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La nuit des pantins

De
200 pages
Anthony avait vérifié toutes les pannes possibles. La Landrover était en parfait état. Elle ne démarrait pas parce qu’il n’y avait plus d’essence dans le réservoir, et les jerrycans étaient vides. Il ne lui restait plus qu’à prendre la piste à pied. Mais il restait là, figé, au cœur une angoisse bizarre, sa valise à la main, comme le jour où il était sorti de Fresnes, après cinq années de tôle. Il savait où aller alors. A l’aéroport, prendre un billet pour le Kenya.. Après tout, qu’importait ce dernier coup du sort. Il vaincrait, encore. Il avait déjà réussi l’exploit de sortir de la Villa. Cette histoire ne le concernait plus, désormais. Il rejeta les épaules en arrière pour repousser le doute, durcit le masque de son visage, serra les doigts sur la poignée de sa valise de toile.
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Dominique Rocher
LA NUIT DES PANTINS
(Les routes ne mènent nulle part)
POLAR-SUSPENS
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Dominique Rocher
P R E F A C E Ce roman se situe pendant la révolte des Mau-Mau, société secrète de caractère politique et religieux fondée vers 1948 au sein de l’ethnie Kikuyu au Kenya inspiratrice du mouvement Mau-Mau, qui fit de nombreuses victimes jusqu’en 1956. La révolte contre la minorité blanche du pays est dirigée par le leader africain Jomo Kenyatta. L’état d’urgence est proclamé en 1952. Jomo Kenyatta est l’un des premiers arrêtés. La révolte sera noyée dans le sang au bout de cinq longues années. Les Britanniques, qui avaient rêvé de faire du Kenya un « pays de l’homme blanc », une seconde Afrique du Sud, seront contraints à des réformes aboutissant à l’indépendance. Premier Président du Kenya libre et malgré quelques contestations dues à son autoritarisme, Jomo Kenyatta imprima une marque indélébile à l’évolution de son pays.
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LA NUIT DES PANTINS
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Dominique Rocher
Kenya, 1954 CHAPITRE I - Je suis arrivé dit Anthony. Merci. La Jeep stoppa net en pleine course. Le conducteur, un policier anglais, porta la main à son casque colonial et le rejeta vers l’arrière. Il sortit de sa poche un mouchoir immaculé pour essuyer la sueur qui mouillait son front à la racine des cheveux et s’égouttait sur les tempes. Anthony avançait déjà sur la piste. La Jeep démarra, cahota deux ou trois fois, hésita puis s’immobilisa de nouveau pour attendre l’homme qu’elle venait de dépasser. - La villa du Colon est à un kilomètre d’ici. Le policier avait parlé d’une voix calme, sans curiosité ni étonnement. - Je sais, répondit Anthony, mais je désire marcher un peu, et seul. Vous allez loin ? demanda-t-il dans l’espoir de faire oublier à l’Anglais le dernier mot qu’il avait prononcé. Seul. Sa réflexion pouvait paraître suspecte. Il devrait mieux se contrôler, à l’avenir. De toute manière, l’obligeance du conducteur méritait bien un semblant de courtoisie.  Le défenseur des lois et règlements britanniques n’avait certainement pas remarqué l’insociabilité de la réponse. Il renseigna Anthony du même ton neutre : - Quelque part dans la brousse. Une ferme isolée. Contrôle. Le policier filtrait ses mots. La chaleur, humide, poissait les mains, matraquait le crâne, amidonnait chaque geste.
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LA NUIT DES PANTINS
Anthony ne commenta pas et reprit sa marche. La Jeep le frôla dans un soubresaut en sortant de l’ornière que la violence des dernières pluies avait creusée. Il la suivit d’un regard qui aurait aimé savoir. « Ce type-là sait-il que j’ai ma fiche dans les archives de la police judiciaire, à Paris ? » Non, bien sûr, il ne le savait pas. Qui aurait pu l’informer ? D’ailleurs, Anthony avait payé un nouveau droit d’entrée à la Société : cinq ans de réclusion. Il frôla d’une main amoureuse la poche renflée et dure de sa chemise kaki. Son portefeuille était toujours là et, avec lui, un petit morceau de destin, chiffonné et malpropre, une lettre échappée à l’oeil des geôliers, sa chance avec un grand C. Il savait pourtant bien qu’il avait toujours bradé ses chances. Aujourd’hui encore ... Non. Il fallait toujours espérer. Il le fallait. A pas de somnambule, Anthony se dirigeait vers la villa du Colon. Avec sa démarche trop régulière et son regard sans pensée, cet homme-là semblait n’aller nulle part. Qu’était-il venu chercher dans cette région de l’Afrique orientale anglaise, suant la chaleur et l’angoisse ? Un bruit sourd enfla puis une plainte déchira le silence, s’élargit démesurément jusqu’à ses oreilles. Un break gris l’évita d’une roue. Une tête rousse se pencha à la vitre. La femme le détailla d’un oeil impudique. L’homme au volant s’en aperçut, accéléra et maugréa : - Ma parole, cet homme-là cherche la mort ! La tête maquillée disparut. Anthony vit encore, quelques instants, un bras replié cerclé d’or, appuyé sur la portière. « Serait-ce la fermière chez qui va l’Anglais ? A cette vitesse-là, elle arrivera avant lui !» La villa du Colon le frappa à découvert. Elle
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