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La Mariée

De
218 pages

« "Êtes-vous sûre de bien connaître l’homme avec qui vous dansiez tout à l’heure ?

- Xavier ? Bien sûr que je le connais.

- Lui peut-être, mais son passé ? Xavier est un criminel", lâcha l’homme.

Sophie ressentit un vertige, sa vie avait chaviré en entendant ces quelques mots. Elle doutait désormais... »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-00557-4

 

© Edilivre, 2017

La Mariée

 

 

Sophie avait terminé sa journée de travail de bonne heure. De retour à son appartement, elle avait bondi sous la douche. En ce mardi soir, Xavier l’emmènerait certainement chez Bob, un bar branché (comme le disaient les jeunes) et ils danseraient, pensait-elle en séchant sa longue chevelure rousse. Enveloppée d’un peignoir léger en satin, elle s’approcha de la télévision.

18 h 30

Avant de s’affaler sur le canapé, Sophie attrapa la télécommande de la télévision, elle avait le temps avant la venue de Xavier. Elle eut un bref sourire en songeant à lui, elle ne l’avait jamais connu aussi mystérieux, il lui avait murmuré au creux de l’oreille de prendre sa journée du lendemain. Il lui réservait une surprise, avait-il dit.

Sophie appuya sur la télécommande : « questions pour un champion ». Ce n’était pas son émission préférée, elle zappa donc. Elle aurait dû enregistrer : « Mot de passe ». Là, elle se prenait au jeu, elle aimait se confronter avec les candidats. Serais-je aussi performante si je me trouvais de l’autre côté de l’écran, s’interrogeait-elle. En effet, assise au fond du canapé, elle participait avec fougue, s’énervait, critiquait les intervenants, leur disant que le mot était simple à deviner. Finalement, elle appuya de nouveau sur la 3 et, à ce moment précis, la sonnette de l’entrée retentit.

Qui est-ce ? Se demandait-elle en s’avançant vers la porte. Curieuse, elle se colla à l’œil-de-bœuf.

Xavier ! S’exclama-t-elle, surprise, en ouvrant pleinement la porte d’entrée. Comment a-t-il pu entrer ? Sans doute grâce à un voisin, pensa-t-elle.

Xavier fronça les sourcils en l’apercevant. Il se faufila rapidement dans l’entrée et ferma la porte. Ensuite il embrassa Sophie tendrement sur la bouche et lui souffla au creux de l’oreille : tu m’attendais ? Sophie réalisa sa tenue, elle était fort peu vêtue. Elle resserra vivement son peignoir, sa poitrine généreuse ressortit au travers du tissu. Prestement, Xavier détacha la ceinture. Dessous, elle était nue. Xavier la contempla, son corps était parfait à ses yeux. Il l’aimait tant. Tendrement, il l’embrassa et fit glisser le peignoir de ses épaules. Il recula, l’admira et l’emporta jusqu’à la chambre.

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, bonsoir.

Avant de développer le journal, je vous demanderai votre attention s’il vous plaît. Nous faisons appel à vous : si vous avez aperçu cette femme aujourd’hui, quelles que soient les circonstances où vous l’avez vue, faites-le nous savoir, elle est portée disparue. Pour les témoignages, veuillez appeler le numéro qui s’affiche. Merci à tous.

Xavier et Sophie n’avaient pas entendu le journal de 20 h, ils étaient trop occupés par leur jeu amoureux.

Comme le pensait Sophie, ils se rendirent ensuite au bar. En fin de soirée, Xavier embrassa Sophie dans le cou et, les yeux dans les yeux, recula jusqu’aux toilettes. Il titubait légèrement, plus de bonheur que d’ivresse. Tout en se soulageant, il songeait à Sophie. Avant de venir au bar, ils avaient fait l’amour, il revoyait encore Sophie, les yeux implorants. Il espérait que leur couple durerait ainsi jusqu’à la fin de leur vie, il ne voulait pas la perdre, elle était sa raison de vivre. Enfin ils allaient tout partager, habiter sous le même toit. Ils avaient largement fêté leur décision. Il l’aimait, il l’aimait tellement, pourtant il avait hésité : il ne doutait pas de ses sentiments seulement il craignait que Sophie apprenne certains faits et prenne peur.

Le passé, c’est le passé ! Il est temps pour moi d’avoir une vie sereine. J’approche des quarante ans.

Pendant que Xavier satisfaisait un besoin naturel, Sophie avait rejoint le bar. Elle souriait aux anges et regardait, avec béatitude, les danseurs. Elle affectionnait ce bar, Xavier l’y avait emmenée au début de leur rencontre et depuis ils s’y rendaient régulièrement.

– Bob, sers-moi un jus de fruit s’il te plaît.

– Tout de suite Sophie.

La quarantaine et célibataire, Bob le barman n’était pas étranger à l’ambiance chaleureuse régnant dans son établissement. Il savait se faire respecter : large d’épaules, il en imposait, néanmoins, il n’avait pas eu à se battre jusqu’à présent, les clients étaient sérieux. Bob posa un verre de jus d’orange devant Sophie.

– Merci Bob.

Sophie fouilla dans son sac à main, s’empara d’un miroir et se dévisagea. Elle aussi était enchantée de leur décision. Elle ajouta un peu de rouge à lèvres puis, satisfaite de son reflet, remit le tout en place au fond de son sac. Elle pencha la tête en arrière, ferma les yeux et soupira d’aise.

– Puis-je m’asseoir à côté de vous ?

Sophie sursauta et ouvrit les yeux. Un homme se tenait derrière elle.

– Puis-je m’asseoir à côté de vous ? Répéta-t-il.

Apparemment il s’adressait à elle. Sophie n’aimait pas contrarier autrui, même un inconnu, aussi elle accepta, Xavier n’allait pas tarder à revenir et la place sur sa droite était libre. De toute manière, dès que Xavier serait de retour, ils s’isoleraient à une table.

Quelle soirée, songea-t-elle encore. Nous avons beaucoup bu et dansé. Je suis épuisée.

Sophie s’étira langoureusement et s’arrêta dans son élan, elle sentait le regard de son voisin sur sa personne. En une seconde, elle l’avait catalogué. Il portait une chemise (à carreaux rouges et bleus) enfoncée à l’intérieur d’un pantalon ample, maintenu par des bretelles sans quoi il n’aurait su tenir à cause de son ventre proéminent (digne d’une femme enceinte prête à accoucher). L’homme ne restait pas inaperçu : même célibataire, jamais Sophie ne se serait intéressée à un tel personnage, se disait-elle.

L’homme dévisageait Sophie, à tel point qu’elle commençait à se sentir mal à l’aise. Elle fit signe de se lever et aussitôt l’homme l’interpella :

– Ne vous sauvez pas. Je souhaiterais vous parler.

– À moi ? Demanda Sophie en tapant d’une main contre sa poitrine.

– Oui à vous. Asseyez-vous, ordonna-t-il.

Sophie regarda autour d’elle, Bob lui tournait le dos, il servait de l’autre côté du bar. Et Xavier qui ne revenait pas ! Elle ne connaissait personne autour d’elle, cependant elle se rassura, elle n’était pas seule, malgré l’heure tardive, de nombreux couples s’enlaçaient sur la piste, des jeunes gens riaient bruyamment accoudés au bar.

Sophie observa l’homme : Que me veut-il !

Elle se jucha de nouveau sur le tabouret. Elle se redressa et ne put s’empêcher de jeter un regard vers les toilettes, elle se sentait nerveuse. Afin de déguiser son embarras elle attrapa une paille sur le comptoir. Un papier l’enrobait, elle l’ouvrit avec minutie, ceci lui demanda un gros effort. Enfin, elle la plongea dans son verre et avala une goutte de jus d’orange. L’homme la fixait avec insistance, elle posa donc son verre sur le comptoir et le regardant avec mépris s’exclama :

– Je vous écoute ? Qu’avez-vous de si important à me raconter ?

– Je vais sans doute vous surprendre mais vous serez heureuse d’apprendre ce que je vais vous conter.

Sophie haussa les sourcils et écarta les bras : « alors tu te décides ! » Pensa-t-elle.

– Êtes-vous sûre de bien connaître l’homme avec qui vous dansiez tout à l’heure ? Demanda-t-il soudainement.

– Xavier ! S’exclama Sophie.

L’homme ne la quittait pas des yeux : « Oui. Xavier ».

– Bien sûr que je le connais, répondit-elle avec assurance.

– Lui peut-être. Mais son passé ?

Sophie perdit son aplomb : « Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ».

L’homme regarda en arrière et glissa un papier plié en quatre à Sophie qui pivota sur son tabouret. Elle aperçut Xavier au fond de la salle aussi se détendit-elle : dépêche-toi Xavier.

– Xavier est un criminel, lâcha l’homme. Méfiez-vous de lui. Rejoignez-moi demain matin à 10 h à cet endroit. Je vous raconterai et vous prouverai mes dires.

– Mais…

Sophie, abasourdie, ne trouvait pas ses mots.

– Chut, il arrive, continua l’homme. Je serais vous, je ne lui dirais rien. Venez et vous saurez.

Il s’était éclipsé, sûr de lui, malgré sa corpulence, il s’était faufilé au milieu de la foule. Sophie, hébétée, tenait encore le bout de papier au creux d’une main. Apercevant Xavier, à quelques mètres, elle fourra le billet au fond de son sac et but avidement du jus de fruit de manière à se donner une apparence paisible et, surtout, afin d’avaler la boule d’angoisse au fond de sa gorge.

Elle ferma les yeux, elle se sentait oppressée, un poids s’était abattu sur ses épaules : je crois avoir enfin compris l’expression : le ciel me tombe sur la tête. Qui es-tu, réellement Xavier ? J’étais si confiante…

L’homme avait réussi à la déstabiliser. À maintes reprises, Sophie avait interrogé Xavier sur son passé, à chaque fois il avait changé de sujet, elle n’avait pas insisté puisqu’elle l’aimait.

Et si l’homme disait la vérité ! Imaginait-elle. Le plus simple est de me rendre au rendez-vous et ainsi je saurais.

– Bonsoir ma libellule, murmura Xavier. Comment vas-tu ?

– Pas très bien, bafouilla Sophie. J’aimerais rentrer.

Xavier lui mordilla l’oreille et lui chuchota : « Avec plaisir ». Sophie se leva d’un bond : « Non, tu ne comprends pas, j’aimerais rentrer chez moi ce soir ». En effet, Xavier ne comprenait pas, il avait à peine ouvert la bouche que Sophie ajouta : « Je ne me sens pas bien. J’ai peur d’avoir abusé et d’être malade. Je serai une piètre compagnie ce soir ». Xavier fut soulagé : Sophie ne le repoussait pas. Son côté protecteur le poussa à dire : « Si tu es malade, je préfère être à tes côtés ».

– Xavier n’insiste pas, répondit Sophie avec lassitude.

Xavier s’apprêtait à contester. « S’il te plaît » ajouta Sophie d’un ton autoritaire.

– Bon, d’accord, ronchonna Xavier. Tu dois avoir tes raisons.

« Pour ça oui. Si tu savais ! Pensa Sophie. Demain je rencontrerai cet homme et je te raconterai. Mais, là, j’ai besoin de me reprendre ».

Xavier avait levé les yeux au ciel, essayant de retenir ses larmes. Un instant, il avait détourné son regard. « Ne boude pas Xavier » murmura Sophie.

Pourquoi se sentait-elle si misérable ? : Sans doute parce qu’elle s’apprêtait à écouter un inconnu. Et pourtant, sa conscience lui soufflait qu’il serait bon de l’entendre.

« Remettons notre lune de miel à demain » proposa Sophie avec un regard si tendre que Xavier ne put refuser. Il caressa la joue de Sophie. « D’accord, après tout, tu as sans doute raison, moi-même j’ai besoin de repos. Je te dépose ». Il poussa le verre de Sophie sur le comptoir et croisa le regard de Bob. « Bonsoir Bob » dit-il.

– Bonsoir les amoureux.

Sophie fit un signe à Bob. Xavier avait posé la main sur sa taille, auparavant, elle appréciait, seulement, ce soir, elle esquivait les gestes de tendresse de Xavier : l’homme l’avait affreusement perturbée, Xavier lui apparaissait comme un étranger à présent. Demain tout rentrerait dans l’ordre. Sans doute avait-elle trop bu aussi ne discernait-elle plus le vrai du faux.

« Bonsoir » entendit-elle. L’homme, lui était inconnu, elle le dévisagea.

– Qui est-ce ? Demanda-t-elle à Xavier.

– Un gendarme, j’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois et nous avons sympathisé.

Sophie haussa les sourcils. « S’il est ami avec les gendarmes, se dit-elle, il n’a rien à se reprocher ».

Arrivé à la voiture, Xavier ouvrit la porte, côté passager, Sophie prit place, ensuite il s’installa au volant. Sophie, très volubile d’habitude, serrait les lèvres, elle s’interrogeait : que devait-elle faire ? Le plus sage serait de crever l’abcès et de raconter son entrevue, cependant quelque chose l’empêchait de parler. Quoi donc ?

Son instinct ? : Mais alors, se pourrait-il que Xavier soit un criminel ?

Sophie ferma les yeux et se blottit contre son siège en baillant. Elle n’était pas si fatiguée qu’elle voulait le laisser supposer, simplement, elle ne serait pas obligée de tenir une conversation.

Xavier était songeur : certes, il était resté longtemps aux toilettes, ce n’était pas pour autant une raison de le blâmer. Il jetait des coups d’œil à Sophie, il ne comprenait pas son attitude, elle si tendre ordinairement.

Elle a accepté de vivre avec moi. Quand franchira-t-elle le cap ? Je pensais profiter d’une agréable soirée. J’avais mis du champagne au frais car je ne doutais pas de Sophie. En plus j’avais déposé des pétales de rose jusqu’à notre lit. Xavier soupira : Bien sûr, ce sera un fameux changement.

En effet Sophie habitait, une petite ville de Dordogne à Montignac, dans un immeuble de trois étages avec seulement deux appartements par niveau où tous se connaissaient, tandis que lui vivait dans un vaste chalet en bois près d’un étang à une paire de kilomètres de là, propriétaire de plusieurs hectares, pas de voisin, pas de bruit, ceci lui convenait parfaitement.

Xavier se gara devant l’immeuble où habitait Sophie, il la dévisagea : Sophie a peut-être pris peur. Demain je lui poserai la question. Ce soir elle n’est pas réceptive et moi-même je sens la fatigue m’envahir.

– Bonsoir Sophie, pas de regret ? Essaya-t-il malgré tout.

– Non, excuse-moi Xavier. Demain je me sentirai mieux.

Ou plus mal ! Pensa-t-elle.

De crainte de montrer son désarroi, elle embrassa rapidement Xavier du bout des lèvres, attrapa son sac à main et sortit promptement de la voiture. Depuis quelques mois ils partageaient tellement et subitement elle avait peur de rester seule en sa compagnie. Elle fit quand même un signe et souffla un baiser sur sa main. Elle pénétra dans son immeuble et poussa la porte afin qu’elle se referme au plus vite. Xavier n’avait pas les clés de l’appartement. Lorsqu’il venait, il sonnait à l’interphone et elle lui ouvrait. Par contre, elle possédait les clés du chalet depuis qu’ils y avaient passé leur première nuit. Elle s’en rappelait fort bien. Quelle nuit !

Sophie s’étonnait de son attitude. Depuis qu’un parfait inconnu s’était adressé à elle, elle avait rejeté Xavier comme si, au fond d’elle, elle savait qu’il avait un lourd secret. D’après cet étranger, ce n’était pas anodin : « Xavier est un criminel. Méfiez-vous de lui » avait-il dit.

– Un criminel ! Mon Dieu, comment est-ce possible ? S’exclama-t-elle en entrant chez elle.

Elle ferma la porte à clé et bloqua tous les verrous. Elle ne se sentait plus en sécurité. D’ordinaire, elle aimait son intérieur, désormais il lui répugnait. Elle voyait Xavier partout : s’ils allaient plus couramment au chalet, ils avaient également eu de grands moments chez elle. Elle porta sa main à la bouche et courut aux toilettes. Elle ne put se retenir et vomit son repas. Elle se tenait accrochée à la cuvette et pleurait. Pourquoi au juste, elle l’ignorait.

Par peur de son avenir ?

Par crainte que Xavier ne soit pas celui qu’elle croyait ?

Pourquoi réagissait-elle ainsi ?

Cet homme n’était qu’un illustre inconnu. Pourquoi le croyait-elle ? : Elle devait l’écouter, ceci ne l’engageait en rien. Ensuite elle avouerait son entretien à Xavier. Il s’expliquerait à son tour et à ce moment-là, elle prendrait une décision.

Et si je lui téléphonais, ce serait si simple. Je lui demanderais : quoi ? Que lui demanderais-tu ? S’il est un criminel ? N’importe quoi !

L’estomac soulevé, les idées en vrac, Sophie se glissa sous la douche. Elle pleura encore, les larmes se mêlèrent à l’eau chaude ruisselant sur ses muscles contractés. Enfin elle revint dans le salon, son regard se posa sur le téléphone. Elle approcha la main, décrocha puis reposa aussi vite le combiné. « Je deviens folle à attendre je-ne-sais-quoi ! » S’exclama-t-elle à voix haute en tournant autour du guéridon où était posé le téléphone. Soudainement, il sonna, Sophie le regardait.

C’est Xavier ! Pensa-t-elle. Pendant une seconde elle fut tentée de décrocher, elle allongea même le bras. Xavier seul savait qu’elle n’était pas encore couchée. La main levée, tremblante, elle hésitait encore. Finalement, elle s’était laissée choir sur le canapé. Le téléphone sonnait inlassablement, elle le fixait sans réaction. Pour la quinzième fois, la sonnerie retentit, elle choisit de ne pas répondre. Elle appuya sur la messagerie qu’elle avait oublié d’enclencher et là, elle attendit.

« Sophie, c’est Xavier, entendit-elle. Que se passe-t-il ? Tu m’inquiètes. Suis-je bête, tu dois dormir. Dors mon ange. Ne me rappelle pas, à demain ma libellule ».

Elle enfonça le poing contre sa bouche et pleura de nouveau. « Ma libellule » : deux mots fantastiques qui perdaient toute leur magie subitement. Anxieuse, elle ne savait comment réagir, elle ferma les yeux et décrocha le combiné. Elle ne pensait pas dormir dans l’immédiat toutefois elle gagna sa chambre.

Pendant ce temps-là, Xavier redémarrait. Perturbé par l’attitude de Sophie, alors qu’il se rendait au chalet, il avait changé d’avis et fait demi-tour : il espérait encore dormir auprès d’elle cette nuit. Il s’était garé au bas de l’immeuble et remarquant de la lumière à la fenêtre du salon, il n’avait plus hésité en apercevant une silhouette en mouvement, Sophie ne parvenait pas à dormir (en avait-il déduit). Il n’aimait pas le sentiment qu’il éprouvait, comme si Sophie l’évitait. Pourtant, ils avaient eu une soirée merveilleuse. Il revoyait encore l’expression des yeux de Sophie quand il lui avait proposé de vivre ensemble.

Comment pouvait-il se tromper à ce point ?

Maintenant, il était certain : Sophie ne dormait pas. Premièrement il avait vu une ombre se déplacer, puis le répondeur avait été enclenché et enfin la lumière s’était éteinte. Demain ils devraient s’expliquer, il ne voulait pas de malentendu entre eux.

Il n’avait plus sommeil aussi décida-t-il de revenir au bar, il discuterait avec Bob qui avait son âge ou presque.

– Tu es seul Xavier ? S’étonna Bob. Qu’as-tu fait de Sophie ?

– Elle était fatiguée, je l’ai raccompagnée.

Bob n’insista pas, songeur il nettoyait le comptoir et dévisageait Xavier. Quelque chose ne tournait pas rond, il le sentait. Il ne s’en mêlerait pas, en tant que barman, il avait eu l’occasion à plusieurs reprises de surprendre des discordes chez les couples, il avait une devise : « ferme les yeux. Demain est un autre jour ». Aussi il discuta de tout et de rien avec Xavier, entre autres il conversa de pêche. Ils avaient fait connaissance dans le bar et s’étaient croisés au bord des étangs. Les premières fois, par hasard, ensuite ils avaient forcé la chance, ils s’appréciaient et aimaient la sérénité de la campagne.

Xavier prit un verre d’alcool bien qu’il le sût, ce n’était pas raisonnable, il fit même la fermeture et là, Bob proposa de le raccompagner.

– Merci Bob, seulement j’ai besoin de ma voiture demain.

– Rassure-toi, je viens à vélo au travail. Nous le mettrons dans ta voiture et ensuite je rentre.

– D’accord, bafouilla Xavier en levant un doigt, à une condition.

Bob connaissait cette attitude de l’homme saoul. Il ne se permettait pas de juger Xavier.

– Laquelle ? Demanda-t-il.

– Tu couches chez moi ce soir. Demain je serai plus en forme et je te raccompagnerai.

– Je me lève tard, protesta Bob.

– Raison de plus.

En définitive, Bob accepta : ainsi il s’assurerait que Xavier ne commettrait pas de bêtise, apparemment Sophie et Xavier s’étaient chamaillés, Bob en était de plus en plus persuadé, et vu l’état de Xavier, mieux valait se méfier.

– Je te laisserai dormir, continua Xavier. Personnellement j’irai faire un tour à mon travail demain matin, cela me changera les idées.

Bob avait chargé son vélo dans la voiture puis il s’était glissé derrière le volant. Xavier s’était affalé au fond de son siège et ruminait son chagrin.

– Je te dois un aveu, confia Bob, je rêvais de conduire ta voiture.

Xavier dévisagea Bob, il ne devait pas être sérieux : il possédait un monospace acheté d’occasion voilà déjà neuf ans. Il s’était installé en Dordogne en 2004. Comme il ne souhaitait pas attirer l’attention, il avait vendu son cabriolet et acheté une voiture correspondant à ses besoins.

Devant son air soupçonneux Bob éclata de rire.

– Je te fais marcher Xavier. Détends-toi, nous sommes presque arrivés.

Xavier se redressa et reconnut le paysage, une bonne partie des terrains de la région ressemblaient à du causse, de nombreux bois entouraient le chalet, constitués de chênes et d’épineux.

Il ferma les yeux un instant et se rappela son achat, neuf ans plus tôt. L’agent immobilier l’avait mis en garde : « le chalet est isolé ». Justement, il recherchait l’isolement, il appréciait la solitude. Tombé sous le charme dès la première visite, il n’avait pas hésité une seconde et avait fait une offre. L’agent immobilier avait été surpris et avait répété que le chalet était isolé. « Par contre, avait-il ajouté, il possédait à son agence de nombreuses propriétés susceptibles de le satisfaire ». Néanmoins, Xavier n’avait pas changé d’avis. C’était un coup de cœur, et encore aujourd’hui il ne le regrettait pas.

Enfin le chalet se dessinait, construit à l’aide de gros rondins, il se confondait avec les bois. Xavier soupira longuement alors que Bob se garait devant l’entrée.

– Ça va Xavier ? S’inquiéta ce dernier.

– Oui Bob merci encore. Alors la voiture, satisfait ?

– Oui, c’est une bonne voiture. On voit que tu ne la maltraites pas.

– Je n’ai jamais maltraité qui que ce soit, même pas une voiture. Hum !

– Quoi donc ?

– Non, rien. Un jour, je te raconterai mais pas ce soir.

Xavier vérifia l’heure sur son portable et ajouta :

– Enfin pas ce matin. Un jour où tu auras du temps je te conterai une histoire. Tu seras le premier à savoir.

– Un mystère dans ta vie ? S’étonna Bob.

– Si l’on peut dire. Mais pas maintenant, là, c’est dodo, ajouta Xavier en baillant.

Lorsque Xavier poussa la porte d’entrée, Bob remarqua immédiatement les pétales de rose semés sur le sol jusqu’à une porte, sans doute la chambre de Xavier. Il jeta un œil à son ami et ne fit aucun commentaire. Xavier proposa un dernier verre que Bob refusa : premièrement il était tard et, deuxièmement Xavier avait suffisamment bu, estimait-il. Xavier sortit des draps d’une armoire et aida Bob à faire le lit. Avant de rejoindre sa chambre, Xavier fit un détour par le salon et vérifia une fois de plus si Sophie n’avait pas laissé de message.

Rien. Dommage !

Il porta un regard intéressé sur la bouteille de whisky, il se serait bien laissé tenter. Finalement, il jugea qu’il était préférable de se glisser sous les draps. Pour un peu, il se serait couché habillé, la fatigue le terrassait soudainement, à moins que ce ne soit les diverses émotions de la soirée. Il posa son portable sur la table de nuit après s’être assuré qu’il fonctionnait et éteignit la lampe de chevet.

Le lendemain Sophie se réveilla à l’aube, la nuit avait été courte et tourmentée par des cauchemars. Elle se leva à 7 h, inutile de rester au lit à se morfondre, elle se connaissait elle ne dormirait plus, une boule d’angoisse l’étouffait. Elle vérifia sur son portable s’il n’y avait pas de message et bougonna :

– Eh bien, on dirait que je ne te manque pas beaucoup Xavier.

Elle s’interrogeait sur elle-même : des pensées, multiples et contradictoires, tourmentaient son esprit. La veille, elle avait accepté, sans hésiter, de vivre avec Xavier. Depuis le début de leur relation, elle aspirait à une vie commune, un parfait inconnu l’apostrophait et elle remettait tout en cause. Néanmoins, ce qu’il avait dit n’était pas anodin : « Xavier est un criminel ». Elle entendait encore ces quatre mots résonner au creux de son oreille. Cette affirmation méritait qu’elle soit analysée.

Hier soir, dans sa hâte, elle avait fourré le bout de papier au fond de son sac. À ce moment-là, elle ignorait encore si elle irait ou non à ce rendez-vous aussi, à quoi bon connaître le lieu. Fâcheusement les dires de l’homme la perturbaient, l’empêchaient de dormir. Elle s’était donc levée afin de vérifier à quel endroit elle était censée aller, elle prendrait peut-être une décision au lieu de ruminer sans cesse. Elle avait donc déplié le papier : « retrouvez-moi sur le pont principal à l’entrée de Montignac à 10 h » lut-elle. C’était un lieu public, elle ne serait pas seule. Rassurée, finalement elle avait décidé de se rendre au rendez-vous, elle ne pouvait rester dans l’incertitude.

Voilà où elle en était ce matin. D’autre part, il était temps d’éclaircir sa situation privée. Quinze mois plus tôt, Arnaud, un voisin, avait été son amant. Il était jaloux maladif. Sophie lui avait donné un jeu de clé de son appartement, pensant le rassurer. Hélas, il débarquait à tous moments croyant découvrir un amant, il ouvrait la penderie et fouillait parmi les cintres. Évidemment, Sophie le vivait très mal. Lorsqu’elle avait rencontré Xavier, elle avait su immédiatement qu’elle avait été frappée par le coup de foudre. Peu importe si cette relation n’aboutissait pas, elle avait compris qu’elle devait mettre fin à son union avec Arnaud. Aussi, dès son retour, elle en avait informé le principal intéressé : Arnaud. Il avait pleuré, supplié, Sophie avait été inflexible, seulement elle n’avait pas récupéré les clés (un oubli de sa part). Bien qu’Arnaud n’eût pas profité de la situation depuis, elle devait réclamer les clés, elle les remettrait à Xavier. Elle lui expliquerait, Xavier comprendrait elle n’en doutait pas. Paradoxalement, Xavier comptait énormément à ses yeux (malgré les dires de l’inconnu et le reste).

À 8 h tapantes, Sophie sonna donc chez Arnaud. Il arriva en baillant, vêtu d’un simple tee-shirt en guise de pyjama.

– Sophie, quel bonheur ! S’exclama-t-il.

Arnaud s’avançait sur Sophie, prêt à l’embrasser (sur la joue, tel un ami).

– Bonjour Arnaud, répondit Sophie en reculant. Je suis venue te demander mes clés.

– Tes clés ? Cracha Arnaud. À 8 h du matin ?

Arnaud était stupéfait. Il s’était redressé, il se sentait insulté. « Je ne sais pas où elles sont, néanmoins je te les rendrai, ajouta-t-il d’un ton sec, au revoir ». Sans attendre de réponse, Arnaud avait claqué la porte.

Ça veut dire qu’il n’est pas content, constata Sophie. Elle haussa les épaules et regagna son appartement. Elle n’arrivait pas à entreprendre quoi que ce soit. Le répondeur clignotait, Sophie n’avait pas effacé le message de la veille et ne l’avait pas réécouté, à quoi bon… Dans la chambre, son regard fut attiré par les foulards accrochés de chaque côté du lit, elle soupira d’aise en y pensant et se caressa le bras. Puis brusquement, elle se rappela : oh, Xavier ! Qui es-tu vraiment, dis-moi, un monstre ? Ou simplement un homme amoureux ?

À croire que Xavier l’avait entendue, à ce moment-là, il se réveilla, il était oppressé, stressé. Bien vite la soirée de la veille lui revint, de même qu’un mal de tête confirmant son abus d’alcool. Il s’étira, ses pensées s’envolèrent : que devait-il faire ? : tout d’abord une douche (pour lui remettre les idées en place) et ensuite un déjeuner copieux, se décida-t-il.

Ensuite, il laissa un mot sur la table de la cuisine à l’attention de Bob lui rappelant qu’il se rendait à son travail, il serait de retour vers midi et le raccompagnerait. Si Sophie appelait, elle pouvait le joindre sur le portable, ajouta-t-il. À peine eut-il inscrit cette dernière phrase, il releva la tête, songeur : Sophie savait comment le joindre. De plus, il était inutile que Bob apprenne le léger froid entre eux, bien que Xavier, connaissant Bob, se doutât qu’il avait compris. Xavier fit une boule du papier et recommença, laissant uniquement la première partie du message.

Ce matin il avait prévu de rester au chalet en compagnie de Sophie. D’ailleurs, il lui avait demandé de prévenir son travail afin de se libérer la journée.

Sophie, que nous arrive-t-il ?

Sophie également s’interrogeait. Finalement, elle laissa le lit tel quel. Le travail ne manquait pas, depuis longtemps elle voulait ranger et nettoyer l’appartement, elle remettait constamment au lendemain. Les vitres étaient si sales qu’elles tamisaient la lumière, la poussière s’était déposée sur les meubles, les magazines encombraient la table du salon. Sophie n’avait pas l’âme d’une ménagère et aujourd’hui encore moins que d’habitude. Attendre jusqu’à 10 h, allait être un vrai calvaire.

La veille, Véronique (une cliente) souhaitait venir à 9 h, seulement Sophie, prenant sa journée, avait reporté le rendez-vous à 17 h. Elles se connaissaient depuis longtemps et avaient échangé plus que de simples banalités. Sophie ne parvenait pas à entreprendre quoi que ce soit, autant s’occuper l’esprit. Elle patienta jusqu’à 8 h 30 avant de l’appeler : Véronique était libre. Sophie raccrocha, le cœur léger, cet après-midi elle pourrait être avec Xavier.

Si Sophie était soulagée, Xavier était nostalgique. Il s’était garé devant son agence, il se remémorait le jour où il avait fait la connaissance de Sophie, neuf mois plus tôt au mois de novembre. Ce jour-là, il pleuvait et le vent soufflait. Rien ne le laissait présager le matin, aussi il n’avait pas prévu de parapluie. Il tenait sa veste au-dessus de la tête en guise de protection à cause de la pluie et du vent. Sophie avait eu la même idée et, comme ils avaient peu de visibilité, ils s’étaient heurtés, Sophie avait échappé un sac que Xavier s’était empressé de ramasser.

– Excusez-moi Mademoiselle. J’espère que ce n’est pas fragile.

Sophie l’avait regardé et avait eu un bref sourire. « Je n’ai jamais vu plus belle créature de ma vie ! » s’était-il exclamé.

– Vous êtes pardonné, avait-elle répondu.

– Vous allez loin ?

– Non je travaille en face, chez l’esthéticienne.

– J’aurais dû me douter. Personnellement je travaille à mi-temps pour le journal. J’écris des articles sur la pêche.

Sophie écoutait religieusement Xavier, la pluie dégoulinait sur ses longs cheveux. Soudain, Xavier avait pris conscience de la situation :

– Excusez-moi encore. Je parle, je parle. Vous êtes trempée.

– Ce n’est pas grave, assura Sophie. J’ai de quoi me changer à l’institut.

– Ah, tant mieux. Après une seconde d’hésitation, il ajouta : « j’aimerais bien vous revoir ».

– Avec plaisir. Vous savez où je travaille.

Après un dernier regard, Sophie s’était dirigée vers l’institut. Xavier ne la quittait pas des yeux, il était fasciné. D’ailleurs, la porte s’était refermée sur Sophie et pourtant il la fixait toujours. Enfin, il s’était décidé à regagner l’agence. Personnellement, il n’avait pas de quoi se changer. Ceci ne le souciait pas, le visage de Sophie restait gravé dans sa mémoire. Tout au long de la journée, il pensa à elle et ne put se concentrer sur son travail. De nombreuses années s’étaient écoulées depuis le moment où il avait ressenti son cœur battre ainsi. Après une nuit agitée, Xavier se convainquit : la seule solution s’offrant à lui, était de faire connaissance de la jeune femme. Aussi le lendemain il était entré dans l’institut.

À cette pensée, Xavier eut l’esquisse d’un sourire. Il ignorait comment elle s’appelait aussi il ne savait qui demander.

– Bonjour, avait-il dit timidement en s’adressant à Claudine, la propriétaire de l’institut.

– Bonjour Monsieur. Que puis-je pour vous ?

Xavier avait conscience du ridicule de la situation. Il se trémoussait d’un pied sur l’autre. « Eh bien, je cherche quelqu’un travaillant chez vous dont j’ignore le nom » avait-il dit en regardant le sol. Claudine, avait haussé les sourcils et avait répondu : « Je vois ». Puis elle avait crié : « SOPHIE, il y a quelqu’un pour toi ».

Claudine s’était éloignée et très vite Sophie était apparue, elle se tenait au chambranle de la porte. En découvrant Xavier, un large sourire avait illuminé son visage. Xavier était béat devant elle, Sophie était vraiment une très belle femme. Sa taille fine était mise en évidence grâce à une blouse blanche et ses cheveux, roux, étaient attachés en une longue tresse.

– J’espérais votre visite, avait-elle murmuré simplement.

À partir de cet instant, ils s’étaient rencontrés chaque jour.

8 h 45

Bon assez rêvé ! S’écria Xavier en quittant sa voiture. Avant de rentrer dans l’agence, il avait eu un regard sur l’institut : Sophie était peut-être venue travailler elle aussi. Il ne le saurait pas, il n’irait pas voir. Peiné par l’attitude de Sophie, vexé, blessé, piqué au vif, son orgueil était touché. Pourquoi fallait-il qu’il fasse le premier pas ? Tempêtait-il.

– Bonjour, lança-t-il en entrant à l’agence. Changement de programme, je travaille ce matin, en revanche demain repos.

– Tout va bien ? Répondit un collègue interpellé par le ton bougon de Xavier.

Xavier avait hoché la tête sans répondre, le sujet était clos. Avant de se plonger dans ses articles, il avait mis son portable sur vibreur au cas où Sophie l’appelle. Il était censé être chez lui, tout au moins ne pas travailler. Ils avaient convenu de ne pas s’appeler lorsqu’ils travaillaient sauf en cas de nécessité absolue. Xavier avait l’ouïe fine, il entendrait le téléphone vibrer.

Un quart d’heure plus tard, à 9 h Sophie entra dans l’institut, Claudine s’en étonna. Sophie lui expliqua qu’ainsi elle serait le reste de la journée avec Xavier. Claudine regagna le box, où une cliente l’attendait pour des soins, en haussant les épaules. Sophie l’appréciait sans pour autant se confier à elle, elle se livrerait plus facilement à Véronique. Le...