La Grande Maison

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Omar, jeune garçon algérien, vit avec sa famille dans la " grande maison ", une habitation collective où s'entassent les pauvres de la ville. À la recherche permanente d'un morceau de pain, l'enfant passe tout son temps dans la rue. Il découvre le monde : la mystérieuse vie de son voisin, le pouvoir des femmes, la misère et l'injustice, la rumeur de la guerre qui s'annonce.


Né en Algérie, Mohammed Dib (1920-2003) a été instituteur, puis journaliste, avant de se consacrer à l'écriture de poèmes et de romans. Son également disponibles en Points : Cours sur la rive sauvage, La Grande Maison, L'Incendie, Un été africain, Le Métier à tisser et Le Maître de chasse.


" De tous les écrivains africains, il est celui qui risque de nous toucher le plus. "


Maurice Nadeau



Prix Fénéon 1952


Publié le : lundi 25 novembre 2013
Lecture(s) : 29
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021144307
Nombre de pages : 192
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Mohammed Dib est né à Tlemcen, dans l’ouest algérien. Ville natale à laquelle il rendit hommage dans sa célèbre trilogie :La Grande Maison (1952),L’Incendie(1954) et Le Métier à tisser (1957). Instituteur un temps, puis comptable, traducteur, journaliste àAlger républicain et pour le compte de l’organe du Parti communiste Liberté, il est *nalement expulsé d’Algérie en 1959. Il s’installe en France et commence sa carrière littéraire. Il est le premier écrivain maghrébin à recevoir, en 1994, le Grand Prix de la Francophonie. Et celui dont Aragon disait : « Cet homme d’un pays qui n’a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les 6euves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy. » Il est mort chez lui, à La Celle-Saint-Cloud, le 2 mai 2003, à l’âge de 83 ans, laissant derrière lui quelques-unes des plus belles pages de la littérature algérienne.
DU MÊME AUTEUR
L’Incendie
roman Seuil, 1954 et « Points », n° P952
Au café
nouvelles Gallimard, 1955 Sindbad, 1985 et Actes Sud, 1996
Le Métier à tisser
roman Seuil, 1957, 1974 et « Points », n° P937
Un été africain
roman Seuil, 1959 et « Points », n° P464
Baba Fekrane
contes La Farandole, 1959
Ombre gardienne
poèmes Gallimard, 1961 Sindbad, 1984 et La Différence, 2003
Qui se souvient de la mer
roman Seuil, 1962 et La Différence, 2007
Cours sur la rive sauvage
roman Seuil, 1964, 2005 et « Points », n° P1336
Le Talisman
nouvelles Seuil, 1966 et Actes Sud, 1997
La Danse du roi
roman Seuil, 1968, 1978
Formulaires
poèmes Seuil, 1970
Dieu en barbarie
roman Seuil, 1970
Le Maître de chasse
roman Seuil, 1973 et « Points », n°P425
L’histoire du chat qui boude
contes La Farandole, 1974 et Albin Michel Jeunesse, 2003
Omneros
poèmes Seuil, 1975 et La Différence, 2006
Habel
roman Seuil 1977 et La Différence, 2012
Feu,beaufeu
Feu, beau feu
poèmes Seuil, 1979 et La Différence, 2001
Mille Hourras pour une gueuse
théâtre Seuil, 1980
Les Terrasses d’Orsol
roman Sindbad, 1985, 1990 et La Différence, 2002
O Vive
poèmes Sindbad, 1987
Le Sommeil d’Ève
roman Sindbad, 1989 et La Différence, 2003
Neiges de marbre
roman Sindbad, 1990 et La Différence, 2003
Le Désert sans détour
roman Sindbad, 1992 et La Différence, 2006
L’Infante maure
roman Albin Michel, 1994
Tlemcen ou les lieux de l’écriture
essai Revue Noire, 1994
LaNuitsauvage
La Nuit sauvage
nouvelles Albin Michel, 1995
L’Aube Ismaël
poèmes Tassili Music, 1995
Si Diable veut
roman Albin Michel, 1998
L’Arbre à dire
Albin Michel, 1998
L’Enfant-Jazz
poèmes La Différence, 1998
Le Cœur insulaire
poèmes La Différence, 2000
Comme un bruit d’abeilles
nouvelles Albin Michel, 2001
L’hippopotame qui se trouvait vilain
contes Albin Michel Jeunesse, 2001
L.A. Trip
roman en vers
La Différence, 2003
Simorgh
Albin Michel, 2003
Laëzza
roman
Albin Michel, 2006
Œuvres complètes volume 1 : Poésie
La Différence, 2007
VERSION DÉFINITIVE
ISBN : 978-2-02-114430-7
(ISBN 2-02-000807-6, édition brochée) re  (ISBN 2-02-000479-8, 1 publication poche)
© Éditions du Seuil, 1952 et 1996
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
– Un peu de ce que tu manges ! Omar se planta devant Rachid Berri. Il n’était pas le seul ; un faisceau de mains tendues s’était formé et chacune quémandait sa part. Rachid détacha un petit bout de pain qu’il déposa dans la paume la plus proche. – Et moi ! Et moi ! Les voix s’élevèrent en une prière ; Rachid protesta. Toutes ces mains tentèrent de lui arracher son croûton. – Moi ! Moi ! – Moi, tu ne m’en as pas donné ! – C’est Halim qui a tout pris. – Non, ce n’est pas moi ! Harcelé de tous côtés, le gosse s’enfuit à toutes jambes, la meute hurlante sur ses talons. Estimant qu’il n’y avait rien à en tirer, Omar abandonna la poursuite. Il s’en fut ailleurs. D’autres enfants grignotaient tranquillement leur quignon. Il louvoya longtemps entre les groupes. Puis, d’un trait, il fondit dans la cohue, arracha son pain à un courtaud. Il courut ensuite se perdre au centre de l’école, où il fut aspiré par le tourbillon des jeux et des cris. La victime ne sut que brailler sur place. Il y avait des élèves qu’il rançonnait, quotidiennement. Il exigeait d’eux sa part, et s’ils ne s’exécutaient pas sur-le-champ ils ramassaient souvent des volées. Dociles, ceux-là partageaient leur goûter et lui tendaient les deux moitiés pour qu’il en prélevât une à son choix. L’un d’eux se cachait-il pendant toute une récréation, il ne s’obstinait guère dans son forfait. Il venait guetter Omar soit à la sortie de l’école, soit à une autre récréation. Du plus loin qu’il l’apercevait, il commençait à pleurer. Il recevait sa correction et finissait par remettre un goûter entier à Omar. Mais les plus rusés dévoraient leur pain en classe. – Je n’ai rien apporté aujourd’hui, disaient-ils. L’enfant retournait ses poches. Omar faisait main basse sur tout ce qu’il trouvait en sa possession. – Alors, tu l’as donné à un autre pour le cacher ? – Non, je le jure. – Ne mens pas ! – Je le jure. – Ne viens pas me demander de te défendre, hein ! – Je te jure que je t’apporterai demain un gros morceau. D’un geste, l’enfant montrait les dimensions du pain qu’il promettait. Omar lui jetait la calotte par terre, la piétinait, pendant que le coupable poussait des plaintes de chien molesté. Il protégeait ainsi ceux que les grands élèves tyrannisaient ; la part qu’il prenait n’était que son salaire. Ses dix ans le plaçaient entre les gaillards du cours supérieur, dont la moustache noircissait, et les morveux du cours préparatoire. Les grands, pour se venger, s’attaquaient à lui, mais n’obtenaient rien, Omar n’apportait jamais de pain.
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