La chute de la maison Veaume 2

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Le calme est enfin revenu sur l'Île des Veaume. Camille tente de recoller les morceaux et reprend avec courage son combat contre cette chipie de Voix. Soutenue par ses copines et son beau Ténébreux, elle est fière de ses progrès. Hélas ! C'est sans compter sur les Camprieu, mère et fille ! Ces deux beautés venimeuses vont débarquer au Manoir en pays conquis et tenter d'ériger leurs magouilles en loi universelle ! Mauvais temps en perspective pour Camille et son Amour, surtout que la mort a décidé de s'inviter à la fête...  
Publié le : vendredi 8 avril 2016
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EAN13 : 9791026204909
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CÉCILE MONIER

La chute de la maison

Veaume 2

Mais pourquoi Pierre pieds nus dans la mare ?

 


 

© CÉCILE MONIER, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0490-9

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Arbre généalogique de la famille de Longemont

 

 

Pierre      +Sophie (2° épouse)

_____________________________|______________________________

|||

Paul + DianeJean-Baptiste + BlandineMarie + Gabriel

VictoireThibautFrançois

Joseph (†)            Louis-Marie                  Estelle

Marianne

Agnès

Guillemette (†)

Bénédicte

 

 

Et voilà ! Tu as encore perdu une occasion de te taire... Était-il vraiment nécessaire de dire à cette pimbêche que le clébard accroché à l'arbre, de l'autre côté de la rue, ressemblait à une serpillière espagnole ? L'île où tu vis n'est pas immense. Tu ne connaissais pas ce chien : tu aurais pu supputer l'appartenance de cette horreur sur pattes à un touriste... Et l'arbre se trouvant pile poil en face de la porte de ta librairie, tu aurais aussi pu imaginer que le touriste en question pouvait vagabonder au milieu de tes étagères... Mais non ! Miss Camille est incapable de signaler à une coiffeuse qu'elle est en train de lui labourer le crâne avec les dents de son peigne, mais elle ne peut pas s'empêcher de dire à une cliente que son chien est moche ! Cherchez l'erreur...

Quelquefois j'ai du mal à me supporter... Enfin, ma cliente était tellement stupide qu'elle avait déjà oublié la polémique pour se ruer sur la biographie d'une star de la pop qui devait être momifiée depuis belle lurette. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour gagner trois sous... En revanche cette très chère Colette Damiani, ma voisine et épicière, avait plongé derrière la gondole des nouveautés pour dissimuler son hilarité. Je lui jetai un regard qui en disait long : au moindre gloussement, au moindre pépiement, elle s'exposait à être virée à grands coups de tong verte à fleurs roses ! Le message sembla être passé : les joues de la fausse jouvencelle tournèrent au pivoine et se couvrirent de larmes tandis qu'elle avalait ses lèvres pour ne pas ouvrir la bouche. Je lui montrai les dents d'un air carnassier en raccompagnant la cliente jusqu'à la porte. Je fermai à double tour et baissai la persienne de l'entrée avant d'aller m'affaler par terre, à côté de mon amie Colette, qui laissa exploser son rire.

─ Ouf ! J'ai cru qu'elle ne partirait jamais ! Mais quelle emmerdeuse !

Colette ne se retint plus.

─ Et toi qui lui démonte son toutou ! Mais qu'est-ce qui t'a pris ?

─ Je ne sais pas ! Je n'en pouvais plus de cette stupide bonne femme ! Je cherchais quoi lui répondre sans montrer mon épuisement quand mon regard est tombé sur ce truc ignoble coiffé comme un rasta... Je sais pas, j'te dis : j'ai perdu pied ! C'est sorti tout seul.

Nous étions en larmes. Colette se mit à quatre pattes et me fit signe de la suivre jusqu'à la vitrine où nous pointâmes nos deux museaux réjouis entre deux livres exposés. Très prudentes, nous chuchotions...

─ C'est vrai qu'il était sacrément moche son clebs... Où est-ce qu'il est ?

─ Là, sur la gauche... Il fait sa petite affaire près du banc...

─ Mais c'est quoi comme marque ce cabot ?

─ Un caniche !

─ Ça, un caniche ? ! Mais non, c'est tout minus les caniches !

─ Pas tous ! Ils ont leur taille break dans la gamme ! Si, si, comme je vous le dis, Madame... çui-ci c'est un caniche royal !

─ Non ? !

─ Farpaitement ! D'habitude, ils ont plus la dégaine du " vicomte de la tronche en biais " avec leur couronne de crème chantilly en forme de trèfle, mais là, Môman lui a payé une permanente qui lui aplatit la choucroute sur le dessus et lui supprime les deux écouteurs sur les côtés. C'est très réussi...

Ma copine acquiesça du chef et nous partîmes chacune de notre côté, et toujours à quatre pattes, dans un savant demi-tour. Notre avancée à la Sioux fut stoppée par l'apparition d'une paire de " chaussures-bateaux " fraîchement cirées.

─ Vous avez perdu quelque chose les filles ?

Crotte ! J'avais oublié la porte arrière de la librairie, celle qui donne sur le ponton du lac... Et il fallait que ça tombe sur Dorsay !

Colette ne se laissa pas démonter et fut debout en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, un sourire radieux sur les lèvres.

─ Willy ! Quelle bonne surprise !

Ce fut déjà plus délicat pour moi puisque mes deux compères durent m'aider à me relever... William m'épousseta les mains et les genoux. Hé là, bas les pattes mon gars...

─ J'ai rêvé ou je t'ai entendu traiter le chien de ta cliente de serpillière espagnole ?

J'opinai du chef en baissant les yeux honteusement.

─ Tu trouves ton chiffre d'affaire trop élevé alors tu as décidé d'écrémer, c'est ça ?

Je relevai les yeux pour le fixer et articulai chaque syllabe avec soin.

─ Elle m'a é-ner-vée !! D'abord c'est une chipie !

Colette m'approuva. Regonflée par cet appui amical, je poursuivis mon explication.

─ C'est le genre de bourgeoises qui entrent dans les magasins pour passer leur ennui sur les vendeurs. Leurs existences sont tellement vides qu'elles ont l'impression de les combler en se comportant comme des... des garces ! Elles n'ont pas eu le courage d'affronter leur vie alors elles s'attaquent à de pauvres vendeuses qui n'ont pas le droit de répondre... des salopes !

William sourit.

─ Ah ! Camille... Camille... ! Tu sais que je la connais cette bourgeoise chipie, garce et... quoi encore... salope... Je n'oublie rien ? C'est même moi qui lui ai conseillé ta boutique !

Oh, counette ! Roussel, tu t'es encore surpassée !

─ Tu plaisantes ? Tu connais cette bêcheuse ?

William partit d'un magnifique éclat de rire, qui lui allait fort bien d'ailleurs...

─ Jamais tu t'arrêtes ? ! Oui je la connais. C'est d'ailleurs à ce sujet que je passais te voir.

Colette me donna une grande tape dans l'épaule.

─ Tu viens de louper la vente de ta vie ! Il était venu te dire que Madame et son toutou t'achetaient tout le stock !

─ Elle ? Je la verrais plutôt dévaliser un magasin de fringues...

William approuva.

─ En général, elle passe ses journées dans des salons de beauté, c'est certain... Mais aujourd'hui elle cherche un bouquin pour son mari qui dirige un grand groupe de presse.

─ Un magnat de la presse avec cette potiche ? Qu'est-ce qu'ils trouvent à se raconter le soir ?

─ Pas grand chose. C'est du genre Monsieur sur son bouquin et Madame dans son bain ! Et si nous poursuivions cette conversation autour d'un verre ? Je crois que tu as fermé...

Colette renchérit.

─ Quand on voit comment elle reçoit ses clients, je pense que c'est une excellente initiative !

Je leur tirai la langue en leur désignant l'escalier qui monte à mon appartement.

C'est une chance inouïe de vivre au dessus de son boulot, lui-même installé au bord d'un lac au centre d'une île magnifique. Bien sûr, nous avions vécu des moments difficiles à la fin du printemps. Découvrir que le régisseur de notre théâtre, Fabrice, avait assassiné trois personnes, tabassé une petite vieille et tenté de me tuer, avait été un choc terrible. Qu'en plus, mon cher voisin, Matthieu, ait disparu avec ce monstre au fond des eaux pour me sauver la vie, n'aidait aucun des habitants à faire des nuits sereines et réparatrices ! Bientôt deux mois que toutes ces horreurs s'étaient produites et que Marceau Veaume le propriétaire de l'île avait laissé son manoir et la direction de l'île à son neveu William Dorsay. Il éloignait ainsi sa fille Keira, qui avait participé à un trafic de drogue avec Fabrice. Ils amenaient avec eux, Francette, la maman de Fabrice et gouvernante du Manoir Veaume . Je n'étais pas au courant de tous les détails, mais William et Marceau avaient raconté au commissaire Darbaut une histoire où seuls, Fabrice et une de ses victimes, ma cauchemardesque ancienne prof de français, Marguerite Beaumont alias Guiguite-la-catin , avaient été incriminés. Décidément, les hommes de la Maison Veaume-Dorsay ne s'embêtaient pas avec les détails surtout quand il s'agissait d'arranger leurs petites histoires ! !

Mais, pour l'instant, au vu du superbe fessier musclé de Dorsay, qui dodelinait devant mes yeux dans ma cage d'escalier, je décidai d'oublier que les hommes de cette famille taquinaient périodiquement mon sens aigu de la morale !

Je voulus installer mes invités sur le balcon, au dessus de l'eau du lac, mais le père Dorsay fit un caprice. Je ne sais pas ce que la potiche au chien-chien lui avait fait, ou plus certainement ce que lui, lui avait fait, mais il semblerait que mon bonhomme voulait échapper à sa rombière. Et là... il me fallait une explication dans les plus brefs délais ! La curiosité commençait méchamment à me chatouiller les cavités nasales...

Colette, ne semblant pas partager mes centres d'intérêts, je décidai de mettre ma fierté de côté et de tenter, seule, d'obtenir des réponses à mes très nombreuses questions.

─ C'est... qui cette femme ? Tu la connais de puis longtemps ? C'est une amie... ?

Ce salopiaud de William ne put s'empêcher de sourire avant de satisfaire ma curiosité...

─ C'est Sophie De Longemont, la femme de Pierre, un de mes employeurs occasionnels... J'ai fait plusieurs reportages pour lui. Il appréciait mon boulot et m'a invité chez lui. Après ça, sa femme n'a pas cessé de me harceler...

─ Le charme Dorsay quoi !...

William tenta de faire son modeste... sans grande conviction...

─ C'est c'la ! Qu'est-ce que tu veux, je suis bien obligé de sortir un peu... je ne vais pas me cloîtrer pour éviter à toutes ces affolées de devenir hystériques !

─ Mum, mum... je comprends... et Colette et moi, quand est-ce qu'on intervient... ? On te sauve comment ? En te cachant chez nous ?... Mais... est-ce que tu n'as pas peur de nous rendre hystériques nous aussi ?

William m'envoya un baiser par dessus son verre.

─ Je ne sais pas comment m'en débarrasser... Les Longemont vivent à Paris mais ils possèdent une grande maison ici, en face de l'Île, au dessus du port. Toute la famille débarque pour les vacances sauf Pierre et ses deux fils aînés, Paul et Jean-Baptiste, qui n'arriveront que pour fêter son anniversaire. Sophie n'est pas du tout à l'aise avec ses beaux enfants. Ils sont plus âgés qu'elle et ne viennent pas du même milieu. Elle n'a pas du tout été acceptée. En prime, elle leur impose sa mère, Line... Bref, elle n'avait pas envie de rester seule avec ses belles sœurs, ses neveux et ses nièces. Elle m'a écrit pour me dire que Marceau lui proposait de s'installer au Manoir en attendant la venue de son mari... Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais quand elle a téléphoné pour m'annoncer son arrivée aujourd'hui, je lui ai dit que j'étais absent... qu'elle devrait prendre une chambre à l'hôtel. Cela ne l'a pas découragée... Elle m'a dit que ce n'était pas un problème pour elle de passer une nuit à l'hôtel et qu'elle en profiterait pour faire les boutiques.

Cela nous amusa beaucoup avec Colette car nous avions déjà eu affaire à la péronnelle !

─ Tu lui as expliqué qu'il n'y avait aucun institut Dior ou magasin Van Cleef sur l'île ? C'est peut-être en découvrant le village et ses superbes boutiques que son chien a perdu ses frisettes ! !

─ Elle cherche un cadeau pour Pierre, son mari. C'est pourquoi, je lui ai conseillé ta librairie.

─ Merci... T'es trop bon ! Mais je pense que ton copain Pierre va moyennement apprécier de devoir se taper la vie palpitante de Gloria Gaynor !

─ C'est ce qu'elle a acheté ?

─ Mmm ! Mmm !

─ Encore un livre qui finira sur les étagères de la chambre de Sophie ou celles de sa mère, à côté de leurs collections de poupées !

De quoi est-ce qu'il parlait le gus ? ! Comment connaissait-il la chambre de cette grue et celle de sa génitrice ? Hou ! La moutarde commença à me monter au nez... Il me fallait une explication dans les trois secondes chrono et elle avait intérêt à me satisfaire... Je pris un ton dégagé tout en fouillant dans le bol des biscuits apéritifs.

─ Tu connais la chambre de ces dames ?...

Je relevai négligemment les yeux en faisant mine de chercher où le garçon avait bien pu s'asseoir... Quelle finesse... William me fixait en se mordillant les lèvres. Le ténébreux jouait avec mes nerfs... Attends un peu que je lui montre ce qu'une femme est capable de faire ! Alors, il allait se décider à me répondre ou je devais piétiner la carpette en poussant de hauts cris ?

─ Je connais la chambre de ces dames... en effet... Elles sont... comment dire... plutôt acharnées...

Colette me piqua ma réplique.

─ Elles ont le feu aux fesses quoi !

─ C'est un peu ça ! Elles sont persuadées que le physique est le seul moyen de communication valable pour une femme. La fille surtout. Sa mère, Line, lui a mis cette idée dans la tête. Elle lui faisait faire tous les concours de beauté enfant puis ado.

─ La pauvre ! On devrait trucider les parents qui font vivre ça à leurs gosses. Faut vraiment rien avoir dans le crane... Au fait ! Ça explique le chien ! Tu crois qu'elle participe à des concours " toutou et sa mémère ". Je verrais bien Barbie et son corniaud défiler sur l'estrade en petits manteaux rouges avec cols et poignets en fourrure...

William poursuivit son explication.

─ Justement, Sophie m'a fait entrer dans sa chambre un jour pour me montrer tous ses trophées ... Elle en a eu beaucoup. Elle est très belle... Bof... Par contre, j'ai un peu plus de mal à expliquer pourquoi Line m'a fait rentrer dans la sienne... C'est ça, fais ta prude, prétentieux... Dans un sens, c'est normal puisqu'elle n'a pas vraiment de maison : elle vit chez son beau-fils Pierre. Du coup, elle a une grande chambre avec un coin salon... Elle est belle aussi... Ça va oui ! Et nous, on a plus qu'à se mettre un sac sur la tête ? !... Surtout de corps... Elle s'est fait refaire tout le visage. Ah, ben d'accord, c'est facile !... Le résultat est plutôt cool mais on sent que ce n'est pas naturel... Sophie a réussi à faire payer la chirurgie par Pierre !

─ Dis donc, ce Pierre, il ne serait pas un peu dirigé par sa zigounette ? Tu te rends compte, sa femme parvient à lui faire accepter la présence de la belle doche et en plus à lui payer une chirurgie esthétique !

Colette et moi étions ravies. Mais, je n'oubliai pas que le garçon avait avoué être entré dans les chambres des excitées...

─ Et vous avez pris le thé, dans cette chambre-salon ?...

La risette du gars devint carrément moqueuse...

─ Entre autres... Comment ça ? !... Nous avons aussi... beaucoup discuté...

Très drôle le père Dorsay... J'me marre !

─ Et, sans indiscrétion, de quoi discute t-on avec les propriétaires d'un caniche royal et d'une collection de poupées super kitsch ?

─ En général, on discute des propriétaires et de leurs propriétés, car c'est là leur seul centre d’intérêt...

─ Mmm ! Gâââté ! Tu as dû te régaler dis donc !

─ Positivement... Ce furent de grands moments d'éblouissements intellectuels.

─ Et donc, tu penses que cette Einstein en mini jupe a débarqué sur l'île pour s'en prendre à ton corps ?

William faillit recracher son verre et se mit à tousser.

─ Je ne l'aurais pas formulé ainsi... mais il y a un peu de ça, en effet...

Colette me gratifia d'un superbe clin d’œil par dessus son verre. La chose fut surprise par le fanfaron, mais il ravala sa fierté de mâle et nous informa, enfin, de l'objet de sa visite.

─ C'est pourquoi, je voulais te demander Camille... et à toi aussi puisque tu es là, Colette, si tu... vous accepteriez de passer pas mal de temps avec moi ces prochains jours. Peut-être que ce sera plus difficile pour toi, Colette, avec l'épicerie...

Ma copine lui cloua le bec.

─ Mais pas du tout ! Au contraire ! Je serais ravie de te rendre ce service ! C'est l'occasion ou jamais de prendre quelques vacances ! Je ne supporte plus la tronche de Damiani en ce moment ! On vit ensemble, on travaille ensemble... ! Bref, je n'en peux plus. Écoute, je passe prendre un pyjama et une brosse à dent et je suis ton homme !

Je fus bluffée ! Comment parvenait-elle à garder son sérieux ! En revanche, le père Dorsay, lui, aurait pu shampouiner la moquette avec sa mâchoire inférieure... Il ne s'attendait pas du tout à une telle réponse !

Mais je sentis que ma copine n'en avait pas fini avec lui... Et en mauvaise camarade, j'en jouis par avance...

Tu riras moins, Niaiseuse, quand c'est elle qui le mettra dans son lit...

─ Et franchement, moi, justement, j'ai Damiani qui peut tenir l'épicerie... tandis que Camille est seule à la librairie...

Oh la garce ! Que c'était bon ! On sentait que William avait la cervelle qui " tacotait " à cent à l'heure ! Pauvre vieille guimbarde... Mais je n'allais pas le laisser patauger dans son marasme plus longtemps... Parce que, moi aussi, j'avais une folle envie de me frotter au garçon le plus souvent possible ! Nous marchions sur des œufs tous les deux. Notre échec, il y a une vingtaine d'années, à l'adolescence, nous avait rendu aussi prudents qu'un convoi d'explorateurs traversant une forêt infestée de mygales géantes. Depuis nos retrouvailles, deux mois plus tôt, nous ne cessions de nous tourner autour sans jamais oser faire le grand saut. Certes, la chose avait un côté excitant mais l'effet " J'te titille, tu m'titilles le bas du rein " durerait-il encore longtemps ? Je ne voulais pas tenter le diable, surtout si ma copine Colette, dont les charmes n'auraient pas échappé à un eunuque en pleine méditation, commençait à sonner l'hallali... D'ailleurs, à ce propos, je ne savais toujours pas pourquoi les deux zigs, présentement assis dans mon salon, se téléphonaient en secret, à tout bout de champ, lors des graves événements de Mai qui avaient été à l'origine de nos retrouvailles avec William. Et il n'était pas question que cette énigme ne trouve pas de solution...

Pas besoin d'avoir un Master en arts divinatoires pour comprendre que ton Don Juan de pacotille te faisait cocue avant même les fiançailles ! Comme tu es naïve, ma pauvre fille !...

Suffit La Voix ! Ferme ton clapet de malveillante...

Je me lançai pour rassurer mon amoureux transi.

─ Je demanderai à un élève de l'Internat de me remplacer à la boutique. Guillaume, par exemple, il est doué et il compte devenir libraire.

Sur ma gauche, le beau visage de William se détendit immédiatement. Sur ma droite, j'eus droit à une grimace de mépris qui me flanqua la honte. Dur, dur de choisir entre l'amour et l'amitié...

William se leva. Il annonça qu'il quittait discrètement l'île jusqu'au lendemain pour éviter la vilaine Sophie, propriétaire de poupées, et qu'il serait ravi de nous recevoir au manoir à partir de demain midi. Il va sans dire que nous exigeâmes un repas royal en compensation de notre lourd sacrifice...

Le garçon eut à peine tourné les talons que nous entamions, mon amie et moi, une danse sauvage et glorieuse à travers le salon.       

Pathétique...      

Je m'effondrai sur un des canapés. Colette attrapa un coussin et me le lança sur la tête.

─ Chouette ! Des vacances ! Mais tu aurais pu me soutenir lorsque je faisais mariner le père Dorsay, sale lâcheuse !

─ Oooh ! Il me faisait de la peine avec sa petite bouille de Calimero !

─ Ben voyons ! Il fait de toi ce qu'il veut, le mec ! Faut qu't'apprennes à te faire désirer ma vieille ou tu vas te faire bouffer toute crue ! Les hommes doivent se mener à la baguette, c'est la seule chose qu'ils comprennent ! En plus, ils aiment, ces tordus !

Je haussai les épaules en souriant.

─ Chaque être humain est différent. Et puis, moi je n'aime pas faire mariner les hommes. C'est cruel...

Colette explosa de rire.

─ Oh la faux cul ! Je le crois pas ! Dis donc, sœur Térésa, t'as fini de faire des manières !

J'esquissai un sourire, mais l'envie de lui poser des questions sur sa drôle de relation avec William me titillait...

Et alors ? Tu attends d'avoir le popotin dans la tombe pour te lancer ? !

─ Dis-moi, Colette... C'est quoi exactement votre relation à William et toi...?

Comme elle parut surprise, je me crus obligée de poursuivre.

─ C'est vrai... Le soir où Lucas s'est fait assassiner au théâtre, William t'a téléphoné et tu as débarqué dans le quart d'heure qui a suivi... C'est par hasard que je l'ai entendu t'appeler... je passais à côté du bureau.

Oh ce culot ! Tu t'étais aplatie comme une crêpe sur cette pauvre porte de bureau qui a failli voler en éclats sous ton poids !

Je vis bien que Colette n'était pas convaincue, mais elle eut la gentillesse de passer outre.

─ En fait, quand Marceau a fait appel à William pour essayer de découvrir ce qu'il se passait sur l'île, il nous a demandé à Raphanel et moi, de nous mettre à sa disposition pour le seconder. Marceau était sûr de moi et Raphanel est venu de lui-même lui parler de ses soupçons au sujet de la drogue. Il avait repéré quelques cas suspects chez ses patients de l'internat. Donc, nous étions un peu les yeux de William sur l'île... Quand il s'est rendu compte que ta vie était menacée, il m'a demandé de veiller sur toi.

─ C'est vrai ?

─ Mmm ! Mmm ! Gentil le garçon, hein ?

J'étais émue. Décidément... l'attitude de Ténébreux était de plus en plus touchante... Me serais-je trompée à propos de ce garçon ?

Non... Tu penses bien, un génie de la déduction comme toi !...

Je me sentis rougir et me levai pour proposer un supplément de boisson à mon amie. Elle acquiesça avant d'éclater de rire.

─ Camille ! Camille ! Tu croyais que William et moi avions une liaison ? C'est ça ?

─ Ben... Un peu quoi... C'était quand même curieux votre façon d'agir !

─ Je trouve que William est un gars adorable, très intelligent, très prévenant... Heu... ça va oui ! Mais justement ! C'est trop pour moi ! Je ne pourrais pas avoir de rapports physiques avec un type comme lui !

─ Pourquoi ?

─ Je n'ai jamais réussi à faire l'amour avec un mec pour lequel je n'éprouvais pas un certain mépris ! C'est comme ça et je ne peux pas l'expliquer. Quand j'apprécie un homme, je ne peux pas baiser avec lui. Je n'arrive à m'éclater physiquement qu'avec des types que je trouve assez cons, il faut bien l'avouer... !

J'étais baba ! Une question me vint immédiatement à l'esprit...

─ Mais... avec ton mari Lucien... ?

─ Avec Damiani ? C'est exactement ça ! Physiquement, il me fait fantasmer... mais alors... qu'est-ce que je peux m’emmerder avec cet abruti ! A part au lit, bien sûr !

Je ne sus plus quelle contenance adopter ! Je me mis à rire bêtement.

─ Je sais, c'est curieux mais c'est ainsi. Et pour moi, il n'est pas question de vivre sans le sexe. Donc, j'ai épousé Damiani, qui en plus, m'aime, aime nos enfants et s'en occupe très bien... Il travaille bien et ne ménage pas ses efforts... Quand il ne comprend pas quelque chose, il vient me voir parce qu'il sait que je suis plus intelligente que lui... sans vouloir me vanter, bien entendu. C'est lui-même qui le dit de toute façon ! Et quand j'ai besoin de relever un peu le niveau, j'ouvre un bouquin ou je vais voir mes amis... Voilà !

Sacrée Colette ! J'étais admirative devant une telle évidence dans ses choix de vie ! Je me mis à rire et levai mon verre à la santé de mon amie !

─ T'es pas possible, Colette !... Donc, si j'ai bien compris, tu trouves le Dorsay trop intelligent pour pouvoir coucher avec lui !

─ Tout juste, ma Belle ! T'as tout compris ! Il ne pourra jamais être autre chose qu'un ami, certes très cher, mais un ami ! Alors que mon Damiani, il ne peut pas poser un pied derrière le comptoir de l'épicerie sans se faire tripatouiller le fessier !

─ Pitié ! Pas de détails !

Je lui balançai à mon tour un coussin sur la tête...

 

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