La mort de M. Stan

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La mort de M. Stan

Personne n'est sorti, personne n'est entré. Alors qui l'a tué ?





Publié le : jeudi 28 février 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823806885
Nombre de pages : 16
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Jean-François Pré

La mort de M. Stan

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Stanley Durer avait bâti sa fortune sur la détresse humaine, avant de connaître sa propre détresse. Celle-ci était entrée dans sa vie par surprise à l’aube de la quarantaine. Une vie trop minutieusement réglée pour n’être pas fragile. Du jour au lendemain, la machine avait perdu tout contrôle et la vie de Stanley Durer avait basculé dans l’agoraphobie. Une agoraphobie aiguë, aussi soudaine que profonde. Incurable dans l’état actuel des connaissances de la médecine de l’esprit. Son état d’orphelin, enfant unique célibataire, faisait de cette brutale déchéance une affaire personnelle dont la solution ne pouvait trouver de source extérieure. On ne lui connaissait pas de famille et Stanley Durer assumait sa marginalité grâce à une grande aisance matérielle.

Citoyen britannique d’origine batave, expatrié en France, il avait été le premier à imaginer puis à concevoir un site de rencontres pour célibataires à la fin du XXe siècle. Comme tous les précurseurs sur Internet, il avait connu une réussite exponentielle. Fortune faite, Durer avait cédé le commandement du navire, tout en restant actionnaire majoritaire. Il vivait aujourd’hui reclus dans un manoir normand, naguère haras réputé. Mais Durer n’avait que faire des pur-sang ; il voulait juste un mur d’hectares entre lui et « le monde ». De la belle terre vallonnée et boisée qu’il pouvait contempler à l’envi de sa fenêtre.

Le corps de Stanley Durer fut découvert vingt-quatre heures après sa mort. Il fallut en effet ce laps de temps pour que la domesticité s’aperçût qu’il « s’était passé quelque chose ». Dans le sas de communication qui séparait ses appartements privés (Durer vivait dans une aile du manoir qu’il avait transformée en « cité interdite ») des pièces d’apparat, les plateaux-repas de toute une journée n’avaient pas été touchés. Le lendemain matin, constatant la situation inchangée en apportant lui-même le petit-déjeuner, Georges, le majordome, procéda à une série d’appels, puis de sommations, demeurés sans effet. En ayant référé à Vincent, le secrétaire particulier du maître, il sollicita le serrurier du village voisin qui avoua son impuissance à violer la forteresse. Vint alors un « spécialiste », mandaté par l’installateur londonien qui fit la découverte macabre.

S’ensuivit le ballet de la police et de la médecine légale qui aboutirent à la même conclusion : Monsieur Stan, comme l’appelait son personnel, était décédé d’une crise cardiaque. En sortant du manoir pour regagner son bureau où il rédigerait un rapport standard, l’inspecteur Albin croisa un vagabond qui l’interpella :

— C’est le chat qui l’a tué.

C’était un homme des bois avec un étrange regard vert délavé, des cheveux en broussaille et une barbe à la Raspoutine. Le genre d’individu qu’on songerait plus à fuir qu’à écouter.

— Pardon ? demanda l’inspecteur.

— Je vous le dis : c’est le chat qui l’a tué.

— Quel chat ?

— Le chat.

Sur ces propos abscons, l’homme tourna les talons et Albin se retrouva comme un imbécile, les bras ballants devant cette intrusion surréaliste. Il décida de rentrer à pied au village. Trentenaire ambitieux, jeune père, Albin n’avait pas l’intention de croupir dans une sous-préfecture normande où il ne se passait jamais rien en dehors des contrôles d’alcoolémie, désespérément positifs. Les mots du clochard lui donnèrent envie de faire procéder à une autopsie. Bien sûr, il ne leur apportait aucun crédit mais, au moins, cette lubie paranoïaque romprait avec le quotidien léthargique d’un petit commissariat de province, autour duquel s’égrenait la monotonie du temps. Pour procéder à une autopsie sans raison sérieuse, il était préférable de consulter la famille avant de solliciter le juge. L’inspecteur Albin décrocha son téléphone et appela le manoir. Il reconnut la voix du majordome qui lui proposa de s’adresser au secrétaire de Monsieur Stan.

— Vincent Lechat. Que puis-je faire pour vous ?

La voix était ferme, le ton autoritaire.

— Monsieur Durer avait-il de la famille ? demanda l’inspecteur.

— Pas que je sache… ou alors très lointaine et expatriée. Personnellement, je n’en ai aucune trace dans les divers papiers que je détiens et je ne l’ai jamais entendu mentionner le nom d’un cousin, même éloigné. Mais le notaire va procéder à des recherches car Monsieur Stan n’a laissé aucun testament. Nous en saurons plus dans quelques jours. Pourquoi me demandez-vous cela ?

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