La Femme couchée par écrit

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Ce livre est composé de deux textes de nature très différente, et qui pourtant portent le même titre : La Femme couchée par écrit. Entre ces deux parties, une interface : ni une préface ni une postface, ni un texte qui ouvre ni un texte qui clôt, un texte entre-deux, central, qui distribue vers l’avant et vers l’après, et qui tente de dire pourquoi un même titre peut être donné – ou donner lieu – à deux objets littéraires différents.
La Femme couchée par écrit est d’abord un bref essai sur le personnage de Roberte dans l’œuvre littéraire et picturale de Pierre Klossowski. De l’autre côté de l’interface, le deuxième texte, identiquement intitulé La Femme couchée par écrit, est une nouvelle où il est question du contrat proposé aux jeunes femmes qui poseront nues, non plus pour un peintre mais pour un écrivain.
Publié le : mercredi 20 août 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756104683
Nombre de pages : 252
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Alain Fleischer
La Femme couchée par écrit



Ce livre est composé de deux textes de nature très différente, et qui
pourtant portent le même titre : La Femme couchée par écrit. Entre ces
deux parties, une interface : ni une préface ni une postface, ni un texte
qui ouvre ni un texte qui clôt, un texte entre-deux, central, qui distribue
vers l’avant et vers l’après, et qui tente de dire pourquoi un même titre
peut être donné – ou donner lieu – à deux objets littéraires différents.

La Femme couchée par écrit est d’abord un bref essai sur le personnage
de Roberte dans l’œuvre littéraire et picturale de Pierre Klossowski. De
l’autre côté de l’interface, le deuxième texte, identiquement intitulé La
Femme couchée par écrit, est une nouvelle où il est question du contrat
proposé aux jeunes femmes qui poseront nues, non plus pour un peintre
mais pour un écrivain.




EAN numérique : 978-2-7561-0467-6978-2-7561-0468-3
EAN livre papier : 9782915280685
www.leoscheer.com LA FEMME
COUCHÉE PAR ÉCRITwww.centrenationaldulivre.fr
Éditions Léo Scheer, 2005©ALAIN FLEISCHER
LA FEMME
COUCHÉE PAR ÉCRIT
Essai/Interface/Nouvelle
Éditions Léo ScheerLA FEMME COUCHÉE PAR ÉCRIT
Essai«L’œuvre de Klossowski est construite sur un étonnant
parallélisme du corps et du langage, ou plutôt sur une
réflexion de l’un dans l’autre. Le raisonnement est
l’opération du langage mais la pantomime est
l’opération du corps. […] Le corps recèle un langage caché ; le
langage forme un corps glorieux. »
Gilles Deleuze, Logique du sens, 1969
«Je me trouve sous la dictée de l’image.
C’est la vision qui exige que je dise tout ce qui me donne
la vision. »
Pierre KlossowskiI
Si l’on classe à part et ensemble (et pour cause :
monde autre et commun aux deux ouvrages)
Le Baphomet et ce qui en est la résurgence
lointaine sous une forme théâtrale destinée à
l’incarnation sur scène quelque trente ans plus tard :
L’Adolescent immortel – dernier écrit de l’auteur,
d’ailleurs marqué par ce caractère tardif, quand
la vieillesse avancée salue, célèbre et va jusqu’à
idolâtrer aveuglément l’adolescence, dans un rêve
d’éternité au seuil de la mort, et face à la trouble
séduction d’un corps retrouvé, neuf, vierge et
identique, au seuil de la vie–, toute l’œuvre
romanesque de Pierre Klossowski est enclose dans
la trilogie finalement intitulée Les Lois de
l’hospitalité, dont le personnage central est Roberte,
destinataire de recommandations, de consignes
et de manigances de la part de son époux Octave,
mais aussi, et de toute façon, indépendante et
11responsable de ses expériences sexuelles, de ses
aventures de femme émancipée de tous les
interdits, et tout cela comme prévu et revu, d’avance
écrit puis décrit par le texte, mais inspiré par la
vision et destiné à l’image, à la représentation.
Cet ensemble comporte trois titres : La Révocation
de l’Édit de Nantes, Roberte, ce soir et Le Souffleur,
qui relèvent de genres divers et entremêlés les
uns aux autres sans souci d’appartenance ni
d’accessibilité : théâtre, journal intime, roman,
mémoires…, sans compter d’autres types de
discours – théologique, historique, philosophique,
esthétique, moral, politique, psychanalytique,
anthropologique…–, infiltrés ou disséminés
sous la forme de notations, de réflexions, de
développements internes, de contrepoints ou
d’arrièreplans fragmentaires mais continus, en éclats mais
cimentés par une pensée globalisante. Il en
résulte un caractère singulier, hybride, à la fois
hermétique et multipliant les ouvertures, fermé
mais offrant de fulgurantes perspectives, de cette
œuvre souvent qualifiée d’inclassable, et le lecteur
en ressent une instabilité du texte, pourtant si
12profondément ancré dans une épaisseur
spéculative et dans une stratégie d’écriture, cachées sous
les glissantes surfaces visibles, qui le prédispose
et l’offre d’avance –comme Roberte est
ellemême prédisposée, proposée, et d’avance offerte –
à toutes sortes d’adaptations, de transpositions,
d’interprétations, d’illustrations, de commentaires,
de métamorphoses. L’instabilité du texte
déstabilise le lecteur parce qu’elle a d’avance déstabilisé
les personnages : celui que l’on croit être Octave,
l’époux libidineux de Roberte, s’avère être l’auteur
de Roberte, ce soir, signé par Pierre Klossowski,
dont l’épouse s’appelle Denise ; celle qui, sous le
nom de Roberte, analyse les fantasmes de son
époux et décrit ses propres aventures supposées
inconnues de lui dans des extraits de son journal,
est aussi celle que son époux ne cesse d’inventer
dans sa propre littérature, les textes s’emboîtant
les uns dans les autres, selon les lois d’une
physique aberrante, où chacun d’entre eux
pourrait contenir les deux autres. L’auteur ne cesse de
se masquer en personnage de ses fictions, et les
personnages ne cessent de se masquer en auteurs
13de leurs propres turpitudes. Paradoxalement – ou
évidemment – ce jeu de masques n’a pour effet
que la plus audacieuse exhibition, mais l’on ne se
masque pas seulement pour mieux se montrer :
on se masque aussi pour mieux se voir. Et ce
masque est proposé au lecteur lui-même, qui
entre ainsi dans le livre comme s’il y était déjà
caché, invité à regagner son personnage d’arbitre
entre l’auteur des personnages et les personnages
de l’auteur.
* *
*
Roberte, ce soir, des trois textes le premier paru,
sous la forme d’un livre indépendant mais ensuite
placé au centre, comme Roberte elle-même est
au centre de tout, ne précise pas son genre
littéraire, mais il se présente cependant sous les
aspects d’une pièce de théâtre en trois actes et
un intermède (entre les actes II et III). C’est le
deuxième acte – à nouveau le centre, le vrai point
14de fuite de toute la perspective– qui, intitulé
Roberte, ce soir, donne le titre à l’ouvrage tout entier,
tandis que les actes I et III sont respectivement
nommés La dénonciation et Où l’on avance ce qu’il
fallait démontrer. Cette pièce qui n’affiche pas son
appartenance au théâtre – comme si la scène et
la représentation théâtrales étaient l’espace et le
temps naturels aux fictions klossowskiennes dans
leur irrépressible mouvement interne vers
l’incarnation – s’ouvre d’ailleurs sur deux textes qui
commencent par tromper le lecteur quant à la
nature dramatique de l’ouvrage : le premier, sans
autre sous-titre ni justification, s’avère être une
sorte de présentation – souvenir, analyse critique
d’une situation autobiographique – par l’un des
personnages – projeté en dehors et en avant de la
pièce comme témoin de ce qui l’inspira –, le jeune
Antoine, neveu d’Octave, qui dialoguera ensuite
avec son oncle dès l’acte I, puis qui retrouvera cet
oncle et l’épouse de celui-ci, sa tante Roberte,
dans l’acte III. Le deuxième texte de ce
préambule, le deuxième voile du dévoilement, porte un
sous-titre en guise d’avertissement : Difficultés.
15Désormais, on sait donc à quoi s’en tenir… Il
donne encore une fois la parole au neveu qui se
souvient à nouveau, et qui à nouveau analyse en
une courte page –d’une pertinence et d’une
lucidité surprenantes pour être la perception et
les souvenirs enregistrés par un jeune garçon –
certains aspects des relations triangulaires entre
son oncle Octave, sa tante Roberte et la figure
abstraite, anonyme, d’un invité, cette évocation
débouchant sur la citation in extenso d’un texte
attribué à l’oncle Octave, sous la forme de pages
manuscrites, et sous l’intitulé Les Lois de
l’hospitalité : ces feuillets (dont le neveu aurait donc
gardé une copie, à moins d’en avoir appris le
contenu par cœur…) sont réputés avoir été écrits
à la main par leur auteur, puis encadrés et mis
sous verre pour être suspendus au mur de la
chambre réservée aux amis, et plus précisément
au-dessus du lit, comme on voit, dans les hôtels
modestes, un semblable affichage du règlement
intérieur, où sont précisés le tarif – hôte seul
ou couple, chambre seule ou demi-pension, ou
pension complète –, les horaires des arrivées et
16des départs, ainsi que celui du petit déjeuner, les
précautions prises contre la grivèlerie, etc. Ici, il
ne s’agit pas d’hôtellerie ni de commerce, mais
d’hospitalité privée et d’amitié, et si cette
hospitalité a des lois, ces dernières ressemblent à celles
recueillies, consignées et étudiées par les
ethnologues en visite chez quelque tribu d’Afrique ou
d’Océanie, accueillis par une peuplade nomade
d’Asie centrale ou hôtes d’une famille esquimaude.
Comme il y a, dans chaque société et dans chaque
culture, des coutumes, des rituels, des règles de
savoir-vivre pour recevoir et pour fêter les
visiteurs étrangers – et même si la fête doit aboutir
à un festin dont les hôtes fournissent le plat
principal…–, il y a chez les Octave –c’est
Klossowski lui-même qui désigne ainsi le couple
par le prénom du mari, utilisé comme patronyme,
sans doute pour éviter d’en donner un– un
aimable règlement intérieur pour l’accueil des
visiteurs, mais ces lois de l’hospitalité décrivent
plutôt l’état d’esprit d’un hôte, analysent ses
dispositions, soumettent à l’examen et argumentent
ses attentes vis-à-vis de celui qui pourrait arriver
17et dont la place, le rôle sont ainsi prévus et
précisés, s’il venait à se présenter là où il est attendu
comme un pilier de l’édifice conjugal. Les lois
en question ne font d’ailleurs l’objet d’aucune
présentation formelle comme leur numérotage,
leur classification, leur subdivision en articles
tel que cela se voit à l’entrée des squares et des
jardins publics parisiens, derrière des panneaux
grillagés, avec pour intitulé: «Règlement des
parcs et promenades de la Ville de Paris ». Ici,
sous le titre Les Lois de l’hospitalité, plus rien qui
ressemble à une loi ni à un discours juridique,
plus aucun interdit ni la prévision d’aucune
poursuite, d’aucune amende, d’aucune peine,
d’aucune sanction pour le contrevenant mais,
dans un style brillant au service d’une pensée
aussi complexe, aussi subtile et retorse dans ses
plis et ses replis infinis que le désir inavouable
qu’elle tente de justifier, une sorte de déclaration
d’intentions, d’étude dramaturgique, d’analyse
approfondie des rôles de chacun et des relations
entre l’hôte, l’invité (que le texte tutoie parfois)
et l’hôtesse, comme on s’adresserait aux futurs
18interprètes d’une pièce, pour en éclairer les enjeux
et pour introduire aux caractères des personnages.
Aucune loi donc, ni aucun aspect contraignant
dans les prescriptions de ce texte, mais au contraire
une incitation au jeu, à la liberté, au libertinage,
voire même à la luxure : c’est le jeu qui devient
règle, et ce sont quelques pages d’une rhétorique
sophistiquée du fantasme qui sont posées là,
fausse ouverture ouvrant vraiment la suite à
toutes les hypothèses et à tout ce qui rendra le
livre possible. Désormais, la pièce de théâtre peut
commencer, mais nul ne saura si elle se joue ou
si elle se rejoue, si elle exécute un programme,
une partition, ou si elle continue, sur un autre
mode, à développer un modèle fondateur,
générateur de situations ultérieures, dans quelque autre
lieu encore au-delà de la scène que le texte
n’envisagerait alors que comme surface de rebond pour
sauter par-dessus le décor de carton-pâte.
Certes, on reconnaît dès l’abord la présentation
et la configuration, y compris typographiques,
d’une pièce de théâtre, juste après une citation
19de Corneille (Médée, acte II), placée en exergue :
« Allez, allez Madame,
Étalez vos appâts et vantez vos mépris,
À l’infâme sorcier qui charme vos esprits. »
C’est donc le grand auteur du répertoire classique
français qui nous introduit doublement dans le
thème de la pièce et dans le théâtre lui-même,
mais sans que soit prévu comment une telle
citation introductive pourrait être restituée à un
spectateur avant le lever du rideau, à moins que
ce ne soit par un retour au texte imprimé et au
livre, sous la forme d’un programme
obligatoirement distribué et remis à l’entrée de la salle de
spectacle. Les brèves indications de temps et de
lieu, ainsi que la mention du personnage
précédant chaque réplique, sans aucun autre élément
textuel que le dialogue lui-même, donnent au
lecteur le sentiment d’être face à un texte pour le
théâtre : c’est en effet l’image qu’une pièce offre
au regard sous sa forme éditée. Et cela dure assez
longtemps, en tout cas jusqu’à la fin du premier
acte, même si une des répliques d’Octave couvre
plus de trois pages bien serrées, par une
spécula20Dans la même collection
Explications, Pierre Guyotat, mars 2000.
Verbali, Antonella Moscati, juillet 2000.
L’ordinaire n’existait plus, Jean-Paul Dollé, avril 2001.
Les Mains en l’air suivi de Braquage, mode d’emploi,
Emmanuel Loi, avril 2002.
La Grande Vacance, Jacques Brou, septembre 2002.
Solange ou l’école de l’os, Ian Soliane, septembr
Il entrerait dans la légende, Louis Skorecki,
septembre 2002.
Bois vert, Éric Vuillard, septembre 2002.
Album, Jean-Christophe Valtat, septembre 2002.
Naufrage, naufrage, Mathieu Bénézet, septembre 2002.
Les Jours lents, Hocine Tandjaoui, janvier 2003.
Bienvenus à Sexpol, Christophe Fiat, janvier 2003.
Autoportrait, Claude Berri, mars 2003.
brûlante, une idylle, Laurent Évrard, mai 2003.
Lumière invisible à mes yeux, Nathalie Rheims,
septembre 2003.
Le Froid, le Gel, l’Image (sur des photographies
de Charles Fréger), Jean-Paul Curnier, octobre 2003.l’un, Jacques Brou, novembre 2003.
Le Penseur, Jacques Brou, novembre 2003.
Tour d’horizon, Alain Fleischer, novembre 2003.
Aux dimensions du monde, Mathieu Terence, janvier 2004.
La Migration des gnous, Benoit Caudoux, janvier 2004.
Tancrède, Mathieu Bénézet, février 2004.
Humanimalités, Michel Surya, mars 2004.
Le Cœur amer, Emmanuel Loi, septembre 2004.
Le Crayon de papa, Ian Soliane, septembr
Cet absent-là (avec des photographies de Rémi Vinet),
Camille Laurens, septembre 2004.
Recherche hermaphrodites clonés, étrangers s’abstenir,
Basile Panurgias, octobre 2004.
Chansons et textes chantés, Jacques Demy, décembre 2004.
L’Archipel de la mémoire, Paul Andreu, janvier 2005.
Les moins de seize ans suivi de Les Passions schismatiques,
Gabriel Matzneff, janvier 2005.
Le Retour du Hooligan, Norman Manea, janvier 2005.

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