte elle aussi parce qu'elle s'intéressa enfin à mes problèmes. Elle, Marceau et Francette, venue en renfort, me tournèrent autour avec maintes recommandations. Je trouvais que c'était beaucoup de bruits pour rien... et je me demandais quand ils allaient se décider à sortir le whisky ; certaines personnes n'ont vraiment aucun sens de l'hospitalité... c'est pathétique !

─ Je pourrais avoir quelque chose d'un peu fort à boire ? Tu n'aurais pas un petit whisky ou un truc comme ça, Marceau ?

Je vis bien la lueur narquoise dans l'œil de mon sauveur le flicaillon. Et alors quoi ! C'était pour pas déranger... la table des pépéros était là... Je n'allais tout de même pas les obliger à courir chercher un sucre et de l'alcool de menthe !

─ Je prendrais bien quelques granules d'Arnica et d'Ignatia aussi et puis de Gelsemium... Je dois avoir ça dans mon sac... Mon sac ! ! ! J'ai perdu mon sac ! ! !

─ Tss... Tss... Tss... il est là, calmez-vous !

William Dorsay tira le sac de mon dos... La bandoulière avait tourné autour de mon cou pendant ma course à travers bois. Je n'avais pas rêvé : il m'avait fait " Tss... Tss... Tss... " ! Comme un maître d'école qui commence à perdre patience face à des morveux aux six ans à peine frappés et qui se prennent déjà pour l'inspecteur Harry. Non mais quel rustre ce mec !

 

Vingt minutes plus tard, la bienséance ayant repris ses droits puisque j'avais eu mon whisky, et mes tremblements quelque peu calmés, nous traversions le lac à la rame.

La famille Veaume, propriétaire de l'île depuis de nombreuses générations, interdit les moteurs. L'aïeul de Marceau, banni de la cour pour ses idées trop cools à l'égard des péquenauds et autres souffre-douleurs de la noblesse, avait supprimé la particule de son nom, avant de se barricader sur son île. Là, il avait créé un petit état où le bien-être de l'homme et de la nature régnait en seul maître. Les relations très particulières qu'il entretenait avec la femme de son souverain l'avaient beaucoup aidé pour ce projet de tendance plutôt révolutionnaire. Et le pauvre roi, pourtant conscient d'être doté des plus belles cornes du pays, avait dû fermer les yeux face aux caprices de sa royale épouse qui ne ratait pas une occasion d'aller faire des séjours de " santé " chez son rival le Comte (ex De) Veaume. Ah ! " ce que femme veut... " Enfin, toujours semi-indépendante à ce jour, et dotée de lois propres, l'Île foisonne de barques, petits voiliers, vélos et carrioles tirées par des chevaux. Le lac est cerné par la forêt sauf dans sa partie Ouest réservée au village où quelques maisons, dont la mienne, vivent les pilotis dans l'eau. Au nord de l'île, s'élèvent côté lac, le Manoir Veaume et, côté mer, un pensionnat accueillant une centaine d'élèves. A quelques pas de là, une salle de spectacle et un théâtre à ciel ouvert donnant directement sur l'eau ont gagné une réputation internationale grâce à la qualité de leurs représentations. Dans la partie Est de l'Île, une ferme entourée d'immenses champs et pâturages sert de garde-manger à toute la population locale et aux touristes plutôt nombreux en période estivale. Elle est tenue par mon amie Babette et son mari, Simon. (Waouh... pas mal le tour operator ! Par ici la monnaie, SVP !)

La barque accosta enfin sur l'autre rive. De plus en plus inquiète, puisque près de deux heures s'étaient écoulées depuis ma macabre découverte, j'étais envahie par un mauvais pressentiment qui accaparait toute mon attention, ce qui m'amena d'ailleurs à sortir de l'embarcation beaucoup plus vite que prévu et à me retrouver assise au fond du lac heureusement peu profond à cet endroit. William Dorsay eut la décence de ne pas rire, mais il marqua un temps d'arrêt significatif avant de venir à mon aide. Il me souleva d'une main tout en me signalant que mon sac était devant moi... Je compris que j'étais définitivement cataloguée " neuneu " par le cousin de Keira, qui elle, ne se gêna pas pour faire fuir les oiseaux avec son rire gras que j'allais lui faire regretter un de ces quatre matins, sans savoir exactement comment pour l'instant, mais la garce ne perdait rien pour attendre une fois de plus ! !...

Dégoulinante, je courus à travers les bois, suivie par mes trois compagnons puisque Francette n'avait pas du tout été tentée par la petite promenade mortuaire et était chargée de prévenir les secours. En m'approchant de la crique, je constatai avec tristesse que ce que je redoutais le plus était arrivé : quelqu'un avait découvert le corps... pas un pensionnaire certes... mais un prof et un prof hyper sensible ! Matthieu Duval, qui ne vivait que pour et par la musique, remontait le chemin en titubant, l'air effaré et désespéré. La syncope était proche...

Il stoppa brusquement quand il nous aperçut se retenant au tronc d'un arbre. Je n'avais jamais vu pareille détresse dans le regard d'un homme. Je me précipitai vers lui et l'attrapai par la taille car ses jambes ne le soutenaient plus. Il me fixa de ses yeux agrandis par l'horreur de sa découverte. Emportée par le seul poids de son désespoir, car on ne pouvait pas dire que Matthieu fût bien épais, et aidée par un terrain légèrement en pente, j'entamai avec le pauvre garçon une espèce de valse tout à fait involontaire qui nous ramena inexorablement vers la crique et donc vers la cause de toutes ses angoisses ! Essoufflée, cherchant désespérément à freiner notre grotesque ballet à trois temps, je réussis néanmoins à baragouiner quelques mots à mon infortuné cavalier :

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