La Mémoire sous la glace

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« Une voix unique au cœur du thriller » Michael Connelly

« Lecteurs de Craig Johnson, adorateurs de Tony Hillerman, fans de Jorn Riel ou découvreurs d'Olivier Truc, ce livre est pour vous. » Jean Milbergue, librairie Labyrinthe

« Excellent. Personne n'évoque aussi formidablement bien la dureté et la beauté de la vie dans les étendues sauvages de l'Alaska. » Publishers Weekly

« Retrouve mon père. »

Sam Dementieff, vétéran aléoute des redoutables Égorgeurs de Castner, pilier de la communauté du plus grand parc national d’Alaska, n’avait jamais évoqué ce pan de son passé. Mais à sa mort, sa nièce et détective privée Kate Shugak se voit confier cette mystérieuse mission.

Fidèle à ses dernières volontés, Kate part à la recherche de cet aventurier disparu depuis presque un siècle, chercheur d’or et sans doute escroc. Et découvrira que son village a été le théâtre de bien des tragédies, Mort noire et mines d’or en toile de fond...

Mais enquêter sur l’histoire de ce territoire glacé et sans merci n’est pas sans danger, et quelqu’un est bien décidé à l’empêcher d’atteindre son but : agressions et morts violentes s’enchaînent.

Qui serait prêt à tuer pour que le passé ne refasse pas surface ?

Dana Stabenow est née à Anchorage, en Alaska, et a grandi sur un chalutier. Les conditions extrêmes de son enfance ont forgé son âme de romancière. Ses thrillers ont pour cadre les immenses et étranges paysages de l'Alaska. Son héroïne aléoute Kate Shugak en est la parfaite incarnation. La série des enquêtes de Kate Shugak compte déjà vingt romans, et constitue un phénomène imprressionnant aux États-Unis.

Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370720139
Nombre de pages : 304
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Dana Stabenow
La Mémoire sous la glace
Une enquête de Kate Shugak – 1
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Brèque
À Josie et Gerry Ryan, que je remercie pour leur coutume d’adopter des animaux errants.
1918
NINILTNA
La mort noire n’atteignit l’Alaska qu’en novembre. Et frappa la quasi-totalité de la population. Le gouverneur du Territoire imposa la quarantaine et limita les déplacements vers l’Intérieur, postant des marshals sur l’ensemble des ports, des départs de piste et des embouchures afin d’interdire les contacts entre communautés. Il promulgua une directive spéciale enjoignant aux Natifs de rester chez eux et d’éviter les rassemblements publics. On ferma des théâtres, on annula des messes, on renvoya des écoliers à leurs familles, mais, du fait des traditions communautaires en usage chez les Natifs, ceux-ci furent frappés dans de fortes proportions. À Brevig Mission, on compta huit survivants sur quatre-vingts habitants. Dans certains villages, il n’y eut même pas de rescapés. Le printemps suivant, lorsqu’arriva la seconde vague de la pandémie, les gens étaient trop faibles pour chercher de la nourriture et la faim en emporta un peu plus. En mars 1919, à Niniltna, le Chef Lev Kookesh et sa femme Victoria moururent de froid car ils étaient trop malades pour se lever et attiser le feu dans leur poêle à bois. Six kilomètres plus loin, à la mine de Kanuyaq, le gérant Josiah Greenwood perdit sa femme, ses deux fils et le quart de ses mineurs. Certains des rescapés eurent recours au vol et au crime. Harold Halvorsen fut battu à mort par un homme qui convoitait son dernier sac de farine. Bertha Anelon fut attaquée dans sa chambre à coucher et périt deux jours plus tard des suites de ses blessures, seule et abandonnée dans son lit. Des cambrioleurs visitèrent les bureaux de la mine de Kanuyaq à cinq ou six reprises, emportant la caisse, fracassant la vitrine qui abritait la célèbre pépite « Croix d’or », laquelle disparut définitivement, et mettant le feu aux archives de la compagnie. Des pillards emportèrent les réfrigérateurs et les toilettes des malades trop affaiblis pour se lever. Provisions, vêtements, photographies, archives personnelles, bijoux… la plupart des propriétaires ne devaient jamais retrouver ce qu’on leur avait dérobé. Les maisons dont les occupants avaient péri furent vidées de leurs meubles et abandonnées. Les cimetières dépassèrent leur capacité. Après avoir porté en terre leurs derniers parents, nombre de survivants partirent pour Fairbanks, Anchorage et même pour l’Extérieur. Déjà réduite de moitié par l’épidémie, la population de certains villages fut encore diminuée d’autant par l’émigration. Puis, comme c’était inévitable, les gens finirent par se ressaisir. À Niniltna, le potlatch organisé en mémoire du Chef Lev et de son épouse fut considéré par nombre d’habitants comme le premier pas sur la route de la guérison à l’issue de ce cauchemar de huit mois : le temps était venu pour les vivants de pleurer les morts, de régénérer leur âme et de reconstruire leurs maisons et leurs villages. Il fallait aller de l’avant si l’on voulait survivre, même si tous savaient au fond de leur cœur que la vie ne serait plus jamais la même. La tâche d’organiser le potlatch échut au seul enfant du Chef Lev, sa fille Elizaveta, âgée de dix-sept ans. Elle aussi avait failli succomber, mais quelqu’un était entré chez eux : un homme, un jeune prospecteur miraculeusement épargné par la maladie, qui, à l’en croire, allait d’une maison à l’autre en quête de survivants. Il la trouva dans son lit, persuadée que ses parents étaient morts mais trop faible pour se lever et aller s’en
assurer. À présent sur pied, pâle, amaigrie et endeuillée comme tous les autres rescapés, elle était résolue à faire honneur à sa tribu, à ses parents et à son chef. Les filles duNorthern Lighten vie l’aidèrent à laver et à habiller les dépouilles de encore leurs plus beaux atours. Le jeune prospecteur, Herbert Elmer McCullough, dit « Mac », alluma un feu de charbon au cimetière et profita de sa chaleur pour creuser des tombes dans le sol encore gelé. Certains survivants étaient assez rétablis pour maugréer, et ils affirmèrent que c’était un scandale de laisser à une fille peu recommandable le soin d’inhumer des anciens de la tribu. Elizaveta avait toujours été indisciplinée, opinèrent-ils, encore que la faute en soit surtout revenue à Lev. C’était lui qui lui avait appris à chasser, à pêcher et à tendre des pièges, passant outre les objections de sa mère, de ses sœurs et des autres anciens. Dans leur tribu conservatrice et traditionnelle, on estimait que la place d’une femme était au foyer, que son rôle était de coudre des peaux et de faire des bébés. Lev avait même autorisé Elizaveta à passer l’été à sa concession des collines Quilaks, où elle avait cherché de l’or en compagnie de Quinto Dementieff. Chaperonnée par son père, certes, mais quand même… L’été précédant la venue de la mort noire avait profité à tous. Lev avait même ouvert un compte en banque au nom d’Elizaveta. Victoria en avait été horrifiée, mais Lev avait tenu bon. « Elle l’a mérité », lui avait-il dit en tendant le chéquier à sa fille. Elizaveta était tout excitée. Avec ce chéquier en sa possession, elle se sentait plus grande, plus substantielle en quelque sorte. Quand elle allait à Kanuyaq pour faire le ménage chez Angie Greenwood, elle considérait d’un œil différent les toilettes à chasse d’eau qu’elle récurait toutes les semaines. Soudain, un tel luxe lui semblait accessible à présent qu’elle avait un peu d’argent dans sa poche. Tout cela avait changé, bien entendu. Elle avait consacré toutes ses économies à acheter des cadeaux pour les offrandes traditionnelles qui suivraient le potlatch : outils, couvertures, ustensiles de cuisine, bijoux, conserves… le tout commandé en gros au catalogue Sears, Roebuck & Co. Elle avait dû en outre payer les frais de port jusqu’à Cordova, après quoi la Kanuyaq River & Northwestern Railroad avait acheminé gratuitement la marchandise par autorisation spéciale de Monsieur Greenwood. Celui-ci, un homme foncièrement bon, avait toujours veillé à maintenir d’excellentes relations avec les habitants de Kanuyaq, les Blancs comme les Natifs, les amateurs comme les professionnels, et le deuil qui le frappait ne l’avait pas empêché de s’en souvenir. Le jour venu, les esprits de ses parents n’eurent aucune raison de se sentir honteux en découvrant les cadeaux que recevaient en leur nom leur famille et leurs amis. Ni en contemplant la grande salle de l’Alaska Native Brotherhood, qu’elle avait décorée de branches de pin ornées de rubans verts et rouges. On aurait dit une salle commune apprêtée en vue de la fête de Noël. Mac l’avait aidée à fixer les branches la veille au soir, et c’est alors que la chose s’était produite, un délicieux interlude riche en plaisir mutuel. Cela faisait longtemps qu’Elizaveta ne s’était pas sentie aussi heureuse. Elle apporta la touche finale à la décoration en plaçant l’icône de la tribu au fond de la salle, sur un guéridon haut perché, à côté de la photographie sépia de ses parents. Elle avait fait agrandir celle-ci par un photographe de Seattle, obtenant un fac-similé grenu qui avait achevé d’épuiser son pécule. Son père était assis, l’air grave, en tenue d’apparat, et sa mère se tenait debout derrière lui, vêtue d’une robe en daim ornée de perles, une main sur son épaule, la mine tout aussi grave. Ils avaient l’air raide et un peu sévère, tout le contraire du souvenir qu’Elizaveta gardait d’eux. Le cadre en bois de pin, gravé de rosaces et de lianes, était doré à l’or fin, ce qui attestait de l’importance des sujets de la photographie. L’icône était un triptyque de l’Église orthodoxe russe, connu sous le nom de Marie la Sainte. Elle était composée de trois panneaux dépeignant, de gauche à droite, Marie
tenant l’Enfant Jésus dans une étable, Marie tenant Jésus supplicié au pied de la Croix et Jésus ressuscité se révélant à Marie devant la pierre roulée. Marie la Sainte mesurait vingt centimètres de haut et l’ensemble des panneaux, quarante-cinq centimètres de large. L’artiste avait lui-même doré le bois qui lui avait servi de support. L’or était à présent terni et écaillé. Les illustrations étaient en métal percé et émaillé, les figures en bas-relief. Le cadre était criblé de gemmes aux couleurs ternes, dont deux avaient disparu. L’icône était vieille, très vieille, mais tous ignoraient son âge. On savait qu’elle était arrivée avec lesgussuks1, à bord de leurs grands bateaux venus d’outre-mer, mais nul ne savait comment la tribu l’avait acquise, même si ceux qui comptaient des Tlingits parmi leurs ancêtres avaient leur petite idée. Il était acquis que cette icône n’appartenait en propre à personne, que le chef la conservait au nom de la tribu. Elle avait des pouvoirs miraculeux, notamment celui de guérir. Peu de temps auparavant, Albert Shugak avait adressé une prière à Marie la Sainte et recouvré l’usage de ses jambes, qu’il croyait avoir définitivement perdu lors de la bataille de Verdun. Six mois plus tard, il avait épousé Angelique Halvorsen, qui attendait à présent leur premier enfant, et tous deux avaient en outre été épargnés par la mort noire. Marie la Sainte avait aussi le pouvoir d’exaucer les souhaits. Almira Mike avait prié pour avoir un fils et, avant la fin de l’année, Marie la Sainte lui avait fait don d’un petit William, un joyeux bébé à face de lune. Myron Hansen avait prié Marie la Sainte pour avoir un bateau neuf, et son grand-oncle de Seattle était mort en lui léguant une fortune. Comme le Chef Lev n’avait pas de fils auquel il aurait pu transmettre l’icône, la question de sa garde revêtait une grande importance pour la tribu. Pour cette raison et pour bien d’autres, la principale étant qu’après avoir vécu une année d’épreuves la tribu avait grand besoin de réaffirmer son identité, de célébrer dans la fierté une histoire et des traditions dix fois millénaires, il était impératif d’élire un nouveau chef le plus vite possible. Ce fut dans cet esprit que ses membres se rassemblèrent, les parents venus de Ketchikan, les amis de Sitka, les apparentés de Juneau, les cousins proches de Fairbanks, les cousins éloignés de Circle et ceux, plus éloignés encore, d’Ahtna. Il en vint de tous les villages bordant le fleuve, de Tikani à Chulyin, et de tous ceux bordant la route entre Ahtna et Valdez, une assemblée fort impressionnante compte tenu des pertes déplorées par tous. Mac McCullough aida Elizaveta à distribuer les cadeaux, mais nombre d’invités refusèrent de le regarder en face, offensés par l’intrusion de ce gussukyeux ronds dans un rite tribal quasiment sacré. Au lieu de quoi ils aux adressèrent à Elizaveta des regards lourds de reproche, Elizaveta qui semblait rayonnante en dépit de la mort de ses parents. Enfin. Tous savaient ce que ça signifiait. Ils acceptèrent leurs cadeaux comme leur étant dus, tout en manifestant leur vertueuse indignation, se gobergèrent du ragoût concocté avec la viande d’élan de l’année précédente et des miches de pain frais obtenues à partir des ultimes réserves de farine, puis regagnèrent leurs tentes après avoir pris congé de leur hôtesse avec le minimum de politesse. Le lendemain matin, Marie la Sainte avait disparu. Mac McCullough aussi. – Ce n’est pas moi qui l’ai, dit Elizaveta, livide, les traits tirés, ayant cessé de rayonner. Ils ne la crurent pas, et c’est sans le moindre respect qu’ils fouillèrent sa maison. Ils vidèrent le garde-manger en totalité et déballèrent les quelques paquets de viande d’élan pour s’assurer de leur contenu, vidèrent les quelques sacs de riz, de haricots, de sucre et de farine, et certains commençaient à envisager d’exhumer ses parents
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