La Forme intermédiaire

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Un amour malheureux amène l'éditeur et biologiste Manuel Marino à enquêter sur l'origine de l'homme et du sentiment, ainsi que sur l'histoire des chevaux. Dans ce récit, écrit par une voix double, lui et moi, on retrouve l'univers singulier de l'auteur, qui s'interroge sur l'amour et l'écriture, l'exil et le paysage du souvenir, la forme intermédiaire des êtres et des choses. "Je me tiens derrière l'épaule de Manuel, dans son ombre. Un faible écart entre lui et moi me permet d'écrire. C'est une marge entre moi et moi, lui et lui, l'oeil et ce qu'il voit, le temps et ses intervalles, qui dirige mon bras sur les papiers. Devant nous, dans le bureau où travaille Manuel, la fenêtre, qui exhibe un grand platane, nous renvoie des reflets: sur un vantail lui, sur l'autre moi.


Partout autour de nous le regard d'un livre"



Publié le : vendredi 25 mars 2016
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EAN13 : 9782021322125
Nombre de pages : 230
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couverture

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poèmes, Granit, 1983

 

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entretiens, L’Échoppe, 1996

 

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poèmes, Arfuyen, 1997

 

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récit, Seuil, 1999

 

Essais pour un espace

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roman, Seuil, 2001

 

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essai, Seuil, 2002

 

Pages de voyage

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Une simple possibilité

nouvelles, Seuil, 2004

TRADUCTIONS EN LANGUE FRANÇAISE

Alejandra Pizarnik

Les Travaux et les Nuits

(avec Claude Couffon), Granit/Unesco, 1986

 

Jorge Luis Borges

Les Conjurés

Genève, Jacques Quentin, 1989

 

Macedonio Fernández

Elena Bellemort

José Corti, 1990

 

Macedonio Fernández

Papiers de Nouveauvenu et continuation de rien

(avec Marianne Millon), José Corti, 1992

 

Roberto Juarroz

Fragments verticaux

José Corti, 1993

 

Juan Rodolfo Wilcok

Les Jours heureux

La Différence, 1994

 

Macedonio Fernández

Cahiers de tout et de rien

(avec Marianne Millon), José Corti, 1996

 

Silvina Ocampo

Poèmes d’amour désespéré

José Corti, 1997

 

Roberto Juarroz

Quatorzième poésie verticale

José Corti, 1997

 

Silvina Ocampo

La Pluie de feu

théâtre, Christian Bourgois éditeur, 1997

 

Thérèse d’Avila

Cantiques du chemin

Arfuyen, 1999

 

Arnaldo Calveyra

Le Livre du miroir

Actes Sud, 2000

 

Ángel Bonomini

Tour de silence

Arfuyen, 2004

 

Alejandra Pizarnik

Œuvre poétique

(avec Claude Couffon), Actes Sud, 2005

I

1

Me trouvant entièrement dépourvu et vide de toute autre matière, je me suis présenté moi-même à moi pour argument et pour sujet1.

La mémoire de Manuel Marino flotte dans les nuages de l’oubli. Il s’en aperçoit au contact des autres, qui citent des lieux, des chiffres, des noms, et à l’occasion récitent des extraits de leurs auteurs favoris. Lui, devant ceux qui relient la parole à la mémoire, demeure sans langage. Que lui ont-elles valu, ses lectures passionnées ? Le vent dans sa tête, sur ses lèvres, emporte ce qu’il a lu, appris, contemplé, aimé, ne laissant aucune chose derrière, ni devant lui. Aucune date, aucun fait.

A-t-il une mémoire secrète ? Il n’en est pas certain. Pourtant, il a l’âge du souvenir. Il n’a jamais eu que cet âge. Mais il ne se souvient que de ce qui n’est pas, de ce qui fait défaut autour de lui. D’une histoire qui s’occulte, ou n’a pas eu lieu, ou lui a été dérobée. Il attend de la connaître, il sait qu’il ne la connaîtra jamais. Sa mémoire, en tout cas, ne ressemble pas à celle de son entourage, peuplée d’événements qui s’enchaînent et se racontent en détail.

Manuel Marino est lui-même son souvenir. Il ne pense pas à ceux qu’il aime, vivants ou morts. Il les voit et ils entrent en lui à la manière d’un regard, d’une présence, d’une espèce de poids. Il suppose que cette présence qu’il porte et qui le porte ne lui est pas adressée. Il en méconnaît la provenance. Il est un étranger par rapport à elle. À croire que Dieu n’a pas créé des hommes, qui émigrent vers des continents éloignés avec des cieux, des mers, des terres et des langues distinctes, mais des étrangers individuels, contraints de s’entendre avec d’autres étrangers sans changer de place.

Il a l’impression d’avoir été créé à l’extérieur, et mis ensuite à l’intérieur de lui-même. Il est arrivé en lui où il est obligé de se suivre. Suivre est le nom du pays de sa provenance, de sa destination et du rythme auquel il se prête afin de passer, d’avancer, de rejoindre l’achèvement. Chacun se dirige vers Suivre en s’arrêtant le moins possible, bien que le chemin soit semé d’embûches et d’obscurité. Il fallait se glisser. Arriver quelque part relevait du miracle. Et en plus des maladies et des accidents, l’amour pouvait vous sauter à la gorge.

 

On le devine : l’étranger c’est moi. À Manuel Marino, il lui est arrivé ça, on échange nos pas, une jambe lui, une jambe moi, réunis dans un corps où se fondent les heures, les jours, les voyages que l’on aurait faits, les regards que l’on a croisés. C’est un venir vers soi, une possible et impossible rencontre, un repartir qui nous conduit à travers des portes qui s’ouvrent l’une sur l’autre.

Par accès, sur le chemin, quelque chose s’élance en vous comme un jeune animal dont le sang court dans les veines et vous aveugle, paralyse vos mouvements, vous enlève. Je vis par cette autre vie, respire par son souffle bouillant. J’ignore si ce jeune animal a une histoire à raconter et pour quelle raison il s’élance ainsi. Peut-être tente-t-il de se libérer d’un oubli important. D’un paysage trop ouvert. Je me détourne des plaines de la province de Buenos Aires ou des déserts de l’Asie. Non, les lieux qui nous concernent sont dénués de noms.

Je me tiens derrière l’épaule de Manuel, dans son ombre. Un faible écart entre lui et moi me permet d’écrire. C’est une marge entre moi et moi, lui et lui, l’œil et ce qu’il voit, le temps et ses intervalles, qui appelle ma main sur les papiers. Devant nous, dans le bureau où travaille Manuel, la fenêtre, qui exhibe un grand platane, nous renvoie des reflets : sur un vantail lui, sur l’autre moi.

Partout autour de nous le regard d’un livre.

On dirait qu’il est caché parce qu’il attend qu’on le lise ou qu’on l’écrive. Parfois ses pages pleines tournent et il parle par exemple d’une ville au soleil et d’un fleuve aux éclats d’or et d’ombre. Manuel Marino a du goût pour la lecture, qu’il pratique principalement en raison de ses recherches. Pour lui, tous les livres sont en attente et chargés de souvenirs non écrits qui s’insinuent dans les blancs. Il ressent le regard de ce livre qui ne se dévoile pas, on ne connaît ni son nom ni son auteur. Il s’agit peut-être de la présence qui nous habite. On se demande si elle n’appartient pas à une autre personne, ou à plusieurs.

 

Un visage reconnaissable a effleuré les vitres.

Ma main s’immobilise. Je ne lève plus la tête, de crainte de le voir surgir. D’un coup, il a occupé le monde vacant de ma mémoire. Par lui nous n’avons plus de lieu, de nom, nous nous sommes égarés, le désordre s’est installé dans l’ordre du jour et de la nuit, les choses ne sont plus à leur place. Par lui, le jeune animal bondit dans sa prison, redouble ses coups dans ma poitrine. Par lui, le paysage nous a été restitué.

Afin que je le décrive, le visage s’avance sur les vitres. J’en retire rapidement mes yeux, quoique désormais, où que je les promène, les pose, les tourne, je le retrouve. Lorsque je les hisse, c’est lui ; lorsque je les baisse, c’est lui ; lorsque je me redresse, dors, c’est lui, et c’est lui dans l’obscurité de la nuit, dans l’obscurité du jour et les couleurs du crépuscule ; c’est lui le ciel et lui l’enfer, lui le livre en attente, les langues de la solitude du souvenir, lui le paysage revenu, mon histoire qui se tait.

C’est lui les bateaux qui quittent le port et les eaux désorientées qui restent à la surface. C’est lui la marée ascendante et lui la mer lunaire, la musique, le silence. Lui mon visage qui à présent le contemple dans la lumière.


1.

Toutes les citations en exergue sont de Montaigne.

2

Nous nous cherchions avant de nous être vus […].

Nous nous embrassions par nos noms.

Nous la rencontrâmes au cours d’une réception en l’honneur d’un collègue de Manuel, éditeur comme lui, dont l’œuvre avait été recompensée. J’aperçus cette femme qui, entourée de gens, conversait et riait, apparemment joyeuse. Subitement, elle se tourna vers Manuel, je ressentis sur moi sa solitude pénétrante. Elle se tourna et son visage s’appropria mes yeux et mon passé.

Je vis Manuel l’aborder. Manuel Marino, dit-il en lui tendant la main. Elle lui répondit en souriant comme si ç’eût été un jeu : Rebeca Lerson. Avaient-ils des amis communs ? Je retiens mon souffle alors que Manuel l’écoute. Elle lui dit en confidence : Je suis heureuse de vous voir. Ensuite quelqu’un accapara son attention. Manuel, en baisant sa main, lui dit encore : À bientôt, je vous ferai signe. Rebeca Lerson hocha la tête, Manuel hésita, un peu pâle, et s’éloigna lentement. Il félicita son collègue, en balbutiant, salua quelques personnes et se dirigea vers la sortie.

J’ai perdu l’usage de la parole. Je sais que rien ne pourra jamais exprimer ce qui m’arrive : ma mémoire est devenue ce visage. Une énorme vague, d’une extraordinaire puissance, qui remonte des profondeurs de la terre et de la mer, m’engloutit et se répand de tout côté à une vitesse vertigineuse. C’est un torrent, qui vient de plus loin que le jour de la création du monde et qui avale l’univers, m’abandonnant au fond de l’abîme de mon corps, disparu de la terre.

 

Dehors, la nuit s’ouvre aux étoiles, je marche dans les pas de Manuel comme un automate. En quelques minutes, j’ai subi un tel choc que, afin de survivre, j’essaie de me rassembler autour de cet objet de beauté, dont les éclats taillent la douleur endormie. Je me retiens, marche avec mesure, retiens Manuel, qui baisse la tête vers le trottoir et la lève vers le ciel glorieux.

Il me tire vers l’avant sans se presser. Murmure : Rebeca Lerson ; je le sais sans l’entendre. L’avenue par laquelle nous allons est bordée d’arbres, dont les cimes sont impassibles. Des étalages éclairés exposent des meubles, des sculptures, des bijoux anciens. La ville nous offre une promenade. Je ne me rends plus à Suivre ni à aucune autre destination. Même celle de l’achèvement s’est s’évanouie quoique je la sente près de moi. Les pas nous remorquent mais cloués devant l’image de cette femme qui s’est tournée vers nous et à qui nous avons parlé, moi en silence, Manuel avec des mots ordinaires.

À partir de cet instant, tout a intégré la platitude y compris le propos que j’aurais pu tenir, en me parlant à moi-même, la pensée qui aurait pu poindre dans mon front, ou ces figurines aux paupières closes sous les spots des vitrines devant lesquelles, un autre jour, afin de les observer, nous aurions hésité à continuer la promenade. Tout ce qui nous entoure, la nuit stellaire, les arbres du printemps, le fleuve, nous laisse dans l’indifférence.

On marche sans avancer. Manuel a pris une rue, puis une autre, mais on reste dans le même espace, le même endroit, où le temps a arrêté ses intervalles. S’en éloigner est un acte impraticable. Avions-nous été propulsés dans l’éternité ?

Je marche, mais je suis toujours dans l’instant où j’aperçus Rebeca Lerson, qui se retourna, en bougeant un peu la tête. Mes pas répondent à une règle mécanique. Il y a les étalages, les balcons, les hautes portes qui protègent les façades. Ce qui se présente devant nous désigne une ville, annonce des magasins, dont les contenus saisissent habituellement notre admiration, mais nous pourrions être dans un autre quartier, une autre ville, une autre lumière, et admirer des mannequins à la place des figurines, des livres à la place des bijoux, sans voir la différence. C’est la nuit, mais ça pourrait être le jour. Un autre jour, une autre vie.

On progresse avec ou sans passants, avec ou sans voitures, avec ou sans bruits, avec ou sans couleurs : rien de ce qui nous croise n’attire notre attention. Nous ne sommes pas là et nous marchons. Manuel maintient son allure en s’efforçant de regarder autour de lui. Nous avons traversé des avenues et dépassé des carrefours, sous les lampes, nous avons bifurqué à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’on s’engage dans une rue qui nous a forcés à la reconnaître.

3

Notre sagesse même et consultation suit pour la plupart la conduite du hasard.

Rebeca Lerson est la reine de la fête. Ses admirateurs se la disputent. Certains flânent avec elle sous les lustres. D’autres se retournent à son passage. Lorsqu’ils la perdent de vue, sa silhouette, son sourire, ses yeux les rattrapent. Lorsqu’ils la retrouvent, elle les sépare de l’affluence, des paroles, de la clameur : ils redeviennent uniques.

Ils se la remémorent dans des films. Rebeca était une comédienne qui ne jouait pas fréquemment. Ceux qui l’avaient vue jouer au cinéma ne l’oubliaient pas et, s’ils la rencontraient, elle semblait poursuivre son propre rôle, ne changeant pas de voix, ni de regard, ni de façon de bouger ou de s’habiller. Ses rôles, en réalité, ne comptaient pas. C’est elle qui se rendait inoubliable dans leur esprit. Rebeca rattachait la réalité à la fiction. Dans un spectacle ou dans une réception, elle ne ressemblait qu’à elle-même.

Le soir où elle rencontra Manuel Marino, elle souriait, se montrait heureuse. Lorsque les lustres décrûrent, les invités s’attardant aux abords des tables, son sourire décrût aussi : la nuit redevenait la nuit. Son époux la conduisit vers la voiture. Lorsqu’il se rendait maître du volant, Rebeca à ses côtés avait la sensation de s’enfoncer dans le siège et disparaître. Il ne faisait aucun commentaire, une arrière-pensée sculptant son profil dur. Ce qu’il gardait pour lui ne la rassurait pas.

La fête est terminée, ils rentrent, le profil se découpe contre la nuit. Rebeca suppose qu’il ressent ses coups d’œil et que, volontairement, il ne la regarde pas. À l’ordinaire, elle ne sait pas au juste quand elle joue ou ne joue pas, mais lorsqu’elle est enfoncée dans le siège de la voiture, près de lui, elle est certaine de ne pas jouer. Pour elle, quoi qu’il en soit, chaque instant de la vie est un jeu jusqu’à ce que la mort vienne. Jusqu’au jour du jeu de mourir.

 

Le nom de Manuel Marino lui est familier : Je vous ferai signe. Qui était-il ? Un étranger, et en même temps un ami non institué et affligé par une sorte de tourment. Il s’approcha comme s’il la connaissait depuis l’enfance et elle l’accueillit de la même manière. Il se pouvait qu’il fût l’un de ses admirateurs : ils surgissaient devant elle sans ménagement. Rebeca aurait pu le décrire du haut en bas alors qu’elle n’avait vu que ses yeux et entendu ses paroles. Il lui parla comme si quelqu’un d’autre prononçait ses paroles dans sa bouche.

Rebeca Lerson songe à Manuel Marino alors que le profil de son chauffeur l’empêche de se tourner vers lui. Arrivés chez eux, après que l’ascenseur eut arrêté sa montée, son époux s’adressa à elle : Je ressors fumer une cigarette. Rebeca entra dans l’appartement puis s’enferma dans sa chambre. Il prit l’escalier et, une fois dehors, releva le col de sa veste et alluma une cigarette. La nuit se collait aux façades, il s’engouffra dans une rue sombre.

Directeur d’une entreprise de marketing, il s’occupait de financer des projets de films et de pièces de théâtre. Dans l’après-midi il avait lu un texte qui l’avait fait penser à Rebeca : une femme frivole, capricieuse, comédienne de son métier, qui souffrait du mal de l’incommunicabilité. Le personnage ressemblait aussi à Rebeca par son apparence, la taille mince, les cheveux noirs tirés en arrière, les yeux verts, les lèvres sensuelles, et par le traitement dédaigneux qu’elle réservait aux autres. Elle jouait avec ses admirateurs, les séduisait puis les repoussait, sensibilité et froideur se relayant dans ses actes.

Aspirant la fumée de la cigarette, dont le bout allume ses joues dans le noir, le directeur y réfléchit. Il voudrait contenter sa femme. Depuis quelque temps, elle n’a pas eu l’opportunité de monter sur les planches et, mi-absente, elle ne fait pas attention à lui et ne montre de l’enthousiasme pour rien.

 

Assise devant la coiffeuse, Rebeca lève la figure vers la glace et baisse les paupières en poussant un soupir. Ce soir, elle est sûre que son mari ne frappera pas à sa porte et soupire de bien-être. Lorsqu’elle est seule, elle ne feint plus, ne s’efforce pas de se rappeler ou de savoir quelque chose. Rebeca a le sentiment de s’être séparée d’elle-même il y a longtemps. Elle a peut-être quitté une langue ou un nom : elle en aurait pris un autre, mieux adapté à son métier. Mais elle n’en a pas la certitude.

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