La montée des cendres

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Dans La Montée des cendres, tout monte et tout descend. Il pleut sur Paris. Il pleut tous les jours. L’eau descend des nuages qui alourdissent le ciel. Du coup, la Seine monte. Elle croît, comme chaque hiver, mais cette année elle semble ne pas vouloir cesser de monter. Elle pourrait déborder. À quelques pas de ses quais bientôt submergés, le chantier de rénovation des Halles vient de débuter. Chaque matin des convois de camions évacuent la boue et les gravois. Le sol paraît descendre dans la terre. Pourtant, dès qu’une flamme inattendue s’élève dans la cheminée, sa lumière fugace éclaire la pièce. Sa chaleur monte. Elle irradie, elle fume. Désormais, il faut veiller à ne jamais manquer de bois.L’eau descend du ciel, la pluie tombe, le fleuve monte, les travaux s’enfoncent dans la terre. Le feu chauffe. Une fumée, légère, s’échappe vers le conduit de la cheminée. Chaque élément devient un personnage, dans un équilibre de mouvements tendus vers leur résolution : leurs dynamiques contradictoires s’annulent pour générer une attente. Le creux ouvert dans le jardin des Halles suffira-t-il à absorber la crue de la Seine ? Le fleuve viendra-t-il inonder le feu dans la cheminée ? Comment la narrateur pourra-t-il persévérer à sauvegarder son feu dans une ville où les flammes sont aujourd’hui invisibles, les fours des pizzerias électriques, et le petit bois rare ?À la fois guide méthodique des solutions pratiques pour entretenir un foyer en milieu urbain, récit documentaire sur la première tranche des travaux de rénovation du jardin des Halles, chronique quotidienne d’une crue à venir, tout autant qu’une tentative de dire les couleurs du feu, le dessin de la flamme et le parfum de la fumée, d’atteindre l’éphémère ou d’énoncer l’extinction, Pierre Patrolin a surtout voulu écrire une fiction où la fragilité du feu, la puissance contenue du flot de la rivière, les efforts dérisoires d’un héros qui s’entête à vouloir ramasser du bois sur les trottoirs, suffisent à générer une attente. L’attente de l’événement qui pourrait survenir, l’imprévu finalement nécessaire pour rassembler tous ces éléments dans un dénouement logique.
Publié le : jeudi 3 janvier 2013
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EAN13 : 9782818017159
Nombre de pages : 189
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La Montée des cendres
DUMÊMEAUTEUR
chez le même éditeur
LATRAVERSÉEDELAFRANCEÀLANAGE, 2012
L’auteur tient à remercier Xavier Houssin pour l’avoir autorisé à utiliser un titre analogue à celui de son livre Montée des cendresparu aux éditions Caractères en 2010.
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Pierre Patrolin
La Montée des cendres
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
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© P.O.L éditeur, 2013 ISBN : 9782818017142 www.polediteur.com
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J’ai commencé à faire du feu bien avant le début de l’hiver. À essayer de faire du feu. Dans mon nouvel appartement, une étroite cheminée s’ouvre au milieu du mur du salon : en bas de la cloison, la simple cavité sans profondeur d’un carré aplati, creusé dans l’épaisseur de la paroi. À peine déchiré, un morceau de papier a suffi pour allumer un premier feu sans bois, sinon le cercle léger d’un couvercle de camembert. Une petite flamme vive, à la fois jaune, verte et bleue, charmante, délicate. Une minuscule lueur. Instable. Fragile. Silencieuse. La voir s’éteindre m’a aussitôt plongé dans le sentiment d’une tristesse inédite, un désarroi subit, douloureux comme un chagrin imprévu. J’ai extrait du fond de la poubelle, sans hési ter, la seconde moitié de l’emballage du fromage,
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une boîte de bois tendre, retrouvée presque intacte sous les autres ordures. Sa fibre blanche s’embrase avec plaisir, s’allume facilement audessus de la poudre de cendres déjà froides du premier feu. Une nouvelle flamme danse. Un filet presque bleu, une langue chaude, un souffle de lumière, un trait de couleur éphémère qui s’éteint aussitôt dans l’ombre de la cheminée.
En revenant vers l’appartement, j’ai acheté des allumettes. Dans l’idée que le briquet oublié par les déménageurs, un petit briquet rouge moulé dans du plastique translucide, à la molette dure, finirait par s’épuiser. Le papier ne manque pas. Du courrier sans importance, et surtout les emballages et les car tons que je n’ai pas encore commencé à ouvrir. Une longue baguette de bois clair aussi, dont la moulure en quartderond n’a jamais été peinte, dressée der rière la porte d’entrée, sans doute conservée par le locataire précédent dans l’attente d’aménagements futurs. De projets à venir. Dès que sa tranche s’est embrasée, la can nelure du premier lambeau de carton a d’abord bruni, sans se déformer. Maintenant, elle noircit peu à peu, s’amollit, fléchit sans perdre le relief de sa forme, puis s’effondre tout à coup pour ranimer
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la flamme. Une flamme désormais jaune, presque orangée, instable, la pointe rose. Un volume indé cis, changeant, volubile, qui s’enroule autour d’un tronçon de bois mince. J’ai dû briser la cornière, dans un craquement sec, afin de pouvoir l’enfiler dans l’étroite ouverture du foyer : un filet d’air chaud monte vers le conduit de la cheminée, dans le parfum un peu âcre, comme sucré, d’un trait de fumée claire. Le carton s’est consumé avant que le bois de la baguette ne prenne complètement. Il s’étouffe. Il s’épuise avant de s’embraser vraiment. J’ajoute une enveloppe, vide, blanche, posée sur la tranche pour ne pas asphyxier une flammèche incertaine, et, dès que j’entreprends de placer un second morceau de moulure sur cette maigre flamme, elle s’éteint sans un souffle. Dépité, je déchire aussitôt le reste du carton, déballe un peu de vaisselle, cherche un papier plus mince, rapidement froissé pour ranimer le feu. Une deuxième allumette suffit à enflammer la feuille. La flamme réapparaît. Une toute petite flamme indécise, verte dans les creux du papier, puis bien tôt bleue quand elle s’élance autour du bois de la baguette, déjà noirci par le milieu lors de la pré cédente tentative. Une petite flamme ingénue, délicate, qui hésite à brûler. Une flamme sans assu rance, mobile, qui gagne l’épaisseur du carton, et
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