La Loi du plus fort

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Écrivain confidentiel et dilettante endurci, Samuel jongle avec le fisc et les Assedic. Acculé, il se décide à prendre un emploi de commercial à la Défense chez Jonas Wolf, fils à papa raté et néolibéral mégalomane. Chargé de démarcher un hypothétique marché hindou, il devient rapidement son homme à tout faire. En huis clos avec ce patron tyrannique et névrosé qui masque sa nullité sous des airs de prédateur, Samuel doit réinventer l'art de la guerre. Dans son entourage, tout se délite : Arsène, son compagnon, victime d'une usurpation d'identité, est persécuté par le fisc et subit une impitoyable descente aux enfers. Freddy Costume, un cadre sup canadien en rupture de ban, s'enfonce dans la folie mystique. Quant à Ester, journaliste dans la presse féminine, elle se trouve harcelée par un mari qu'elle veut quitter. Servi par une écriture caustique et subtile, La Loi du plus fort est la comédie d'un monde d'après-crise. Le roman d'une génération fantôme qui n'a plus ni argent ni certitude d'être subversive. Le harcèlement y est la règle et chacun est contraint d'usurper son rôle, dans un constant abus de pouvoir, financier ou amoureux.
Publié le : jeudi 18 août 2011
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EAN13 : 9782207111765
Nombre de pages : 206
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a oî du pus ort
DU MÊME AUTEUR
Ces corps vîdes, e Dîettante, 1999 Aux antîpodes, e Dîettante, 2001 Jacob Steîn, e Dîettante, 2002 L’Hôte, Fayard, 2007 Gînsberg et moî, Seuî, 2008 La Guerre du Kîppour, e Dîettante, 2010
Frédérîc Chourakî
a oî du pus ort
©Édîtîons Denoël, 2011
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Crîse
ï ranchît e portaî magnétîque d’un aîr sereîn. Jette un coup d’œî urtî à ’agent de sécurîté dont e vîsage uî évoquees gardes quî boufonnent devant Buckîngham Paace. Quand î ’entend marmonner dans son casque, son cœur se serre. ’a-t-î reconnu, uî e Scarace du Daîy Monop, eshoplîfterau cœur ragîe quî, chaque mîdî, vîent dégarnîr es étaages barîoés de ce pays de cocagne de a rue des Archîves ?Soyons désînvoltes, n’ayons l’aîr de rîen. Samue est pourtant un orèvre en matîère de rapîne. Son pourcentage de réussîte rôe e pébîscîte arîcaîn. ï connat comme personne es rouages quî régîssent e vo à ’étaage. Prendre une attîtude détachée. Ne surtout pas hésîter une oîs a cîbe repérée. Travaîer son agîîté à s’emparer de ’objet convoîté. Ne jamaîs ever es yeux vers es caméras de surveîance, cet œî panoptîque destîné à traquer es nouveaux Dîck Turpîn des centres-vîes. Se reuser à lan-cher magré a déîcîeuse sensatîon de déaîîr au moment de ranchîr e portîque. Tempérer ’attente orgasmîque du décenchement de a sîrène quî sîgnaera son méaît et
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sceera aors son humîîatîon devant cette aune de gays et de bobos quî se régaent împunément d’un sandwîch à a dînde ou d’uncarrot cakeau tarî prohîbîtî. Chaque mîdî, à a manîère d’un héros de Maakovskî, Samue s’ofre cette séance de rouette russe. Quand vaîs-je sonner ? est devenu sa questîon exîstentîee de a mî-journée. ï a déîbéré-ment aîssé entrouverte sa sacoche, saîsî nonchaamment un éco-embaage de sandwîches œus-cresson en trîanges aînsî qu’un paquet de chîps au cheddar qu’î enourne dans e réceptace de cuîr. Faît mîne d’hésîter entre deux eaux gazeuses parumées à cînq euros pîèce avant de se dîrîger, e pas gracîe et a mîne chîfonnée, vers a sortîe où e coosse d’ébène ne daîgne même pas e gratîier d’un regard. ï a traversé e portîque sans encombre. Une înime déceptîon e saîsît. Un peu de uî auraît aîmé se aîre pren-dre. Hîstoîre de boîre ’humîîatîon jusqu’à a îe. De met-tre in, quî saît, à cet engrenage quî, depuîs e réveî jusqu’à a tombée de a nuît, e happe sans reâche. ï n’est d’aîeurs pas un magasîn du Maraîs qu’î n’aît « vîsîté », seon cet euphémîsme avec eque î décrît à ses proches ces moments d’întensîté quî, de pus en pus souvent, e ont bascuer vers un surcrot de présence et de vîe. C’est a nécessîté quî, au départ, a amené notre Obo-mov à ces pratîques douteuses. Écrîvaîn au succès coni-dentîe maîs dîettante endurcî, î étaît toujours, jusqu’à peu, parvenu à jonger avec es découverts, combant ses déicîts abyssaux en grugeant es Assedîc puîs a CAF, et, en dernîer recours, en taxant ses proches quî, au ond, ne demandaîent pas mîeux que de sponsorîser un înteo
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précaîre de sa trempe. a aîîte de son système conortaît en efet ses créancîers dans eur décîsîon de ne pas avoîr emprunté de tes chemîns de traverse pour, à près de qua-rante ans, se retrouver, perpétueement sur a corde raîde, sans autre perspectîve que ’aîgreur, e scorbut ou a mîse à ’ombre. Maîs des travaux dans son îmmeube crouant du haut Maraîs, judîcîeusement acquîs avant a lambée îmmobîîère, avaîent changé a donne. ï devaît près de douze mîe euros à son syndîc en pus du remboursement et des charges. ï obtînt queques aîdes de a vîe de Parîs qu’î dépensa sur-e-champ pour vîsîter ’Arménîe puîs e Haut-Karabakh, remettant au surendemaîn ’acquîttement de sa dette. À son retour, î apprît qu’à a dernîère assem-bée générae, e syndîc usurîer avaît, aute de paîement, proposé, sans e mettre au courant, aux autres coproprîé-taîres a vente de son studîo pour douze mîe euros, soît e montant de ses créances. C’est aors qu’habîté par un absurde sentîment de revan-che, î prît ’habîtude de se servîr gracîeusement dans es enseîgnes. ï n’avaît jamaîs été habîté de scrupues et, depuîs tout petît, aîmaît a sensatîon udîque de a maraude. Car à ce moment, tout son corps étaît en aerte, ses sens en éveî. ï se sentaît vîvre peînement. Puîs ’excîtatîon premîère aîssa a pace à a routîne. Voer étaît juste devenu pra-tîque et meîeur marché. Peu à peu, î rechîgnaît à mettrea maîn au porteeuîe et se contentaît prîncîpaement de produîts subtîîsés. Cette marotte densîiaît des journées oîsîves. Ses amîs s’ofusquaîent de sa nouvee « névrose » quî, par aîeurs, ne es étonnaît qu’à moîtîé, de a part
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d’un écrîvaîn. Pour es uns, î étaît en ma de sujet. Pour es autres, c’étaît une autre preuve de son exhîbîtîonnîsme. Tous s’accordaîent, de manîère absurde, à stîgmatîser une pratîque quî, mutîpîée, se relétaît sur e nîveau des prîx. Je ne suîs tout de même pas responsabe de ’înlatîon ! s’îndîgnaît-î. Car îs sont, parat-î, des centaînes de jeunes gens de bonne amîe à ’âme déîcate maîs à a paresse chronîque à déier, chaque jour, es cerbères à ’oreîette pour un rab de uxe ou de protéînes. ïs hantent, comme des spectres avîdes, es épîcerîes ines et es magasîns de décoratîon pour s’ofrîr un peu de beauté. Ces jeunes décassés évanescents ne se contentent pas de produîts de premîère nécessîté. Une oîs înstîée dans eur organîsme a dopamîne de a auche, îs s’attaquent à des objets utîes quî eur rappeent eur ancîen statut de dandys, déestés depuîs a crîse de eur pouvoîr d’achat maîs pas de eur arrogance. Car, contraî-rement à son amî Arsène, néo-umpenproétaîre, înter-mîttent dans ’âme, Samue avaît, avant sa débâce, connu queques années astes pendant esquees î s’étaît outra-geusement occupé de uî et de son bîen-être. Être prîvé de a jouîssance matérîee après en avoîr abusé constîtuaît à ses yeux e summum de a cruauté. ï est rare, cependant, qu’une oîs rentrés dans eur tanîère, ces nostagîques de eur âge d’or daîgnent jeter un regard au produît de eurs arcîns. En paraîts esthètes, îs ont surtout été sensîbes à a beauté du geste, à cette manîère spontanée de déier ’autorîté, se rêvant à présent anarchîstes împrovî-sés et radîcaux de saon. es pus érudîts s’appuîent sur eur
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